 |
Le genre
Cheval
(Equus) a été subdivisé par les auteurs en sous-genres
qui ne diffèrent que par des caractères de peu d'importance.
Aux trois anciennement admis (Equus ou Chevaux, Asinus ou Ânes,
Hippotigris ou Zèbres), on en a ajouté
un quatrième pour les Hémiones, la confusion qui a longtemps
existé entre les « Anes asiatiques » (c'est-à-dire
les Hémiones), et les Anes africains a été la source
d'erreurs regrettables.
-
Chevaux
Queue garnie de crins dès
sa racine; couleur généralement uniforme. |
Chevaux
domestiqués |
Equus
caballus. |
Chevaux
sauvages
ou
errants |
| Equus
caballus.
Equus
ferus : Equus przewalskii
(Cheval
de Prjewalski) |
Anes
Queue avec des crins à son
extrémité seulement; une ligne dorsale et une ou deux bandes
en croix sur les épaules. |
Equus
asinus |
Equus
asinus asinus (Âne vulgaire,
probablement déscendant de l'Âne de Nubie). |
| Ânes
d'Afrique : Equus
asinus africanus (âne
sauvage d'Afrique), Equus
asinus nubianus (Ane de Nubie ou "Onagre" d'Abyssinie;
quasiment disparu, peut-être encore présent en Eythrée),
Equus asinus somalicus (ou somalensis), Equus asinus atlanticus. |
| Hybrides
Âne / Cheval |
Mulet,
Bardot. |
Hémiones
Queue avec des crins à son
extrémité seulement; une ligne dorsale qui s'élargit
sur la croupe. |
Onagres |
Equus
hemionus onager (Onagre d'Iran, Onagre de
l'Inde) |
Equus
kiang
(kiang
ou Polyodon) |
Equus
kiang kiang (ou E. hemionus kiang) :
âne sauvage du Tibet. |
Hémiones
proprement
dits |
Equus
hemionus kulan (Kulan)
Equus
hemionus luteus
Equus
hemionus syriacus (Hemippe) |
Zèbres
Des crins à l'extrémité
de la queue; une ligne dorsale, le reste du corps couvert de bandes. Le
Couagga avait des bandes sur les épaules et sur le dos seulement.
Les Daws ont la queue blanche, des raies noires alternativement plus
larges et plus étroites
sur la tête, le cou et le tronc. |
Hippotigris |
Zèbres
de montagne
Equus
zebra hartmannae
(Zèbre de montagne
de Hartmann); Equus zebra zebra
(Zèbre de montagne du Cap). Ces deux
sous-espèces, sont parfois considérées comme des espèces
distinctes.
Zèbres
de plaine
Daws
ou Zèbres communs : Equus burchellii
boehmi (Zèbres de Grant);
Equus burchellii burchellii (Zèbres
de Burchell, que l'on a cru disparus vers
1910, mais dont il existe encore une petite population dans le Zoulouland
(Afrique du Sud) et au Swaziland);
Equus burchellii antiquorum (Damara),
Equus burchellii chapmani (Zèbres de
Chapman); Zèbres
de Wahlberg, etc.
Couagga
: Equus burchellii quagga (disparu
à la fin du XIXe siècle)
NB
: la dénomination E. burchellii tend à être remplacée
aujourd'hui par celle de E. quagga. Ainsi le Zèbre de Burchell
devient Equus quagga burchelli, par exemple, et le Couagga, devient Equus
quagga quagga, etc. |
| Dolichohippus |
Equus
grevyi (Zèbre
de Grévy ou Zèbre impérial) |
Sous-genres
et
espèces
fossiles |
Equus
hydruntinus (hydrontins,
rattachés au Hémiones),
Equus Amerhippus (chevaux américains,
proches du genre Hippidion), Equus neogeus.
Equus
altidens van Reichenau, Equus conversidens, Equus occidentalis, Equus sanmeniensis,
Equus stenonis, Equus sussenbornensis |
Les
Chevaux domestiques et les chevaux sauvages
Les Chevaux proprement
dits étaient autrefois généralement caractérisés,
par des attributs empruntés au Cheval domestique (Equus caballus),
tels que « la queue garnie de crins jusqu'à la racine »
et « la crinière flottante ». Depuis que l'on connaît
un Cheval sauvage (Equus caballus przewalskii, Equus Przewalskii Poliakof
ou encore Equus ferus Prjewalskii, selon les auteurs), qu'il est impossible
de considérer comme un cheval marron ou redevenu sauvage, on a modifié
cette caractéristique de la façon suivante : châtaignes
bien développées aux membres antérieurs et postérieurs;
pieds robustes, épais, à sabots larges, arrondis; queue
garnie de longs poils dans sa moitié postérieure
(type sauvage) ou dans toute sa longueur (type domestique); oreilles
petites; pas de raie longitudinale foncée sur le dos.
-
Cheval
arabe.
Les chevaux sauvages
(Cheval de Prjewalski).
Le Cheval sauvage
de la Dzoungarie (Equus Przewalskii) est un animal de la taille de l'Hémione,
mais à proportions très différentes, qui rappellent
plutôt les formes d'un Poney. La tête est forte, avec des oreilles
plus petites que celles de l'Hémione, l'encolure épaisse
chez le mâle comme chez l'étalon du Cheval domestique; les
membres sont robustes, moins grêles que ceux des Hémiones
et des Anes; la crinière est courte, droite, et la queue, assez
longue, est garnie dans sa moitié terminale d'un bouquet de longs
poils
beaucoup plus développé que celui des Hémiones et
des Anes. Les châtaignes sont présentes aux membres postérieurs
comme aux membres antérieurs, tandis qu'elles
manquent en arrière chez les Hémiones, les Anes et les Zèbres.
Les sabots sont arrondis comme ceux du Cheval, et non comprimés
comme dans les autres espèces; enfin, le bas des jambes
est garni de longs poils qui tombent jusqu'à la couronne du sabot
et masquent la partie postérieure du boulet et du paturon, comme
chez les chevaux domestiques de race commune.
-
Cheval
de Prjewalski.
La couleur du pelage
n'est pas moins caractéristique : elle est d'un gris pâle
blanchâtre, tirant sur l'isabelle à la tête et au cou,
cette teinte se fondant insensiblement sur les flancs avec le blanc pur
des membres et du ventre; les poils intérieurs des oreilles et le
museau sont blancs; la crinière est brune avec l'extrémité
des poils noirs; le pinceau de la queue, les longs poils du bas des jambes
et les sabots sont noirs. Le pelage est long et ondulé, surtout
en hiver. Il n'y a pas trace de la raie dorsale de couleur foncée
qui caractérise toutes les variétés de l'Hémione.
Cette espèce remarquable a été découverte,
en 1879, par le voyageur Nicolaï Prjewalski ,
lors de son dernier voyage dans l'Asie centrale ,
et décrite scientifiquement par Poliakof en 1881. Elle habitait
les steppes les plus désertes de la Dzoungarie ,
entre l'Altaï et les monts Thian-Chan, et ne se trouvait, semble-t-il,
nulle part ailleurs. Les Kirghiz
l'appellaient kertag et les Mongols takké.
Les derniers chevaux de Prjevalski vivant à l'état sauvage
ont disparu dans les années 1960. Cependant, une soixantaine d'individus,
conservés dans les parcs zoologiques d'Europe, ont pu servir de
souche à une population réintroduite en Mongolie dans les
années 1980. Ces chevaux sauvages vivent par petites troupes de
cinq à quinze individus, sous la conduite d'un vieil étalon.
Ils peuvent se passer longtemps de boire, car l'eau est fort rare dans
la région sauvage où on les rencontre. Très méfiants,
la vue, l'ouïe et l'odorat
très développés, ils éventent de fort loin
l'humain et se laissent difficilement approcher.
L'intérêt
qui s'est attaché à la découverte de ce type sauvage
si bien caractérisé, et qui n'a rien de commun avec le Tarpan,
c.-à-d. avec le Cheval marron échappé à la
domesticité et redevenu sauvage dans les steppes de l'Asie centrale,
c'est que, comme l'a supposé Poliakof en son temps, on l'a cru à
l'origine du Cheval domestique, une souche que l'on croyait reconnaître
dans les peintures des grottes ornées du Paléolithique et
que l'on pensait depuis longtemps éteinte. Les travaux de Gaudry
et de Nehring sur la faune pléistocène de l'Europe ,
en montrant que la faune actuelle des steppes a vécu dans l'Europe
occidentale à cette époque, donnaient beaucoup de poids à
cette hypothèse, à laquelle il a été renoncé
aujourd'hui. Les Chevaux domestiques actuels dérivent peut-être
des Chevaux représentés par les artistes du Paléolithique,
mais en tout cas, comme le montrent les analyses d'ADN, pas des Chevaux
de Prjewalski, qui représentent plutôt une branche qui a évolué
en parallèle à celle dont sont issus les Chevaux domestiques.
On a aussi prétendu
que l'Equus Przewalskii n'était qu'un Hémione, en se fondant
principalement sur la forme de sa queue, différente de celle du
Cheval domestique. Cette opinion n'est plus soutenue; elle était
fondée, d'ailleurs, sur une pétition de principe, puisque,
on ignorait complètement quelle était la forme de la queue
chez les Chevaux restés sauvages. L'étude des autres espèces
du genre, celle de l'Equus Przewalskii (dont la queue est beaucoup plus
fournie, d'ailleurs, que celle des Hémiones et surtout des Anes),
incite à avancer que la queue du Cheval primitif (Equus caballus
férus) n'était pas garnie de poils longs jusqu'à la
racine, et que la queue comme la crinière flottante du Cheval domestique,
de même que sa taille, bien supérieure à celle de toutes
les espèces sauvages, sont des produits de la domesticité
et d'une nourriture plus abondante que celle des steppes de sa patrie d'origine.
-
Chevaux
domestiqués
(Equus
caballus) |
Races
asiatiques |
Races
arabes : Chevaux
de l'Irak, Chevaux du Nedjed, Chevaux du Yemen, Chevaux de I'Oman, Chevaux
du Hedjaz, Chevaux de Barhein, Chevaux de Mésopotamie.
Races
persanes; races turques. |
| Races
africaines |
Races
de Nubie; races de Numidie.
Races
du Tchad : type Dongola, type Barbe, type
Kirdi (ou Poney de Logone). |
| Races
européennes |
Races
espagnoles ou andalouses.
Races
anglaises : Cheval de course anglais(pur sang
anglais et pur sang anglo-arabe), Cheval de chasse ou hunier, Cheval noir,
Suffolk, Cheval de Lincolnshire.
Races
françaises : Chevaux
des Pyrénées (Pottoks du Pays Basque et Mérens de
l'Ariège). Chevaux d'Auvergne, Chevaux bourguignons ou nivernais,
Chevaux limousins, Chevaux anglo-normands, Chevaux corses, Chevaux du Morbihan
et de la Cornouailles, Chevaux du Poitou, Chevaux percherons, Chevaux boulonais,
Chevaux flamands, Chevaux ardennais, Chevaux franc-comtois.
Races
hollandaises : Cheval hollandais, Cheval frison.
Races
allemandes et d'Europe centrale : Cheval
mecklembourgeois, Cheval du Holstein, Cheval allemand, Cheval hongrois;
Konigs de Pologne (peut-être descendants
des Tarpas d'Asie centrale)poneys : Haflinguer
autrichien, Dulmen de Westphalie, Poney polonais.
Races
danoises et russes : Cheval
danois, Cheval russe. |
Chevaux
sauvages
ou
errants (E. caballus / E. ferus) |
Chevaux
errants
de
l'Asie |
Tarpan
(la sous-espèce sauvage originelle est éteinte depuis les
années 1760, mais le nom continue d'être employé pour
désigner certains chevaux retournés à l'état
sauvage),
Muzins,
Chevaux des steppes ou tartares, Cheval nu. |
Chevaux
errants
de
l'Afrique |
Kumrah
ou cheval nain. |
Chevaux
errants
de
l'Amérique du Sud |
Cimmarones
(Argentine), Mustangs
(Paraguay). |
| Chevaux
errants de l'Amérique du Nord : Mustangs
(Mexique et Etats-Unis) |
| Chevaux
errants de l'Océanie. |
| Chevaux
errants d'Europe |
Chevaux
français (Chevaux camarguais, Chevaux
des dunes de Gascogne).
Chevaux
de la Russie méridionale.
Chevaux
des Iles Britanniques (Poneys des Shetlands
à poils longs, Connemaras d'Irlande, Poneys du Pays de Galles).
Chevaux
de Norvège, de Laponie et d'Islande. |
Les Chevaux redevenus
sauvages ou marrons.
Il existe, dans
presque toutes les régions du monde, des Chevaux marrons, c.-à-d.
des Chevaux échappés à la domesticité et redevenus
sauvages. Ceux des steppes de l'Asie centrale ,
qu'on ne peut confondre avec le Cheval réellement sauvage (Equus
Przewalskii), portent le nom de Tarpans. Ils ont des formes plus lourdes
que le Cheval domestique, la tête relativement plus grosse, et sont
de petite taille, mais ils ont la queue touffue dès la base, comme
ce dernier, bien qu'assez courte. La couleur de leur robe, toujours uniforme
et sans tache, est beaucoup plus foncée que celle de l'E. Przewalskii,
variant du gris souris à l'isabelle et au brun, très rarement
noire et jamais pie. Mais ce qui est généralement moins connu,
c'est qu'il a existé des Tarpans ou Chevaux marrons jusque dans
l'Europe
occidentale et même en France, à une époque relativement
récente. Elisée Roesslin (de Haguenau), dans un livre publié
à Strasbourg
en 1593, signale en ces termes leur présence dans la chaîne
des Vosges :
"Parmi
les animaux qui se rencontrent dans les Vosges, il faut surtout remarquer,
ce qui serait une merveille dans beaucoup de pays, les Chevaux sauvages.
Ils se tiennent dans les forêts et les montagnes, pourvoyant eux-mêmes
à leur entretien, se reproduisant et se multipliant par toutes les
saisons. En hiver, ils cherchent un abri sous les rochers, se nourrissant,
comme le grand gibier, de genêts, de bruyère, de branches
d'arbres. Ils sont plus farouches et plus sauvages que ne le sont, en bien
des contrées, les Cerfs et aussi difficiles à prendre que
ceux-ci. L'on s'en rend maître, comme des Cerfs, au moyen de lacs.
Quand on parvient à les apprivoiser et à les dompter, ce
qui est d'un travail long et difficile, on obtient des Chevaux de la meilleure
qualité [...]. Ils résistent aux froids les plus violents
et se contentent des fourrages les plus grossiers. Leur marche est sûre,
leur pied ferme et solide, parce qu'ils sont habitués, comme les
Chamois, à parcourir les montagnes et à franchir les rochers.
Si les Vosges entretiennent des Chevaux sauvages, tandis que la forêt
Noire ne connaît pas ce genre d'animaux, elles doivent ce privilège
à leur exposition septentrionale, depuis Lichtenberg jusqu'à
Neustadt-sur-la-Haardt, à leur stérilité et à
la domination des vents âpres et rudes qui soufflent du nord." (cité
par Gérard, Faune historique de l'Alsace).
A la même époque,
il existait également des Chevaux sauvages dans les Alpes suisses
(canton de Saint-Gall )
et en Prusse
(Erasmus Stella, 1518), et l'on mangea leur chair jusqu'à l'époque
où elle fut interdite par l'Eglise. Plus récemment, il en
existait encore dans le sud de la Russie .
Partout où l'Humain a transporté le Cheval, on retrouve des
troupes de Chevaux marrons analogues aux Tarpans; sur les bords du Niger,
en Afrique ,
ils sont appelés Kumrahs. On en a trouvé aussi eu Australie,
mais c'est une race d'aspect misérable qui ont été
fusillés sans pitié pour éviter tout mélange
avec les juments domestiques, et qui ont peut-être été
complètement exterminés aujourd'hui. Dans les deux Amériques ,
le Cheval, qui comptait encore sur ce continent de nombreuses espèces
au Paléolithique, s'était complètement éteint
bien avant l'arrivée des Européens. Importée au XVe
siècle par les premiers conquérants, la race des Chevaux
espagnols, trouvant dans les prairies du Nord, les llanos et les pampas
du Sud une nourriture abondante, a prospéré et constitue,
sous le nom de Mustangs (de l'espagnol mestengo = vagabond) au Paraguay
et au Mexique ,
de Cimmarrones à la Plata (Argentine ),
des races souvent de grande taille, très recherchées, et
que l'on chassait au lasso pour les apprivoiser et les dresser aux usages
domestiques. Les Mustangs diffèrent des Tarpans par la variété
de leurs teintes et le grand nombre d'individus à robe pie. Certaines
de ces robes sont remarquables par la disposition élégante
des couleurs; on voyait, dans les années 1880, au Nouveau-Cirque,
sous le nom de Chevaux tigres (le nom de Chevaux pards aurait été
plus exact), huit magnifiques Mustangs très bien assortis et tous
tachetés de brun ou de marron sur un fond d'un blanc pur; ces taches,
disposées assez régulièrement et n'ayant rien de commun
avec les pommelures des chevaux domestiques, produisaient un effet très
agréable à l'oeil.
Les
Hémiones
Les Hémiones,
que la plupart des naturalistes longtemps placé dans le sous-genre
Asinus, sont des espèces asiatiques qui se distinguent des véritables
Anes par leurs formes plus semblables à celles du Mulet domestique,
comme l'avaient déjà reconnu les Anciens, qui donnaient aux
Hémiones sauvages le nom de Mulets féconds pour les distinguer
des véritables Mulets qui sont généralement stériles;
de là vient aussi le nom d'Hémione (c. -à-d. demi-âne,
nom que les Grecs donnaient au Mulet). Les caractères de ce groupe
sont les suivants : châtaignes développées aux membres
antérieurs seulement; pieds grêles
à sabots petits, comprimés; queue de longueur moyenne, garnie
d'un bouquets de poils dans son tiers postérieur
seulement; oreilles moyennes; une raie longitudinale
foncée sur le dos, plus rarement croisée par une raie transversale
aux épaules. Les variétés de ce type ont été
singulièrement embrouillées par les naturalistes qui s'en
sont successivement occupés; hâtons-nous de dire que cette
confusion a moins d'importance si l'on admet, avec H. Milne-Edwards ,
que toutes ces espèces ne sont que des variétés ou
races locales d'une espèce unique (Equus hemionus) qui habiterait
les steppes et les régions montagneuses
de tout le centre et l'ouest de l'Asie ,
de la Mongolie et du Tibet, au nord de l'Arabie. Faisons remarquer en même
temps que l'Hémione de nos jardins zoologiques est la race que les
naturalistes anglais désignent sous le nom d'Equus onager (le faux
Hémione de Gervais ),
tandis que leur Equus hemionus est la variété beaucoup plus
rare que l'on désigne généralement sous le nom indigène
de Kiang. Cette simple constatation peut déjà élucider
considérablement la question. On distingue trois variétés
géographiques d'Hémiones :
1° l'Hémione
de l'Inde
(E. hémionus var. onager Brisson), qui est l'Onagre de Pallas
et l'espèce la plus répandue dans les jardins zoologiques
sous le nom d'Hémione;
2° l'Hémione
du Tibet
(E. hemionus Pallas) ou Kiang des Tibétains, espèce plus
septentrionale et orientale que la précédente;
3° l'Hémippe
ou Hémione de Syrie (E. hemippus Is. Geoffroy ,
ou E. hemionus var. syriacus H. Milne-Edwards), espèce plus méridionale
et occidentale que les deux précédentes.
L'Hémione
des l'Inde (Onagre).
L'Hémione
de l'Inde (Equus hernionus onager) est l'Onagre (Onager vel Asinus sylvestris)
des Anciens et de Pline
en particulier, et l'Onagre de Pallas. Dans son pays natal, les Indiens
l'appellent Ghor-khur, les Iraniens Ghour ou Kherdecht, les Kirghiz Koulan.
Cette espèce est bien connue des naturalistes et très répandue
dans les jardins zoologiques depuis que le voyageur français Dussumier
en a rapporté les premiers individus vivants à la ménagerie
du Muséum de Paris
(1840).
Sa taille est celle
de l'Ane ou du Bardot; le pelage ras et lustré en été,
devient beaucoup plus long sur le corps en hiver. La couleur des parties
supérieures est un isabelle assez clair, séparé des
parties inférieures, qui sont blanches, par une teinte plus foncée,
très accusée surtout en hiver, où elle forme trois
larges taches de chaque côté (aux épaules, aux flancs
et aux cuisses). Les jambes sont blanches, comme le ventre, ou légèrement
teintées d'isabelle sur leur face antérieure. La crinière
est droite, hérissée, d'un fauve noirâtre, et se continue
le long de l'épine dorsale par une large bande d'un fauve foncé
ou marron, qui se termine en pointe sur le dessus de la queue; celle-ci
est blanche, médiocrement longue et terminée par un pinceau
de poils noirâtres. Les oreilles sont moyennes, moins longues que
celles de l'Ane. Ordinairement il n'y a pas trace de raie transversale
aux épaules; cependant, sur certains individus, cette raie cruciale
est plus ou moins visible, bien qu'elle ne soit jamais aussi bien marquée
que chez l'Ane. D'après Pallas, cette bande transversale serait
propre au mâle.
-
Hémione
de l'Inde (femelle).
Cette race habite
le Koutch ou désert indien, les bords du Sind (Indus), le Goudjerat,
le Béloutchistan
et l'Iran ,
s'étendant au Sud-Ouest jusque dans la Mésopotamie. D'après
Jerdon, elle s'étend dans l'Inde
jusqu'à Deesa au Sud, et jusqu'au 75e
degré de longitude à l'Est. Au Nord, elle ne dépasserait
pas le 48e degré de latitude dans
les steppes du Turkestan .
Elle vit par bandes nombreuses de cent à cent cinquante individus,
sous la conduite d'un vieil étalon, parcourant le désert
à la recherche des pâturages et de l'eau, émigrant
vers les montagnes au printemps, quand les vents violents qui règnent
dans ces contrées ont desséché l'herbe
et les étangs d'eau douce. Les habitants de ces contrées
lui font la chasse pour se nourrir de sa chair et s'emparer des jeunes
que l'on prend vivants après avoir tué la mère. Ce
sont ces jeunes animaux qui fournissent des sujets à nos jardins
zoologiques, car l'adulte est méfiant, très sauvage, très
rapide à la course, et se laisse rarement capturer vivant. C'est
avec la peau de cette espèce que l'on fait le sagri ou peau de chagrin,
dont le grain est obtenu au moyen d'une réaction chimique particulière.
A Bombay ,
Dussumier a vu de ces animaux attelés et montés, et l'un
des Hémiones du Muséum de Paris a même été
dressé à traîner une voiture légère à
grands guides de Versailles
à Paris. Cette espèce s'acclimate bien au climat européen
et se reproduit facilement dans les jardins zoologiques.
Le Kiang.
L'Hémione du Tibet
(Equus hemionus proprement dit, ou Hémione de Pallas) est le Kiang
ou Disightai des Tibétains. Cette race serait de plus forte taille
que l'Hémione de l'Inde ,
de couleur plus foncée et dépourvue de bande transversale
sur les épaules; enfin les oreilles seraient plus courtes et la
voix différente, ressemblant plus au hennissement du Cheval qu'au
braiment de l'Ane; mais ce dernier caractère est contesté.
Comme on le voit d'après cette description, cette race, propre aux
régions montagneuses de l'Asie centrale ,
pourrait bien n'être qu'une variété montagnarde de
l'Hémione de l'Inde, car celui-ci porte, en hiver, le pelage plus
foncé et nettement séparé, sur les flancs, du blanc
des parties inférieures, que l'on donne pour caractère au
Kiang. Cet Hémione habite le plateau du Tibet, le Ladakh, le Cachemire .
Il est extrêmement sauvage et ne se laisse pas approcher à
plus de 5 ou 600 m. Sa vitesse est très grande et ses moeurs diffèrent
peu de celles de la variété précédente. Le
Yo-to-tze (Asinus equuleus on A. hippargus d'H. Smith) n'est probablement
qu'un hybride de cette espèce et de l'Ane domestique.
Hémione
kiang ("âne" du Tibet).
L'Hémione
de Syrie (Hemippe)
L'Hémippe
ou Hémione de Syrie (Equus hemippus ou E. hemionus syriacus) constitue
une variété assez distincte de l'Hémione par ses formes
plus légères et plus fines, aussi bien que par sa coloration.
Le corps est plus élancé que celui de l'Hémione de
l'Inde, l'encolure plus longue, la tête plus allongée et plus
busquée, les oreilles plus petites, ayant presque les proportions
du Cheval. La robe est entièrement d'un alezan clair uniforme, à
peine moins foncé sous le ventre et à la partie interne et
postérieure des jambes, plus foncé, au contraire, à
la crinière et au pinceau terminal de la queue. La crinière
se continue sans interruption par une bande longitudinale assez bien marquée,
mais il n'y a pas trace de bande transversale. Le nez est grisâtre.
Cette variété, qui habite la Syrie et les déserts
du nord de l'Arabie, n'est encore connue que par les deux individus rapportés
de Damas ,
en 1855, par Bourgoing et qui ont vécu quelque temps à la
ménagerie du Muséum. C'est tout à fait à tort
que le prince Ch. Bonaparte, et Gray après lui, ont voulu rapprocher
cet Hémione de l'Ane sauvage d'Abyssinie ,
dont il diffère sous tous les rapports.
-
Hémippe
de Syrie.
Les
Ânes
Les Anes (Asinus),
de même que les Hémiones, n'ont de châtaignes qu'aux
membres antérieurs; les membres sont grêles, à sabots
petits et comprimés. Ils diffèrent des Hémiones par
leurs oreilles très longues, leur quelle plus grêle, plus
allongée et garnie d'un mince pinceau de poils. Ils portent sur
le dos deux bandes en croix et ont, de plus, généralement
les jambes rayées de bandes étroites, foncées sur
un fond clair. Les Ânes sauvages habitent le Nord et l'Est de l'Afrique .
On connaît
plusieurs sous-espèces de ce type (Equus asinus africanus, Equus
asinus somalicus (ou somalensis), Equus asinus atlanticus, Equus asinus
nubianus ou Ane de Nubie) L'Âne de Nubie ou "Onagre" d'Abyssinie
(Equus taeniopus Heuglin), aussi appelé Ane aux pieds bandés
semble être la souche des Anes domestiques (Equus asinus africanus
asinus). La forme et les proportions sont en tout cas très différentes
de celles des Hémiones et ressemblent, au contraire, beaucoup à
celles de l'Ane domestique. La tête est plus allongée, à
chanfrein busqué, la croupe est plus basse et plus étroite,
la queue plus longue et plus grue; le pinceau terminal, commençant
plus bas, tombe aussi plus bas. Les oreilles sont longues et pointues.
La voix est identique à celle de l'Ane domestique. La couleur varie
beaucoup, mais la croix dorsale ne fait jamais défaut dans les deux
sexes.
-
Ane
d'Abyssinie.
La variété
ordinaire d'Abyssinie (Equus asinus africanus Sclater) a le pelage isabelle
et les jambes faiblement bandées. Une variété, découverte
dans le pays des Somali (E. asinus somalicus Sclater) est, au contraire,
d'un gris cendré, avec les jambes fortement bandées de noir.
Les moeurs ne diffèrent pas de celles des Hémiones. Cette
espèce habite l'Abyssine et tout le Nord-Est de l'Afrique; on suppose,
mais sans preuves certaines, qu'elle se trouve aussi dans le sud de Arabie,
dont la faune est d'ailleurs si semblable à celle du versant occidental
de la mer Rouge.
Nulle part ailleurs
on ne trouve d'Anes sauvages en Asie, tous les animaux désignés
sous ce nom dans cette partie du monde étant des Hémiones,
c.-à-d. des Equidés qui n'ont jamais été l'objet
de tentatives sérieuses de domestication, C'est donc à tort
qu'on a pu dire que l' « Ane domestique d'Europe vient d'Arabie,
d'où il a été importé en Egypte d'abord...
» Tous les documents hisbriques que nous ont laissés les anciens
Egyptiens
tendent, au contraire, à prouver que l'âne leur est venu d'Abyssinie,
où il vit encore aujourd'hui à l'état sauvage, par
la haute Egypte, et que c'est d'Egypte qu'il a passé d'une part
en Asie ,
de l'autre dans le Sud de l'Europe .
Les
Zèbres
Les Zèbres
(Hippotigris et Dolichohippus) ne diffèrent des Anes ou des Hémiones
que par leur pelage plus ou moins rayé. Tous habitent l'Afrique
(région éthiopienne), au sud du Sahara, et plus particulièrement
les sous-régions orientale et australe de ce continent, qui sont
dépourvues de forêts; ils font défaut
dans la sous-région occidentale qui est, au contraire, presque entièrement
boisée. On en connaît trois espèces : les Zèbres
de montagne (E. zebra) et les Zèbres de plaine (E. quagga), qui
appartiennent au type Hippotigris, et les Zèbres de Grévy
(E. grevyi), qui forment le type Dolichohippus.
Zèbre de
montagne.
Le Zèbre
de montagne (Equus zebra) a les sabots plus comprimés
que ces deux dernières, et ses formes sont plus lourdes et plus
ramassées. La taille est celle des Anes et des Hémiones.
Tout son pelage est couvert de larges bandes
noires, sur un fond blanchâtre ou isabelle très clair; ces
bandes partent de la ligne dorsale et se dirigent perpendiculairement sur
les flancs. Elles sont obliques sur la croupe et transversales sur les
jambes,
qui sont rayées même à l'intérieur. La tête,
les oreilles et la queue
sont également rayées de bandes plus fines que celles du
corps.
Le dessous du ventre
seul est blanc et sans rayures. La queue n'a qu'un bouquet terminal comme
celle des Hémiones.
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Zèbre
de montagne (Equus zebra).
Zèbres
de plaine
Les Zèbres
de plaine (Equus burchelli ou E. quagga) sont formés de plusieurs
sous-espèces plus méridionales et propres aux plaines du
désert de Kahahari. Il s'agit, d'une part des Zèbres qu'on
connaît aussi sous le nom de Daws, et de ceux, aujourd'hui éteints,
désignés sous le nom de Couaggas.
Daws.
Les Daws, nom commun
à plusieurs variétés de plaine (dont les Zèbres
de Grant sont les plus répandus), sont ceux des Zèbres qui
s'avancent le plus vers le Nord. Ils ont des formes plus légères
que celles des Zèbres de montagne, et leur pelage est assez variable;
le fond du pelage est d'un isabelle un peu plus foncé, sauf aux
jambes qui sont blanches et généralement dépourvues
de rayures, sauf dans la variété appelée E. quaggua
chapmanni. La croupe est plus ou moins largement couverte de bandes foncées,
suivant les individus; d'ordinaire, les bandes noires sont séparées
par des bandes plus claires et plus étroites, mais plus foncées
cependant que le fond du pelage, et l'on remarque assez souvent des anastomoses
entre ces bandes obliques de la croupe. La queue est blanche, à
touffe terminale plus fournie et plus rapprochée de la racine que
celle du véritable Zèbre. Cette jolie sous-espèce
habite le pays des Namaquas, au nord de la rivière Orange et de
là jusqu'au Zambèze (Kirke). C'est, de tous les chevaux zébrés,
le plus commun actuellement dans les ménageries et les jardins zoologiques.
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Zèbre
de plaine (Equus burchelli).
Couaggas.
Les Couagga (Equus
quagga quagga) avaient les formes plus élégantes et plus
semblables à celles du Cheval, les oreilles plus petites, la queue
plus fournie que les précédents. Son pelage était
plus foncé, d'un brun clair sur la tête, le cou, le corps
et le devant des jambes; le ventre, la queue et l'intérieur des
membres sont blanchâtres. La partie antérieure du corps, c.
-à-d. la tête, le cou avec la crinière, les épaules
et la moitié du tronc, étaient rayés de bandes noires
comme chez les autres espèces, mais il n'y en avait jamais ni sur
la croupe ni sur les jambes. Le pinceau de la queue commençait très
près de la racine, ce qui rapprochait le Couagga du Cheval; mais
ce caractère ne semble pas avoir été constant, si
l'on s'en rapporte aux figures de la ménagerie de Knowsley où
l'un des deux individus de cette espèce, figurés sur la même
planche, a la queue munie d'un court pinceau terminal, comme le véritable
Zèbre et les Anes. Cette espèce habitait en Afrique du Sud
(au Nord de l'ancienne colonie du Cap), où devint fort rare après
que les colons hollandais se soient établis dans cette région;
elle avait disparu à la fin du XIXe
siècle.
Couagga.
Zèbres
de Grévy
On a distingué
sous le nom d'Equus Grevyi (A. Milne-Edwards) une dernière espèce
de Zèbre qui présente des raies beaucoup plus étroites
et nombreuses que le Zèbre de montagne; on remarque, du reste, chez
ce dernier, que les bandes des flancs se dédoublent sur le dos avant
de rejoindre la bande longitudinale de l'épine dorsale. L'E. Grevyi
provient du pays des Gallas, région de plateaux élevés
au Sud de la Somalie et à l'Est de l'Ethiopie .
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Zèbre
de Grévy (Equus grevyi).
Hybrides
entre les différentes espèces
Toutes les espèces
du genre Cheval peuvent se croiser entre elles et donner des mulets ou
hybrides qui, d'ailleurs, sont rarement féconds. Rappelons que le
mulet proprement dit (ou la mule) est le produit de l'étalon de
l'Ane domestique (appelé communément baudet) avec la jument;
cet hybride atteint généralement une grande taille, comparable
à celle de la mère, et peut être utilisé de
la même façon (train, artillerie, gros trait). Au contraire,
le bardot, produit de l'Anesse saillie par l'étalon de race chevaline,
dépasse rarement la taille de l'Ane; aussi ses usages sont très
bornés et on le recherche beaucoup moins. La mule n'est pas toujours
stérile; on a pu voir, au Jardin d'Acclimatation, des hybrides de
seconde génération, c. -à-d. avant pour mère
une mule féconde, saillie par un étalon de race tarbe. Ces
hybrides, d'un brun foncé, sont de très petite taille, mais
à formes grêles, ressemblant sous ce rapport au Cheval des
Pyrénées et n'ayant conservé que peu de chose des
caractères de leur mère. Un produit du même genre (double
Mulet) a été obtenu en Angleterre par le croisement d'une
mule (fille elle-même d'un Ane et d'un Zèbre femelle) avez
un poney de couleur baie; ce produit présente quelques zébrures
indistinctes sur les jambes.
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Hybride
d'Hémione et de Zèbre.
Les Hémiones
et l'Ane ont été souvent croisés avec des Zèbres;
les produits obtenus ont généralement une robe isabelle ou
d'un gris plus ou moins foncé, sur laquelle se détachent
vaguement des zébrures étroites, plus marquées sur
les épaules où la croix se montre souvent large et bifurquée,
comme formée par la confluence de deux ou trois bandes rapprochées;
très souvent les pattes sont également rayées de noir,
même chez les hybrides dont les parents ne portent pas de marques
de ce genre, et la couleur claire de ces parties contribue à mettre
cette particularité en évidence. La réapparition des
zébrures sur les jambes chez ces hybrides, comme chez certaines
variétés naturelles de l'Ane sauvage et du Zèbre,
peut être considérée comme un phénomène
d'atavisme. (E. Trouessart). |
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