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Imbros

Imbros, auj. Imroz  ou Gökçeada, est une île turque de la mer Egée, au Sud de la Samothrace, était jadis, comme cette dernière, le siège (mais non le sanctuaire) du culte mystérieux des Cabires. Superficie : 287 km²; population  : 8300 habitants.

Cette île, que les Anciens ont appelée Imbros ou Imbros, qui se nommait Embaro, Lembro, Imbro, dans les temps modernes, est située à vingt-cinq milles à l'Ouest de la Chersonèse de Thrace. Pline lui donne l'équivalent de 290 km de cironférence. Elle est arrosée par un cours d'eau appelé l'Ilissus. Cette île est haute et montueuse, et Homère lui donne l'épithète de Rocailleuse, cependant elle s'élève moins que Samothrace au-dessus de la mer, puisque lorsqu'on sort du détroit des Dardanelles, on découvre par-dessus l'île d'Imbros le mont Saoce.
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Imbros (carte).
Carte d'Imbros.
(Altitudes en pieds; 1 pied =0,3048 m).

Toute l'île d'Imbros est un charmant pays. Au pied des hauteurs boisées s'étendent des vallées délicieuses et de fraîches prairies, qui pourraient nourrir de nombreux troupeaux. Des eaux abondantes y entretiennent une belle végétation, et l'on peut s'y reposer à l'ombre de figuiers chargés de fruits, de myrtes, de lauriers-roses; et de vieux ceps qui embrassent le tronc et les branches des plus hauts platanes sont parvenus déjà depuis deux siècle à leurs sommets, les chargent et les décorent de raisins, et n'en ressortent que pour passer sur les cimes voisines.

Imbros a suivi constamment le sort des îles voisines. Comme celles-ci, elle fut consacrée aux Cabires; elle fut occupée par les Tyrrhéniens et conquise par les Athéniens, qui la gardèrent aussi longtemps que Lemnos. Philippe la leur avait enlevée; Antigone la leur rendit. Elle retomba plus tard sous la domination des rois de Macédoine, puisque nous voyons les Romains stipuler dans le traité qu'ils imposèrent à Philippe, après la bataille de Cynocéphale, qu'Imbros serait rendue aux Athéniens avec Delos et Scyros. Antiochus le Grand passa à Imbros quand il se rendit en Grèce dans l'espérance d'enlever ce pays à l'influence romaine, et Ovide s'y arrêta quelque temps, lorsqu'il quitta Rome pour se rendre au lieu de son exil.

Dans les temps modernes l'histoire d'Imbros est aussi stérile que dans l'Antiquité. Le P. Lequien déclarait qu'il n'en est fait aucune mention dans les Annales Ecclésiastiques, et que le siège épiscopal d'Imbros y était entièrement oublié. Dans les derniers temps du Bas-Empire, Imbros fut disputée aux Empereurs grecs par les républiques maritimes de l'Italie, qui ne négligeaient rien pour s'assurer des positions avantageuses dans la mer Egée. Comme Lemnos et Samothrace, elle fut enlevée aux derniers Paléologues par la famille Gateluzi, qui déjà régnait à Lesbos, et qui fut dépouillée de toutes ses possessions par Méhémet II. Alors Lucio Gateluzi était prince d'Imbros et de Lemnos. Lucio avait aidé son parent Nicolas, prince de Lesbos, à détrôner et à étrangler son frère Dominique. Ces deux perfides, vaincus et dépouillés par Méhémet, furent emmenés captifs, et envoyés au supplice, après avoir enduré de cruels tourments. Depuis ce temps cette île est restée aux Turcs.

Imbros contient aujourd'hui, disait Choiseul-Gouffier, trois mille habitants, distribués dans quatre villages. Celui qui porte le nom de l'île est situé sur la côte orientale, et près d'une anse où l'on mouille par quinze et vingt brasses. Non loin de la l'on reconnaît les ruines de l'ancienne ville et les vestiges d'un temple.

" Des bateaux prêts à exporter les productions de l'île, ou que le mauvais temps a forcés d'y relâcher, le bruit des ouvriers qui en radoubent ou qui en construisent d'autres, et les pêcheurs rentrant avec une riche récolte de rougets, de dorades et de coquillages, dont caque enfant vient solliciter sa part, répandent un peu de mouvement dans le petit port d'Imbros. »  (Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque en Grèce, t. II).
Dans l'intérieur on trouve toutes les hauteurs couronnées de bois, où abondent des animaux de toutes espèces, surtout des sangliers, lièvres et lapins.
" Un gentilhomme flamand de notre vaisseau, disent Spon et Wheler (Voyage d'Italie, etc.), y alla avec son fusil et son chien, et en moins de deux heures il tua un sanglier et une laie avec ses quatre marcassins."
Sous les Turcs, Imbros a été longtemps un lieu d'exil pour les pachas, comme l'Athos pour les patriarches, et Mytilène pour les princes grecs. Le célèbre vizir Baltadji Mehemet, qui enferma Pierre le Grand sur les bords du Pruth, y fut relégué, après une disgrâce que provoquèrent les réclamations de Charles XII. Tranquille sous la domination musulmane, Imbros n'a pris aucune part à la guerre de l'indépendance de la Grèce et est restée à la Turquie jusqu'à nos jours. (L. Lacroix).
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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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