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La géographie botanique
Les habitats des plantes
[La Terre]
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Facteurs environnementaux
Zones de végétation
Habitats des plantes
Chaque espèce végétale occupe sur le globe une aire déterminée plus ou moins grande, mais qui ne s'étend jamais à toute la surface de la Terre. Il est même rare qu'une plante soit répandue sur plus d'un tiers de la terre ferme, dit Ascherson, auquel nous faisons de nombreux emprunts pour la rédaction de cette page. Les plantes qui peuvent avoir une aire de cette étendue se rencontrent parmi celles de la zone tropicale; environ trois ou quatre cents de ces plantes occupent toute l'étendue des tropiques ou même les dépassent quelque peu. Citons comme exemples les Lycopodium cernuum, Pistia stratiotes, Eleusine indica, Argemone mexicana, Cleone (Gynandropsis) pentaphylla, Waltheria americana, Ricinus communis, Hydrocotyle asiatica, Cassia occidentalis, Mimosa asperata, Herpestes Monniera, Ageratum conyoides, dont quelques-unes sont sans doute arrivées par émigration de l'ancien dans le nouveau continent. Il s'agit là de l'extension topographique de plantes dans un climat déterminé. Il est bien plus rare de rencontrer une même plante à la fois dans deux climats différents; nous pouvons cependant citer comme appartenant à la fois aux régions chaudes et tempérées les Pteris aquilina, Osmunda regalis, Juncus tenuis, Potamogeton pectinatus, Ruppia maritima, Zannichellia palustris, Panicum crus galli, Dactylus officinalis, Eragrostis minor, Stellaria media, Portulaca oleracea, Oxalis corniculata, Solanum nigrum, Gnaphalium luteo-album. Sont rares également les plantes des deux régions tempérées qu'on ne retrouve sous les tropiques que dans les montagnes : Lycopodium clavatum, Montia rivularis, Lythrum hyssopifolia, Taraxacum vulgare, etc. Ces plantes à aire très étendue ou interrompue sont souvent des espèces rudérales ou de mauvaises herbes, ou encore des Cryptogames et des espèces hygrophiles. 

L'immense majorité des plantes occupe des aires bien plus restreintes. On peut même signaler comme très faible le nombre des espèces qui s'étendent sur toute l'Europe, depuis les provinces arctiques de la Russie jusqu'à l'extrémité des péninsules méditerranéennes; citons par exemple : Capsella bursa pastoris (qui se retrouve d'ailleurs à la Terre de Feu) et Thymus serpyllum. En revanche, le Circaea alpina, très répandu dans l'Amérique du Nord et en Asie, manque dans le Nord de la Russie et dans les montagnes de l'Espagne et de la Grèce. Cette plante offre un exemple remarquable de ces aires géographiques allongées dans le sens Est-Ouest, qui sont beaucoup plus fréquentes que les aires allongées dans le sens Nord-Sud. Ces aires sont surtout fréquentes dans l'hémisphère boréal et sur l'ancien continent. Nous citerons entre autres la région forestière qui s'étend depuis la France jusqu'au Kamtchatka et qui est partout caractérisée par le Pinus sylvestris; puis une zone s'étendant dans la région méditerranéenne depuis le Portugal jusqu'en Anatolie et en Syrie et caractérisée par l'Anagyris foetida, le Vitex agnus castus et le Nerium oleander; enfin plus au Sud, dans la région saharienne, une aire qui s'étend depuis les îles Canaries et du Cap-Vert jusqu'à l'Indus inférieur avec des plantes telles que le Scrophularia arguta et l'Anticharis linearis. En Amérique, au contraire, on remarque dans les régions tropicales et suivant les Andes ou le littoral maritime oriental ou occidental des aires de distribution allongées dans le sens du méridien.

Dans les régions sèches du globe, les aires sont généralement petites, mais les espèces sont nombreuses dans une même aire. Il peut même arriver que des plantes se trouvent limitées à un point unique du globe; ainsi le Statice arborescens ne se rencontre à l'état spontané que sur une seule petite île rocheuse de la côte de Tenerife. Dans les déserts mêmes, la végétation ne peut subsister; cependant on trouve en plein désert, sur le djebel Ahmar (montagne rouge), près du Caire, le Fagonia latifolia, plante très caractéristique. Dans l'Europe moyenne et en particulier dans les Alpes se rencontrent également un certain nombre d'aires très circonscrites pour des espèces absolument caractéristiques; tels sont entre autres le Wulfenia carinthiaca, limité au seul Gailthal, en Carinthie; le Sangirisorba dodecandra, exclusivement propre à la Valteline, etc.

Chaque espèce végétale doit avoir un berceau (lieu d'origine) unique. Il n'est pas nécessairement compris dans l'aire actuelle de l'espèce; il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler que, lors de la dernière ère glacière, nombre d'espèces ont été refoulées vers le Sud, loin de leur berceau. D'autre part, pour concevoir la formation des aires actuelles, on est obligé d'admettre que les individus ont rayonné de plusieurs points, sinon d'un seul, ce qui paraît le plus vraisemblable; ce point appelé centre de végétation par Grisebach et plus communément centre de dissémination ou de dispersion, se confond avec le centre d'origine lorsqu'il est démontré que les espèces se sont maintenues dans leur aire primitive. Il n'a rien de commun avec le centre géométrique de l'aire et ne peut être déterminé que par des considérations de géologie historique; encore ne peut-on que rarement arriver à une certitude à cet égard. Chaque espèce a rayonné de son point de départ, aussi loin que le lui ont permis les conditions météorologiques et climatiques, abstraction faite de la compétition avec d'autres espèces qui peuvent en avoir restreint l'aire, ou jusqu'à ce qu'elle ait rencontré un terrain qui ne lui convenait pas, ou un obstacle matériel insurmontable tel que la mer, un désert ou une chaîne de montagnes couverte de glaciers; une plante de plaine est aussi impuissante à franchir une chaîne de cette importance, qu'une plante d'altitude à franchir la plaine. Les limites imposées à l'extension d'une espèce par les conditions climatiques, sont appelées, depuis Grisebach, lignes ou limites de végétation et se reconnaissent à leur forme généralement régulière coïncidant plus ou moins avec certaines lignes climatiques et à ce que la culture de cette espèce au delà de ces lignes ne réussit plus, ce qui n'est pas le cas pour les obstacles mécaniques et les barrières naturelles. Les lignes de végétation sont le plus faciles à constater pour les plantes dites sociales et surtout pour les plantes cultivées, car la culture se fait habituellement jusqu'aux plus extrêmes limites; c'est le cas des arbres de nos forêts, des céréales, etc.

Les plantes ne se comportent pas toutes de la même manière sur leur limite de végétation. Souvent la transition est brusque; c'est ce qui arrive pour l'Euphorbia cyparissias si répandu en France et qui atteint sa limite en Allemagne; encore très commun à Neu-Strelitz, il n'existe plus à Neu-Brandenbnrg, un peu plus au nord. D'autres espèces, plus rares ou plus disséminées, se présentent comme des postes avancés; leurs divers habitats sur une carte formeraient une sorte d'archipel dont les îles, très rapprochées vers le centre de l'aire se trouveraient très éloignées les unes des autres près de sa circonférence. Il en est ainsi par exemple, de l'Inula conyza; étendu sur un grand espace dans l'Europe moyenne et dans l'Asie antérieure, sans jamais être commun, il n'occupe que quelques postes avancés près de Krossen, sur l'île de Rügen, et sur les îles danoises, et manque totalement dans les plaines baltiques.

D'autres aires, en grand nombre, se composent de groupes d'îlots ou d'îles séparés les uns des autres par de grandes distances. C'est le cas de l'Aldrovanda vesiculosa qui se rencontre en Prusse, puis près du lac de Constance, dans l'ouest et dans le midi de la France, dans la Haute-Italie, en Hongrie, en Lituanie, en Inde (Calcutta), en Australie (Rockhampton) et dans l'Afrique centrale (Bahr el-Ghazal); cette énumération est certainement incomplète, mais il n'en est pas moins vrai que les stations de l'espèce sont très disséminées. Du reste le même fait s'observe même pour des plantes dont l'aspect est beaucoup plus frappant et que leur taille ou d'autres particularités ne permettent pas de ne pas apercevoir, pour certains arbres par exemple; ainsi le Cedrus Libani qui existe dans le Sud de l'Anatolie, au Liban et à Chypre, se retrouve sous une forme légèrement différente (C. atlantica) dans les montagnes du Nord-Ouest de l'Afrique; il en est de même du Rhododendron ponticum des montagnes de l'Anatolie et de la Syrie qui reparaît dans le Sud-Ouest de la Péninsule ibérique sous une forme un peu différente (R. baeticum).

Les aires d'une même espèce peuvent être très distantes les unes des autres; c'est ce qui arrive par exemple pour les plantes de montagne qui se retrouvent en plaine à une latitude plus élevée; ainsi l'Empetrum nigrum, qui manque dans les tourbières de la plaine, dans l'Europe moyenne, se trouve dans la plaine et les forêts sablonneuses du Nord de l'Allemagne, puis sur les montagnes relativement peu élevées telles que la Forêt-Noire et dans les Alpes. Citons encore le Pedicularis sudetica des plaines de la région arctique en Europe et en Asie qui fait également partie de la flore alpine, le Polygonum bistorta qui est à la fois circumpolaire, alpin et répandu dans presque toutes les régions tempérées de l'hémisphère boréal, puis le Mélèze (Larix europaea) qui existe dans la région arctique sous la forme très voisine du Larix Sibirica, et le Pinus cambra qui est identique dans les Alpes et dans les plaines arctiques forestières. Citons enfin deux espèces très intéressantes sous le même rapport, le Myricaria germanica et l'Hippophae rhamnoides qui descendent des Alpes en suivant les cours d'eau, puis reparaissent, le dernier sur les dunes du Nord-Ouest de la France, les deux au Tibet, dans le Koukou-Nor, à une altitude de 3600 m, où ils acquièrent des dimensions que nous ne leur voyons jamais en Europe; l'Hippophae atteint jusqu'à 6 m. 

L'extension d'une même espèce d'une aire à une autre fort éloignée ne s'est certainement pas toujours effectuée pendant la période géologique actuelle; mais des transports éloignés sont possibles par l'intervention des humains, intervention qui est le plus souvent involontaire. Ce fait ressort surtout bien nettement pour le Xanthium spinosum; originaire de la Russie méridionale, cette espèce, essentiellement xérophile, s'est répandue dans l'Europe moyenne et méridionale, où elle est relativement disséminée, et a fini par pulluler d'une manière extraordinaire dans les pâturages secs de l'Amérique méridionale et de l'Australie, au point d'incommoder les troupeaux par ses fruits adhérents par masses énormes à leurs poils. 

Dans une même zone climatique on trouve souvent, à de grandes distances et sur des continents différents, des représentants d'un même genre ou d'une même famille, distincts, mais en quelque sorte équivalents et similaires. Tels sont par exemple les Magnolia, les Illicium de la Chine et du Japon et ceux de l'Amérique du Nord, les Chênes, les Hêtres, les Conifères d'Europe et d'Asie et ceux de l'Amérique du Nord, les Cunnaera, les Libocedrus, les Hêtres de l'île Auckland et ceux de la Terre de Feu; de même comme représentant des familles, nous trouvons en Australie les Epacridées remplaçant les Ericées des autres continents; les Lobéliacées de l'Amérique correspondant aux Campanulacées de l'ancien continent. Les Asclepias d'Amérique sont remplacés en Europe par les Cynanchum ou les Vincetoxicum, etc. Enfin d'un pôle à l'autre il y a même des formes équivalentes comme l'Empetrum rubrum à fruits rouges de la Terre de Feu qui correspond à notre Empetrum nigrum circumpolaire; de même les Acaena y représentent nos Sanguisorba, les Colobanthus nos Spergula.

Ces faits nous font déjà pressentir l'importance du rôle que jouent dans la répartition des végétaux à la surface du globe les aires des groupes naturels, sous-genres, genres, tribus, familles. Aussi bien que les espèces, ces groupes ont des aires plus ou moins nettement circonscrites, mais d'une étendue beaucoup plus considérable. L'étude de ces aires a pour le botaniste une importance bien plus grande que celle des aires des espèces; car elle peut, aidée des observations paléontologiques, jeter quelque jour sur la marche suivie par les Végétaux dans leur distribution et leurs migrations et même sur leurs transformations (évolution). On peut dire que quelques familles ont pour aire le globe entier; ce sont surtout les Graminées et les Composées, représentées depuis les pôles jusqu'à l'équateur; immédiatement après viennent les Légumineuses qui s'avancent moins que les précédentes dans les régions froides. 

Parmi les familles sensiblement cosmopolites, dont les représentants sont moins nombreux dans les contrées tempérées que dans les régions torrides, se trouvent encore et surtout les Aroïdées, Orchidées, Laurinées, Urticinées, Euphorbiacées, Malvacées, Ménispermées, Ampélidées, Rotacées, Convolvulacées, Bignoniacées, Apocynées, Solanées, Rubiacées, etc. Les Palmiers, Zingibéracées, Musacées, Pipéracées, Mélastomacées sont limitées à peu près exclusivement aux régions les plus chaudes. Sont au contraire bien moins répandues dans les contrées tropicales que dans les zones tempérées et froides, les Polygonées, Ericacées, Gentianées, Violariées. Les Pinus et Abies, les Bétulinées, Salicinées, Cupulifères, Renonculacées, Crucifères, Papavéracées, Caroyphyllées, Ombellifères, Rosacées, Ribésiacées, Sambucinées, Acérinées, etc., occupent à peu près tout l'hémisphère boréal extratropical; elles ont néanmoins des représentants plus ou moins insolites, soit dans les régions australes extrêmes, soit sur les hautes montagnes des pays tropicaux.

L'Amérique seule possède les Loasées, Cactées (un seul Rhipsalis est africain), Broméliacées, Sarracéniacées, Margraviacées, Vochysiacées, Hydrophyllacées, Gessnériacées, Tropaeolées, ainsi que les genres Agave et Yucca, etc. Les Tamariscinées, Frankéniacées, Diptérocarpées, Pittosporées, Cyrtandracées, Népenthacées, Casuarinées n'habitent que l'ancien monde; les Pénéacées, Bruniacées, Restiacées, Sélaginacées, Mésembryanthémées, avec la plupart des Pelargonium, sont confinées à l'Afrique méridionale. Les Protéacées, les Conifères des genres Araucaria, Podocarpus, Libocedrus ont pour aires actuelles les régions subtropicales et tempérées de l'hémisphère austral. L'Australie est le berceau à peu près exclusif des Trémandracées, Epacridées, Myoporinées, Stylidiacées, Goodéniacées, ainsi que des acacias à phylIodes, des Kennedya, Chorizema, Eutaxia et quelques autres Légumineuses, qui, avec, les Eucalyptus, Metrosideros, Melaleuca parmi les Myrtacées, impriment un caractère si spécial à ce continent. 

Enfin beaucoup de familles ont des genres on des sous-genres confinés à un continent ou à une région encore plus circonscrite; tels sont les Nicotiana, les Petunia parmi les Solanées, tandis que les Jusquiames appartiennent à l'ancien continent. L'Adansonia (Baobab) est africain ou madécasse. De même, dans le grand genre Euphorbe, les espèces charnues (sous-genres Euphorbium et Diacanthos) sont exclusivement propres à l'Afrique entière, à Madagascar et à l'Inde méridionale, tandis que le groupe de nos Euphorbes de la section Tithymalus a une aire qui s'étend en latitude de l'Europe à l'extrême Asie d'une part, à l'Afrique d'autre part. En Amérique, au contraire, nous trouvons les groupes contrastants, Poinsettia, Tricherostigma, etc., qui s'étendent dans les régions tropicales et tempérées. Il serait aisé de trouver des exemples analogues dans d'autres familles, comme celui des Stapelia (Asclépiadées) qui sont exclusifs à l'ancien continent. (Dr L. Hahn et  A. Jobin).

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