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cosmographie médiévale
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| La
forme du monde et du mouvement des astres
Les traits caractéristiques du système
de Cosmas, et plus spécialement ses idées
sur la forme du monde, sur les mouvements des astres autour de la partie
élevée de la Terre Sévérianus
de Gabala et Diodore de Tarse se figuraient
le monde comme une maison à double étage, ce qui rentre tout
a fait dans la même idée; ce dernier auteur achève
la ressemblance en donnant au ciel, de même que Cosmas,
la figure d'une tente dont la partie supérieure, serait en forme
de voûte. D'ailleurs, dit Photius, il cherchait
à rendre compte, dans cette hypothèse,
du lever et du coucher Photius, qui ne se montre nulle part favorable à tous ces systèmes, s'exprime sur celui de Diodore de Tarse avec une réserve pleine de modération et de prudence. Diodore, dit-il, appuie son opinion, du moins il le croit, sur des témoignages de l'Écriture, relatifs non seulement à la figure (du monde), mais au coucher et au lever du Soleil; il recherche aussi la cause de l'augmentation et de la diminution des jours et des nuits, et s'occupe d'autres sujets de ce genre, qui n'ont rien de fort nécessaire, à mon avis, bien qu'ils aient en effet quelque connexion avec les livres saints. Sans doute, dans ce qu'il dit à cet égard, on reconnaît un homme plein de piété; mais on n'accordera pas aussi facilement qu'il se serve avec discernement des témoignages de l'Écriture.Jean Philopon, en critiquant le livre de Théodore de Mopsueste, parle de la forme que cet évêque donnait au monde, qu'il se représentait comme la moitié d'un cylindre coupé longitudinalement, et ayant une longueur double de sa largeur (de Creat. mundi, III, 10) : or, le monde de Cosmas a presque exactement cette même forme, et il présente les mêmes rapports de dimension. Ce passage, et ceux déjà cités, semblent prouver que le système de Théodore de Mopsueste était à très peu près le même que celui que Cosmas nous fait, connaître. On voit encore par ce passage de Jean Philopon que plusieurs substituaient à la forme d'un demi-cylindre celle d'un oeuf coupé par moitié perpendiculairement à son grand axe, ce qui revient encore à peu près au même. Il existe dans ce système un autre
trait qui est inséparable des idées sur la forme du monde
et sur les mouvements des astres, et qui, en conséquence, n'a pu
manquer de se trouver aussi dans celui de Diodore
de Tarse, de Sévérianus de Gabala
et de Théodore de Mopsueste : c'est l'élévation
progressive de la Terre Quant à ce que prétendent quelques-uns, dit-il, que le Soleil retourne vers l'orient, en passant le long des régions boréales, et derrière de très grandes montagnes qui le cachent, c'est une ancienne opinion absurde et ridicule.Voilà probablement ce qu'en pensaient tous ceux qui avaient quelque teinture des sciences physiques; mais, on le sait, parmi les auteurs chrétiens de cette époque, beaucoup y étaient tout à fait étrangers; aussi, bien loin d'avoir rejeté cette opinion comme ridicule, ils l'avaient accueillie dans leurs systèmes comme orthodoxe. L'anonyme de Ravenne, dans sa Cosmographie, écrite à la fin du VIIe siècle ou au commencement du VIIIe, et qui n'est qu'une mauvaise traduction d'un livre grec, admet aussi que la Terre Deus fundavit terram super stabilitatem suam (PsaumesEt surtout : Deus appendit terram super nihilum (JobIls y voyaient la suspension de la Terre, telle que l'entendaient Platon, Aristote et Ptolémée, c'est-à -dire l'équilibre et l'immobilité d'une sphère, également sollicitée de toutes parts. Mais ceux-là qui assuraient que la Terre est plate comme une table, et qu'elle soutient le poids des cieux, étaient fort embarrassés de savoir ce qui la soutenait elle-même. Ils se tiraient d'embarras en affirmant, d'après les mêmes textes, que si la Terre se soutenait toute seule dans l'espace, c'est que Dieu le voulait ainsi. Solution qui ne laissait pas le plus petit mot à dire aux adversaires. La même théorie que celle
de Cosmas est exposée dans un fragment
sur le ciel On connaît le texte de l'Ecclésiaste Oritur sol et occidit, et ad locum suum revertitur : ibique renascens gyrat per meridiem, et flectitur ad Aquilonem : lustrans universa in circuitu, pergit spiritus et in circulos suos revertitur.Jean Philopon nous assure que certains auteurs voyaient, dans ce texte, la preuve que le Soleil Jean Philopon
ne nomme pas celui qui avait tiré une conséquence si singulière
glu passage de Salomon Cherchons, dit-il, où le Soleil se couche, et où il va pendant la nuit. Selon les païens, il passe sous Terre; mais, selon nous, qui disons que le ciel est fait comme une tente; où va-t-il? [...]. Eh bien! figurez-vous que le ciel forme une voûte au-dessus de nos têtes; que cette voûte est divisée en quatre régions, de l'Orient, du Nord, du Midi et de l'Occident. Lorsque le Soleil se couche, il ne passe pas sous la Terre; mais, arrivé aux limites du ciel, il court au septentrion; là, il est caché à nos yeux comme par une sorte de mur, la masse des eaux célestes nous empêchant d'apercevoir sa course; il longe la région boréale et va gagner l'Orient. Vous demanderez où en est la preuve. Elle est dans l'Ecclésiaste du bienheureux Salomon.Son explication des jours et des nuits est encore plus curieuse : Nous savons, mes frères, que le Soleil ne s'élève pas toujours des mêmes endroits du ciel. A son lever il s'approche ou s'éloigne du Midi. Approche-t-il du Midi, alors il ne gagne pas les hauteurs du ciel, il le traverse obliquement, et la durée du jour est courte. Mais comme il se couche au point extrême de l'Occident, il doit parcourir pendant la nuit tout l'Occident, tout le Nord et tout l'Orient : la nuit est donc nécessairement fort longue. Lorsqu'il se lève au point milieu de l'Orient, il y a égalité dans la longueur du chemin : le jour et la nuit sont égaux. S'approchant toujours du Nord, quand il est arrivé au point extrême, il s'élève dans le ciel, et le jour est long; et comme il a pendant la nuit un petit, espace à parcourir, la nuit est courte. [...]. Cette doctrine, ce ne sont point les Grecs qui nous l'apprennent, car ils veulent que le Soleil et les astres passent sous la Terre, c'est l'Écriture, notre divin maître, qui nous instruit de ces choses, qui éclaire notre esprit.La théorie de Cosmas, qui nous paraît si extravagante, tire encore son origine de la philosophie grecque présocratique. Il s'appuie lui-même de l'autorité de Xénophane et d'Ephore. Pour le dernier, nous ignorons si la citation est juste; mais on n'en saurait douter pour Xénophane, et même il pouvait y ajouter Anaximène. Xénophane
et Anaximène furent aussi embarrassés
que l'avaient été Thalès
et Anaximandre pour comprendre la suspension
de la Terre Il n'y a là sans doute aucune influence
étrangère. L'idée de prolonger la Terre à l'infini
sous la forme d'un cône n'appartient en tout cas qu'à lui;
or le système sur le mouvement du ciel et des astres en est une
conséquence inévitable. C'est donc là une combinaison
sortie tout entière d'un cerveau grec. Le mont Méru des Indiens non eum [solem] occasu premit, nullos subire gurgites, nunquam occuli, sed obire mundum, obliqua caeli currere;et il l'attribue aux Épicuriens : scis nam fuisse ejusmodi sentemtiam epicureorum.C'est le seul témoignage qui nous instruise de ce point particulier de la doctrine des Épicuriens. Mais il n'a rien que de vraisemblable d'après les autres points connus de leur physique, qui était souvent le comble de l'absurde; il suffit de citer pour exemple leur opinion bien avérée (Cicéron, Acad.) sur la grandeur du Soleil Cosmas et les
autres docteurs chrétiens partisans de son opinion ne manquaient
pas, comme, on voit, d'autorités à l'appui de leur système.
Ils pouvaient à l'envi puiser dans toutes ces hypothèses
où se perdit l'imagination des Grecs avant de s'admettre l'idée
de la sphéricité de la Terre « On pourrait s'étonner de ce que les solutions de cette difficulté n'aient pas paru à leurs auteurs plus inexplicables que la difficulté elle-même. ». (A.-J. Letronne). |
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.