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Enthousiame

Les Anciens désignaient par le mot enthousiasme l'état d'âme des devins (Divination) inspirés par les dieux. Platon l'a employé dans le Phèdre pour désigner l'état d'esprit de Socrate possédé des grandes vérités qu'il enseigne, mais il le lui fait attribuer encore aux nymphes du fleuve, sur les bords duquel s'entretient le dialogue. Aristote enfin se sert du même mot pour désigner le même état de l'âme passionnée pour la vérité, mais il ne l'attribue plus, même par jeu, à aucune divinité. Le caractère propre de l'enthousiasme est de posséder l'âme, de l'arracher à elle-même, de mettre hors de soi celui qui en est animé. Il a cela de commun avec la passion poussée à l'extrême. Mais, tandis que la passion met l'humain hors de lui en l'abaissant à une nature inférieure, l'enthousiasme le met hors de lui en l'élevant à une nature supérieure : la passion bestialise, s'il est permis de parler ainsi; l'enthousiasme divinise. C'est pour cela que les Anciens y voyaient une intervention de la divinité. 

Ce qui caractérise l'enthousiasme c'est donc que son objet est idéal, élevé, universel. Il y a l'enthousiasme du dévouement, de la vertu, etc. Enfin l'enthousiasme ne va pas sans un vif élan de l'être, sans une activité qui le porte à réaliser ce dont il a l'âme possédée. Ainsi l'enthousiasme met en jeu :

1° l'intelligence, puisque son objet est avant tout idéal;

2° la sensibilité, puisque la vue de son objet émeut profondément l'enthousiaste et l'arrache à lui-même;

 3° la volonté, qu'il ébranle et pousse à réaliser son objet. Cet élan de la volonté est d'autant plus fort que l'enthousiasme est plus vif.

On a pu dire qu'aucune oeuvre importante ne pouvait être réalisée sans enthousiasme. Cela est vrai surtout des oeuvres désintéressées qui doivent porter avec elles-mêmes leur satisfaction. L'enthousiasme ne doit pas être confondu avec des excitations passagères de l'imagination qui s'éprend fortement d'une chimère on d'un rêve. Ces excitations tombent dès que disparaît l'image qui les avait excitées. Leur objet était trompeur et faux, l'objet du véritable enthousiasme est une idée, une vérité et ne risque pas de manquer. Aussi reconnaît-on l'enthousiasme moins à ses transports qu'à sa durée. Il doit être surtout au dedans, animer la volonté d'une flamme et ne pas s'évaporer en manifestations extérieures. (G. Fonsegrive).
 
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Dictionnaire Idées et méthodes
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