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Les communes au Moyen âge
Le déclin et la fin des communes
Aperçu Origine des communes Les chartes Organisation Propagation Fin des communes
Avec le règne de Philippe-Auguste, on peut dire que la révolution communale est terminée, en France du moins désormais ce n'est qu'exceptionnellement qu'il se créera de nouvelles communes, et la plupart de celles qui existent ne tarderont pas à entrer dans la période de décadence. Sous les successeurs de ce roi la situation des communes se modifie profondément, et la politique royale de bienveillante qu'elle avait été jusqu'alors à leur égard, devient ouvertement et constamment hostile. On a vu plus haut que le régime de la plupart des communes était essentiellement aristocratique. Il l'était devenu au milieu du XIIIe siècle, même dans les villes où tous les habitants avaient participé à la fondation de la commune, même dans celles dont la constitution avait eu au début un caractère démocratique. Partout s'était formé une aristocratie, composée de commerçants, de banquiers, de riches bourgeois, ayant seule accès aux magistratures municipales, ayant seule part au gouvernement de la ville, opprimant, accablant d'impôts la classe inférieure, le commun, les artisans, que l'organisation industrielle du Moyen âge mettait complètement à la merci des marchands. Mais ce « commun » qui se composait presque partout de la majorité des habitants, n'avait pas tardé à son tour à s'organiser, à former pour ainsi dire une seconde commune dans la commune, une association ayant ses règlements et ses chefs, formant parfois, sous le nom et le prétexte de confréries religieuses, des conspirations, soulevant des insurrections et des émeutes contre l'aristocratie bourgeoise. 

Sous le poids des impôts les plus oppressifs, le principal grief qu'avait le menu peuple contre la coterie d'un petit nombre de familles entre les mains desquelles était le gouvernement, c'était la mauvaise administration des finances municipales : à tout propos ils accusaient les magistrats de malversations et de vénalité. Et de fait toutes les communes s'obéraient de plus en plus : la mauvaise administration des finances semble avoir été une maladie commune à toutes les villes indépendantes de tous les pays : on la constate en Angleterre aussi bien qu'en France, dans les puissantes communes des Pays-Bas, dans les villes libres de l'Allemagne et dans les républiques italiennes. En France, le commun trouva bientôt un puissant appui contre les classes dirigeantes dans les fonctionnaires royaux. L'alliance populaire des villes avec la royauté devait produire dans la constitution des communes une révolution démocratique. Mais le commun joua le rôle du cheval de la fable; lorsque avec son aide la monarchie eut vaincu les privilégiés, elle fit avec eux cause commune contre son auxiliaire.

Sous Saint Louis fut établi sur la gestion des finances municipales le contrôle de la Chambre des comptes; les budgets municipaux, qui furent produits en exécution de l'ordonnance rendue en 1256 ou environ, et dont beaucoup nous sont parvenus, témoignent que dans la plupart des villes les dépenses dépassaient les recettes; le chiffre de la dette y est généralement énorme. On a pu prouver pour certaines villes que la mauvaise administration n'y était pas étrangère, mais la cause principale de cette situation tenait à la fiscalité royale. Non seulement les villes étaient surchargées de taxes et d'impôts, mais surtout elles étaient accablées sous le poids des amendes. Car depuis Saint Louis la royauté s'est appliquée avec succès à ruiner les communes : c'était le moyen le plus sûr de combattre leur indépendance et de leur enlever rapidement tous leurs droits politiques. Le parlement ne cessa de leur infliger à tout propos des amendes énormes. Surchargées de dettes, agitées par les émeutes du menu peuple, tracassées par les fonctionnaires royaux, les communes finissaient par solliciter une liquidation, qui avaient pour conséquence sinon l'abolition de la commune, du moins presque toujours la suppression de ses privilèges, de son autonomie, de son indépendance. 

Nombre de communes succombèrent ainsi, particulièrement sous les coups des fonctionnaires et des légistes de Philippe le Bel; la plupart furent réduites à l'état de villes prévôtales, celles qui survécurent ne conservèrent plus qu'un vain simulacre de leur ancienne condition. Les successeurs de Philippe le Bel continuèrent sa politique à l'égard des villes : s'il y eut quelques exceptions, si au XVe siècle encore on voit confirmer des constitutions municipales assez libres, il s'agit toujours de villes frontières, ou de provinces récemment annexées et qu'il importe de ne pas froisser dans leurs sentiments. Louis XI que l'on a parfois représenté comme favorable aux populations urbaines, fut au contraire l'adversaire implacable des libertés locales comme de l'indépendance féodale. Il combla, il est vrai, les notables des villes de vains privilèges, il accorda notamment à profusion aux membres des corps municipaux des privilèges de noblesse, dont il se plaisait ainsi à rabaisser la valeur; mais il s'appliqua à combattre partout l'esprit municipal aussi bien que l'esprit féodal, à maintenir les villes sous une rigoureuse tutelle, et à y combattre l'organisation démocratique qui avait çà et là persisté depuis l'alliance des classes populaires avec la royauté. L'esprit communal survécut encore cependant à toutes ces atteintes; la bourgeoisie et le peuple restèrent longtemps encore attachés à des formes, à des institutions locales, qui rappelaient d'anciennes libertés; l'oeuvre centralisatrice de Richelieu acheva par la main des intendants la ruine de tout ce qui avait pu rester aux villes des anciennes libertés communales.

Les destinées des villes ne furent pas les mêmes dans toute l'Europe. Si leur décadence en France commence à la fin du XIIIe siècle, c'est au contraire au XIVe siècle que celles de la Flandre et des Pays-Bas eurent le plus d'éclat et jouèrent le plus grand rôle politique. C'est vraiment leur âge héroïque. Elles eurent alors une puissance et une richesse incomparables et furent maîtresses du commerce et de l'industrie de l'Europe. Elles subirent, comme les communes françaises, une révolution démocratique à laquelle est resté attaché le grand nom des Artevelde, mais elles n'y laissèrent pas comme elles leur indépendance. Au début du XVe siècle elles avaient atteint l'apogée de leur autonomie. Malgré les inégalités de classes, le peuple entier participait aux affaires, et leur puissance ni leurs richesses n'en avaient pas été diminuées. Mais le XVe siècle fut pour elles une époque d'épreuves et de revers. Les rivalités commerciales, les dissensions entre les communes, les agitations intérieures, les exposèrent aux atteintes du despotisme des ducs de Bourgogne qui ne cessèrent de lutter contre leur indépendance. D'autres causes contribuèrent à leur décadence : la politique imprévoyante des dues à l'égard de l'Angleterre, et l'ensablement des ports détruisirent le commerce et l'industrie; le développement excessif du luxe, le nombre toujours croissant des impôts, la mauvaise administration financière et la dépopulation amenèrent la ruine des communes des Pays-Bas. Nous n'insisterons pas ici sur les communes anglaises : leur origine ne diffère guère de celles du continent, sinon en ceci que plus fréquemment peut-être qu'en Flandre ou en France, la commune fut une simple transformation de la gilde marchande. Mais raconter leurs destinées, ce serait raconter le développement des libertés anglaises: ce furent les communes qui fondèrent en Angleterre le régime représentatif et la constitution elle-même.

L'histoire des communes italiennes est pendant longtemps l'histoire même de l'Italie. Villes grecques de la Pentapole, villes du duché de Rome, de l'exarchat de Ravenne, Venise, Gênes, Pise, Florence, villes de la Toscane, communes Lombardes, villes des marches d'Ivrée et de Frioul, d'un bout à l'autre de la péninsule, c'est un pays de villes. Ici encore l'histoire des origines ressemble par bien des côtés à celle des communes françaises; c'est l'évolution qui a été complètement différente. Nulle part, on le sait, les destinées des villes n'ont été aussi brillantes : le commerce, l'industrie, les sciences, les lettres, les arts, la civilisation tout entière, en un mot, ont reçu dans leur sein l'impulsion la plus vigoureuse. Mêlées aux plus grandes luttes de l'histoire du Moyen âge, elles résistèrent victorieusement au joug germanique et brisèrent le despotisme du Saint-Empire romain germanique. Mais en même temps fut rompue l'unité de l'ancien royaume d'Italie; délivrées de tout lien avec l'autorité impériale, les villes italiennes furent livrées à l'influence de leurs factions et de leurs rivalités et devinrent la proie de tyrans locaux qui se firent plus tard reconnaître comme princes légitimes. De communes devenues républiques, elles se transformèrent ensuite en principautés, et si leur rang dans le monde, leur puissance, leur rôle politique, leur prospérité commerciale et artistique n'en furent pas diminués, elles y perdirent cependant leurs franchises communales et toutes leurs libertés.

Les villes libres de l'Allemagne, qui s'étaient constituées comme les autres communes du continent au XIIe siècle, eurent leur période de prospérité au XIVe et au XVe siècle. En formant soit entre elles, soit avec les paysans des campagnes, soit avec les seigneurs féodaux de leur voisinage, des confédérations, elles réussirent à maintenir beaucoup plus longtemps que les autres leur indépendance. Elles aussi furent à un moment des centres de civilisation, eurent leur heure de prospérité commerciale et industrielle. Au XVIe siècle encore, elles conservaient leur puissance et leur autonomie, mais la décadence commençait; la guerre de Trente ans acheva leur ruine, mais ne mit pas un terme à leur existence. Elles sont encore nommées dans les traités de Westphalie qui leur maintiennent la qualité d'Etats immédiatement soumis à l'empire. Au XVIIIe siècle encore; elles sont au nombre de cinquante-et-une et occupent deux bancs à la Diète, mais elles ne cessaient de déchoir et finirent par perdre toute influence politique. Surchargées de dettes, mal administrées, accablées sous le poids des impôts, dépeuplées, elles furent remplacées comme foyers de la civilisation germanique par les villes nouvelles créées par les princes allemands pour leur servir de résidence. Il en faut excepter cependant les grandes villes commerciales de la Hanse et notamment Hambourg qui, sans jamais perdre sa prospérité, devait conserver jusqu'au seuil du XXe siècle son indépendance. (A. Giry).

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