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La diffusion de l'imprimerie
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Diffusion de l'Imprimerie en France

Paris.
On ne s'explique guère que Paris, qui était, au XVe siècle, le centre intellectuel le plus important de l'Europe, n'ait pas été choisi, pendant les premières années qui suivirent la découverte de l'imprimerie, comme lieu d'installation d'un ou plusieurs ateliers typographiques. Aucun des ouvriers qui quittèrent Mayence, au moment des fameux troubles de 1462, ne se dirigea vers cette ville. Ils furent sans doute arrêtés, quoi qu'on en ait dit, par la crainte de ne pouvoir faire aux nombreux copistes et libraires qui s'y trouvaient une concurrence assez avantageuse. Les continuateurs de Gutenberg se préoccupèrent cependant, de très bonne heure, d'y placer leurs produits. Fust y apporta lui-même, en 1463, l'édition de la Bible qu'il avait publiée l'année précédente. Il en plaça un certain nombre d'exemplaires, mais le mouvement d'opinion qui se produisit contre lui fut tel qu'il dut quitter précipitamment la ville. On a même prétendu qu'un procès lui avait été intenté, mais on n'en a pas donné la preuve. Il revint à Paris en 1466, pour vendre son édition du De Officiis de Cicéron, et on a des raisons de croire qu'il y mourut. Schoiffer suivit son exemple et fit un voyage à Paris, en 1468, pour y placer sa Somme de saint Thomas. Personne n'eut l'idée, malgré cela, de tenter l'exploitation de l'art nouveau. 

C'est à deux professeurs de la Sorbonne, Jean Heynlin et Guillaume Fichet, que Paris dut l'établissement de son premier atelier typographique. Ces professeurs étaient tous les deux étrangers. Jean Heynlin était né à Stein, près de Constance (c'est le nom de Stein qui est devenu en latin Lapideus et en français La Pierre), et Guillaume Fichet au Petit-Bornand, en Savoie. C'est Jean Heynlin qui paraît avoir eu le premier l'idée d'introduire l'imprimerie à Paris. Ils firent donc venir, de Munster, en Suisse, pense-t-on, trois ouvriers allemands : Ulric Gering (Guerinch ou Guernich), Michel Friburger et Martin Crantz ou Krantz, et les installèrent, dans les bâtiments de la Sorbonne, à la fin de 1469 ou au commencement de 1470. Ulric Gering était originaire de Münster, dont il vient d'être question, et Michel Friburger de Colmar. Quant à Martin Crantz, on le suppose aussi de Münster, mais sans en avoir la preuve.

Le premier livre qu'ils imprimèrent est un recueil de lettres de Gasparin de Pergame : Gasparini [Barzizii] Pergamensis epistolae (1470), le second un Salluste (1470-71), le troisième les Orationes de Bessarion (1471) et le quatrième la Rhétorique, de G. Fichet (1471). Le nombre des ouvrages qu'ils éditèrent ainsi, de 1470 à 1472, s'élève à 30, d'après le tableau dressé par J.-M. Philippe. A la fin de 1472 ou au commencement de 1473, ils quittèrent la Sorbonne pour s'installer dans la rue Saint-Jacques. Deux de leurs apprentis, Pierre de Kaysere (Petrus Caesaris) et Jean Stoll, établirent, cette année même et dans cette même rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Soufflet-Vert (in intersignio follis viridis), une imprimerie qui leur fit une concurrence acharnée.

Schoiffer, de son côté, n'en continuait pas moins à expédier le produit de ses presses; et non seulement il vendait ses propres publications, mais il se faisait encore l'intermédiaire de plusieurs imprimeurs d'Allemagne. Il avait, de plus, établi à Paris un commissionnaire appelé Hermann de Stattboen ou de Stattern. Malheureusement, ce commissionnaire mourut, en 1474, et tous ses biens furent confisqués, en vertu du droit d'aubaine. Schoiffer protesta et on fit droit à ses réclamations. Il obtint, à la date du 21 avril 1475, des lettres de rémission qui lui accordaient, avec divers avantages, une somme de 2425 écus, pour le dédommager des pertes qu'il avait subies. Ulric Gering et ses associés, éclairés sur leurs intérêts par la mésaventure d'Hermann de Stattboen, avaient sollicité et reçu, deux mois auparavant, en février 1475 (n. s.), des lettres de naturalité. Leur association ne dura pas longtemps. Michel Friburger et Martin Crantz se retirèrent, vers 1478, et retournèrent probablement en Allemagne. Ulric Gering resta donc seul. En 1479, il s'associa avec un libraire parisien, Guillaume Maynyal. En 1483, il s'installa, dans la rue de la Sorbonne, à l'enseigne du Buis (ad Buxum) et prit un nouvel associé, Berthold Rembolt de Strasbourg.

L'imprimerie se développa très vite à Paris. Aussi ne pouvons-nous songer à donner ici la liste des imprimeries qui s'y établirent, pendant les vingt-cinq dernières années du XVe siècle. Il nous suffira de citer parmi eux Pasquier Bonhomme qui publia, en 1477 (n. s.), les Grandes Chroniques de France, le premier livre français imprimé à Paris, avec date; Antoine Vérard, « l'imprimeur français par excellence, l'éditeur des poètes et des romans de chevalerie  »; Geoffroi de Marnef, Guy Marchand, François Regnault et enfin Philippe Pigouchet qui a imprimé pour Simon Vostre des livres d'heures d'un art si remarquable.

Lyon.
L'établissement de l'imprimerie dans cette ville est dû à un certain Barthélemy Buyer, d'une vieille famille bourgeoise. Il attira l'imprimeur Guillaume Leroy, originaire de Liège, l'installa dans sa maison et fit les frais de ses premiers travaux. Le premier volume, qui soit sorti de l'atelier, porte la date du 7 septembre 1473 et contient plusieurs traités d'Innocent III réunis sous le titre suivant : Compendium breve quinque continens libros. Guillaume Leroy eut bientôt de nombreux concurrents. Plus de cinquante imprimeurs s'installèrent, en effet, à Lyon, dans le dernier quart du XVe siècle. Ils vinrent presque tous de l'étranger et en particulier de l'Allemagne et de Venise. Les plus connus d'entre eux sont Martin Husz, l'imprimeur du Miroir de la rédemption humaine (1478), première édition de la rédaction française du Speculum humanae salvationis et probablement aussi le premier livre orné de figures sur bois qui ait été imprimé en France, Mathis ou Mathias Huzz, frère ou proche parent du précédent, Jean Du Pré, Jean Trechsel et ses fils Melchior et Gaspard, Jean Fabri, Jean de Vingle, Guillaume Balsarin, Jean Numeister, Jacques Maillet et enfin Michelet Topie de Pymont auquel on doit le Voyage de Breydenbach de 1488, où l'on voit pour la première fois, en France, la gravure en taille-douce concourir à la décoration d'un livre.

Toulouse.
Le premier livre imprimé avec date à Toulouse ne porte pas de nom d'imprimeur : Andreas Barbatia, Repetitio solemnis rubrice de fide instrumentorum. Desbarreaux-Bernard cite quatre autres incunables, sans date, qui ont été imprimés avec les mêmes caractères que le précédent et sont vraisemblablement sortis des mêmes presses. Il faut y joindre une édition de la Pragmatique sanction, aujourd'hui conservée à la Bibliothèque nationale. Le premier imprimeur dont on trouve le nom sur des impressions toulousaines est Jean Parix qui publia, en 1479, le traité De Clericis concubinariis de Jean-Alphonse de Bénévent. Il s'associa un peu plus tard avec Estevan Clébat et publia avec lui plusieurs livres en espagnol. Vinrent ensuite l'Allemand Henri Mayer qui imprima, en 1488, la première traduction française de l'Imitation; Jean de Guerlins ou de Gherlinc, Jean Grandjean, Guilhem du Boys, J. Damoysel, Nic. Vieillard, Ant. André, divers membres de la famille des Colomiez, etc.

Autres villes. 
O. Thierry-Poux a dressé, en tête de sa belle publication sur Les premiers monuments de l'imprimerie en France (Paris, 1890, in-fol.), une liste des villes dans lesquelles des imprimeries ont été installées pendant le XVe siècle. Nous ne pouvons mieux faire que de la reproduire ici, en la faisant suivre des titres des premiers ouvrages imprimés et des noms des premiers imprimeurs. 

Angers, 5 février 1477 (n. s.) : Cicero, Rethorica nova (in-4), imprimé par Jean de La Tour et Morelli.

Chablis, 1er avril 1478 : Jacques Le Grant, le Livre des bonnes moeurs (in-fol.), impr. par Pierre Le Rouge. Cet imprimeur s'établit ensuite à Paris où il publia, en 1488, la Mer des histoires, un des chefs-d'oeuvre de la typographie du XVe siècle.

Vienne, 1478 : Superbissimi Sathanae litigationis contra genus humanum liber (in-4), impr. par Jean Solidi.

 4° Poitiers, 14 août 1479. Breviarium historiale (in-4), impr. par un imprimeur inconnu dans la maison d'un chanoine de Saint-Hilaire. Les premiers imprimeurs de cette ville, dont les noms soient donnés, sont Jean Bouyer et Pierre Bellescullée. 

Caen, 6 juin 1480 : Horatius, Epistolae (in-4), impr. par Jacques Durandas et Gilles Quijoue. C'est le premier ouvrage d'Horace publié en France.

Albi, 17 nov. 1481 : Johannes de Turrecremata, Meditationes (in-4), impr. par Jean Numeister, l'un des ouvriers de Gutenberg, qui vint dans cette ville après avoir introduit la typographie à Foligno vers la fin de 1469, et alla ensuite se fixer à Lyon où il finit sa carrière.

Chartres, 31 juillet 1482 : Missale secundum usum Carnotensem (in-fol.), impr. par Jean Du Pré, dans la maison canoniale et aux frais du chanoine Pierre Plume.

Troyes, 25 septembre 1483 : Breviarium secundum usum ecelesiae Trecensis (in-4), impr. par Jean Le Rouge.

Chambéry, 6 juillet 1484 : Maurice de Sully, Exposition des évangiles, en roman (infol.), impr. par Antoine Neyret.

10° Bréhant-Loudéac, décembre 1484 : le Trépassement de Notre-Dame (in-4), impr. par Robin Foucquet et Jean Crès.

11° Rennes, 26 mars 1485 (n. s.) : Coutumes de Bretagne (in-8), impr. par Pierre Bellescullée et Josses.

12° Tréguier, 4 juin 1485 : Coutumes de Bretagne (in-8), impr. par un imprimeur inconnu.

13° Salins, 1485 : Missale secundum usum ecclesiae Bisuntinae (in-fol.), impr. par Jean Des Prés, Benoît Bigot et Claude Bodram.

14° Abbeville, 1486 : Jean Boutillier, la Somme rurale (in-fol.), impr. par Pierre Gerard et Jean Du Pré.

15° Rouen, mai 1487 : les Chroniques de Normandie (in-fol.), impr. par Guillaume Le Talleur. Une autre édition de ces Chroniques fut donnée à cette même date (14 mai 1487) par Noël de Harsy.

16° Besançon, 1487 : Arnaldus de Villanova, Regimen sanitatis (in-4), impr. par Pierre Metlinger (?).

17° Lantenac, 26 mars 1488 (n. s.) : Jean de Mandeville, Voyage en Terre sainte (in-4), impr. par Jean Crès.

18° Embrun, 10 mars 1490 (n. s.) : Breviarium ad usum ecclesiae Ebredunensis (in-8), impr. par Jacotin Le Rouge.

19° Grenoble, 29 avril 1490 Guido Papa, Decisiones parlamenti Delphinalis (in-fol.), impr. par Etienne Foreti. 

20° Dole, 31 mai 1490 : Coutumes du comté et du duché de Bourgogne (in-fol.), impr. par Pierre Metlinger. 

21° Orléans, 31 mars 1491 (n. s.) : Gui de Montrocher, le Manipulus curatorum, en français (in-4), impr. par Mathieu Vivian.

22°  Goupillières (Eure), 8 mai 1491 : Heures à l'usage du diocèse d'Evreux (in-8), impr. par Michel Andrieu. On ne connaît que 36 feuillets du seul exemplaire connu de ce livre d'heures découvert par Léopold Delisle.

23° Angoulême, 17 mai 1491 : Auctores octo (in-8), impr. par Pierre Alain et André Cauvin

24° Dijon, 4 juillet 1491 : Collectio privilegiorum ordinis Cisterciensis (in-4), impr. par Pierre Metlinger. Les caractères dont il s'est servi lui avaient été fournis par Amerbach.

25° Narbonne, 31 octobre 1491 : Breviarium ad usum ecclesiae Narbonensis (in-8), impr. par un imprimeur inconnu. 

26° Cluny, 1492 : Breviarium Cluniacense (in-8), impr., pense-t-on, par Michel Wensler, de Bâle. C'est probablement à ce bréviaire et à un missel imprimé en 1493 que se rapporte une ordonnance célèbre du chapitre général de Cluny, du 5 mai 1493, qui fixe le nombre des exemplaires de deux livres récemment publiés, que les maisons de l'ordre devaient acquérir à un prix déterminé.

27° Nantes, 15 avril1493 Jean Meschinot, les Lunettes des princes (in-4), impr. par Etienne Larcher.

28° Chalons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne), 24 juillet 1493 : Diurnale ad usum ecclesiae Cathalaunensis (in-8), impr. par Arnoul Bocquillon. 

29° Tours, 10 février 1494 (n. s.) : Breviarium ad usum ecclesiae Turonensis (in-8), impr. par Simon Pourcelet. Il existe un Missale Turonense, imprimé en 1485, mais on n'a pas la preuve qu'il soit sorti de presses installées à Tours.

 30° Mâcon, 10 mars 1494 (n. s.) : Diurnale Matisconense (in-8), impr. par Michel Wensler de Bâle.

31° Limoges, 24 janvier 1495 : Breviarium ad usum ecclesiae Lemovicensis (in-8), impr. par Jean Berton.

32° Provins, 1er octobre 1496 : la Règle des marchands, nouvellement translatée de latin en français (in-4), impr. par Guillaume Tavernier. Jean Trumeau paraît avoir été le premier imprimeur de cette ville, mais les livrets qu'il a publiés ne sont pas datés. 

33° Valence, 1496 : Guido Papa, Commentaria super statuto Dalphinali (in-4), impr. pour Hélie Olivelli, probablement par Jean Belon.

34° Avignon, 15 octobre 1497: Lucianus, Palinurus, Scipio romanus, etc. (in-4), impr. pour Nicolas Tepe, par Jean Du Pré, de Lyon.

35° Périgueux, 1498 : Johannes de Lapide, Resolutorium dubiorum circa celebrationem missarum (in-4), impr. par Jean Carant.

36° Perpignan, 1500 : Breviarium secundum consu.etudinem Elnensis ecclesiae (in-8), impr. par Jean Rosembach de Heidelberg.

 37° Valenciennes, 1500 : Jean Molinet, la Très désirée et proutifitable Naissance de très illustre enfant Charles d'Austrice (in-4), impr. par Jean de Liège. (C. Couderc).

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