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En chronologie, l'ère
s'oppose à la période. La période chronologique est
une suite d'années en nombre déterminé
dont le point initial revient à époque fixe; une ère
est une suite d'années indéfinie, à partir de la date
d'un événement mémorable. La définition précise
de l'ère exige l'étude des temps et la distinction des époques;
la seule notion élémentaire du temps réside, expérimentalement,
dans l'observation des successions et des durées plus ou moins longues,
mais il y a loin de là à la mesure du temps,
à la notion de son homogénéité et de ses rapports
avec l'espace, car, au point de vue rigoureux
de la philosophie mathématique, il
faut encore considérer le temps comme une variable arbitrairement
introduite. Néanmoins, la chronologie tint compte, dès l'abord,
de phénomènes astronomiques semblables,
sinon identiques, les choisit même pour périodes, ce qui permit
les notions d'année, mois et jour.
L'astronomie base la mesure du temps sur des caractères astronomiques,
phénomènes particuliers qu'il est aisé de lier les
uns aux autres avec quelque rigueur. L'histoire, au contraire, la fait
reposer sur des caractères artificiels ou arbitraires : chaque événement
lui sert de nouvelle origine pour apprécier les suivants, mais,
de la sorte, les erreurs peuvent s'accumuler sans
vérification possible.
Primitivement, chez les peuples orientaux
et aussi chez les Grecs ,
l'habitude était de supputer les années
d'après les règnes des rois de chaque pays, ou d'après
les noms des prêtres ou des magistrats qui se succédaient
à intervalles égaux et réguliers, ou enfin d'après
certains événements, comme des fêtes ou jeux publics
dont la célébration revenait périodiquement. Les listes
des rois Égyptiens
étaient le principal élément de la chronologie dans
l'empire des Pharaons; chez les Assyriens, il y avait des magistrats annuels
appelés limmu qui donnaient, comme les archontes à
Athènes
et les consuls à Rome ,
leur nom à l'année pendant laquelle ils étaient en
fonction, et l'on a retrouvé, sur des tablettes en écriture
cunéiforme, la liste de ces limmu, indiscontinue depuis l'an 909
av. J.-C. jusqu'à l'an 617.
Grâce au cycle des sabbats et aux jubilés
périodiques comme les jeux de la Grèce, les Juifs
pouvaient se passer d'une ère proprement dite. Toutefois, on remarque
souvent, dans l'Ancien Testament ,
l'usage de compter les années d'après certains événements
qui ont fait époque, et dont le souvenir s'était profondément
gravé dans l'esprit du peuple. Par exemple, ils supputent parfois
les années à partir de leur sortie d'Égypte, événement
qui, suivant divers calculs des exégètes modernes, se placerait
soit en 1483, soit en 1648
avant notre ère. Comme les autres peuples, les Israélites
comptent souvent aussi d'après les années de règne
de leurs rois. Après la captivité de Babylone ,
ils calculent plutôt, soit du commencement de cette captivité,
soit de la reconstruction du temple de Jérusalem ,
en 508 avant notre ère. Plus
tard enfin, ils adoptent l'ère des
Séleucides
sous le nom d'ère des contrats, jusqu'au moment où ils se
créent une ère nationale, l'ère des Asmonéens,
dont le point de départ est l'an 143 av.
J.-C., date de leur délivrance du joug des Séleucides
par les Macchabées. Ce n'est pas avant le XIe
siècle ap. J.-C. que les Juifs adoptèrent, comme
ère nationale, l'époque de la création mythique du
monde ( La
chronologie juive). |
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Une manière de classer
les différentes ères qui ont pu être utilisées
au cours de l'histoire ou qui sont encore en usage consiste à distinguer
:
Les
ères instituées avant la date choisie pour la naissance de
Jésus-Christ
Rentrent dans cette catégorie :
l'ère de la fondation de Rome ,
qui part du 21 avril 753 ; l'ère
des Séleucides, qui part de 312
av. J.-C., et semble dater des victoires de Séleucus
Nicator; l'ère julienne (45 av. J.-C.)
qui a son point de départ dans la réforme du calendrier opérée
par Jules César et Sosigène
d'Alexandrie .
On remarque que le comput d'après l'ère des Séleucides
a été employé dans les plus anciens actes de l'église
grecque, par les Arabes avant l'hégire; les Nestoriens s'en servent
encore dans leurs communautés d'Asie Mineure et de la vallée
de l'Euphrate, de même que les Coptes.
Les
ères instituées après la naissance de Jésus-Christ.
Il faut distinguer, parmi les ères
instituées après la naissance de Jésus
: a, celles dont le point de départ est antérieur à
sa naissance; b, l'ère chrétienne, qui a pour point de départ
la date supposée de la naissance de Jésus; c, celles dont
le point initial est postérieur à cet événement.
a. On range dans cette catégorie
: [a'] les ères mondaines, et d'autres ères, dont la plus
connue est [a"] l'ère d'Espagne :
a'. Ères mondaines.
- On appelle ères mondaines des ères qui sont censées
partir de la date du commencement du monde tel qu'il est conçu dans
les mythes cosmogoniques
de certaines religions. Cette date étant arbitraire, on conçoit
qu'il ait pu se produire une foule d'ères mondaines. Il est intéressant
de remarquer que cette idée prit naissance chez les Juifs ;
mais, bien entendu, et malgré les milliers de calculs des chronologistes,
l'époque ne put être obtenue par deux déterminations
concordantes. Les évaluations anciennes oscillaient entre 3000 et
7000 ans avant notre ère. D'autres ères mondaines importantes
doivent être mentionnées : celles d'Alexandrie ,
d'Antioche
et de Constantinople .
La plus notable est sans contredit l'ère de Constantinople, qui
fixe la naissance de Jésus à l'an
5509 du monde, parce que l'usage s'en est conservé en Russie ,
jusqu'au temps de Pierre le Grand; ce comput
byzantin
a même été employé, au Moyen âge
par quelques chroniqueurs occidentaux. Notons par ailleurs que l'ère
julienne rentre dans cette catégorie des ères mondaines,
car elle fut proposée, à l'époque de la Renaissance ,
en même temps et dans le même but que l'ère de
la création : il s'agissait d'adopter, d'après la Genèse ,
la création du monde, d'obtenir alors un système universel
et uniforme, de réduire aisément toutes les notations chronologiques
en années juliennes. Mais, bien entendu les savants ne purent
se mettre d'accord sur la création.
a". Ère d'Espagne. - L'ère
d'Espagne ,
qui n'a pas été instituée sous Auguste,
quoi qu'en ait dit quelques diplomatistes espagnols, commence au 1er
janvier de l'an 38 av. J.-C. A quel
événement se rattache le commencement de cette ère?
Les savants ont longtemps été en désaccord sur ce
point ( Heller, Ursprung der sogenannten
spanischen Aera, dans Histor. Zeitschrift, XXXI, 13). L'emploi de ce
comput, qui ne diffère que de trente-huit ans du comput ordinaire
par l'ère chrétienne, est une source de graves difficultés
pour la datation des documents. Il a été très fréquent
dans la péninsule hispanique (et dans la France
wisigothigue) pendant le tout Moyen âge ,
à partir du Ve
siècle (Idace, Isidore de Séville).
Il n'a cessé en Castille ,
en Aragon ,
dans le royaume de Valence, qu'au XIVe
siècle, au XVe
siècle seulement au Portugal .
Quand une date est exprimée d'après l'ère d'Espagne,
le millésime est presque toujours précédé des
mots era ou sub era.
b. L'ère chrétienne.
- L'institution de l'ère chrétienne, ne remonte pas aux premiers
siècles. Elle a été proposée au VIe
siècle seulement, d'après autre manière
de compter, par le computiste romain, d'origine scythe, Denys
le Petit. L'ère chrétienne reçut comme point de
départ le jour supposé de la naissance du Christ,
fixé au 25 décembre de l'an 753 de Rome .
On l'appela ère de la rédemption, ère de grâce,
du salut, du Seigneur, de l'incarnation, era trabeationis (a
die quo Christus trabeam carnis indutus est), etc. Ce comput pontifical
ne fut pas adopté simultanément par tout le monde chrétien.
Il se popularisa peu à peu. On peut dire qu'il ne s'est complètement
acclimaté en France
qu'après l'an 1000, quoiqu'il
paraisse dans des chartes du IXe
siècle, et même dans les chroniques antérieures.
c. Les autres ères. - Les
ères dont le point initial est postérieur à l'an 1
de l'ère chrétienne sont nombreuses : ères de la Passion
(à partir de l'an 33 de notre ère), de Dioclétien
ou des martyrs, des Arméniens ( ci-dessous),
l'hégire, I'ère révolutionnaire. L'ère de Dioclétien
part du 29 août 284; elle a été
fort usitée chez les Coptes
et les Ethiopiens. - L'ère musulmane
commence au vendredi 16 juillet 622
(il est à noter que les années musulmanes ne sont pas des
années solaires comme dans le calendrier
grégorien ( Calendriers
européens); mais on a dressé des tables de concordance.
qui permettent d'identifier une date quelconque de l'hégire avec
la date correspondante du comput chrétien. - La Convention
décréta, le 5 octobre 1793,
que l'on compterait désormais les années à partir
de la proclamation du la République (22 septembre 1792)
( Calendrier
Républicain).
Le
tour du monde des ères chronologiques.
On trouvera ci-dessous un rapide tour
du monde des principales ères, avec éventuellement quelques
détails complémentaires sur certaines qui ont déjà
été mentionnées. Des pages plus détaillées
ont été consacrées aux Ères
de l'Inde et aux Ères des Grecs et
des Romains.
Asie
Ère des
Chinois .
- C'est une ère non par années consécutives, mais
cyclique, comme celle des olympiades; le cycle est de soixante ans. Cette
mode, avec quelques règles particulières pour les changements
de règne, paraît remonter à 3000
ans av. J.-C.
Ères musulmanes.
L'Hégire
ou ère de Mahomet (Mohammed) part du
vendredi 16 juillet 622 de notre
ère; suivie par tous les peuples musulmans ,
elle fut établie pour conserver le souvenir de l'époque à
laquelle Mahomet, forcé de quitter La Mecque ,
se réfugia à Yatreb (Médine).
Elle est employée par tout le monde
musulman
(Arabes, Turcs ,
etc.) sur les médailles, les inscriptions et dans la vie civile.
La plus ancienne mention de cette ère se trouve sur une monnaie
arabe de l'an 17 de l'hégire (639 de J.-C.).
En dehors des tables de concordance comme celles de Wüstenfeld et
de Mahler, il existe plusieurs méthodes
approximatives pour convertir en année solaire
julienne une année lunaire musulmane et réciproquement. Voici
une des plus simples : étant donnée une date de l'hégire,
par exemple 1080, ajouter 622, ce qui fait 1702, et retrancher autant de
siècles de l'hégire à raison de 3 années par
siècle, soit 11X3 = 33; 1702-33 = 1669 de J.-C. Pour trouver une
année de l'hégire, étant donnée une date julienne,
faire l'opération inverse (1669-622+33 = 1080). Le nombre 3 représente
la différence qui existe par siècle entre les deux années
lunaire et solaire.
Avant Mahomet,
les Arabes se servaient de quelques ères dites anté-islamiques,
comme l'ère de l'éléphant (571
de J.-C.), l'ère de la trahison, l'ère de l'institution
du Naçi (412 de J.-C.).
Ère de
Yezdegerd, 632 de J.-C.
Elle date de l'avènement du roi Yezdegerd
III, roi au trône de Perse
(16 juin) et est encore usitée aujourd'hui chez les Guèbres
de l'Iran
et les Parsis de Bombay .
Ère du
Tabéristan, 652 de J.-C., était employée
sur les monnaies des princes et gouverneurs de cette contrée de
la Perse.
Ère maliki
ou
djélaléenne, 1079 de
J.-C., date de la réforme du calendrier
persan
par Malik-châh Djelaleddin, sultan seijoukide
de la Perse.
Ère ilkhanienne,
créée en 1301 de J.-C.
par Ghazan Khan, sultan mogol de la Perse ;
elle est usitée sur quelques monnaies mongoles .
Ère arménienne.
- La grande ère arménienne, instituée par le concile
de Tévine, est de l'an 552 de J.-C.;
elle a commencé le 14 juillet; c'est celle que les historiens français
des croisades
désignent sous le nom de Etreure des Ermines. Les Arméniens
dataient aussi leurs écrits de la création ,
qu'ils placent d'après le canon d'Eusèbe
en 5202 av. J. C.
Ère des
Juifs. Les cycles de sabbats
et de jubilés permettaient aux Juifs de se passer d'ère;
ils comptaient parfois depuis leur sortie d'Égypte, 1483
ou 1648 (av. J.-C.), les règnes
de leurs rois, la captivité de Babylone
(597 av. J.-C.), la construction du
second temple (508 av. J.-C.), leur
délivrance par les Macchabées (143
av. J.-C.); depuis le XIe
siècle, l'ère des Juifs part de la création
du monde ( Chronologie
juive).
Afrique
Ethiopie.
Ère du Christ ou de l'Incarnation,
an 7 de J.-C. Le comput éthiopien
est en retard de sept ans sur notre chronologie qui place la naissance
de Jésus à l'an 753
de la fondation de Rome ,
au lieu de 746, chiffre adopté
par quelques computistes et par l'Eglise éthiopienne.
Ère des martyrs
ou de Dioclétien,
284
de J.-C.
Ère de grâce, 1348
de J.-C. Son origine est inconnue.
Les historiens éthiopiens se servent
très souvent de ces trois ères en même temps et aussi
de l'ère de la création du monde (5493
av. J.-C. dite l'ère d'Antioche ),
ce qui permet le contrôle de leurs dates.
Europe
Ères des
Grecs.
Tout d'abord les Grecs
utilisèrent le cycle des générations; Hérodote
admet ainsi, par sa chronologie, que trois générations valent
un siècle; Denys d'Halicarnasse fixe, lui,
parfois les générations à vingt-sept ans; au reste,
les généalogies grecques étaient parfois assez bien
conservées pour que ce procédé rendit des services
approximatifs, et il fut l'objet d'une célèbre discussion
entre Newton et Frérot. Ensuite les Cités
de la Grèce n'eurent pas d'année civile commune : on convint
donc de déterminer les époques par la célébration
des jeux olympiques ,
supposément établis par Héraclès ,
et rétablis par Iphitos en 884
av. J.-C.; ils avaient lieu tous les quatre ans et, à
partir de 776, servent à une
chronologie précise, ère des olympiades, grâce aux
noms des vainqueurs inscrits sur les registres publics. La 294e
olympiade, la dernière, correspond à l'an 400
ap. J.-C.
Il existe encore quantité d'autres
ères grecques : d'après la chronique de Paros, l'ère
cécropique a pour base l'époque à laquelle Cécrops
se rendit en Grèce ;
on n'y doit attacher, au reste, qu'une importance très relative.
L'ère des Séleucides, importante
pour l'histoire de l'Asie, commence à la première année
de la 117e olympiade, où Séleucos
(Nicator) remporta sur le fils d'Antigone
(Démétrius Poliorcète)
la victoire de Gaza; cette ère fut prise encore en considération
par les Arabes sous le nom de D'houlkarnaïn. Citons enfin l'ère
de Philippe ou des Lagides, qui commence au 12 novembre 324
av. J.-C.
Ère de
Nabonassar. - L'Almageste de Ptolémée
renferme, avec des tables astronomiques, un canon royal très riche,
qui commence par Nabonassar; or, précisément
à l'aide d'une éclipse
de Lune ,
les astronomes ont pu établir exactement l'avènement de Marda-Kempad,
auquel il suffit alors de rapporter tous les autres.
Ères des
Romains. - L'ère de la fondation de Rome
est d'une détermination malaisée; cette fondation est fixée
av. J.-C. à 762 par Tacite,
à 759 par Polybe,
à 754 par Varron,
à 752 par Caton
et Denys d'Halicarnasse, à 747
par Fabius Pictor, etc., et la chronologie moderne
s'est arrêtée à peu près à la date de
Varron, soit 753 (par pure convention
d'ailleurs puisque les historiens ne considèrent pas que cette date
correspond à celle qu'il convient de donner à la fondation
de Rome). L'ère des consuls, basée sur les Fastes
consulaires, n'est pas non plus d'une précision irréprochable,
et l'on en fixe l'origine à l'an 245
de Rome ou 509 av. J.-C.
Ère républicaine.
- L'ère républicaine, la plus récente, fut celle qui
dura le moins longtemps. Sur le rapport de G. Romme
du 20 septembre 1793, la Convention
décréta, le 3 octobre, que l'ère des Français
compte de la fondation de la République, qui a eu lieu le 22 septembre
1792
( Calendrier
Républicain). L'ère républicaine dura 13 ans et
100 jours; le Sénat abolit cette institution par un sénatus-consulte
du 22 fructidor an XIII, et le 10 nivôse an XIV fut immédiatement
suivi du 1er janvier 1806.
(E.
Drouin / NLI). |