Jalons |
L'Antiquité
Xénophane
de Colophon ,
qui florissait vers 535 av. J.-C.,
attribuait la présence des coquilles
pétrifiées que l'on trouve loin de la mer et des empreintes
de poissons des carrières de Sicile à ce que la mer avait
recouvert autrefois les continents.
Hérodote
(445 av. J.C.) argumentait aussi au
sujet des coquilles rencontrées dans les montagnes d'Égypte,
pour établir que cette contrée avait été anciennement
un golfe de la mer. Aristote, au siècle
suivant, dans ses Météorologiques, avait fait des
observations
sur plusieurs
phénomènes géologiques
de la plus haute importance, comme le comblement des rivières, la
formation des deltas, l'élévation de certaines contrées
par l'action volcanique, la conversion de la mer
en terre, et de la terre en mer. Un de ses élèves,
Théophraste,
a écrit quant à lui un petit Traité sur les pierres.
Il y donne la description de beaucoup de minéraux très répandus
dans la nature, comme le gypse, le saphir ,
etc., et il remarque que plusieurs d'entre eux se présentent en
cristaux (à propos du mot cristal, il est intéressant
de rappeler que dans Homèrekristallos
désignait la glace).
Le géographe Strabon,
qui écrivait vers l'an 1er
de notre ère, repousse l'hypothèse
de la diminution et du retrait des mers avancée par Xanthus
de Lydie, pour expliquer l'existence des coquillages fossiles à
de grandes hauteurs et à des distances fort éloignées
des mers actuelles : il l'attribue hardiment à des soulèvements
et à des abaissements des continents eux-mêmes. Une opinion
qui aura la vie dure! Lucrèce (40
ans av. J.-C.) dit qu'avant l'apparition des humains et des
animaux actuellement vivants à la surface de la Terre ,
celle-ci avait produit des êtres extraordinaires et des végétaux
de dimensions colossales. C'est en fait l'opinion générale
d'une époque qui considère que les
ossements fossiles des grands animaux doivent être attribués
à une espèce de géants
disparus.
Ovide, contemporain
de Strabon, dans le passage du 15e
livre de ses Métamorphoses, où il explique
(ou interprète) le système de Pythagore,
fait une très curieuse énumération des principaux
phénomènes qui tendent à modifier la surface de la
Terre. Justin, à qui nous devons la conservation
de plusieurs fragments intéressants de Trogue-Pompée,
semble adopter l'opinion de cet historien relativement à l'origine
ignée de notre planète .
En conséquence, il pense que, le refroidissement ayant dû
commencer par les pôles, ce sont Scythes (habitants supposés
des régions arctiques) qui ont été
les premiers habitants de la Terre. Pline l'Ancien,
quant à lui, avait consacré (vers 76
av. J.-C.) les livres XXXIII à
XXXVII de son Historia naturalis à la description des minéraux.
Il a aussi fait connaître les propriétés surnaturelles
ou médicinales que leur attribuaient les Anciens.
Le
Moyen Âge
Au Moyen âge ,
les questions touchant à la géologie sont d'abord abordées
dans le monde arabe. En Mésopotamie, les Frères de la Pureté
et de la Sincérité ( Al-Fergani)
expliquent au XIe
siècle, évoquent l'érosion
des montagnes et imaginent que leurs débris seront le matériau
à partir duquel s'érigeront un jour de nouvelles montagnes.
Vers la même époque, Avicenne s'intéresse
aux mécanismes de la fossilisation et attribue aux séismes
un rôle central dans l'orogenèse. En revanche, l'Europe médiévale
ajoute peu de chose aux notions de géologie et de paléontologie
de l'Antiquité. Lorsque les ouvrages Arabes et des Grecs sont connus,
on en reprend les idées. Au milieu du XIIIe
siècle, Albert
le Grand puise ainsi ses conceptions géologiques chez Aristote
et Avicenne. Il s'inspire aussi de ce dernier
pour écrire un traité de minéralogie. Les recherches
minéralogiques en vue de l'extraction des minéraux utiles
n'avaient pas cessé depuis l'Antiquité. Au VIe
siècle, les Slaves et les Vendes
avaient commencé à exploiter les mines de Bohème et,
avant l'an 1000,
les riches mines de Hongrie, de Saxe, etc., avaient été découvertes.
Mais avant Avicenne et Albert, personne depuis le temps de Pline
n'avait plus écrit sur la question.
La présence
de ces fossiles sur les hautes montagnes fut également citée
par les théologiens
comme une preuve de la réalité
du Déluge
de Noé ( Genèse ).
Ce fut le cas, en particulier de Tertullien
et, après lui, de saint Augustin, et
ce point de vue sera encore développé à
la fin du XIIIe
siècle. Mais déjà,
ce qui apparaît rétrospectivement comme la grande question
géologique du Moyen âge commence à affleurer. Elle
concerne la répartition des océans et des continents à
la surface du globe.
La dispute de
l'eau et de la terre.
La Bible
donne à penser qu'il ne peut y avoir de continent bien séparé
du monde habité (oekumène), car comment aurait-il
été évangélisé? Bien sûr, on peut
toujours imaginer, à condition qu'ils soient inhabités, qu'existent
d'autres continents que les trois connus (Europe, Asie, Afrique) et qui
sont solidaires. Mais il est plus simple d'admettre que ce n'est pas le
cas, et qu'en particulier un océan immense, centré sur les
antipodes, recouvre le globe à l'exception de l'oekumène.
Reste dans ce cas à expliquer, comment s'effectue la séparation
de l'eau et de la terre. En effet, dans le cadre de la physique d'Aristote,
chaque élément se répartit dans le cosmos en fonction
de ce qu'est son lieu naturel. Or, la terre est l'élément
dont le lieu naturel est le centre du cosmos, et le lieu de l'eau se trouve
au dessous (c'est ainsi qu'on explique qu'une pierre lancée dans
une mare coulera!). On peut même donner des explications plus théologiques .
En 1320,
Dante
explique dans sa Querelle de l'eau et de la terre que ce qui définit
le lieu naturel d'un élément, c'est sa noblesse. L'eau (utilisée
pour les purifications )
est plus noble que la terre (signe de souillure), et doit donc se trouver
au-dessus d'elle, plus près du ciel .
Quoi qu'il en soit, il résulte de telles conceptions que le globe
devrait être entièrement recouvert d'eau, et que l'existence
de continents est une énigme.
Dante esquisse, avant
de les rejeter, deux possibilités, soit la Terre est bombée,
soit elle est composée de deux globes imbriqués et dont les
centres ne coïncideraient pas. Le globe d'eau légèrement
excentré par rapport au globe de terre laisserait ainsi naturellement
émerger une fraction de ce dernier. Ces même idées
agitent également les représentants de l'École Parisienne
du XIXe
siècle. Mais, eux sont décidés
à à engager sur le sujet une réflexion réellement
physique, et sont disposés à s'écarter de l'orthodoxie
aristotélicienne, même si la physique d'Aristote reste à
le yeux le meilleurs recours. Nicole Oresme, Pierre
d'Ailly, et surtout Jean Buridan abordent
la question. Buridan, qui adapte à sa manière la thèse
des globes excentrés et s'attache à justifier l'existence
d'une région continentale en évoquant une hétérogénéité
des diverses régions de la Terre (due à l'action du Soleil);
ce qui justifierait bien à ces yeux que certaines parties
aient coulé sous les océans, mais que d'autres puissent
se maintenir au-dessus.
La
Renaissance
A l'époque de la Renaissance ,
la question des coquilles
fossiles resurgit. La plupart des auteur soutenaient qu'elles étaient
le résultat du Déluge ;
d'autres affirmaient qu'elles étaient des jeux de la nature,
qu'elles devaient leur origine aux étoiles ,
etc.; un petit nombre seulement, tels que Léonard
de Vinci (1452-1549),
qui fut le premier à chercher à déraciner les légendes
qui faisaient naître les coquilles sur les montagnes « par
l'opération des étoiles », et à expliquer
leur présence par des causes géologiques naturelles. Fracastor
(1517) soutint énergiquement
cette opinion, et montra qu'on ne pouvait attribuer la présence
de ces débris au Déluge biblique ,
d'abord parce que ce dernier ne fut, selon les textes, qu'une inondation
passagère et de peu de durée, et ensuite parce que les eaux
du Déluge auraient bien pu disperser des débris semblables
à la surface du sol, mais n'auraient pu les ensevelir dans les couches
les plus profondes des montagnes. Bernard Palissy
(1575) adopte une position similaire
et explique que les coquillages marins ne peuvent avoir été
transportés aux lieux où on les trouve, attendu la conservation
parfaite de leurs épines et de leurs appendices les plus fragiles,
et que, par conséquent, les terres qui les renferment ont été
anciennement recouvertes par l'Océan.
Ces
conceptions
n'ont pas empêché les préjugés de subsister
durablement dans l'esprit des philosophes de cabinet et l'on préférait
considérer les fossiles comme des jeux de la nature (lusus naturae)
plutôt que d'accepter une explication-raisonnée.
Au XVIIIe
siècle encore,
à l'exemple de Voltaire, plus célèbre
il est vrai par sa verve sarcastique que par ses connaissances
en histoire naturelle, on admettait
volontiers que les coquilles fossiles avaient été apportées
par des pèlerins revenant de la terre sainte, ou que les ossements
d'éléphants ,
si communs dans le Nord de l'Italie, étaient les débris de
ceux qu'Annibal y avait amenés, avec
son armée, en l'année 218 avant notre ère.
Un dernier auteur important
doit encore être mentionné à cette époque :
Agricola
(1454-1555),
que Werner appellera le père de la métallurgie.
Il donne, dans son traité De natura fossilium, la description
de beaucoup de minéraux et emploie pour leur détermination
des caractères d'une assez grande valeur, comme la dureté,
la densité, la coloration, l'éclat, etc. Mais son ouvrage
phare est le De re metallica, en 12 livres (avec un appendices sur
les créatures vivant sous la terre), qui paraîtra un an après
sa mort. On y trouve exposées ses idées sur les mines et
les technologies d'extraction.
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Planche
de l'ouvrage De Re Metallica de Agricola.
(Source
: Université technique
d'Ostrava).
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