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| Coster
et la piste hollandaise
Les renseignements réunis sur Gutenberg « Il y a cent vingt-huit ans demeurait à Haarlem un nommé Laurent, [fils de] Jean, surnommé sacristain ou marguillier [koster], de la charge lucrative et honorable que sa famille, très connue sous ce nom, possédait alors par droit d'héritage; c'est celui-là même qui, ayant mérité une gloire supérieure à celle de tous les conquérants, peut revendiquer à juste titre l'honneur de l'invention de l'art typographique, honneur usurpé aujourd'hui par d'autres. Se promenant un jour dans le bois voisin de la ville, Laurent se prit à façonner des écorces de hêtre en forme de lettres, desquelles, en les renversant et imprimant successivement une à une sur une feuille de papier, il obtint, en s'amusant, des versets [ou petites sentences] destinés à servir d'exemple à ses petits-fils.La question des origines de l'imprimerie serait résolue si l'on pouvait accepter les principaux détails de ce témoignage. Il n'en est malheureusement pas ainsi. On a fait au récit de Junius de sérieuses objections. D'abord on s'est étonné, et à juste titre, d'une réclamation si tardive. On s'est moins préoccupé, il est vrai, au XVIe siècle qu'on ne le fait depuis, de savoir à qui revenait le mérite d'une si belle découverte, mais il n'en est pas moins très surprenant de voir prononcer, pour la première fois, le nom de cet heureux inventeur cent vingt-huit ans après sa mort. Les recherches auxquelles on s'est livré dans les archives de Haarlem n'ont pas donné de résultat. On a relevé dans des comptes des mentions relatives à des personnages du nom de Laurent Janssoon ou fils de Jean, mais aucune des identifications qu'on a proposées ne paraît acceptable. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il a réellement existé, dans cette ville, une ou plusieurs familles du nom de Coster. On a dit, de plus, qu'il était difficile d'admettre que Jean, le voleur, ait pu, pendant une messe de Noël, désorganiser complètement une imprimerie, mais peut-être ne faut-il entendre par les mots instrumentorum suppellectilem, employés par Junius, qu'un choix d'outils portatifs. Il est ensuite peu croyable qu'un pareil vol n'ait donné lieu ni à une plainte, ni à des poursuites, alors qu'on savait où s'était réfugié le voleur. Or, à partir de 1439, la Hollande a joui d'une grande tranquillité et on aurait conservé des traces d'un pareil procès, s'il avait jamais été fait. Certains bibliographes ont, en outre, rejeté toute la partie de la déclaration de Junius relative à l'impression à Mayence, en 1442, avec les types volés à Coster, d'un Doctrinale d'Alexandre de Villedieu, mais A. Bernard a fait remarquer qu'on avait trouvé de nombreux fragments d'une édition de ce Doctrinale, dont les caractères présentaient une ressemblance frappante avec ceux du Speculum. Enfin, ce que rapporte Jacques Wimpfeling, dans son Catalogus episcoporum Argentinensium, des recherches faites à Mayence par plusieurs personnes, au moment de l'arrivée de Gutenberg, vers 1445, peut bien s'appliquer à cet ouvrier infidèle : Cum is Moguntiam descenderet, ad alios quosdam in hac arte similiter laborantes [...] ea ars completa et consumata fuit.Les découvertes de Coster se placent entre 1426 et 1440. Son heureuse promenade ne peut être, en effet, postérieure à 1426, parce que le bois dans lequel le hasard l'a si bien servi fut détruit à cette date, et on sait que l'année 1440 est donnée par conjecture, d'après le récit de Junius, comme celle de sa mort. Ces conclusions sont indirectement appuyées par les témoignages en faveur de la Hollande dont nous parlerons plus loin. Toutefois, rien de ce qu'on a pu dire en leur faveur n'est de nature à produire une conviction scientifique. Avignon, l'outsider Jusqu'à la fin du XIXe
siècle, l'étude des origines de l'imprimerie pouvait se limiter
à l'examen des prétentions respectives de Coster et de Gutenberg Promisit et convenit eidem judeo ipsi facere, et factas reddere, et restituere viginti septem litteras ebraycas, formatas, scisas in ferro [...] una cum ingeniis de fuste, de stagno et de ferro.Le 26 du même mois, il lui remet tout ce qui était nécessaire pour la reproduction de textes latins : Omnia artificia, ingenia et instrumenta ad scribendum artificialiter in litera latina.Dans un acte passé avec un autre associé, le 4 juillet 1444, Procope donne des renseignements encore plus précis; il reconnaît avoir chez lui 2 alphabets en acier, 2 formes en fer, 1 vis en acier, 48 formes en étain et diverses autres formes propres à l'art d'écrire artificiellement : Duo abecedaria calibis et duas formas ferreas, unum instrumentum calibis, vocatum vitis, quadraginta octo formas stangni, necnon diversas alias formas ad artem scribendi pertinentes.Procope n'ayant pas, en effet, des ressources suffisantes pour exploiter seul l'industrie de l'écriture artificielle, avait dû chercher des bailleurs de fonds. Il en avait trouvé plusieurs, mais, soit défaut d'entente, soit manque d'argent, les sociétés qu'il avait formées ne semblent pas avoir prospéré. L'abbé Requin n'a pas rencontré sur lui de pièce postérieure à celle de 1446. On n'a, en outre, signalé aucun spécimen de ses productions, à supposer toutefois qu'il soit arrivé à des résultats. Les expressions employées dans ces
contrats sont trop explicites et trop claires pour qu'on puisse avoir des
doutes sur leur signification. L'art d'écrire artificiellement,
dont il est parlé, est bien certainement l'art de l'imprimerie.
On doit même reconnaître que l'outillage employé par
Waldfoghel, en 1444, est de beaucoup plus perfectionné que celui
dont les termes du procès de 1439 permettent d'affirmer l'existence
chez Gutenberg Dans la balance On ne cite qu'un seul témoignage en faveur de Coster, celui de Junius, mais on en possède plusieurs en faveur de la Hollande. Ce sont ces témoignages généraux qui nous paraissent corroborer le récit de Junius. Ils permettent, tout au moins, de conclure que si l'histoire de Coster n'est pas vraie dans tous ses détails, elle contient pourtant une part de vérité. Si elle est le résultat d'une légende, comme on l'a souvent dit, cette légende a eu, comme point de départ, un fait historique. Le premier et peut-être le plus important de ces témoignages est celui de la Chronique de Cologne, imprimée en 1499. L'auteur anonyme de cette chronique dit expressément, en se réclamant de l'autorité d'Ulric Zell, que les premiers essais d'imprimerie furent tentés en Hollande « Quoique l'art, tel qu'on le pratique actuellement, ait été trouvé à Mayence, cependant la première idée vient de la Hollande et des DonatsMariangelo Accurse reconnaît aussi à la Hollande le rôle d'initiatrice. Il avait écrit, en effet, sur un exemplaire d'un Donat Impressus autem est hic Donatus [...] anno 1450. Admonitus certe fuit ex Donato Hollandiae, prius impresso in tabula incisa.Jean van Zuyren, bourgmestre de Haarlem, revendique naturellement pour son pays, dans un Dialogus de prima artis typographicae invention, écrit au plus tard en 1561, l'honneur d'avoir posé les premiers fondements de l'édifice nouveau, « fondements grossiers sans doute, mais cependant les premiers... rudia fortasse sed tamen prima ».Il ne manque pas, néanmoins, d'ajouter que le mérite d'avoir perfectionné et vulgarisé cet art revient à Mayence : Nihil tamen Moguntiensi quicquam reipublicae unquam detractum volo.Coornhert déclare, dans la dédicace de sa traduction hollandaise des Offices de Cicéron, imprimée à Haarlem en 1563, « qu'il a entendu dire que l'art de la typographie avait été d'abord découvert dans la ville de Haarlem, bien que d'une façon tout à fait grossière, mais que cet art, ayant été transporté à Mayence par un valet infidèle, y fut rapidement amélioré ».Louis Guicciardini se fait l'écho de cette tradition dans sa Descrizione di tutti i Paesi Bassi, publiée à Anvers « Item, pour 1 Doctrinal getté en molle (c.-à-d. imprimé) anvoiet querre à Bruge par Marquet, 1 escripvain de Vallenciennes, ou mois de jenvier XLV (1446, n. s.) pour Jaquet, xx s. t. S'en heult Sandrins 1 pareil que l'église paiia... Item, envoiet Arras 1 Doctrinal pour apprendre ledit d. Girard, qui fu accatez a Vallenciennes, et estoit jettez en molle, et cousta XXVIII gr. Se me renvoia led. Doctrinal, le jour de Toussaint l'an LI, disans qu'il ne falloit rien et estoit tout faulx. S'en avoit accaté 1, XX pattars, en papier.-»Or, comme l'expression « getté en molle » est constamment employée dans les documents du XVe siècle pour désigner un ouvrage imprimé avec des caractères mobiles, on doit conclure de ces deux passages que des livres imprimés sur vélin et sur papier étaient vendus dans les Flandres en 1445-46, c.-à-d. à une date où les ateliers de Mayence n'avaient encore rien produit. Et, à qui attribuer ces oeuvres, sinon à des Hollandais? Nous verrons plus loin dans quelle mesure l'examen des premières productions typographiques de la Hollande confirme cette conclusion. Passons, en attendant, aux témoignages en faveur de Gutenberg Le premier de ces témoignages remonte
à 1468. Il émane de Pierre Schoiffer,
le gendre de Fust et le continuateur de ses travaux.
Dans une pièce de vers, placée par lui à la fin de
son édition des Institutes Ferunt enim, illic, haud procul a civitate Maguncia, Joannem quemdam fuisse, cui cognomen Bonemontano, qui primus olim impressoriam artem excogitaverit.Or, Martin Krantz passe pour être un parent de Pierre Krantz qui figure comme témoin dans le procès de 1455. Et on sait, d'un autre côté, que Michel Friburger et Ulric Gering étudiaient à Bâle, en 1461, à la veille du siège de Mayence. Ils devaient être, par suite, bien renseignés. Le passage de la Chronique des souverains pontifes de Ph. de Lignamine, imprimée en 1473, dont il a été question plus haut, ne saurait être invoqué, quoi qu'on en ait dit, pour la question d'origine. II faut descendre jusqu'en 1483, pour trouver un autre témoignage explicite en faveur de Gutenberg A ces témoignages, on pourrait joindre celui de Jean Schoiffer, fils et successeur de Pierre Schoiffer, s'il n'avait pris soin lui-même, pour des motifs sans doute très semblables à ceux qui avaient poussé son père, d'en diminuer l'autorité. Après s'être donné, en 1503, dans son édition du Mercurius Trismegistus, comme le représentant d'une famille dont un des membres avait eu l'honneur de découvrir l'art de la typographie, il fait, deux ans plus tard, en 1505, dans sa dédicace à l'empereur Maximilien, d'une traduction allemande de Tite Live, éditée par lui, la déclaration suivante : « C'est à Mayence que, primitivement, l'art admirable de l'imprimerie a été inventé surtout par l'ingénieux Jean Gutenberg, l'an 1450; il fut postérieurement amélioré et propagé pour la postérité par les capitaux et les travaux de Jean Fust et de Pierre Schoiffer. »Ces termes sont formels. En 1509, néanmoins, il change d'avis. Dans son Breviarium Moguntinum, imprimé à cette date, il n'attribue plus qu'à son aïeul Jean Fust la découverte « de cet art mémorable », et il renouvelle cette affirmation dans le célèbre colophon du Compendium sine breviarium [...] de origine regum et gentis Francorum de Trithème, publié en 1515. Il fit même si bien qu'il put obtenir, en 1518, de l'empereur Maximilien, un privilège dans lequel il est rendu hommage à «-l'ingénieuse invention de la chalcographie Cette revue des témoignages peut
être arrêtée ici, parce que ceux qu'on rencontre dans
le cours du XVIe siècle en faveur
de Gutenberg |
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