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L'anatomie Insectes
Aperçu Morphologie et anatomie Métamorphoses
La définition même de la classe des Insectes est déjà une description. Le corps des insectes, composé d'anneaux placés bout à bout, est nettement divisé en trois segments distincts, qui ont reçu le nom de tête de thorax et d'abdomen; leurs membres toujours au nombre de six, et, d'une manière générale, par leurs ailes, appendices pairs, répartis par une ou deux paires. Bien qu'ils appartiennent à la catégorie des invertébrés, les insectes possèdent l'équivalent d'un squelette. Mais celui-ci est extérieur (exosquelette). Il se compose de ceintures vertébrales en forme d'anneaux plus ou moins réguliers et complets, et réunis entre eux d'une manière plus ou moins solide. Ce squelette tégumentaire conserve chez beaucoup d'espèces une certaine flexibilité, mais le plus souvent, il présente une dureté considérable.  Ajoutons que les insectes respirent au moyen de trachées aérifères et qu'ils disposent d'un système vasculaire très rudimentaire. 
Le système tégumentaire

Comme celui de tous les arthropodes, le corps des Insectes est revêtu d'une armure de consistance cornée dont les diverses partitions sont unies entre elles par des membranes plus flexibles leur permettant une mobilité relative. Il faut donc considérer ce revêtement comme un squelette cutané externe; il est formé essentiellement par une peau nommée hypoderme, qui est un tissu organisé, et dont l'épiderme ou cuticule présente une consistance plus ou moins épaisse. A tous les joints de l'armure, l'hypoderme conserve son état membraneux; mais, dans toutes ses autres parties, elle s'incruste d'une substance particulière aux arthropodes, nommée chitine, substance chimiquement définie, résistant aux réactifs les plus puissants et ne se laissant même pas entamer par la potasse caustique. A cette chitine, dont la formation est une des fonctions les plus remarquables des cellules de l'hypoderme, viennent s'ajouter des productions organiques et des pigments qui donnent aux téguments leur solidité et leur couleur. Tandis que, chez les Crustacés, des accumulations de sels de chaux viennent encroûter la carapace et lui donner une consistance pierreuse, chez les Insectes une élasticité relative demeure toujours acquise aux tissus à cause de l'absence de ces éléments minéraux.

Au système tégumentaire se rapportent également les poils articulés dans des fossettes s'étendant plus ou moins profondément dans l'épaisseur de l'hypoderme. Cette consistance chitineuse donne à toutes les parties du corps une grande solidité, et comme, pour servir d'attache aux muscles puissants qui mettent en action les membres et les ailes, il faut des points d'appui résistants, des saillies intérieures de ce squelette cutané se dressent dans le corps et y remplissent le rôle des apophyses du squelette des Vertébrés. On nomme ces saillies des apodèmes, et elles sont, en général, composées par un double repli intérieur des partitions du thorax qui se réfléchissent intérieurement sur une certaine longueurs de leur surface.


Fig. 1.

Le corps des Insectes se divise, comme nous l'avons dit, en trois régions nettement tranchées : la tête, le thorax et l'abdomen (fig. 1). Nous voyons en A la tête, dont la forme varie beaucoup suivant les groupes, mais qui peut toujours se ramener à une capsule solide, plus ou moins arrondie, portant deux antennes (M), des grands yeux composés (N), souvent des ocelles, et dont la bouche est entourée d'appendices pairs destinés à la préhension des aliments.

Le thorax est toujours subdivisé en trois régions. La plus antérieure, celle qui vient après la tête, est le prothorax (B), et elle donne attache à la première paire de pattes (G). Le mésothorax (C) vient ensuite. C'est lui qui porte la première paire d'ailes (K) et la seconde paire de pattes (H). Vient ensuite le métathorax (D) qui porte la seconde paire d'ailes (L) et la troisième paire de pattes (I). Il faut considérer dans chacun de ces anneaux thoraciques dont les divisions se répètent, une région dorsale (notum) et une région ventrale (sternum), et qui forment, par conséquent, par rapport à chacun des anneaux correspondants : le pronotum (B), le mésonotum (C) et le métanotum (D). On distingue de la même manière un prosternum, un mésosternum et un métasternum. Dans le mésothorax et le métathorax, le notum et le sternum ne s'unissent pas directement l'un à l'autre, mais il existe des pièces intercalaires latérales (pleures, péripleures, épipleures, parapleures) dont les principales sont les épisternes, situés en avant, et les épimères, situés en arrière. L'étude de ces dernières pièces fournit de précieux renseignements pour la systématique.

Il faut citer encore comme pièces importantes l'écusson ou scutellum, pièce triangulaire située sur le mésonotum et à laquelle fait suite le post-écusson ou post-scutellum situé sur le métanotum.

Le degré de mobilité que présentent les trois anneaux du thorax par rapport les uns aux autres est assez variable suivant les ordres; mais, d'une manière générale, on peut dire que le prothorax est celui qui jouit relativement de l'indépendance la plus grande.

L'abdomen est la troisième division du corps des Insectes, et ordinairement la plus volumineuse, car le thorax ne contenant en somme que les muscles locomoteurs, c'est dans l'abdomen que se trouvent renfermés tous les viscères et les portions les plus importantes des divers appareils. Cet abdomen (E) affecte ordinairement une forme allongée plus ou moins cylindrique, et il est formé d'anneaux ajustés bout à bout. Chacun de ces anneaux ne forme pas un cercle complet, mais est constitué par deux arceaux dont le supérieur est nommé tergite et l'inférieur sternite, reliés entre eux par l'hypoderme. L'extrémité de l'abdomen est nommée pygidium (F), le dernier anneau portant plus particulièrement le nom de post-pygidium, et étant souvent muni d'appendices ou cerques, ou de diverses saillies se rapportant aux organes de production tels qu'appareils de ponte, tarières, aiguillons, etc
 

Le Système appendiculaire

Nous remarquerons tout d'abord que les anneaux de l'abdomen, sauf le dernier, ne portent pas d'appendices. Cette règle n'est pas toutefois sans présenter de remarquables exceptions, car s'il faut considérer morphologiquement les dépendances des derniers anneaux de l'abdomen comme des modifications de ces parties elles-mêmes, on ne saurait attribuer la même origine à des appendices qui, dans certains groupes très remarquables, comme les Campodes, existent à la face ventrale des premiers anneaux de l'abdomen. Aussi, s'appuyant sur ce caractère insolite, certains auteurs ont voulu voir dans ces êtres les formes ancestrales les plus anciennes de la classe des Insectes qui auraient d'abord apparu sur la terre avec des appareils locomoteurs beaucoup plus nombreux. Toutefois faut-il observer qu'un Insecte coléoptère du groupe des Staphylinidés (Spyrachtha Eurymedusa) présente également à l'abdomen des rudiments d'appendices. On remarquera encore que certains appendices abdominaux paraissent dévier de leur destination primitive jusqu'à se modifier pour former des organes de saut, comme chez les Podures.


Fig. 2.

La tête.
Nous avons décrit sommairement la tête des Insectes, et nous avons parlé des antennes. La situation qu'elles occupent par rapport au crâne, tout en étant assez variable, demeure généralement circonscrite à cette région supérieure du front que l'on appelle le vertex (fig. 3, V). Les antennes, toujours au nombre d'une paire, sont des appendices articulés dont les dimensions et les formes varient à l'infini (fig. 2). Le nombre de leurs articles est très variable; le premier, articulé dans une fossette du front, est dit basilaire; lorsqu'elles affectent la forme d'un fouet, la première division est nommée funicule, et la seconde qui se replie porte, suivant les groupes, des noms différents moniliformes (1), quand elles sont disposées comme les grains d'un chapelet; sétiformes quand elles ressemblent à des soies; serriformes (2) quand elles imitent la lame d'une scie; elles s'appellent claviformes (3) si elles sont pareilles à une massue, lamelleuses (4) quand elles figurent un éventail, etc. Le plus souvent, l'Insecte les porte étendues horizontalement devant lui pour reconnaître le terrain ou palper les objets qui se trouvent sur sa route.


Fig. 3.

La partie de la tête qui succède au front est appelée l'épistome (fig. 3, R); puis vient le labre (L) ou lèvre supérieure articulée au reste du crâne. En dessous viennent les mandibules (A) disposées comme les mors d'une tenaille. Ce sont elles qui permettent aux Insectes de mordre. Ordinairement aiguës, robustes, recourbées, plus ou moins dentées, elles servent à saisir les proies et à les déchirer. Dans certains groupes, l'extrémité libre de chaque mandibule est munie d'un onglet surajouté. Sauf de très rares exceptions, le mouvement des mandibules est croisé sur un même plan, de telle sorte qu'elles agissent comme des ciseaux, ou par juxtaposition comme les branches d'une pince; parfois arrive-t-il cependant, comme on l'a observé chez des Charançons du genre Balaninus, que ces mandibules agissent dans deux plans différents suivant un mouvement de va-et-vient où elles agissent comme les dents d'une râpe sur un corps dur. Les mandibules ne sont jamais munies d'appendices, c.-à-d. que, de même que la lèvre supérieure, elles ne portent pas de palpes.

Il n'en est pas de même pour les parties constituantes de la bouche, qui viennent ensuite. Ce sont d'abord les mâchoires (B), qui peuvent morphologiquement représenter une modification des mandibules, mais moins robustes de structure.

Le rôle principal de cette paire d'appendices plutôt membraneux est de colliger les aliments moitié solides ou liquides et de les diriger vers le pharynx. Chaque mâchoire est composée :

1° d'une pièce basilaire par laquelle elle s'articule à la tête et que l'on appelle le cardo;

2° du corps même de la mâchoire (pédoncule ou tige) portant un article externe de nature écailleuse, où s'attache un palpe du maxillaire (C), composé de plusieurs articles;

3° de deux lamelles ou lobes (lobes interne et externe) arrêtées sur l'extrémité du pédoncule. Toutes ces parties sont ordinairement bordées de soies.

Au-dessous des mâchoires vient la lèvre inférieure (D), qui s'articule à la partie inférieure de la tête qu'on appelle le menton. On peut la considérer, ainsi que le dit Claus, 
« comme la troisième paire d'appendices buccaux, et comme une deuxième paire de mâchoires dont les pièces sont soudées, sur la ligne médiaire, par leur bord interne ».
La structure de la lèvre inférieure, qui porte des palpes dits labiaux, est extraordinairement compliquée dans certains groupes, notamment chez les Orthoptères, tandis que, dans d'autres groupes, elle semble se réduire à une simple plaque munie de deux palpes. On entend par languette une petite pièce qui s'élève au-dessus du menton et qui est ordinairement accompagnée de deux petites pièces paires accessoires que l'on appelle les paraglosses. On a donné le nom d'épipharynx et d'hypopharynx à de petites protubérances situées sur la face interne de la lèvre supérieure et de la lèvre inférieure.

Telle peut être la description sommaire de la bouche d'un Insecte broyeur comme un Coléoptère ou un Orthoptère; mais chez les Insectes suceurs Comme la Mouche, la bouche présente des modifications tellement profondes qu'il faut un examen attentif pour retrouver les éléments constitutifs de ses diverses parties. Chez les Papillons, également, les pièces de la bouche se réduisent, tandis que d'autres, telles que les mâchoires, s'allongent démesurément pour former une trompe. Si l'on considère la bouche d'un Insecte' diptère tel qu'un Moustique, on retrouve les éléments constitutifs précédemment décrits, mais profondément modifiés. On voit la lèvre supérieure allongée en stylet; la lèvre inférieure disposée en trompe; les palpes labiaux très courts; les mandibules, et les mâchoires, toutes allongées en minces filets comme l'hypopharynx.

Les Insectes hyménoptères présentent, pour la plupart, un type intermédiaire entre ces deux systèmes de broyeurs et de suceurs; aussi les a-t-on appelés les lécheurs. Car si leurs mandibules demeurent entières et libres, les autres pièces de la bouche s'unissent plus ou moins pour former une espèce de trompe.
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Fig. 4.
Les pattes.
Les autres appendices qu'il nous reste à décrire sont les pattes et les ailes. Chaque patte est composée, quel que soit le type d'Insectes choisi, des mêmes parties (fig. 4). C'est d'abord la hanche ou coxa (A) qui s'articule toujours entre le sternum et les flancs dans une cavité y ménagée. A la hanche s'attache un article de forme très variable, parfois formé de deux divisions, et que l'on nomme le trochanter (B). La troisième partie de la patte, toujours allongée, robuste, est le fémur (C). A lui s'articule le tibia (D) dont les bords peuvent être armés d'épines disposées par séries, et dont l'extrémité inférieure est ordinairement munie d'éperons (E) simples, composés, et en nombre dépassant rarement deux. La dernière division de la patte est appelée tarse (F); c'est la seule qui soit composée de plusieurs articles dont le dernier porte des griffes, et est ordinairement nommé onychium (G); il est souvent terminé aussi par des pelotes, des ventouses, etc.

Les dimensions relatives, la conformation des pattes varient à l'infini suivant les groupes, suivant le genre de vie des Insectes, mais les modifications les plus importantes portent surtout sur les tibias et les tarses, ces derniers pouvant, comme chez les Insectes aquatiques, prendre la forme de rames aplaties et ciliées. Chez les Insectes sauteurs, au contraire, ce sont les fémurs postérieurs qui se renflent de manière à loger des muscles puissants. Chez certains Orthoptères hémiptères très carnassiers, les pattes antérieures dites ravisseuses ont leurs tibias en forme de lames tranchantes et épineuses qui se replient sur le fémur comme la lame d'un couteau sur son manche, etc.

Les ailes.
Les pattes des Insectes sont essentiellement des organes locomoteurs. Aussi la plupart de ces animaux sont-ils doués d'une agilité peu commune. Mais comme ils sont les seuls parmi les animaux invertébrés qui soient doués de la faculté de voler, les ailes ont également une importance locomotrice capitale. Ces organes sont de larges palettes membraneuses, ordinairement transparentes, formées de deux cuticules maintenues par des nervures solides, de nature chitineuse, et dont les ramifications se répartissent d'une façon invariablement régulière suivant les groupes (fig. 5). 


Fig. 5.

On entend par ailes antérieures celles qui sont attachées au mésothorax; quand elles sont encroutées jusqu'à consistance coriace, on les nomme élytres, et elles forment des étuis qui recouvrent presque toute la masse postérieure du corps et sous lesquels les ailes de la seconde paire s'abritent en se repliant plus ou moins. Les ailes inférieures sont insérées sur le métathorax; elles sont ordinairement plus petites que les supérieures, mais ce sont celles-ci qui paraissent jouer le rôle le plus important dans la fonction du vol. On a nommé paraptères les pièces accessoires chitineuses situées à l'articulation des ailes avec le thorax. En un point de l'aile on observe toujours un épaisissement chitineux dit point opaque ou ptérosigma. 

Certains naturalistes ont prétendu dans le passé voir dans les ailes des Insectes des trachées modifiées et démesurément élargies, mais cette opinion a été reconnue comme fausse, de même que celle qui, plus fantaisiste encore, ne craignait pas d'affirmer que les ailes des Insectes étaient leurs véritables pattes qui s'étaient modifiées à la longue. D'après cette théorie, il faudrait concevoir les insectes comme des animaux marchant sur le dos puisque leurs véritables pattes ne seraient en réalité que des appendices dont la destination primitive n'était pas la locomotion. Il est inutile d'insister sur l'absurdité de ces données d'après lesquelles les Insectes apparaissaient comme des êtres absolument particuliers, alors que l'ensemble de leurs caractères leur fait trouver une place des plus naturelles dans l'embranchement des arthropodes.


Le système musculaire

Les muscles des Insectes sont répartis par faisceaux de fibres qui sont enveloppées d'un sarcolemme, et chacun de ces éléments se décompose en fibrilles striées dont le diamètre moyen est d'un millième de millimètre. Cette division des muscles en faisceaux a fait exagérer presque toujours le nombre de ces muscles; c'est ainsi que Lyonnet avait été amené à compter plus de 4 000 muscles chez la Chenille du saule (Cossus ligniperda). Künckel a donné une bonne explication de ces erreurs : 

« Chez les Articulés [Arthropodes], les muscles ne sont pas enveloppés par une gaine aponévrotique qui les mette en relation directe avec les tendons et les isole les uns des autres; les faisceaux des fibres musculaires groupés côte à côte s'insèrent directement aux téguments ou aux apodèmes chitineuses, prolongements internes du squelette qui remplacent les tendons; de telle sorte que l'on a compté les faisceaux de fibres comme des muscles distincts; en réalité, tous les faisceaux qui ont des points d'attache communs constituent un seul et même muscle. D'après cela, en évaluant à 546 le nombre des muscles du Ver à soie, non compris les muscles de la tête (Cornalia), à 378 le nombre des muscles d'une larve de Diptère, la Volucelle (Künckel), on reste dans les limites d'une saine appréciation. Chez les adultes, les muscles sont moins nombreux et sont beaucoup mieux délimités que chez les larves.-»
Ces muscles sont surtout logés dans le thorax; les plus puissants d'entre eux mettent en action les ailes et les pattes. Au reste, la force musuculaire des Insectes est considérable, le Hanneton pouvant traîner quatorze fois son propre poids et l'Abeille ayant une force encore supérieure puisqu'elle le traîne vingt fois. Mais dans le vol l'effort n'atteint pas un pareil résultat, les Insectes les plus robustes ne pouvant guère enlever un poids supérieur à celui de leur propre corps.

L'appareil digestif. Le système glandulaire

L'appareil digestif des Insectes ne présente pas de différences essentielles suivant les groupes en tant que nombre et disposition des parties; la longueur du tube varie seulement chez les Carnassiers où il atteint son maximum de brièveté, tandis que chez les Phytophages il égale plusieurs fois la longueur du corps. A la bouche qui se continue en pharynx fait suite un œsophage assez court (fig. 6, a) se continuant, par une dilatation progressive, en un jabot (b) vaste et qui remplit le rôle d'un premier estomac; vient ensuite un gésier ou proventricule (c) presque toujours sphéroïde et séparé du gésier par un étranglement, comme du reste il est séparé également de l'estomac proprement dit ou ventricule chylifigue (d) auquel fait suite l'intestin grêle qui se continue en un gros intestin terminé par un rectum (f) débouchant à l'anus.


Fig. 6.

Les glandes annexes du tube digestif sont les glandes salivaires qui envoient leur sécrétion dans la bouche; ce sont elles qui fournissent aux Punaises ce liquide âcre qu'elles injectent dans la plaie qui fait leur suçoir. Viennent les glandes gastriques qui débouchent dans l'estomac, et à la région où celui-ci se joint à l'intestin serpentent de nombreux tubes entrelacés nommés tubes de Malpighi; ils ont pour fonction d'excréter les urates et l'acide urique provenant des combustions concomitantes du travail de la digestion. Les glandes rectales (g) qui débouchent dans le rectum exercent des fonctions inconnues; quant aux glandes anales (h) elles n'appartiennent pas à proprement parler au système digestif, mais constituent des appareils de défense chargés de projeter plus ou moins loin des liquides fétides ou caustiques.

Il existe d'autres glandes destinées à divers usages, dont les plus importantes sont celles qui produisent la soie, la cire, ou celles qui sécrètent un venin qu'un aiguillon aigu permet de darder dans le corps des animaux, comme on le voit chez les Abeilles et les Guêpes. La phosphorescence est produite par des amas de cellules sphériques d'aspect graisseux.

L'appareil circulatoire

Chez les Insectes il n'existe pas de vaisseaux chylifères; les sucs élaborés dans le dernier estomac traversent ses parois par endosmose et passent dans la cavité générale du corps toujours remplie d'un liquide qu'on peut assimiler à de la lymphe, car l'appareil circulatoire n'étant pas complètement clos, il est impossible de faire une division tranchée entre la lymphe et le sang. L'appareil circulatoire est essentiellement composé d'un vaisseau dorsal qui fait fonction de coeur et qui est fixé, au-dessus du tube digestif, à la paroi supérieure du corps. Ce vaisseau dorsal est pulsatile et ses battements assez réguliers sont ordinairement de soixante par minute quand l'animal est au repos. Il se divise en un certain nombre de chambres musculaires faisant office de ventricules, avec des replis formant valvules pouvant s'ouvrir ou se fermer suivant les systoles et les diastoles successives par lesquelles le sang progresse dans le vaisseau. 

La partie antérieure du vaisseau dorsal se prolonge dans le thorax en une sorte d'aorte, la partie abdominale du vaisseau représentant un véritable coeur attaché à la paroi de l'abdomen par des ligaments latéraux appelés ailes du coeur dont le nombre est correspondant, par paires, à celui des chambres du coeur. L'ensemble de ces ligaments aliformes compose un sinus péricardique se continuant en arrière par des ligaments de tissu conjonctif et se complétant par des trachées qui couvrent tous ces ligaments. Quant à l'aorte, elle ne se fixe pas à la région dorsale du thorax, mais s'accole au tube digestif pour traverser avec lui le collier nerveux oesophagien et déverser le sang dans la tête.

Le sang des Insectes est ordinairement incolore et très pâle, vaguement coloré en rose, en violet, en vert ou en jaune, toutes ces diverses teintes étant dues non à des globules, mais au plasma lui-même; car les globules du sang des Insectes sont sans couleur et représentent assez bien les leucocytes des Vertébrés.

L'appareil respiratoire

Il est formé essentiellement par les trachées, tubes fins et déliés enveloppant tous les organes d'une trame serrée, se dilatant par endroits en vastes poches ou sacs aériens développés surtout chez les Insectes qui volent, et débouchant au dehors par des ouvertures latérales du corps nommés stigmates. Chacun de ces stigmates est un orifice arrondi ou ovale entouré d'un cadre chitineux nommé péritrème compliqué d'autres pièces solides mobiles dont le rôle est d'en occlure plus ou moins complètement l'entrée, tandis que des soies garnissant les lèvres cornées empêchent l'introduction des corps étrangers. Les stigmates s'ouvrent sur les côtés du thorax et aussi sur ceux de l'abdomen où ils sont situés sur la membrane qui unit les tergites aux sternites. Il n'existe pas de stigmates sur le prothorax des Insectes parfaits; souvent aussi ils font défaut sur les deux autres divisions thoraciques. Chez les Insectes à métamorphoses complètes le mésothorax et le métathorax portent des stigmates, de même que les huit premiers anneaux de l'abdomen; le système respiratoire est alors dit holopneustique. Quand le thorax est privé de stigmates, le système est dit péripneustique; quand l'abdomen en est dépourvu, il est dit hémipneustique. En règle, le nombre des stigmates est variable, mais la tête et les deux derniers anneaux abdominaux en sont toujours dépourvus. Cela s'entend pour les Insectes parfaits, car chez certaines larves de Diptères à respiration dite métapneustique, ce sont au contraire les derniers segments abdominaux qui seuls portent des stigmates souvent pédonculés et portés par de longs tubes protractiles qui servent à ces larves pour respirer au-dessus des liquides dans lesquels elles demeurent plongées.

On entend enfin par amphineustique le système respiratoire réduit aux deux paires de stigmates thoraciques et apneustique celui qui ne comporte aucun stigmate, mais des branchies trachéennes constituant comme chez les Poissons un véritable appareil respiratoire agissant par l'air contenu en dissolution dans l'eau. Chaque trachée est un tube formé d'une couche externe de cellules et d'une interne cuticulaire qui se continue d'abord directement avec le tégument chitineux du stigmate. Grâce à cette cuticule solide, la trachée demeure béante; elle y est aidée aussi par un épaisissement chitineux formant une spirale saillante qui accompagne le tube trachéen dans toute sa longueur. L'air dont ces trachées sont gonflées, la délicatesse de leurs parois leur donnent un éclat argenté. La trachée à partir du stigmate s'anastomose à l'infini avec d'autres de manière à composer un lacis entourant tous les viscères dont leurs replis assurent aussi la solidité. Toujours ces tubes sont pleins d'air, et, par des mouvements rythmiques des anneaux de l'abdomen, les Insectes qui volent font un appel au gaz extérieur qui vient gonfler les grands réservoirs aériens. Les rapports des trachées avec les cellules adipeuses sont intimement liés aux phénomènes de la respiration et de la production de chaleur animale nécessitant une consommation considérable d'oxygène. Ces échanges de matières combinées sont d'une activité plus grande chez les Insectes qui volent sans cesse; aussi sont-ce ceux chez lesquels la température est la plus élevée et aussi la production d'acide urique plus considérable, puisque ce dernier phénomène est concomitant de la combustion des graisses.
 

Le système nerveux. Les organes des sens

Le système nerveux des Insectes se compose essentiellement d'une double chaîne ganglionnaire ventrale occupant toute la longueur du corps de l'animal (fig. 7). Elle part du cerveau ou ganglion céphalique composant un cerveau assez compliqué, puis forme un collier qui entoure l'oesophage et l'aorte et qui est dit collier oesophagien. Suivant les types, à mesure que cette double chaîne nerveuse se dirige vers l'extrémité abdominale, ses ganglions affectent une coalescence de plus en plus grande jusqu'à former une sorte de masse centrale d'où partent des nerfs divisés en queue de cheval. De tous les ganglions de la chaîne accolés deux par deux partent des filets qui s'en vont innerver les organes de locomotion, la bouche, les antennes. Un système nerveux viscéral équivalent au sympathique des Vertébrés se laisse reconnaître et il présente une division oesophagienne où l'on distingue un nerf vague, puis une division sympathique proprement dite formée d'un nerf courant entre les deux cordons de la chaîne ventrale et innervant les viscères. 


Fig. 7.

Un des sens les plus développés chez les Insectes est assurément la vue. Leurs yeux sont de deux sortes, simples ou composes. Les yeux simples, appelés ocelles ou stemmates, ne sont pas absolument simples, et il serait, comme le dit Claus, plus exact de les comprendre avec ceux des Araignées et des Scorpions sous la désignation d'yeux composés ayant une cornée commune. Ils possèdent une rétine, un corps vitré, une couche pigmentaire et une sclérotique. Disposés sur le front en groupes symétriques, toujours en petit nombre, ils n'existent pas chez tous les Insectes. Tous, au contraire, possèdent de grands yeux composés formant de chaque côté du crâne une saillie hémisphérique réniforme ou arrondie. Leur cornée est subdivisée en une foule de petites cornées qui leur donne une apparence réticulée et qui forme en son tout une sorte de lentille, tandis que chaque filament nerveux représentant une des divisions possède une rétinule spéciale séparée des autres par une couche pigmentaire et formée le plus souvent de sept cellules nerveuses fréquemment unies en un bâtonnet axial. Chacun des multiples petits yeux possède sa rétine, son corps vitré, son cristallin et sa petite cornée ou cornéule, tout comme un ocelle; et une étude attentive a permis de démontrer que l'ocelle représentait l'origine commune de ces organes de vision bien que les fonctions en soient différentes (J. Müller); mais la théorie de la vue mosaïque, émise par cet auteur, a été vivement combattue.

Le développement des yeux varie beaucoup suivant le genre de vie des Insectes, suivant qu'ils vivent dans l'air, qu'ils sont nocturnes ou qu'ils mènent une existence souterraine. Chez ceux même qui ne sortent jamais des grottes et des cavernes où les ténèbres sont complètes, la cécité devient la règle, et les yeux font complètement défaut.

Les antennes comptent, après les yeux, comme les organes des sens les plus importants. Des terminaisons nerveuses très compliquées indiquent la perfection de leur organisation. La fonction de ces appendices paraît avant tout tactile, mais elle se rapporte aussi à l'ouïe sans doute et même à l'odorat. Les appareils nerveux de la bouche doivent se rapporter à l'olfaction et à la gustation. Le sens de l'ouïe est extrêmement développé, sans qu'on connaisse exactement son siège, car les Insectes produisent des sons, des stridulations très fortes qui, la plupart du temps, sont un appel sexuel. Des appareils sonores existent chez nombre d'Insectes et leur mode de conformation varie presque à l'infini. Les bruits tels que bourdonnements, susurrements et autres que les Insectes font en volant proviennent plutôt de l'appareil respiratoire et tiennent souvent à l'entrée de l'air dans les stigmates.
 

Les organes reproducteurs

La reproduction des Insectes est, dans la règle, toujours sexuée. Les sexes sont toujours séparés; l'hermaphrodisme est l'exception, de même que la parthénogenèse. Les organes d'accouplement sont situés à l'extrémité de l'abdomen et se compliquent chez les mâles de pinces ou forceps accompagnant un pénis volumineux et corné renfermé dans l'abdomen d'où il ne sort qu'au moment de l'accouplement. Les femelles sont munies d'oviscaptes, de tarières, de sondes qui leur permettent d'enfoncer leurs oeufs dans les substances où ils doivent se développer. Les Insectes sont toujours ovipares; en quelques rares exceptions les femelles sont vivipares, mettant au monde dès larves qui sont écloses dans leur oviducte.

L'appareil génital mâle comporte des testicules, des canaux déférents, un canal éjaculateur commun et un pénis qui introduit les spermatophores dans le corps de la femelle. Chacun de ces spermatophores est une petite masse d'éléments spermatiques enrobée dans la sécrétion coagulée de tubes glandulaires spéciaux débouchant à l'entrée du conduit éjaculateur commun. L'appareil femelle comporte les ovaires avec leurs trompes, un oviducte avec son vagin et les pièces génitales externes. Les oeufs, nés dans les ovaires ou tubes ovigèrès, y sont disposés en chapelets. Quand la femelle a été fécondée, ces oeufs, avant de quitter le vagin, y reçoivent la sécrétion de glandes sébacées qui les rend collants et les aide à demeurer fixés aux corps étrangers. Presque jamais les femelles ne prennent soin de leurs petits, car elles meurent ordinairement après la ponte et tous leurs soins sont pour assurer à ceux-ci un abri protecteur, une situation en rapport avec le genre de vie de la larve qui en sortira. Aussi est-ce dans ces précautions, dans cette prévoyance qu'éclate l'instinct extraordinaire des Insectes, notamment des Hyménoptères

Les mâles meurent généralement quelques jours après l'accouplement, les femelles après la ponte, mais cette règle souffre l'exception et bien des Insectes vivent plusieurs années et se reproduisent plusieurs fois. D'une manière générale, ce sont ceux qui ont eu la vie la plus longue à l'état de larve qui vivent le moins longtemps à l'état d'Insecte parfait  (la métamorphose des insectes).

Les différences sexuelles extérieures sont ordinairement assez nettes, les sexes manifestant souvent un dimorphisme assez prononcé qui peut aller jusqu'au polymorphisme dans dès individus de même sexe, comme s'il se formait par sélection dès races dans une même espèce. En règle, les femelles sont plus volumineuses que les mâles, ont l'abdomen plus développé, avec des tarières, des aiguillons venimeux que ces derniers ne possèdent jamais. Mais ils possèdent dès protubérances sur le thorax, dès mandibules très grandes, des antennes plus vastes ou plus longues, etc., comme si le caractère du mâle devait être surtout ornemental et celui de la femelle dirigé plutôt vers la reproduction de l'espèce. (Maurice Maindron).

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