| . |
| |||||||
|
|
Le mot canyon dérive
de l'espagnol1° par leur profondeur très grande eu égard à leur faible largeur;Ces vallées, fort étroites, ne sont pas, toutes proportions gardées, beaucoup plus larges au sommet qu'au fond; deux lignes continues de falaises perpendiculaires ou de talus à fortes pentes les encaissent; leur aspect est donc celui d'un corridor sinueux, d'une rue tortueuse où un cours d'eau serpente au pied de deux murailles. Ces entailles, creusées en général dans les formations sédimentaires, tirent leur origine de deux principales causes, qui la plupart du temps ont combiné leurs effets : les mouvements de l'écorce terrestre et les érosions. Les fissures produites à une époque géologique reculée, soit par dessiccation et retrait, soit par des éboulements, soit par des effondrements, soit enfin par soulèvement du sol, les failles dues à des glissements de terrain, ont donné naissance à des lignes de fracture, à des dénivellations qui drainaient les eaux courantes et se transformaient en thalwegs : les torrents, encastrés entre leurs lèvres, ont ensuite lentement approfondi leurs lits par voie d'érosion, et quand les couches de terrain se trouvaient comme les grès, calcaires, basaltes et autres roches dures ou compactes, disposées à la démolition par grosses masses et non à la désagrégation fragmentaire, le sciage des flots les façonnait en murailles droites (dolomies), en pyramides (grès), en piliers (basaltes), ou en talus à gradins (marnes 'jurassiques, calcaires oxfordiens, etc.). Quelquefois l'érosion seule a suffi pour creuser un canyon. A voir avec quelle lenteur se continue
de nos jours l'approfondissement des canyons actuels, on peut se faire
une idée du grand nombre de siècles révolus depuis
le début de ces gigantesques évidements. Au point de vue
pittoresque, les canyons appartiennent aux sites les plus grandioses de
la nature : tous les voyageurs s'accordent à proclamer la magnificence
des spectacles offerts par ces couloirs étroits, souvent obscurs,
où la lumière tombe verticale, mystérieuse et tamisée,
où les couchers de soleil teignent de reflets fantastiques les couleurs
éclatantes des roches sédimentaires
rougies, jaunies et noircies par les sels de fer,
tandis que les promontoires de murailles hautes de 500 à 2000 m
et tailladées par les actions atmosphériques en minarets
et châteaux-forts, jouent le rôle de coulisses de théâtre
et amènent à chaque coude de la rivière
un changement de tableau saisissant : car bien souvent aucune route n'a
pu être tracée dans le fond de ces fossés immenses
: le cours d'eau seul qui les a patiemment excavés y trouve place,
et c'est en barque sur ses flots que s'opère, merveilleux voyage,
la descente de l'étrange vallée.
Le Grand Canyon, en Arizona (Etats-Unis). Au fond, le Colorado. Photo : © Serge Jodra. C'est dans l'Amérique du Nord que sont les plus grands canyons du monde. Le Grand canyon du Colorado (Arizona), le plus remarquable de tous, n'a pas moins de 370 km de développement entre le petit Colorado et le lac Mead; sa profondeur varie de 600 à 2000 m et sa largeur au sommet des murailles de 1 à 10 km; à l'entrée, au confluent du petit Colorado (rive gauche), la distance verticale entre les rives du fleuve et les rebords du plateau est d'environ 2250 m; mais en cet endroit ni l'une ni l'autre des deux parois ne se dresse d'un seul jet au-dessus du torrent; de gradins en gradins, une superposition de falaises rocheuses verticales et de talus marneux à fortes pentes s'étage en retraits successifs, de telle sorte que l'écartement des deux lèvres de la fissure devient considérable, et que le canyon prend ici l'aspect d'un amphithéâtre plutôt que d'une galerie; plus bas, au contraire, à la jonction de la vallée de Toroweap (rive droite) deux vrais murs tout droits s'élèvent d'une seule venue à 900 m au dessus du Colorado : à leur sommet, d'un bord à l'autre, l'écartement n'est que de 1000 m; c'est donc ici que se trouve le plus resserré et relativement le plus profond de tous les canyons. Au Nord, dans l'Utah, le Green River (Rivière Verte) s'écoule à travers le Horseshoe Canyon (Fer à Cheval) et le Red Canyon (C. Rouge) longs de 80 km, encaissés de 400 m dans les grès rouges; Lodore-Canyon (longueur 32 km, profondeur 636 à 914 m); le Whirlpool Canyon (24 km et 730 m); le Split Mountain Canyon; le Desolation's Canyon (156 km); le Gray Canyon (C. Gris, 46 km); le Labyrinth Canyon (98 km et 400 m) et le Stillwater Canyon (C. des eaux calmes, 67 km et 400 m). Après sa jonction avec le Grand River, le Green River prend le nom de Colorado et passe dans le Glen Canyon (C. du vallon, 240 km) et le Marble Canyon (C. de Marbre, 184 km de longueur, 600 à 1100 m. de profondeur dans les marbres polychromes, du San Juan au petit Colorado), digne vestibule du Grand Canyon. Plus au Nord encore dans le Wyoming et l'Idaho, le Snake (Serpent) ou Shoshone-River a creusé dans les trachytes et autres formations volcaniques un autre grand Canyon (50 km et 140 à 230 m) et le Shoshone Canyon (20 km et 250 m, cascades de 60 m de haut). Le grand canyon du parc national de Yellowstone, également dans les terrains volcaniques, est profond de 360 m, large de 400 à 1600 m au sommet, long de 40 km, et bordé de colonnades de basalte. D'autres affluents du Colorado (Rio Dolores, Rio Virgen, Kanab, etc.) grondent aussi au fond de semblables rigoles entre 600 et 1500 m en contre-bas des hauts plateaux des Montagnes Rocheuses, où le travail des eaux courantes a successivement entamé, par un abaissement constant du lit des rivières, les dépôts sédimentaires de toutes les périodes géologiques, depuis l'éocène jusqu'aux granits primitifs; le Grand Canyon du Colorado surtout doit sa splendeur à la dégradation des assises carbonifères et permiennes (dolomies roses, grès rutilants, etc.). Il faut citer enfin le canyon du Arkansas. Les gorges du Caucase
et des Alpes, les barrancas du Mexique
(Barranca del Cobre, Sumidero), des Andes et des
Pyrénées
(Canyon d'Ordesa), les cluses du Jura,
ne sauraient être comparées à ces immenses avenues,
tant à cause de leurs dimensions moindres que parce que, souvent,
une seule de leurs parois le plus souvent est taillée en mur, l'autre
restant disposée en pente douce comme le versant d'une montagne
normale.
Un canyon en Tunisie, dans les oasis du sud-ouest (région de Tamerza). Photo : © Angel Latorre, 2008. La France cependant
possède de véritables canyons : ce sont les vallées
escarpées du haut Tarn, de la Jonte, de la Dourbie et de la Vis,
qui ont tronçonné en quatre grandes tables calcaires (Causse
de Sauveterre, Causse Méjan, Causse Noir et Larzac), la masse jadis
homogène du pays des causses (département de la Lozère,
de l'Aveyron, du Gard et de l'Hérault). Sans être colossaux
comme ceux de l'Amérique, les canyons
français ont la même origine géologique, le même
aspect physique et pittoresque et des proportions analogues : celui du
Tarn, profond de 400 à 600 m, mesure 80 km de développement
de Florac 1° falaise de dolomie du lias (info à vérifier), haute de 20 à 100 m;Dans ces quatre canyons, les sels de fer se sont livrés sur les roches à la même débauche de couleurs qu'aux rives du Colorado, et si les entailles des causses ont une majesté moins écrasante que celles de l'Arizona, la fraîche et souple végétation européenne des thalwegs y rend peut-être le charme des contrastes plus vif et plus enchanteur. La belle vallée espagnole d'Arazas (Canyon d'Ordesa), qui forme la contrepartie du cirque de Gavarnie, au pied du mont perdu, est aussi un canyon très remarquable par les proportions de son profil. (E. A. Martel). |
| . |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||