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La question de la
forme et des dimensions de la Terre , quelque temps oubliée,
puis reposée à partir de la Renaissance ,
devient au cours de la période qui s'ouvre une interrogation centrale.
Les nouvelles méthodes de triangulation
permettent au XVIIe
siècle de mesurer avec précision la longueur d'un
arc de méridien
terrestre. A la suite des travaux de Snellius
aux Pays-Bas, Picard, en 1669,
mesure l'arc de méridien compris entre Malvoisine (lieu-dit entre
Mondeville et Champcueil, au Sud de paris, dans l'Essone) et Sourdon, à
une vingtaine de kilomètres au Sud d'Amiens
(Somme), et trouve pour la longueur du degré 57 060 toises. Quelques
années après, en 1683,
J.
Dominique Cassini, et plus tard encore, en
1700,
Jacques Cassini, aidé de Philippe Maraldi,
son neveu, prolongent le méridien jusqu'au midi de la France; enfin,
en 1718, Jacques Cassini, Dominique,
Maraldi, et La Hire le fils, le prolongeront encore
depuis Amiens jusqu'à la frontière du nord.
Entre-temps, des raisons théoriques
ont suggéré que la forme de la Terre
ne devrait pas être exactement celle d'une sphère. Huygens
et Newton, partant de l'hypothèse
où notre globe aurait été primitivement à l'état
fluide, ont démontré en effet que la surface de la Terre
devait être un ellipsoïde de révolution autour de la
ligne des pôles ,
cette forme étant celle qu'une masse fluide doit prendre sous l'action
conjuguée de l'attraction
et de la force
centrifuge. Le rayon qui va au pôle devant être un peu moindre
que le rayon équatorial; dans ce cas le globe doit présenter
un léger aplatissement aux pôles et un léger renflement
à l'équateur .
Encore fallait-il vérifier cet considérations
théoriques. Il suffisait d'étudier la forme d'un méridien
terrestre, et pour cela d'en mesurer quelques arcs à différentes
latitudes .
Le débat fut alors d'autant plus vif, et la nécessité
de décider d'autant plus opportune, qu'en France, où l'on
refusait toute science venue d'Angleterre, au début du XVIIIe
siècle, plusieurs décennies après la parution
des Principia de Newton, on se raccrochait
toujours à l'inopérante physique
de Descartes. Et cela avec d'autant plus de
conviction que les mesures du méridien, (entachées de quelques
erreurs qui ne furent reconnues que plus tard), semblaient établir
que la longueur du degré allait plutôt en diminuant de l'équateur
au pôle, au lieu d'aller en augmentant comme on s'y attendait. Certes,
on disposait déjà en France de données expérimentales
allant dans le sens de l'aplatissement aux pôles, indépendantes
des considérations tirées de la figure d'équilibre
d'une masse fluide. Richer avait observé
qu'une horloge astronomique réglée à Paris
retardait à Cayenne
(Guyane )
de 2 minutes par jour, et que le pendule simple qui bat la seconde est
plus court à Cayenne qu'à Paris, ce qui semblait s'accorder
avec l'hypothèse d'un renflement à l'équateur, puisque
l'intensité de la pesanteur y était moindre. Cependant, un
raisonnement
sur les variations de pesanteur
n'est pas aussi probant qu'une mesure directe.
Les géomètres et les astronomes
se partagèrent donc en deux camps : les uns, les Anglais à
leur tête, soutenaient les idées de Newton
sur l'aplatissement; les autres, surtout ceux qui en France subissaient
l'influence des Cassini, concluaient à
un allongement. Des philosophes, étrangers aux sciences, prirent
parti dans la querelle. Mais, pour décider la question, il importait
d'opérer sur une étendue plus considérable que la
France, parce que, sur un arc de quelques degrés, de légères
erreurs
peuvent avoir assez d'influence pour masquer la véritable marche
des résultats. L'Académie des sciences
prit donc, en 1734, le parti de faire
mesurer un arc de méridien près de l'équateur et un
autre près du pôle. Une première équipe, conduite
par Godin et La Condamine
fut chargée d'une mesure qui fut exécutée au
Pérou ( La
Harpe, Le Voyage des géomètres
en Amérique du Sud, édition en ligne). Une
seconde équipe, menée par Maupertuis
exécuta l'autre mesure en Laponie ( Maupertuis,
Le
Voyage en Laponie, édition en ligne). Vers la même
époque, en 1739,
Cassini
de Thury et La Caille reprirent les mesures
exécutées en France, et leur travail confirma les résultats
trouvés par Picard.
D'autres arcs de méridien, mesurés
par la suite, aussi bien au XVIIe
qu'au début du XVIIIe
siècle, par divers observateurs, ont encore confirmé
l'hypothèse de l'aplatissement; tels sont : un arc de près
de 10° mesuré dans l'Inde par Lambton
et Everest, un arc d'un degré et demi
mesuré en Pennsylvanie par Mason et Dixon,
un arc d'un peu plus de 2° mesuré en Italie par Boscovich
et Le Maire, un arc de près de 4°
mesuré en Angleterre par Roy, un arc d'un
degré et demi environ mesuré en Suède par Melanderhjelm
et Svanberg; il convient d'ajouter à cette liste l'arc d'un peu
plus d'un degré mesuré dès 1750
par La Caille au cap de Bonne Espérance.
Par l'ensemble de ces travaux, l'aplatissement fut mis définitivement
hors de doute. L'idée que la Terre a la forme d'un ellipsoïde
de révolution aplati aux pôles était déjà
acceptée par tous à la fin du XVIIIe
siècle. Mais, à cette époque, d'autres
défis étaient à relever qui relancèrent
les triangulations à grande échelle. C'est ainsi qu'à
l'occasion de la réforme des poids et mesures. Delambre
et Méchain effectuèrent, de 1792
à 1798, la mesure de l'arc de
méridien compris entre Dunkerque et Barcelone ,
mesure qui a été prolongée au siècle suivant
jusqu'à l'île de Formentera (Baléares )
par Biot et Arago ( La
géodésie au XIXe siècle). |
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Jalons |
Le
XVIIe siècle
Ce ne fut qu'au commencement du XVIIe
siècle que fut imaginée la méthode
susceptible de fournir l'arc
de méridien
avec toute la précision désirable. Et c'est d'ailleurs encore
celle qui sera employée jusqu'aux premières décennies
du XXe siècle,
même les procédés d'observation
et de calcul ont été perfectionnés
dans l'intervalle. Elle consiste à tracer le long du méridien
et à étudier une chaîne de triangles
dont on mesure directement, sur le terrain, le côté de départ
ainsi que tous les angles .
La trigonométrie donne le moyen
de calculer les longueurs de tous les côtés de la chaîne.
On projette ensuite sur le méridien une des lignes de côtés
qui suit la direction de ce méridien et l'on obtient ainsi la longueur
de l'arc. On observe ensuite la latitude aux deux extrémités
de l'arc : la différence de latitude
fournit l'amplitude
astronomique de l'arc. Une simple règle de proportions permet ensuite
d'en déduire la longueur de la circonférence d'un grand cercle,
si l'on suppose la Terre
sphérique. C'est par une opération ainsi conduite que Snellius
mesura un petit arc de 2° entre Alkmaar et Bergen-op-Zoom ;
il obtint 57 064 toises pour l'un des degrés et 57 057 toises pour
l'autre. A partir de cette époque, les déterminations vont
aller se multipliant avec rapidité. En 1635, entre Londres
et York,
Norwood trouve 57 000 toises. En 1666,
l'abbé
Picard mesure l'arc compris entre
Malvoisine (près de Melun) et Amiens, à l'aide d'une base
d'environ 10 km, située entre Juvisy et Paris ,
dont les termes ont été conservés par les soins de
l'Académie. Il obtint 57 060 toises.
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Le
réseau de triangulation de Snellius.
(Source
: Expo Cartes et figures de la Terre, Centre Pompidou, 1980).
Pas si ronde que
ça!
A cette même époque s'introduit
une notion plus exacte de la figure véritable de la Terre. En 1672,
l'astronome Richer étant allé à
Cayenne
pour y exécuter différentes observations astronomiques, constata
que son horloge à pendule qui avait été préalablement
réglée le Paris ,
avant son départ, retardait de 2 minutes 28 secondes par jour .
A son retour, une expérience inverse lui permit de constater l'exactitude
du phénomène dont on acquit bientôt
de nouvelles preuves, par les observations de Varin et Deshayes sur la
côte d'Afrique. Ce ne fut qu'en 1687,
lorsque Newton eut publié son livre des
Principia
philosophiae naturalis, qu'il fût possible d'expliquer
ces faits. Newton énonçait la loi de
la gravitation
universelle et formulait ainsi la XVIIIe proposition
du IIIe livre : les axes
des planètes
sont moindres que les rayons
de leurs équateurs .
Dès lors plus de difficultés : les remarques des observateurs
français devenaient au contraire une vérification expérimentale
du théorème de Newton. Si le pendule
retarde dans le voisinage de l'équateur, la durée de son
oscillation est trop longue, par suite l'intensité de la pesanteur
est moindre à l'équateur; d'où il résulte que
le rayon équatorial est plus grand. Dans sa XIXe
proposition, Newton fixe le rapport des deux axes à celui de 19
573 000 à 19 658 600, ce qui donne pour l'aplatissement de
1/229 environ.
En 1693,
Huygens,
dans son discours sur la nature de la gravité, expliqua la diminution
de la pesanteur de l'équateur par l'action de la force
centrifuge qui naît du mouvement de la Terre. Il affirma que la direction
de la pesanteur n'est pas dirigée vers le centre
de notre globe.
«
Je vais, dit-il, en donner une raison qui paraîtra paradoxale.
La Terre n'est pas sphérique. Ses méridiens ont la figure
d'une ellipse aplatie aux pôles .
La surface des mers forme une figure sphéroïdique. Il est à
croire qu'elle a pris cette figure lorsque ses parties ont été
réunies par la force de la gravité; car elle avait dès
lors son mouvement circulaire en vingt-quatre heures. »
Huygens calcula
que le rapport des deux axes était celui de 578 à 577, ce
qui donnait pour l'aplatissement 1/578, valeur plus de deux fois plus petite
que celle trouvée par Newton pour celte
quantité. Le désaccord de ces deux nombres déduits
d'ailleurs de considérations fort différentes, laissait les
esprits en suspens sur le fond de la question et le choix de la théorie
à adopter.
Le
XVIIIe siècle
Les découvertes de Newton étaient
encore loin d'être acceptées comme des vérités
incontestables. Aussi parut-il que le meilleur des moyens propres à
révéler la forme réelle de la Terre était de
mesurer
plusieurs degrés d'un même arc de méridien, d'autant
plus que chacune des deux théories contenait un vice, parce qu'elles
supposaient la Terre entièrement fluide
et homogène ou tout au moins également dense dans toutes
ses parties. Or cette dernière hypothèse
n'était même pas la généralisation
des faits observés; on sentait que la nature
pouvait fort bien s'en être beaucoup écarté. Par suite,
la figure réelle de la Terre pouvait être fort différente
de celle que lui assignaient l'une et l'autre théorie.
Si la Terre était sphérique,
tous les degrés de méridien seraient égaux; mais si
celle-ci était elliptique les degrés seraient inégaux
et iront en croissant de l'extrémité du grand axe à
celle du petit. En conséquence, si la Terre serait renflée
suivant son équateur, les degrés augmenteraient de l'équateur
au pôle.
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Si
la Terre était exactement sphérique, il suffirait pour obtenir
son rayon de déterminer la latitude et la longitude de deux points
A et B du globe, et de mesurer exactement l'arc de grand cercle AB qui
joint ces deux points. Si, en effet, P représente la pôle,
dans le triangle PAB on connaîtra les côtés PA et PB
respectivement égaux au complément des latitudes des points
A et D, et l'angle en P, égal A la différence de leurs longitudes;
on pourra donc déterminer en degrés, minutes et secondes,
l'arc de grand cercle AB; soit
ce nombre de degrés et fraction de degré. Soit d'un autre
côté d
la longueur AB mesurée en mètres, et R le rayon de la Terre;
tirons les rayons OA et OB qui feront entre eux l'angle .
On aura :
d/2 R
= /360°,
d'où
R= d.360/2 .
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On voit dans l'Histoire de l'Académie
des sciences (année 1700),
que Dominique Cassini mesura cette année
l'arc de méridien, compris entre Paris
et Collioure. Une nouvelle opération entreprise par Jacques Cassini,
fils du précédent, et La Hire, donna
pour le degré moyen de Paris à Collioure 57 097 toises et
de Paris à Dunkerque 56 960; elle a été décrite
dans le livre Grandeur et figure de la terre, par Cassini II. Les
résultats trompaient l'attente des mathématiciens. En effet,
la variation des degrés se produisant en sens contraire, il en résultait
que la Terre, au lieu d'être aplatie suivant la ligne des pôles,
était au contraire allongée suivant cette droite. D'autres
déterminations exécutées en 1733,
1734,
s'accordèrent également à faire la Terre allongée,
en dépit de la théorie.
Nouvelles mesures.
Cependant les idées
de Newton avaient peu à peu conquis la
plupart des géomètres. Ils émirent l'opinion que,
pour trancher le différend, il conviendrait de mesurer deux arcs
de méridien, choisis l'un près de l'équateur et l'autre
dans les régions polaires. Godin, Bouguer
et La Condamine partirent pour le Pérou
en 1735; Maupertuis,
Clairaut,Camus,
Le
Monnier et
Outhier se rendirent en Laponie
en 1736 et en revinrent l'année
suivante, rapportant un degré de 57 438 toises, mesuré à
23° du pôle, c.-à-d. sous le cercle polaire ( Le
Voyage en Laponie de Maupertuis). Ce degré était
donc bien plus grand que celui de Picard; ils
rendirent l'écart encore plus sensible, en corrigeant les latitudes
des extrémités de l'arc de Picard, des effets de l'aberration
des étoiles, de la précession
et de la réfraction .
Cet astronome avait en effet négligé de tenir compte de ces
deux dernières sources d'erreurs; toutes réductions faites,
son degré se trouvait ramené à 56 925 toises. Ce dernier
nombre, combiné avec celui des académiciens du Nord, donnait
pour l'aplatissement terrestre 1/174, quantité qui se rapprochait
de la valeur fixée par Newton.
Les adversaires de Newton n'étaient
pas encore convaincus. Il fallut qu'une nouvelle mesure de l'arc français,
conduite par Cassini III, aidé de Maraldi,
vint mettre en évidence la loi de variation des degrés de
l'arc français. Cette opération a été décrite
en 1744 par Cassini, dans l'ouvrage
intitulé la Méridienne, vérifiée dans
toute l'étendue du royaume (Paris, 1744);
elle fut conduite avec toute la précision possible et fournit des
degrés dont la longueur augmentait manifestement du Sud au Nord.
Le levé du territoire français avait été réalisé
au moyen de grands triangles appuyés au méridien de Paris ,
et permit aussi commencer la gravure de la Carte de France (1750-1793)
qui porte le nom de Cassini. (En récompense de ces travaux,
Louis
XV envoya à Cassini III en 1771
le Brevet de Directeur général de l'Observatoire de Paris ;
cette pièce remarquable a été imprimée pour
la première fois en 1895, dans
un mémoire de L. Drapeyron).
La question de la forme de la Terre semblait
donc bien établie; la guerre se ralluma au sujet de la mesure de
Picard, Cassini ayant trouvé une différence de 6 toises en
moins sur la base employée par cet astronome. L'amplitude de l'arc
fut de nouveau observée et le degré moyen arrêté
à 57 074,5 toises. Le désaccord du degré moyen de
Picard
et du degré de Cassini laissait planer
une assez grande incertitude sur la valeur de l'aplatissement, lorsque
les académiciens du Pérou vinrent compliquer la question.
La comparaison des degrés de l'équateur
et du Pérou donnait en effet 1/215, quantité
qui s'accordait très bien avec la valeur d'un degré de longitude
mesuré à la latitude
de 43° 32'. Toutefois Bouguer, afin d'expliquer
la valeur rectifiée du degré de Picard, fixée à
57 074 toises, crut devoir substituer à la figure ellipsoïdale
de la Terre celle d'un sphéroïde aplati dans lequel les degrés
croîtraient comme les quatrièmes puissances des sinus
de la latitude. L'aplatissement devenait 1/178.
En 1752,
l'abbé de La Caille mesura au cap de
Bonne-Espérance, sous la latitude australe de 38° 18', un degré
de méridien et le trouva égal à 57 037 toises, valeur
qui s'accordait très bien avec l'aplatissement 1/215 et non pas
avec l'hypothèse de Bouguer; mais comme
il était presque identique au degré moyen de France située
une distance bien plus grande de l'équateur, il semblait résulter
de cette coïncidence que les deux hémisphères n'étaient
pas pareils. Enfin une mesure assez médiocre sans doute, effectuée
en Italie à la latitude de 43°, par les pères Boscowitch
et Le Maire, donna lieu de supposer que la Terre
n'était pas un corps de révolution.
La figure d'équilibre
des fluides.
Le milieu du XVIIIe
siècle vit éclore une quantité considérable
de travaux théoriques sur la question de la figure d'équilibre
d'une masse fluide ,
animée d'un mouvement de rotation .
Mentionnons le mémoire de Bouguer et Maupertuis,
inséré dans les mémoires de l'Académie
des sciences de 1734, celui de
Stirling dans les Transactions philosophiques, celui de Clairaut
dans le n° 449 du même recueil, les recherches de MacLaurin
sur le flux et le reflux de la mer ( les
marées ),
qui furent l'origine de nouveaux travaux de Clairaut exposés dans
la Théorie de la figure de la terre (1742).
Dans cet ouvrage, Clairaut démontre que, dans l'hypothèse
de l'attraction
mutuelle des parties de la matière, l'équilibre
du sphéroïde se réduit à la simple condition
de la perpendicularité de la pesanteur
en chaque point de la surface; il trouve que, dans le cas (jugé
par lui très probable) où la Terre serait composée
de couches hétérogènes, la Terre doit avoir une figure
elliptique plus ou moins aplatie, selon la disposition et la densité
des couches, la direction de la pesanteur restant normale à la surface
des couches, que ces couches ne doivent pas être semblables si la
Terre est fluide, que les accroissements de la pesanteur croissent proportionnellement
au carré du sinus de la latitude, comme dans le cas du sphéroïde
homogène.
Clairaut prouvera
encore que l'aplatissement ne peut être plus grand que 1/230, valeur
correspondant au cas de l'homogénéité, si les densités
vont en décroissant du centre à la circonférence.
De plus, il démontre que la diminution de la pesanteur de l'équateur
au pôle
est égale à (1/230)-A (A étant l'aplatissement
réel de la Terre). Enfin d'Alembert a
embrassé la question de la figure d'équilibre de la Terre,
d'une façon plus générale encore, dans son Essai
sur la résistance des fluides. Il a envisagé le cas ou
les densités des couches fluides hétérogènes
varient suivant une loi quelconque, en croissant ou décroissant
du centre à la circonférence et où la direction n'est
plus normale à la surface de ces couches, mais seulement à
la surface de la couche supérieure. C'est donc la condition renfermant
le moins d'hypothèses que l'on puisse, considérer. Il trouve
pour les différentes couches une équation
générale dont celles qui avaient été données
avant lui ne constituent que des cas particuliers. Enfin dans ses Recherches
sur le système du Monde (1756),
examinant le cas d'un sphéroïde fluide et hétérogène
et de la pesanteur normale ou quelconque par rapport aux surfaces des couches,
il a donné l'équation qui exprime la figure de ses différentes
couches.
Les travaux de Clairaut
et de d'Alembert sont résumés
dans ces quelques lignes d'une façon très brève et
fort incomplète, mais suffisante pour donner une idée des
résultats auxquels peuvent conduire les mathématiques
pures. Ils marquent une phase dans l'histoire
des sciences. D'autres géomètres
se sont essayés au cours des décennies suivantes sur ces
questions, mais n'ont rien ajouté d'essentiel, ou du moins rien
qui soit du domaine propre de la géodésie. La fin du XVIIIe
siècle est marquée par l'entreprise de Delambre,
la quatrième mesure de la méridienne de France, exécutée
avec des instruments nouveaux qui permettaient d'atteindre une précision
inconnue jusque-là dans les mesures des bases et même dans
les mesures d'angles. Borda venait en effet d'imaginer
la méthode de la répétition
des angles, au moyen de laquelle on mesure un multiple de l'angle cherché,
circonstance qui permet d'obtenir cet angle avec une exactitude très
grande. Les opérations furent commencées en 1792,
interrompues en janvier 1794 (arrêté
du 3 nivôse an II) ; elles furent reprises dix-huit mois plus tard
et achevées en 1799. Les angles
des stations comprises entre Dunkerque et Rodez
furent, ainsi que les deux bases, mesurées par Delambre; les angles
des stations situées entre Rodez et Barcelone
sont dus à Méchain. Et cette mesure
a été prolongée jusqu'à l'île de Formentera
par Biot et Arago.
Système
de triangles mesurés par Delambre et Méchain
entre
Rodez et le Pic de Bugarach.
Le nom de Delambre
a été plus spécialement attaché à cette
oeuvre, parce qu'il a effectué seul plus des deux tiers des déterminations
angulaires, ainsi que l'évaluation des longueurs des deux bases
et que, enfin, il a assumé la tâche de calculer, de discuter
et de publier les résultats de cet énorme travail. On peut
dire, avec un contemporain, que l'Europe reçut ce livre avec acclamations.
La nouveauté des instruments et des méthodes,
la conscience et la constance de l'observateur excitèrent un étonnement
universel. L'admiration de la postérité n'a
pas plus manqué à Delambre que celle de ses contemporains.
Cependant ses conclusions ne furent pas unanimement adoptées dès
l'abord; l'hypothèse de l'allongement conserva quelques partisans;
c'est ainsi que l'illustre Bernardin de Saint-Pierre,
confondant les normales à l'ellipse avec des rayons, déduisait
de l'accroissement de longueur du degré vers les pôles une
conclusion diamétralement contraire à celle des géomètres.
En fait, les insuffisances et les erreurs des résultats de Delambre
et Méchain existaient, comme le montrera la géodésie
au XIXe siècle. Mais ils étaient
d'une nature qui ne pouvait qu'échapper aux contradicteurs du moment.
En attendant, l'arc français servit de type aux opérations
de même nature qui furent ensuite entreprises ailleurs. Grâce
à tant d'efforts divers, la question de la forme de la Terre était
entrée à la toute fin du XVIIIe
siècle dans une nouvelle phase.
De
la mesure de la Terre au système métrique
On donne le nom de système métrique
à l'ensemble des mesures légales qui sont entrées
en vigueur en France le 10 décembre 1799,
date à laquelle fut promulguée la loi portant fixation du
mètre et du gramme, unités fondamentales du système
métrique. Le système métrique est aujourd'hui obsolète.
Depuis 1960, c'est le Système
international (SI) d'unités qui est vigueur. Ses unités fondamentales
sont les héritières de celles du système métrique,
mais (sauf pour l'étalon de masse, dont une redéfinition
se heurte à des complications autant théoriques que pratiques)
leurs définitions recourent aujourd'hui à des phénomènes
atomiques. L'idée essentielle qui avait présidé
l'introduction du système métrique consistait déjà
à emprunter les unités à la nature;
mais évidemment, à l'époque, ces unités naturelles
devaient être recherchées ailleurs. Et c'est ainsi que sera
impliquée dans cette question, à partir de 1791,
la mesure de la Terre.
Au départ, l'idée de recourir
à des unités dites naturelles semble remonter au XVIIe
siècle et avoir été émise pour la
première fois par Huygens, puis par Picard.
Ceux-ci proposaient comme unité de longueur celle du pendule qui
bat la seconde. Plus tard, Cassini; Dufay,
La
Condamine entrèrent dans la même voie. Mais c'est seulement
à l'époque de la Révolution française que l'idée
prit corps. L'acte de naissance du système métrique se trouve
dans un décret de l'Assemblée nationale, rendu le 8 mai 1790.
Le 27 octobre de la même année, une commission de l'Académie
des sciences, composée de Borda, Lagrange,
Lavoisier,
Tillet et Condorcet, déposait son rapport.
Ce sera finalement une deuxième commission (Borda, Lagrange, Laplace,
Monge,
Condorcet) qui présentera, le 19 mars 1791,
le rapport dans lequel était préconisée
l'adoption comme unité de mesure ou mètre de la dix-millionième
partie du quart d'un méridien terrestre. A la suite de cette proposition,
il y eut un nouveau décret de l'assemblée, le 26 mars 1791.
Et, aussitôt, l'Académie nomme cinq commissions :
1° Cassini,
Méchain
et Legendre, pour mesurer la différence
de latitude entre Dunkerque et Barcelone, et pour la mesure des triangles;
2° Monge
et Meusnier pour la mesure des bases;
3° Borda
et Coulomb pour les observations du pendule;
4° Lavoisier
et Haüy pour la recherche du poids de l'eau
distillée;
5° Tillet, Brisson
et Vandermonde pour la comparaison des anciennes
mesures.
Pendant que les opérations se poursuivaient,
avec des changements dans plusieurs de ces commissions, l'Académie
se livrait à des travaux sur la nomenclature; ils aboutirent au
décret de la Convention du 1er août
1793,
rendu sur la proposition d'Arbogast, et déclarant obligatoire au
bout d'un an le nouveau système des poids et mesures. Cependant
les opérations géodésiques surtout étaient
nécessairement longues; les pouvoirs publics s'en irritèrent,
épurèrent la commission et rendirent toute une série
de décrets réglant un certain nombre de points de détail.
Enfin, le 11 ventôse an III, Prieur (de la Côte-d'Or) présenta
un rapport complet, accompagné d'une instruction et d'un vocabulaire.
A la suite de ce rapport sera promulgué le décret du 18 germinal
an III, fixant définitivement les diverses parties du système
métrique.
Le décret ordonnait la continuation
des opérations relatives à la détermination des unités.
Douze commissaires, nommés par le comité d'instruction publique,
en furent chargés : Berthollet, Borda,
Brisson,
Coulomb,
Delambre,
Haüy,
Lagrange,
Laplace,
Méchain,
Monge,
Prony,
Vandermonde.
Le 18 messidor, Borda et Brisson présentaient leur rapport sur la
vérification du mètre. Mais les opérations concernant
la mesure de l'arc du méridien, confiées à Delambre
et Méchain et commencées le 25 juin 1792,
ne purent être terminées qu'en l'an VII, au prix d'efforts
inouïs et au milieu de difficultés telles que le récit
de cette entreprise scientifique est aussi attachant que le serait celui
d'un roman dû à la plume d'un écrivain doué
de la glus brillante imagination.
Les travaux concernant la fixation de l'unité
de poids s'étaient poursuivis parallèlement. Un décret
du 1er vendémiaire an IV avait rendu
l'usage du mètre obligatoire dans la commune de Paris ,
et l'article 371 de la Constitution de l'an IV consacrait le principe
du nouveau système. Le 25 vendémiaire an VII se réunirent
à Paris les savants de diverses nationalités désignés
pour fixer définitivement les unités fondamentales; le rapport
de Van Swinden (République batave), qui résuma les travaux
de la réunion, fixa la longueur du mètre à 443 lignes
296/1000 de la toise du Pérou (Borda et
Brisson
avaient donné 443 lignes 440/1000) et le poids du kilogramme à
18 827 grains (Lavoisier avait donné
18 841 grains). Le 4 messidor an VII, les étalons prototypes en
platine, du mètre et du kilogramme, furent présentés
par l'Institut au Corps législatif et immédiatement déposés
aux Archives nationales. La fixation légale de la valeur du mètre
et du kilogramme résulta de la loi du 19 frimaire au VIII (10 décembre
1799).
Le système métrique se répandit
avec une certaine lenteur. On continua longtemps à suivre ses anciennes
habitudes, et un arrêté ministériel du 28 mars 1812
autorisa même l'emploi de mesures transitoires, telles qu'une toise
de 2 mètres, une aune de un boisseau de 1/8 d'hectolitre, etc. Ce
fut seulement sous la monarchie de Juillet que le marquis de Laplace présenta
à la Chambre un rapport à la suite duquel «
tous
poids et mesures, autres que ceux établis par les lois du 18 germinal
an III et 19 frimaire an VIII, constitutives du système métrique
» furent interdits à dater du 1erjanvier
1840
(Loi du 4 juillet 1837). La Belgique,
la Hollande, la Grèce suivirent, les premières, l'exemple
de la France, puis la plupart des autres États, et, jusqu'à
1960,
le système métrique sera le système légal et
exclusif des poids et mesures dans toute l'Europe (sauf la Grande-Bretagne).
Une convention internationale, signée
à Paris
le 20 mai 1875, et ratifiée
immédiatement par l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la République
Argentine, la Belgique, le Danemark, les États-Unis, la France,
l'Italie, le Pérou, le Portugal ,
la Russie, la Suède et la Norvège, la Suisse, la Turquie,
le Venezuela, puis après coup par la Serbie (1879),
la Roumanie (1882), la Grande-Bretagne
et l'Irlande (1884), le Japon (1885),
régit le système de poids et mesures des États adhérents.
Elle a créé :
1° La
Conférence générale des poids et mesures, qui est
composes de délégués des États contractants
et qui s'est réunis déjà trois fois, à Paris ,
en 1889, en 1895 et en 1900, sous la présidence
statutaire du président en exercice de l'Académie des sciences
de Paris;
2° le Bureau
international des poids et mesures (BIPM), qui fonctionne sous l'autorité
et la surveillance d'un Comité international et qui est installé
dans le pavillon de Breteuil, sur la commune de Sèvres, près
de Paris. Les étalons du mètre international et du kilogramme
international qui servent de base au système métrique y sont
toujours déposés.
L'ancien
mètre étalon. A gauche, celui que l'on peut encore voir au
36 de la rue de Vaugirard à Paris; à droite, celui, en platine
iridié, conservé à Sèvres, et qui a servi
longtemps de référence. (Sources
: Métrodiff et
BIPM).
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