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La paléographie latine et romane
L'écriture onciale
L'écriture onciale latine, comme l'écriture onciale grecque, est une modification de l'écriture capitale qui a consisté à donner plus de rapidité au tracé de l'écriture par l'arrondissement des angles d'un certain nombre de lettres, principalement A, D, E, M et quelques autres (fig. 18). 
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18. - Lettres onciales : A D E G H M Q T V

Les hastes (D, H, L) et les queues (F, G, P, Q) des lettres sont prolongées un peu au-dessus et au-dessous des lignes de base et de sommet de l'écriture. Les queues sont généralement plus longues que les hastes, et leur prolongement en dehors de la ligne est d'autant plus grand que l'écriture onciale est plus moderne. La dénomination uncialis se rapporte aux dimensions de l'écriture onciale, qui devait avoir souvent, surtout dans les manuscrits les plus anciens, si nous pouvons en juger par les fragments qui nous sont parvenus (fig. 19), près d'un pouce de hauteur, c.-à-d. environ 27 mm de hauteur. L'uncia était la douzième partie de la livre, comme le pouce était la douzième partie du pied. Le terme uncialis désignait couramment les écritures de grandes dimensions : les plus grandes étaient, par exemple, les écritures capitales du genre de celles dont les plus anciens manuscrits de Virgile nous ont conservé des exemples, et où les lettres ont 1 cm de hauteur. On trouve déjà le terne uncialis, mais employé avec quelque obscurité, dans saint Jérôme (préface du Livre de Job).
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19. - IVe siècle. Onciale. Fragment d'une colonne du 
palimpseste De Republica de Cicéron. - Lettres
caractéristiques : A, D, E, M.

A l'époque de la renaissance carolingienne, une correspondance entre Eginhard et Loup de Ferrières nous apprend qu'il existait, dans les ateliers de scribes, des mesures pour ainsi dire officielles pour les différentes écritures capitales et pour les lettres maxime et unciales.

La modification onciale de l'écriture capitale se trouve beaucoup plus tard dans la paléographie latine que dans la paléographie grecque. Comme les plus anciens manuscrits en onciale ne remontent guère qu'au IVe siècle après J.-C , on en est réduit à des conjectures pour fixer la date de son invention, quoiqu'il soit permis de supposer que les Romains ont dû s'inspirer de bonne heure de l'écriture des Grecs aussi bien que dans leur littérature. Les graffiti de Pompéi, où se trouvent représentés tous les genres d'écritures en usage au milieu du Ier siècle de J.-C., nous présentent déjà des formes de lettres, notamment pour l'E, qui sont tout à fait onciales. 

En se fondant sur les dates des documents et des manuscrits qui subsistent, les paléographes les plus autorisés ont assigné au développement de l'écriture onciale et à son introduction dans les manuscrits l'époque comprise entre les années 167 et 374 après J.-C. (Wattenbach et Zangemeister, Ex. codd. latt., p. 5). 

Les progrès du christianisme, par la multiplication des exemplaires des textes sacrés, traduits partiellement en latin dès une époque très ancienne, contribuèrent puissamment au développement de l'écriture onciale. Son triomphe définitif se place à la fin du IVe siècle, époque de la plupart des Pères de l'Eglise, sous la direction desquels la littérature biblique et théologique prit des proportions inconnues jusqu'alors. Saint Augustin, à sa mort (430), recommandait à ses prêtres de prendre soin de la conservation de la bibliothèque considérable qu'il avait formée à Hippone.

Caractéristiques de l'onciale
Dans l'écriture onciale, plus du tiers du nombre total des lettres de l'alphabet (9 sur 23) sont modifiées. La fig, 18 donne la liste la plus complète des lettres dites onciales, telle qu'elle a été établie dans le grand traité de diplomatique des bénédictins du XVIIIe siècle et adoptée par N. de Wailly. Quelques paléographes du XIXe siècle, Wattenbach, Thompson, Paoli, etc., ont réduit cette liste, principalement en n'y faisant pas rentrer le G, le T, et même le V, parce que ces dernières lettres se trouvent déjà, avec une forme presque onciale, dans l'écriture capitale, ou réciproquement. D'autres paléographes, au contraire, ont augmenté la liste des lettres onciales de T, L, P, et même de B et N. Quatre lettres seulement sont vraiment caractéristiques dans l'écriture onciale et s'y rencontrent exclusivement; les autres lettres ne sont pas spéciales à l'onciale, mais se trouvent aussi dans l'écriture semi-onciale; ainsi que dans l'écriture minuscule. 

Les quatre lettres caractéristiques, A, D, E, M, sont donc les lettres qui suffisent à faire ranger une écriture dans la classe de l'onciale et sont celles qu'il faut immédiatement chercher dans un manuscrit, quand il s'agit de classification. Les lettres onciales n'ont pas beaucoup changé de forme pendant plusieurs siècles, quoiqu'il soit néanmoins possible d'y relever un peu plus de différences, suivant les époques, que dans l'écriture capitale. 

L'A est originairement formé d'un jambage oblique, à droite, sous lequel se trouve un petit angle, formé du premier jambage et de la traverse, lesquels peuvent être tracés d'un trait continu dans cette position : c'est la forme la plus ancienne de l'A oncial et on l'appelle A triangulaire (fig. 19, ligne 1, etc.). Les lignes qui forment l'angle sont peu à peu remplacées par des lignes courbes, qui produisent la panse de l'A. La panse de l'A est quelquefois double, formant deux petits cercles concentriques, dans les formes données aux initiales placées au commencement des chapitres ou en tête des pages des manuscrits. 

Dans le D, la panse et la haste sont réunies, et quand la partie supérieure est peu développée, la lettre prend presque complètement l'aspect d'un O.

L'E est réduit, des quatre traits dont il est formé dans l'écriture capitale, à deux seulement : une courbe et une traverse ou barre médiane, la traverse est souvent placée vers le haut de la courbe (V. fig. 19, etc.).

LI'M, composé de deux grandes lignes courbes juxtaposées, offre, suivant les époques, une particularité paléographique qui est un criterium plus sûr que celui de l'A, car cette particularité paléographique de l'M n'a pas été reproduite, comme celle de l'A, dans l'imitation très perfectionnée des écritures de l'Antiquité qui a eu lieu à la renaissance carolingienne : le premier jambage de gauche, au lieu d'être courbe et légèrement tourné vers l'intérieur de la lettre, est un trait à peu près vertical (V. fig. 19, l. IV et V, dans les mots earum et rerum). C'est la forme constante donnée par les palimpsestes de Cicéron, les manuscrits de Tite-Live, etc. 

La figure 19 offre des exemples de toutes les lettres onciales, à l'exception de G et H. L'écriture onciale offre un assez grand nombre de ligatures pour les groupes de lettres ND, NS, NT, OR, OS, RE, UB, UF, UM, UN, UR, US, UT, UNT, etc., qui forment très souvent des lettres conjointes, surtout à la fin des lignes. Un tableau détaillé des lettres conjointes ou enclavées se trouve dans le Dictionnaire de diplomatique de Dom de Vaines (2e éd., à l'art. Conjonction de lettres, t. I, p. 381). 

La ligature AE est une des plus curieuses, parce qu'elle a été l'origine de la cédille moderne. L'A triangulaire, dont le jambage de droite formait en même temps la haste de l'E, a été peu à peu absorbé dans cette lettre, et il n'est plus resté qu'un simple trait légèrement ondulé, la cédille, comme dernière trace de la panse de l'A : dès le VIIe siècle, oe est remplacé dans les manuscrits par , et comme la notion de l'origine de cette lettre et de son signe caractéristique allait se perdant avec le temps, on n'a plus eu, au XIIe siècle et pendant tout le reste du Moyen âge, que l'e simple comme équivalent constant de l'antique oe, particularité qui est un des principaux caractères de l'orthographe du latin du du Moyen âge. 

L'écriture onciale ne présente pas le même exagération, pour les pleins et les déliés des lettres, que l'écriture capitale. Il n'est pas rare de voir des lettres, comme le D et l'E, dont tous les traits sont presque de la même force. Le sens général de l'écriture onciale est vertical, comme celui de l'écriture capitale. Mais l'écriture capitale n'a jamais été employée, d'une façon usuelle, à l'état incliné, tandis que, dès le VIe siècle, l'écriture onciale était usitée sous une forme courante et penchée, pour l'annotation des livres, les mentions marginales et autres usages pour lesquels le besoin d'une écriture plus cursive commençait à se faire sentir.

Pour les autres particularités concernant les abréviations, la ponctuation, les rubriques, la pagination, l'ornementation, etc., des manuscrits en onciale, on peut faire les mêmes remarques que pour les manuscrits en capitale, au moins pour les manuscrits les plus anciens. 

Dans les manuscrits en onciale de le plus haute antiquité, les titres sont en onciale un peu plus petite que l'onciale du texte même; plus tard, les titres sont en capitale pour les manuscrits en onciale et en onciale pour les manuscrits en capitale. 

L'indistinction des mots ne commence guère à cesser avant la fin du VIIe siècle, époque à laquelle on a commencé à séparer les uns des autres les mots ou groupes de mots présentant une certaine longueur, tandis que les petits mots, tels que prépositions et conjonctions, restaient unis aux mots qui les suivaient. 

L'orthographe latine devient barbare à partir du VIe siècle.

Les subdivisions des textes et des alinéas datent de l'application qui en a été faite au texte de la Bible, surtout à partir de saint Jérôme qui fit adopter une division en verset ou stiques, qui occupent chacun sur les colonnes des manuscrits trois ou quatre lignes de longueur inégale.

L'écriture onciale, d'abord usitée concurremment avec l'écriture capitale, a eu la prédominance sur celle-ci, principalement pendant les Ve et VIe siècles, jusqu'à l'époque du développement de l'écriture dite semi-onciale. Son histoire a été faite, avec de grands détails, par les bénédictins, dans leur Nouveau traité de diplomatique (t. Il) et très bien résumée par N. de Wailly : 

« Une élégante simplicité appartient aux temps les plus reculés. Du Ve siècle au commencement du VIIe, l'onciale est tantôt plus négligée, tantôt plus correcte, mais aussi tracée avec moins de liberté : ce dernier genre d'écriture se rencontre ordinairement jusqu'au commencement du VIIIe siècle. Quand le travail de l'écrivain est poussé jusqu'à la recherche, on approche du temps ou l'usage de l'onciale sera bientôt abandonné » (Eléments de paléographie, t. I, p. 498). 
Lorsqu'elle est entrée dans sa période de décadence, l'onciale est caractérisée par les signes suivants : 
« Une recherche, une régularité de dessin et une sorte de lourdeur qui empêche de la confondre avec l'onciale des manuscrits plus voisins de l'école classique » (Delisle, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript., t. XXXII, 1re part., p. 49). 
L'écriture onciale n'a cessé d'être complètement en usage, pour la transcription de manuscrits entiers, qu'à la même époque qui a vu la disparition définitive de l'écriture capitale, c.-à-d. au Xe siècle. L'alphabet oncial lui-même n'a pas cessé d'être en usage, et c'est lui qui a fourni la plupart des éléments qui ont prédominé dans le majuscule des manuscrits et des inscriptions, à l'époque gothique.

Manuscrits célèbres en onciale.
Parmi les manuscrits d'auteurs classiques, la première place revient aux deux manuscrits de Tite-Live des bibliothèques de Paris et de Vienne, tous deux du Ve siècle. Le Tite-Live de Paris figure parmi les manuscrits exposés dans la galerie Mazarine de la Bibliothèque nationale (arm. XIII, n° 102).

On a publié plusieurs spécimens du Tite-Live de Vienne, notamment dans les Ex. codd. latt., pl. 18. Le De Republica de Cicéron, qui est le palimpseste le plus important et le plus célèbre, donne peut-être le plus beau spécimen connu de l'écriture onciale primitive. Vingt-deux fragments de Pline l'Ancien, également en onciale du Ve siècle, ont été découverts dans des reliures et se trouvent à la bibliothèque de Vienne (Paléographie des classiques latins, pl. 137). On a encore quelques manuscrits de l'Anthologie, etc., d'une époque plus récente.
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Manusxrit de Tite Live.
Page d'un manuscrit en lettres onciale de Tite Live (VIIIe s).

Les manuscrits bibliques et liturgiques prennent un grand développement avec l'époque de l'écriture onciale. C'est en réalité leur écriture propre, de même que l'écriture capitale avait été celle des manuscrits des auteurs classiques. Toute communauté religieuse devait posséder au moins trois manuscrits liturgiques : 

1° les quatre Évangiles complets; 

2° un recueil de passages détachés ou leçons extraits des Evangiles et destinés à être lus aux différents jours de l'année : ce recueil était appelé Evangelistarium

3° un manuscrit contenant les Epîtres du Nouveau Testament et auquel on donna plus tard le nom d'épistolier ou simplement d'Apostolus.

Le livre des Evangiles demeurait toujours sur l'autel de l'église, et il était ouvert pendant les jours de fête pour être vu par tous les fidèles assemblés. Depuis la publication de la Vulgate par saint Jérôme, les manuscrits des Évangiles contiennent toujours en tête l'épître de saint Jérôme au pape Damase,qui l'avait chargé du travail de revision de la Bible, et les canons eusébiens, c.-à-d. les tables de concordance des quatre Evangiles inventées par l'évêque grec Eusèbe et qui se reconnaissent facilement dans tous les manuscrits, parce qu'elles sont toujours figurées, placées sous des arcades séparées par des piliers et qui montrent un luxe plus ou moins grand d'ornementation. Les alinéas ou versets sont aussi une des caractéristiques de la version de saint Jérôme ainsi qu'on l'a vu plus haut. 

Les textes des évangiles antérieurs à la Vulgate se distinguent, au point de vue extrinsèque, en ce qu ils n'ont ni l'épître, ni les canons eusébiens, et en ce que leurs subdivisions, faites suivant des systèmes divers (sections ammoniennes, etc.) sont toujours beaucoup plus longues que celles établies par saint Jérôme. Ces textes restèrent en usage et furent recopiés assez longtemps après la publication de la Vulgate. Les manuscrits liturgiques proprement dits se constituèrent également pendant la période de l'écriture onciale, mais ils ne devinrent nombreux qu'à partir de l'organisation définitive de la liturgie catholique par le pape saint Grégoire le Grand, qui régla la forme officielle du sacramentaire, devenu plus tard le missel, de l'antiphonaire, du bénédictionnaire, de l'hymnaire, du pastoral, etc. Les manuscrits homilétiques se multiplièrent également avec le développement que prenait la prédication : les églises des régions reculées recevaient des prélats lettrés, comme saint Césaire d'Arles, des recueils d'homélies toutes faites. Quoique l'écriture onciale prédomine dans la plupart des manuscrits, on rencontre néanmoins déjà des manuscrits mixtes, c.-à-d. écrits en partie en onciale et en partie en capitale. C'est surtout aux époques suivantes que ce genre de manuscrits devait se multiplier.

Parmi les manuscrits bibliques les plus célèbres se trouve le Pentateuque de la bibliothèque de Lyon, du VIe siècle, qui donne une des rédactions de l'Itala antérieures à saint Jérôme, et qui est écrite sans alinéas, à trois colonnes à la page (éditée en entier, avec quelques fac-similés, par U. Robert, en 1881), dont on a publié de très beaux fac-similés, de la dimension de l'original, dans l'Album paléographique de l'Ecole des Chartes (pl. 2), ainsi que des fac-similés réduits (Prou, la Gaule mérovingienne, p, 217, etc.). 

Une autre Bible, qui est complète, est celle qui provient du monastère italien de Monte Amiata, près de Sienne et qu'on appelle pour cette raison Codex Amiatinus : c'est un magnifique manuscrit, de plus de 1000 feuillets, datant de la fin du VIIe siècle et écrit par ordre d'un abbé anglo-saxon pour être offert au pape, qui se trouve aujourd'hui à la bibliothèque Laurentienne de Florence (Pal. Soc.,2e sér.. t. 1, pl. 65 et 66, etc.). Le plus ancien évangéliaire est celui qui est conservé à l'église de Verceil en Italie et qui remonte au IVe siècle : il ne lui manque qu'un certain nombre de feuillets pour être complet, et on en attribue l'exécution à saint Eusèbe, évêque de Verceil, mort en 374; ce précieux manuscrit contient une version des Évangiles antérieure à celle de saint Jérôme et est écrit, sans alinéas, sur deux colonnes étroites, ne contenant pas plus de dix à douze lettres par ligne (Ex. codd. latt., pl. 20).

À partir du VIe siècle, les évangéliaires deviennent moins rares : la Bibliothèque nationale, le British Museum, les bibliothèques de Saint-Gall, Vienne, Stockholm, Oxford, etc., en possèdent un ou plusieurs de cette époque, parmi lesquels quelques manuscrits sur pourpre. Un manuscrit contenant les Actes des apôtres, du milieu du VIe siècle, passe pour avoir appartenu à saint Boniface (bibliothèque de Fulda, en Allemagne). Le plus ancien psautier parait être le psautier dit de Saint-Germain, qui provient de la célèbre abbaye parisienne et qui date du VIe siècle : il est écrit en encre d'argent sur parchemin pourpré et se distingue, en entre, par son format oblong et sa magnifique écriture de très grandes dimensions (Pal. univ., t. II, pl. du n° 77, qui est un magnifique fac-similé chromolithographique donnant une idée de la couleur du parchemin pourpré des manuscrits). 

D'autres psautiers du VIe siècle se trouvent à Lyon (Alb. pal., pl. 3), etc., offrant les mêmes caractères paléographiques. La difficulté de distinguer par des signes certains la date plus ou moins ancienne des manuscrits en onciale, jointe à l'imagination exaltée et pieuse dess lettrés du Moyen âge et même de la Renaissance, a fait donner à quelques-uns de ces manuscrits les attributions les plus fantastiques; un évangéliaire d'Aquilée (Bibliothèque de Venise), du VIe siècle, a longtemps passé pour l'autographe même de saint Marc. Dès l'époque de l'Antiquité, l'écrivain chrétien Tertullien attestait avoir vu l'autographe des épîtres de saint Paul. On n'a pas de spécimen important et complet des manuscrits liturgiques, autres que les psautiers, en onciale primitive. 

Les premiers sacramentaires qui nous soient parvenus ne datent que du VIIe ou du VIIIe siècle. Le plus ancien manuscrit relatif au comput et au calcul de la date de Pâques, qui avait une si grande importance pour l'Église, est une table paschale de la seconde moitié du Ve siècle, conservée à Berlin (Ex. codd. latt., pl. 23). Les manuscrits des Pères de l'église et des auteurs qui se rattachent à leur groupe sont relativement assez nombreux. On possède divers ouvrages d'Origène, de Lactance, d'Orose, de saint Augustin, de saint Jérôme, ainsi que de saint Hilaire, saint Cyprien, saint Prosper, etc., dans des, manuscrits du Ve et du VIe siècle, qui se trouvent dans les bibliothèques de Bologne, Lyon, Paris, etc. (V. un beau fac-similé du Lactance de Bologne dans la Pal. univ., t. II, pl. du n° 78). 

Les manuscrits de l'histoire ecclésiastique sont représentés par un manuscrit important du VIe siècle, contenant les canons des premiers conciles, en onciale et en différentes autres écritures (Bibliothèque nationale), des règles monastiques du VIe siècle (Oxford) et du VIIe siècle (Paris), un très curieux catalogue des papes du milieu du VIe siècle (Ex. codd. latt., pl. 37 et 38), des manuscrits de Grégoire de Tours et de Frédégaire du VIIe siècle (Bibliothèque nationale), etc. 

Le droit romain possède un de ses plus beaux textes historiques dans le célèbre manuscrit des Pandectes de Florence, du VIe ou du VIIe siècle, grand in-quarto écrit à deux colonnes, où l'on a reconnu, malgré l'homogénéité générale de l'écriture, douze écritures différentes, dont les nombreux fac-similés qui en ont été publiés reproduisent presque tous des spécimens appartenant, à des mains diverses (Pal. Univ., Ex. codd. latt., Pal. soc.. Collez. fiorentina, pl. 43, etc.). On possède également un manuscrit du code Théodosien, du Ve ou du VIe siècle (Bibliothèque nationale). Enfin, dans l'un des pays où se sont développées les écritures dites nationales, en Angleterre, l'onciale a même été employée à la transcription des chartes et documents officiels.

Les manuscrits bilingues.
Une catégorie de manuscrits qui se rencontre fréquemment à l'époque de l'écriture onciale est celle des manuscrits gréco-latins ou bilingues, qui sont généralement des portions du Nouveau Testament en grec, avec leur traduction latine placée en regard ou bien des glossaires gréco-latins. La connaissance du grec fut très répandue en Occident, pendant les premiers siècles du christianisme, car c'est par des textes en grec que les Ecritures avaient été d'abord connues, depuis la version des Septante jusqu'aux différents Evangiles, et cette langue resta considérée, en quelque sorte, comme la langue sacrée de la religion nouvelle. Le manuscrit gréco-latin le plus célèbre est l'Evangéliaire de Cambridge, du VIe siècle, qui fut dérobé à le monastère Saint-Irénée de Lyon pendant les guerres de religion et envoyé par Théodore de Bèze à la bibliothèque de cette université anglaise; un manuscrit gréco-latin des Epîtres de saint Paul, également du VIe siècle, se trouve à la Bibliothèque nationale; les Actes des Apôtres, du VIIe siècle, à Oxford, etc. 
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Codex Bezae : Manuscrit bilingue grec-latin des Evanfiles.
Onciales grecque et latine du manuscrit bilingue des Evangiles de Cambridge (Codex Bezae).
(Le nom de Théodore de Bèze, reproduit ici en bas à droite, apparaît dans la dédicace).

Les glossaires sont nombreux l'un des plus curieux est le vocabulaire grec-latin, du IVe ou du Ve siècle, qui se trouve sur un papyrus égyptien du musée du Louvre, et que s'était composé, pour son usage personnel, un soldat romain stationné en Egypte. La calligraphie grecque perdit de sa pureté en Occident après le VIIe siècle. Néanmoins, l'étude du grec resta à la mode jusqu'à la fin de l'époque carolingienne, et il n'est pas rare de rencontrer, même encore après cette époque, des souscriptions de manuscrits en latin écrites en caractères grecs ou des mots grecs écrits en caractères latins, et des signatures de personnages lettrés du clergé écrites en lettres grecques, quelquefois avec des apostilles gréco-latines de ce genre :


(huic chartulae su[b] scripsi). 

Pour le mot Christus, l'abréviation formée des lettres , a été conservée dans les textes latins d'Occident, pendant tout le Moyen âge. Ce ne fut que bien après l'époque du schisme de l'église byzantine que l'étude du grec tomba définitivement en désuétude au Moyen âge. (A. Giry et E.-D. Grand).

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