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La forêt de Fontainebleau

La forêt de Fontainebleau, nommée autrefois Forêt de Bièvre, est une forêt domaniale, célèbre par ses rochers de grès et ses sites pittoresques. Les plus renommés sont les gorges d'Apremont et de Franchard, la Gorge-aux-Loups, la Mare-aux-Fées. Cette forêt est surtout peuplée de chênes, de hêtres, de pins, de bouleaux. Sa superficie est de 16 818 hectares, dont 1631, en dehors des aménagements, sont consacrés aux réserves artistiques, aux promenades, etc. Elle est traversée par le canal qui amène à Paris les eaux de la Vanne.
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Rousseau : la forêt de Fontainebleau.
Dans la forêt de Fontainebleau
tableau de Théodore Rousseau.

Elle est coupée par une suite de collines, qui s'orientent de l'Est à l'Ouest. Le sol, composé de sables et grès marins dits de Fontainebleau qui forment la base du terrain miocène, est pauvre en général. L'eau manque, Les arbres ont eu parfois de la peine à grandir et à se développer. Ils ont gardé souvent une allure tourmentée. Des charmes incrustent leurs racines dans les rochers, « jusqu'à paraître faire corps avec eux » (E. Michel). Pourtant, les chênes et les hêtres y sont en abondance. Leur floraison est magnifique. On peut rencontrer des chênes de 7 mètres de tour, de cinq cents ans d'existence. Autour d'eux s'élancent des ormes, des érables, des peupliers blancs, de néfliers, des aliziers, des châtaigniers, des bouleaux. Les genévriers, les houx aux fruits rouges, les ronces se pressent de toutes parts. Les bruyères roses ou blanches, les fougères blondes en automne, argentees comme de l'étain mat sous le soleil d'été, les mousses veloutées, les iris jaune clair, les lierres rendent la forêt plus vivante encore. Les pins y furent importés aussi. On ne peut oublier certaines chutes de jour, sur les branches des pins, le long de pentes cahotées par les rocs. L'impression est peut-être moins profonde que dans les grandes futaies, mais elle est singulièrement prenante. On ressent une mélancolie merveilleuse au milieu de ces longs arbres minces, sombres ou clairs, selon le rayon du soleil.

La forêt n'est plus ce qu'elle fut autrefois. Malgré toutes les prescriptions de prudence, de nombreux incendies la décimèrent. Tour à tour, les gorges de Franchard, le Long-Rocher, les gorges d'Apremont, les monts Girard furent la proie des flammes. En 1904, le plateau de Belle-Croix était encore ravagé par le feu.  Le froid extrême, la sécheresse la transforment aussi, et permettent sa régénération. L'hiver de 1879 fut un désastre. Des orages violents abattent les arbres. Les insectes, les vers blancs accroissent leur pourriture. Les lapins, les cerfs, les chevreuils les minent et les dépouillent.

De hautes futaies subsistent encore pourtant, profondes, mystérieuses, comme des nefs de cathédrales. Des rochers viennent par endroits rompre leur harmonie; des rochers aux formes monstrueuses, qui souvent dissimulent des cavernes où se réfugiaient, au temps des guerres, les peuples d'autrefois. Une certaine inquiétude, presque de la crainte, vous prend la première fois que l'on parcourt ces solitudes. Mais la forêt est sûre depuis très longtemps. Il n'y a pas d'histoires de brigands, tout au plus pourra-t-on s'y donner le frisson en se remémorant la légende du Grand Veneur. Et tout autour des bois, venant battre la lisière de leurs moissons, des champs s'étendent, féconds, couverts d'arbres fruitiers, abondants, aimables et riants.

La forêt de Fontainebleau et les rois.
La forêt était giboyeuse, bordée de cours d'eaux poissonneux. Les rois de France, épris de chasse et de pêche, s'y plurent de bonne heure. Au centre de la forêt, une forteresse, de grandeur moyenne, fut construite sous Robert le Pieux. Tour à tour Louis VII, Philippe Auguste, saint Louis l'habitèrent. Philippe le Bel y mourut d'un accident de chasse. François Ier en fait sa résidence préférée pour le plaisir qu'il prend au dit lieu et aux déduits de la chasse des bêtes rousses et noires, qui sont en la forêt de Brière et aux environs Il y fait venir des artistes italiens, le Rosso, Francesco Primaticcio; il enrichit le château « de toutes sortes de commodités avec les galeries, salles, chambres, estuves et autres membres, le tout embelly de toutes sortes d'histoires tant peintes que de reliefs faites par les plus excellents maîtres que le roi pouvait recouvrer de France et d'Italie ».
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Le château de Fontainebleau et son jardin.
Le château de Fontainebleau et son jardin à la française.

La femme de Charles IX, Elisabeth, s'y fait construire une laiterie décorée de peintures. Henri IV fait établir la route ronde et la grande pièce d'eau. Louis XIII naît à Fonlainebleau. Le Flamand Ambroise Dubois décore la chambre de Marie de Médicis. Les artistes, les littérateurs y sejournent. Mais, ce que l'on vante, ce n'est pas la forêt, ce sont les parterres « où les grâces de l'art ont fardé la nature ». Louis XIV y vient souvent pour les chasses. Réceptions et couverts s'y succèdent. On y donne la comédie.

En 1783, Louis XV épouse Marie Leczinska dans la chapelle du château. Des hôtels se construisent autour de la demeure royale : l'hôtel de Pompadour, l'hôtel du duc de Richelieu. Voltaire vient assister à la représentation de Tancrède, Jean-Jacques Rousseau à celle du Devin de village. Mais on n'aime toujours la forêt que pour la chasse. Son aspect sauvage et désolé la fait regarder « comme un lieu d'horreur ». Sous le Premier Empire, Pie VII y séjourna deux fois. Napoléon y signa son abdication en 1814. Depuis lors, le château fut délaissé. Seul le président Carnot y vint habiter quelque temps. Mais les littérateurs et les artistes explorèrent enfin la forêt.

La forêt de Fontainebleau des écrivains et des artistes.
Le sentiment de la nature avait été longtemps ignoré en France. Ce que l'on aimait, c'étaient les parterres exacts, les charmilles taillées, les allées rectilignes. Le désordre apparent de la forêt semblait sauvage et de mauvais goût. Puis vint le romantisme. 

Les Romantiques.
Chateaubriand en parla le premier, mais de telle sorte qu'il est bien visible qu'il ne la connaissait pas. Sénancour la connut véritablement et s'y plut. Son héros, Obermann, « parcourt avidement ces solitudes, s'égarant à dessein, content lorsqu'il a perdu toute trace de route, et qu'il n'aperçoit aucun chemin fréquenté ». Il aime les fondrières, les vallons obscurs, les bois épais, les grès renversés et les blocs ruiniformes. Il y cherche surtout l'image de son âme et un remède aux inquiétudes de son esprit. Dans la forêt, « un sentiment de bonheur l'agite avec force, le pousse, l'oppresse ». Il monte, descend, court, et, « lorsqu'il a longtemps marché dans les bruyères, entre les genévriers, il se surprend parfois il imaginer les hommes heureux ».

Après Sénancour, Musset vint à Fontainebleau et il y vint avec George Sand. Il y revint seul ensuite. Il y composa le Souvenir. Mürger habita Marlotte. Flaubert promena à travers la forêt le héros de son Education sentimentale. Michelet y trouva le repos, s'émut « au combat du grès, de l'arbre tordu, à l'effort vertueux du chêne ». Taine fut ravi de la sérénité et des rayonnements qui naissent de « cet inextricable réseau de clartés entre-croisées qui habitent le dôme des chênes ».
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Paal : Un matin dans la Forêt de Fontainebleau.
 Un matin dans la forêt de Fontainebleau,
tableau de Lazlo Paal (1875).

L'école de Barbizon.
Les artistes avaient suivi les écrivains. Pendant longtemps ils avaient été insensible, au charme de la forêt. Au XVIIIe siècle, Oudry avait donné comme cadre à ses « chasses royales » des sites de Fontainebleau. Mais Corot fut le premier qui vint l'étudier avec soin. Il y fut attiré, à son retour de Rome, par Aligny. Il travailla dans la forêt; mais il se souvient trop dans ses tableaux de l'Italie ou de Ruysdael. Il est un peu effaré par la forêt. Il aime mieux des pays plus agréables; moins tourmentés.

C'est à l'Ecole de Barbizon qu'il appartint d'exprimer le charme et la beauté de la forêt. Théodore Rousseau s'était installé dans ce petit village. « Il était pris, englué par la diversité infinie des visages de la fée ». il voulait « donner l'idée de toutes les richesses de la nature, et il avait besoin de l'étudier elle-même, sans relâche, sous tous ses aspects. On se souvient de ses magnifiques toiles : Après la pluie, l'Après-midi d'octobre, les Chênes du Bas-Bréau, la Hutte aux charbonniers, etc. Auprès de lui, Millet observe aussi la nature « pour en résumer les traits essentiels ». Tous deux visent à la force. « Je crois qu'il vaudrait presque mieux que les choses faiblement dites ne fussent pas dites, parce qu'elles en sont comme déflorées et gâtées ».

Autour d'eux, à Barbizon, Charles-Jacques peint les moutons, les volailles, Diaz les sous-bois; Barye, Karl Bodmer, Français,Troyon, Léon Belly aiment et étudient la forêt et ses animaux, A Marlotte habitent Cicéri, Olivier de Penne, Allongé, Henri Zuber. Rosa Bonheur est à Thomery, Cazin à Recluses, à Moret Sisley et Guillemet. D'autres enfin installent leurs chevalets sur les bords charmants du Loing. Ainsi la forêt est dès cette époque connue et aimée. 

Les étrangers s'y rendent chaque année, l'étudient, y trouvent le repos et y reviennent. Lorsqu'on la connaît, on l'aime, avec ses beaux sentiers de randonnée et ses nombreux sites d'escalade. Les heures y sont diverses et charmantes. Chaque saison, chaque jour a sa couleur, sa beauté, son parfum. Les bois y sont pleins de secrets : il est délicieux d'en chercher le mot. Le coeur s'épure au milieu de ces futaies profondes. (Jacques Bompard).
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Monuments commémoratifs de Rousseau, Millet et Rosa Bonheur.
Monument commémoratifs de Rousseau et de Millet à Barbizon 
et, à droite, celui de de Rosa Bonheur, à Fontainebleau.
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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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