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Conversation et causerie
 La conversation est une sorte de discussion plus ou moins dogmatisante; la causerie, un dialogue à bas bruit entre très peu de personnes.

Conversation.
La Causerie est le côté léger, familier, intime de la conversation. On converse dans un cercle, à table, devant une société plus on moins nombreuse. Boileau a défini le vrai caractère de la Conversation dans les deux vers suivants :

C'est peu d'être agréable et savant dans un livre;
Il tant savoir encore et converser et vivre.
En effet, la conversation exige de l'instruction, une mémoire heureuse, l'habitude du monde, et de l'aplomb. C'est donc avec raison que les locutions suivantes ont pris cours : l'art de la conversation; diriger, interrompre ou suivre le fil de la conversation. On peut juger par le Banquet de Platon et par les Dialogues de Cicéron ce qu'était la conversation chez les Anciens; on dissertait à tour de rôle sur un sujet convenu, oratoire ou philosophique.

La conversation a pris naissance dans les bureaux d'esprit de la société polie du XVIIe siècle; par la suite, elle a vécu dans les relations quasi publiques du monde élégant, littéraire ou politique. Son ton plus ou moins tenu ou apprêté l'a introduite jusque dans les affaires de gouvernement : il y a des conversations politiques, devant une assemblée législative, et des conversations diplomatiques, entre ministres de souverains. L'obligation de converser avec des hommes spéciaux, le progrès des sciences appliquées aux arts et à l'industrie, obligent les gens du monde, qui se piquent de conversation, à posséder, au moins superficiellement, les connaissances les plus variées. Telle est l'origine, en Allemagne, du Conversation's Lexicon, et, en France, du Dictionnaire de la Conversation

Dans sa comédie intitulée le Café, Goldoni a voulu caractériser les différents peuples de l'Europe par la nature, le genre et les formes de leur conversation. Cowper a écrit des pages pleines d'esprit et de raison sur l'Art de causer. Le poème didactique de Delille intitulé la Conversation a toute l'élégance des autres productions de l'auteur. L'épître de Rulhières sur les Disputes est un ingénieux tableau des discoureurs pointilleux et contrariants, fléau de la conversation.

Causerie.
La causerie n'a pas les aprêts de la conversation : c'est le naturel de l'esprit : on ne peut ni l'apprendre, ni l'imiter. Dans la conversation, il y a toujours plus d'auditeurs que de parleurs; la causerie se passe entre deux ou trois personnes au plus; c'est un acte de sympathie, au moins pour l'esprit de ceux que l'on recherche ou que l'on accepte, et à laquelle préside la familiarité, ou une demi-familiarité. Toute espèce de sujet, y compris même, à l'occasion, un peu de médisance, est matière à causerie. Toujours spontanée et improvisée, si elle n'exige pas d'études, elle veut certaines qualités qui ne s'acquièrent pas, du tact, du goût, de la finesse ou de la bonhomie, de l'urbanité, l'exquise convenance, et de l'esprit, premier fonds qu'il faut apporter dans la causerie, et qui n'est pas d'une nécessité absolue dans la conversation. 

Les choses sérieuses sortent du domaine de la causerie, qu'elles rendraient lourde; sans doute on dit : causer d'affaires: mais c'est le vulgaire qui s'exprime ainsi, parce qu'il ne sent pas les nuances de la langue; une telle alliance de termes est une sorte de solécisme moral, car on s'entretient, on converse d'une affaire, mais on n'en cause pas.

Image vivante de la sociabilité, la causerie est née dans les relations intimes de la vie; les soupers du XVIIIe siècle, dont elle faisait tout l'agrément; l'ont généralisée, et en ont, pour ainsi dire, répandit la mode; les soupers ont passé, sauf dans quelques circonstances exceptionnelles, mais la causerie est demeurée. (C. D-y).

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