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La paléographie latine et romane
L'écriture capitale
La plus ancienne forme de l'écriture latine qui est la source de toutes les écritures modernes est l'écriture capitale de l'Antiquité. Les lettres romaines sont dérivées des lettres des alphabets grecs des colonies de la Grande-Grèce en Italie. En recevant leur alphabet des Grecs, les Romains n'ont pas tardé à lui imprimer leur propre marque. Le sens de l'écriture avait été longtemps incertain chez les Grecs, qui écrivaient tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, tantôt alternativement dans ces deux directions (Boustrophédon).

Les Romains adoptèrent le tracé de gauche à droite; ils donnèrent définitivement aux lettres la position verticale; les hastes transversales ou barres et les courbes ou panses se rattachèrent aux hastes au aux jambages verticaux en formant des angles droits. Quatre lettres seulement, A, M, N, V, présentent des traits obliques ayant la longueur d'un jambage entier et s'étendant entre la ligne de base, sur laquelle repose l'écriture, et la ligne de sommet des jambages de hauteur moyenne (tels que l'I); mais néanmoins on peut remarquer que l'axe véritable de la position de ces lettres est réellement vertical et non incliné, comme il l'était souvent dans les lettres des alphabets grecs. La lettre E fut une de celles qui conservèrent le plus longtemps la trace de son origine grecque : ses trois traverses sont tracées obliquement tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, sur les plus anciennes inscriptions latines. 
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Ecriture latine au IIIe s. av. J.-C.

Après leur constitution définitive dans l'Antiquité, les lettres de l'alphabet romain atteignirent le total de 23, nombre qui fut porté, au Moyen âge et dans les temps modernes, à 26, par la création des lettres J, V et W, au moyen de dédoublement des lettres I et V. 

L'appellation elle-même d'écriture capitale ne paraît pas remonter à l'époque de l'Antiquité, mais semble résulter du fait que son usage s'est conservé, jusqu'à une époque avancée du Moyen âge, pour l'écriture majuscule des titres de chapitres dans les manuscrits.

L'écriture capitale, d'abord usitée dans les inscriptions (Epigraphie), conserva dans les manuscrits le caractère épigraphique qu'elle avait acquis, avec quelques légères différences seulement. L'écriture des inscriptions avait des traits pleins et des traits déliés, comme dans l'A, le V, l'N, etc., et les traits latéraux, traverses ou barres comme pour la base de I'L on la barre du T, avaient presque les mêmes dimensions que les traits verticaux. Ce sont les belles proportions des lettres de cette écriture qui leur avait valu le nom de litterrae quadratae. Dès que l'écriture épigraphique fut appliquée à la transcription des manuscrits, deux modifications caractéristiques apparaissent. D'abord les pleins sont exagérés et deviennent très gros par rapport aux déliés, qui sont très fins (voir figure 15, ligne 1, dans les lettres N, V, R, A, etc.). 
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15. - IIe ou IIIe s. - Capitale carrée. Fragment d'un manuscrit de Virgile, dit 
fragment Dionysien (Vatican 3256). - Géorgiques, I, v. 61-89. Lettres caractéristiques : A, E, T.

Ensuite les barres transversales sont très réduites, et, au lieu d'être dans un rapport harmonique avec les traits verticaux, ne sont plus que de petits appendices n'ayant que le quart ou le cinquième de la hauteur des hastes verticales. Cette seconde caractéristique est surtout frappante pour les trois traverses de l'E et par la barre du T, qui font souvent ressembler ces deux lettres à un simple I muni de petites lignes latérales et terminales presque insignifiantes (voir dans les figures 15 et 16).

L'aspect général de la capitale des manuscrits prend donc un air beaucoup plus tassé et serré que dans les inscriptions, ce qui permettait de donner moins de largeur à l'espace occupé par les mots et d'économiser la place sur le papyrus ou sur le parchemin. L'écriture capitale des manuscrits conserva toujours, comme une tradition de son origine épigraphique, ses grandes dimensions, qui formaient une de ses caractéristiques. Plaute, dans sa comédie du Rudens, parle, par une exagération de rhétorique, de lettres longues d'une coudée (cubitum longae). Les lettres des manuscrits de Virgile (V. fig. 15 et 16) ont encore 1 cm de hauteur. Lorsque les volumina ou les codex étaient écrits en colonnes, les lignes ne contenaient guère plus de dix lettres et n'étaient que de deux ou trois mots.
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16. - IVe siècle. - Capitale rustique. - Virgile Vaticanus (Vatican 3223). - Enéide. Lettres
caractéristiques : A, E, T, B, P, R, V.
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Capitale carrée et capitale rustique. 
La capitale usitée dans les manuscrits comprend deux espèces, la capitale carrée, élégante ou épigraphique, et la capitale rustique. Ces deux écritures offrent chacune les deux caractéristiques, pour les déliés et pour les traverses des lettres qui viennent d'être indiquées. La figure 15, empruntée à l'un des fragments qui subsistent des manuscrits de Virgile, est un spécimen de la capitale carrée. La figure 16, tirée de l'un des manuscrits complets de Virgile, est un spécimen de la capitale rustique. L'aspect de ces deux écritures, qui sont à première vue tout à fait différentes l'une de l'autre, ne tient qu'à une seule particularité : les traverses latérales viennent toujours rejoindre les hastes à angle droit, même lorsque ces petites traverses sont légèrement ondulées à leur point de départ, dans l'écriture capitale carrée; dans la capitale rustique, au contraire, ces petites traverses offrent d'abord une ondulation beaucoup plus grande, et viennent couper les hastes dans une direction légèrement inclinée. Tracée avec le calame, la capitale rustique était plus facilement et plus rapidement écrite de cette façon, pour ainsi dire, moins posée et moins apprêtée que celle de la capitale carrée. Aussi l'usage de la capitale rustique pour les manuscrits fut-il beaucoup plus répandu que celui de la capitale carrée. Pour l'exécution des manuscrits de luxe, on ne faisait pas de distinction entre la capitale carrée et la capitale rustique, comme c'est le cas pour le Virgile dont la figure 16 donne un spécimen.
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Capitales rutiques.
Capitales rustiques d'un évangéliaire du IVe siècle ap. J.-C.

Caractéristiques
La simplicité de l'écriture capitale antique et sa ressemblance presque identique avec notre majuscule d'imprimerie moderne font qu'il n'y a presque pas de différences à signaler, à part les particularités de tracé relatives aux pleins et aux déliés et aux traverses de certaines lettres. Les lettres E et T sont remarquables par la petitesse de leurs traverses. La lettre A n'a pas de traverse entre ses deux jambages. La panse supérieure du B, ainsi que celles du P et de l'R, sont souvent très réduites par rapport à la partie inférieure de ces lettres (voir par exemple, pour le B, figure 16, premier mot de la ligne 1). Déjà dans la capitale carrée, et presque toujours dans la capitale rustique, le jambage de droite du V, qui est tracé en délié, se prolonge au delà de la ligne de base de l'écriture, ce qui donne souvent au V presque l'apparence d'un Y (fig. 15 et 16). L'H, qui a dans la capitale carrée la forme actuelle (fig. 15, l. 3 ), a souvent dans la capitale rustique une forme qui la fait ressembler à un K (l'article sur la lettre H), concurremment avec la forme ordinaire ( fig. 16, l. 3). Toutes les lettres caractéristiques de la capitale dans les deux premières lignes des transcriptions de chaque fac-similé, sont imprimées en caractères gras ( fig. 15 et 16).

Les abréviations sont très peu nombreuses à l'époque de l'écriture capitale. Elles sont toujours très simples et se bornent à l'abréviation de m et n ( fig.15, l. 2, dernier mot), à quelques signes spéciaux pour des désinences de mots tels que us et que, et à un très petit nombre de mots abrégés par contraction.

La principale caractéristique des manuscrits en écriture capitale, n'est pas dans la forme proprement dite des lettres, mais, dans l'absence des signes auxiliaires qui se rencontrent aux époques ultérieures : ponctuation, rubriques, pagination, ornementation, etc. La ponctuation n'existe pas; celle que l'on voit sur quelques manuscrits de Virgile est une addition moderne. Dans les manuscrits les plus anciens, la séparation des mots n'existe pas non plus (fig. 15 et 16). 

Les alinéas ne se trouvent que pour les divisions les plus importantes des ouvrages et sont généralement marqués par des espaces laissés en blanc. Ce n'est que dans les livres liturgiques et bibliques chrétiens ( fig. 17) que la notion des alinéas et des subdivisions des textes en général a fait des progrès. Les initiales qui  se trouvent au commencement des alinéas sont toujours placées en dehors de la ligne marginale de l'écriture ( fig. 17). Quelquefois, on trouve une majuscule en tête de chaque page, comme dans les fragments de Virgile. 
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Psautier d'Utrecht.
17. - IXe siècle. - Capitale rustique. Psautier d'Utrecht.
Psaume XI, avec dessins servant d'illustrations aux
principaux versets.

Les titres se bornent à deux ou trois lignes placées en tête du texte des ouvrages, rédigées sous forme d'incipit (Incipit liber XXII feliciter) et écrites en rouge ou alternativement en lignes en rouge et en noir. Il y avait quelquefois des titres courants au haut des pages, comme dans certaines éditions de Virgile, dont les pages portaient en regard l'une de l'autre ASPRI, à gauche, et VERGILIUS à droite. 

La réglure se faisait à la pointe sèche, qui marquait deux lignes en creux sur le parchemin, une pour la ligne de base et l'autre pour la ligne de sommet des lettres capitales. 

Le format des manuscrits était presque toujours carré et l'écriture était à longues lignes, s'étendant sur toute la largeur de la page, ou bien en deux ou trois colonnes très étroites. Les manuscrits de Virgile sont des in-folios ou des in-quartos carrés ou oblongs. Pour les manuscrits destinés aux usages pratiques, il est probable que l'Antiquité connaissait les petits formats, car on en a des exemples, pour les manuscrits juridiques, au moins pour le VIIIe siècle, dans des manuscrits des lois des Lombards

A mesure que la date des manuscrits en capitale s'éloigne de l'époque classique, leur orthographe devient fréquemment barbare, et c'est même à ce signe seulement qu'on a avancé l'époque d'un des manuscrits de Virgile jusqu'au IVe siècle. Les fautes d'orthographe des anciens manuscrits dont la figure 16 offre deux exemples (l. 3 et 4), sont corrigées, dans les publications de textes, soit dans des notes placées au bas des pages des éditions, soit en les indiquant au moyen du mot sic mis entre parenthèses.

L'Antiquité a connu les manuscrits à peintures. Les miniatures et les dessins antiques sont recopiés à l'époque carolingienne ( figure 17, 17' ). L'écriture en lettres d'or et d'argent (Chrysographie) était très répandue pour les manuscrits de luxe, de même que l'usage du vélin pourpré.

L'ornementation à l'encre rouge, au cinabre et au minium, a ses origines dans l'Antiquité classique. Les arguments ou sommaires de certains ouvrages, les quatre ou cinq premières lignes des grandes subdivisions, et les citations de passages importants extraits d'autres ouvrages, étaient ordinairement écrits à l'encre rouge, et quelquefois en or ou en argent.

La plus belle époque de l'écriture capitale s'étend depuis le siècle d'Auguste jusqu'au IVe siècle de l'ère chrétienne. A partir du Ve siècle, elle a d'abord cédé peu à peu la place à une écriture simplifiée, l'onciale, et elle est elle-même entrée dans une période de décadence. Néanmoins ce n'est guère qu'à l'époque carolingienne qu'elle a commencé à se différencier nettement de la capitale de l'Antiquité. Pendant plus de six siècles, l'écriture capitale a si peu changé que les divergences d'opinion les plus grandes ont existé, parmi les bénédictins et les paléographes modernes, sur l'âge attribué aux manuscrits les plus célèbres. Les manuscrits de Virgile (fig. 15) ont été attribués successivement à l'époque d'Auguste, puis au IIIe ou au IVe siècle. Le manuscrit sur lequel les contestations ont été les plus diverses est le Psautier d'Utrecht
qui a été tour à tour daté de toutes les époques comprises entre le IVe et le milieu du IXe siècle ( fig. 17, 17'), et dont on n'a pu arriver à déterminer l'âge véritable que par des caractères empruntés, non pas à l'écriture elle-même, mais au style des miniatures qui ornent le manuscrit.
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Psautier d'Utrecht.
17'. - Page du Psautier d'Utrecht.

A l'époque carolingienne, l'écriture capitale a été de nouveau remise en vogue et a été en usage pour la transcription de manuscrits entiers. Les formes de l'écriture capitale renouvelée n'ont pas, en général, l'apparence majestueuse de la capitale antique, mais les lettres offrent un aspect grêle qui donne à l'écriture l'apparence exagérée de la hauteur par rapport à la largeur. Néanmoins, on peut toujours rencontrer des manuscrits qui reproduisent, à s'y méprendre, les formes de la capitale antique, comme le Psautier d'Utrecht ( fig. 17). A partir du Xe siècle, l'écriture capitale cesse d'être d'un usage ordinaire pour la transcription des manuscrits.

Manuscrits célèbres en capitales.
Les manuscrits en écriture capitale antique sont très peu nombreux. Les plus anciens remontent au Ier siècle de l'ère chrétienne : ce sont les fragments de papyrus d'Herculanum. Les manuscrits proprement, dits ne commencent qu'au IVe siècle ou au IIIe siècle au plus tôt, suivant la date que l'on assigne aux plus anciens manuscrits de Virgile et aux fragments de Cicéron et de Salluste. Les causes de la destruction des manuscrits antiques peuvent se ramener à trois principales : 

• Premièrement, la rareté relative et la cherté croissante du papyrus et du parchemin furent cause, à mesure que l'écriture capitale était remplacée pour les usages ordinaires par des écritures à dimensions moindres et à tracé plus rapide, que l'on fit servir les manuscrits antiques, après en avoir gratté la première écriture, à de nouvelles transcriptions : c'est l'origine des palimpsestes, dont la plus belle époque fut le IVe et le Ve siècle. 

• Secondement, les oeuvres du paganisme devinrent l'objet d'une persécution de plus en plus générale, au fur et à mesure d'emprise progressive du christianisme : à la fin du IVe siècle, le pape Grégoire le Grand, pour détruire dans ses racines mêmes les restes des traditions du paganisme, ordonna expressément la destruction des manuscrits de Tite-Live et probablement aussi de tous les autres ouvrages historiques de l'Antiquité, qui ne nous sont parvenus que dans un état toujours plus ou moins mutilé. On sait dans quel état nous est parvenu Tite-Live. Tacite, qui devait être, sous l'Empire romain, transcrit officiellement, chaque année, à dix exemplaires, pour être envoyé aux principales provinces de l'Empire, ne survivait, à l'époque de la Renaissance, que dans un seul manuscrit d'une très haute antiquité, découvert dans un monastère de Westphalie et qui servit à l'édition de 1515. L'histoire romaine de Salluste, à l'exception de quelques lignes qui ont été conservées par hasard (Pal. des class. lat., pl. 51, et Pal. univ., t. II pl. du n° 70), a été complètement anéantie. Une foule d'historiens secondaires, comme Licinianus, ont disparu totalement ou ne subsistent que dans quelques fragments palimpsestes. Varron, Polybe, Denys d'Halicarnasse, etc., sont tous incomplets. Même à l'époque de la renaissance carolingienne, Alcuin avait maintenu l'interdiction de l'étude des oeuvres de Virgile, et une autorisation spéciale était nécessaire dans les monastères pour pouvoir lire les Bucoliques ou l'Enéide, ainsi que nous l'apprend la biographie d'Alcuin. 

• En troisième lieu, les manuscrits de l'Antiquité, déjà décimés par les causes précédentes, furent aussi exposés, pendant tout le Moyen âge et dans les Temps modernes, aux mêmes causes de destruction qui ont frappé tous lés manuscrits et toutes les chartes, c.-à-d. la négligence, l'oubli, la destination à de vils emplois, sans parler de l'extermination systématique due à l'obscurantisme religieux et au fanatisme des diverses époques révolutionnaires qui se sont succédé les unes aux autres dans presque toutes les parties de l'Europe. A l'époque de la dite renaissance carolingienne, on voyait encore circuler, parmi les lettrés des monastères, de nombreux manuscrits de Cicéron, de Salluste, etc. 

Les Humanistes du XIVe siècle avaient certainement à leur disposition plus de manuscrits très anciens que les érudits du XVIe siècle. Les progrès de la destruction et de la dispersion des manuscrits ne se ralentirent pas avec les guerres de religion et les époques troublées d'une grande partie des temps modernes : l'un des manuscrits de Virgile du Vatican, le Romanus ou Dionysianus, ainsi que l'un des fragments de manuscrit appelé également par les philologues Dionysianus, se trouvaient, l'un au Moyen âge, comme on le voit par les cotes ou marques de catalogue inscrites par les bibliothécaires du XIIIe siècle, et l'autre encore au XVIIe siècle, dans la bibliothèque de l'ancienne abbaye de Saint-Denis près de Paris, d'où ils sont sortis par suite de dons et d'échanges entre les érudits de l'époque, qui n'avaient pas sur la conservation des bibliothèques les principes qui se sont répandus à partir du XIXe siècle.

Les plus célèbres manuscrits antiques qui nous sont parvenus sont ceux de Virgile. On en possède quatre manuscrits, plus ou moins incomplets, et divers fragments. Les quatre manuscrits sont : 

1° le manuscrit de la bibliothèque du Vatican n° 3225, de 76 feuillets, en très belle capitale rustique ( fig. 16), qui possède cinquante miniatures; ce manuscrit est désigné en philologie classique par le nom de petit Virgile du Vatican ou de Vaticanus; 

2° le manuscrit du Vatican 3867, en capitale rustique du Ve ou VIe siècle, de 309 feuillets (Romanus ou Dionysianus), dont an très beau fac-similé chromolithographique avec une miniature se trouve dans la Pal. univ., t. II, pl. du n° 60, ainsi que dans l'Archivio paleog. ital., t. II, pl. 12, etc.; 

3° le manuscrit du Vatican n° 1631, de la collection Palatine, de 280 feuillets, en capitale rustique (Palatinus). Le premier et le troisième de ces manuscrits sont attribués au IVe ou même au IIIe siècle; 

4° le manuscrit de la bibliothèque Laurentienne de Florence, de 220 feuillets (Mediceus ou Laurentianus), pour lequel on a un élément de date certaine, car il a été révisé et corrigé par Asterius, consul en 494 et amateur lettré, qui a inscrit lui-même une note sur le manuscrit, à la fin des Bucoliques où il dit : legi et distinxi (ponctuer et accentuer) codicem. Ce manuscrit est daté du Ve au IVe, siècle, suivant que, d'après d'autres éléments chronologiques de l'apostille d'Asterius, on le fait ou non contemporain de ce correcteur. 

Les principaux fragments de Virgile sont ceux de la bibliothèque du Vatican, qui fournissent un très bel exemple de la capitale carrée ( fig. 15, où l'on voit un exemple des divergences de texte des manuscrits à la dernière ligne, ou la leçon définitive, adoptée d'après les autres manuscrits, est extemplo A mensibus anni) et qui constituent peut-être le plus ancien manuscrit, car ils sont attribués par quelques paléographes au IIe siècle (Pal. class. lat., pl. 61), - de la bibliothèque de Berlin, qui proviennent du même manuscrit que les fragments précédents, - de la bibliothèque de Saint-Gall, - et divers fragments palimpsestes de Paris, Vérone, etc. Ces manuscrits et ces fragments de Virgile sont ceux qui nous donnent les plus beaux spécimens de l'écriture capitale antique, sous ses deux formes, carrée et rustique. 

Les premiers essais de reproductions intégrales de manuscrits en fac-similé furent faits sur les manuscrits de Virgile, par des fac-similés en gravure et même par des reproductions en caractères typographiques imitant les formes de la capitale antique. Le Virgile du Vatican 3225 fut ainsi reproduit par J.-D. Compiglia (Rome, 1742, in-folio), et le Virgile de Florence par Foggini (Florence, 1741, in-4°). 

Horace a été l'objet d'une publication partielle tout à fait analogue, faite aux Etats-Unis, et consistant en extraits qui reproduisent non seulement les caractères de la capitale romaine rustique, mais qui sont imprimés sur un rouleau de papier vélin de près de 2 m de longueur, monté sur un ombilic avec deux cornes à ses extrémités et enfermé dans un étui en carton (Carmina octo Q. Horatii Flacci edidit Georgius Vincent), publiée à New York (Novi Eboraci, apud F.-A. Stokes) et datée de l'an de Rome MMDCXLI (2641, c.-à-d. 1888).

A part les quelques manuscrits et les fragments de Virgile qui viennent d'être cités, les auteurs classiques ne sont représentés que par un autre manuscrit complet important en écriture capitale, le Térence dit Bembinus, du nom du cardinal Bembo, conservé également à la bibliothèque du Vatican et qui est daté du IVe ou Ve siècle (Pal. class. lat., pl. 6, Ex. cood. latt., pl. 8 et 9, et un fac-similé en couleurs dans la Pal. univ, t. Il, pl. du n°67). 

Pour Plaute, Cicéron, Salluste, etc., on ne possède que des fragments peu étendus, principalement palimpsestes.

De courts fragments d'un poème sur la bataille d'Actium ont été découverts dans les papyrus d'Herculanum et forment, par leur date, qui ne peut guère être postérieure au troisième quart du Ier siècle après J.-C., les plus anciens manuscrits latins qui existent sous forme de volumen (fac-similé dans Ex. codd. latt., pl. 1-3). Un calendrier antique en manuscrit, qu'on a daté du milieu du IVe siècle, d'après le nom d'un personnage auquel il est dédié et qui aurait vécu à cette époque, est conservé à la bibliothèque de Vienne. Les manuscrits juridiques de l'Antiquité devaient être écrits en capitale aussi bien qu'en onciale, mais on n'en possède plus aucun entier en écriture capitale.

Les manuscrits bibliques et liturgiques les plus anciens, ainsi que les textes des Pères de l'Église, ne nous sont pas parvenus, en général, dans des manuscrits écrits en capitale. C'est à l'époque carolingienne qu'appartiennent, la plupart des évangéliaires et des psautiers en écriture capitale. On ne connaît que quelques exceptions antérieures à cette date, comme le psautier dit de saint Augustin, premier apôtre de l'Angleterre, écrit à Canterbury au commencement du VIIIe siècle (Pal. soc., 1re sér., pl. 19), et le célèbre psautier d'Utrecht, déjà mentionné précédemment ( fig. 17) et dont le texte est antérieur à celui de saint Jérôme. Ce magnifique manuscrit, qui est un des exemples les plus remarquables de la continuité avec laquelle l'écriture capitale a conservé son aspect depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque carolingienne, est orné d'une miniature allégorique à chacun des psaumes, et c'est seulement par le style de ces miniatures, attribuées par les uns à l'école anglo-saxonne de Winchester (Ecritures nationales), et par les autres à l'école française qui avait son centre principal à Reims, mais datées unanimement du milieu du IXe siècle, qu'on a pu préciser l'époque à laquelle remonte ce manuscrit célèbre, qui a été reproduit en entier en fac-similé et a été l'objet d'un ouvrage spécial (par De Gray-Birch, en 1876). 

Quant aux manuscrits des Pères de l'Eglise et des premiers auteurs chrétiens, le plus ancien est un manuscrit de Prudence, du Ve ou VIe siècle seulement, conservé à la Bibliothèque nationale, et dont un très beau fac-similé se trouve dans l'Album paléographique de l'Ecole des Chartes, pl. 1. Cependant l'écriture capitale était encore en grande faveur parmi les chrétiens vers le milieu du IVe siècle, et un scribe ou un graveur nommé Dionysius Filocalus se fit une telle réputation en gravant sur marbre les poèmes du pape Damase qu'on donna quelque temps son nom ou celui de ce pape à l'écriture des inscriptions (lettres filocaliennes ou damasiennes). Pour saint Augustin, saint Ambroise, ainsi que pour Sedulius, Isidore de Séville et le commentateur Eugyppius, on a quelques manuscrits en écriture capitale, en tout ou partie du VIIe ou même du VIIIe siècle, qui se trouvent également à la Bibliothèque nationale, etc. C'est au VIIe siècle qu'on commence à rencontrer des manuscrits en capitale alternant avec d'autres écritures, comme c'est le cas pour le manuscrit de Sedulius (bibliothèque de Turin), qui est écrit en capitale et en onciale. (A. Giry et E.-D. Grand).
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Capitale romaines du XVIe s. - Commentaire par le cardinal Grimani (médaillon) de 
l'Epître aux Romains de Paul.
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Dictionnaire Le monde des textes
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