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Calcul différentiel
(mathématiques). - L'analyse infinitésimale,
en général, a pour but l'étude des fonctions à
l'aide de procédés qui lui sont propres. Ces procédés
consistent dans l'application répétée d'un petit nombre
de principes relatifs aux limites
des quantités variables. Dire qu'elle
a pour but l'étude des fonctions, c'est dire que ses applications
ont un champ très vaste et s'étendent à toutes les
branches des sciences physiques; elle leur prête
son concours dans l'étude des lois, des phénomènes
les plus divers, presque toutes les lois se traduisant par des relations
analytiques entre des quantités variables. L'analyse infinitésimale
est une science; le calcul différentiel n'est pas à proprement
parler une science : c'est un procédé, un instrument commode
dont l'analyse infinitésimale fait usage pour atteindre les buts
qu'elle se propose, et il n'y a pas une question résolue à
l'aide du calcul différentiel que l'on ne puisse résoudre
autrement, mais il est peu probable que les mathématiciens lui substituent
jamais un instrument plus merveilleux et plus parfait. Voici dans quelles
circonstances est né le calcul différentiel.
Les Anciens avaient défini la tangente
à une courbe en un point
donné, comme étant une droite rencontrant la courbe eu ce
seul point; c'est Descartes qui fit comprendre ce que cette définition
a de vicieux et imagina celle que l'on donne aujourd'hui. Descartes,
Fermat,
Pascal, Roberval,
Barrow,
etc., firent alors connaître successivement des méthodes
fort ingénieuses pour la construction des tangentes et la recherche
des maxima et des minima, et jetèrent
ainsi les fondements du calcul infinitésimal. Deux auteurs illustres
à plus d'un titre, Leibniz et Newton,
ont essayé de synthétiser et de réunir eu corps de
doctrine toutes ces méthodes en les régularisant;
le résultat de leurs efforts a été la création
du calcul différentiel et du calcul des fluxions, qui tous deux
remplissaient le même but, ainsi, du reste, que le calcul des dérivées,
imaginé beaucoup plus tard par Lagrange.
Des luttes homériques s'engagèrent alors entre les géomètres
anglais partisans de Newton et les géomètres du continent
partisans des doctrines de Leibniz, au sujet de l'invention des nouveaux
calculs; aujourd'hui cette discussion paraît close, et l'on peut
dire que :
1° l'analyse
infinitésimale n'a été inventée de toutes pièces
par personne, et que Descartes, Fermat, Pascal, Roberval, Barrow, et même
à certains égards Archimède,
lui ont donné naissance;
2° Newton,
Leibniz l'ont réduite à peu près simultanément
en algorithme, le premier sous le nom de calcul des fluxions, le second
sous le nom de calcul différentiel, et cela chacun sans avoir connaissance
des travaux de l'autre;
3° enfin
on peut dire avec Poisson (Acad. des sciences,
1833, t. XII, Mémoire sur le calcul des variations) :
«
La création du calcul différentiel ne remonte pas au delà
de Leibniz, auteur de la notation et de l'algorithme qui ont généralement
prévalu dès l'origine de ce calcul, et auquel l'analyse
infinitésimale est redevable de tous ses progrès. »
Il nous reste maintenant à comparer
la méthode de Leibniz avec celle de Newton, sur laquelle elle a
prévalu, et avec celle que Lagrange a essayé en vain de lui
substituer. Disons toutefois que la méthode de Leibniz n'a été
exposée d'une façon irréprochable que Cauchy
a contribué dans une large mesure à donner toute la rigueur
désirable aux principes posés par l'inventeur du calcul différentiel.
La méthode de Newton pour le tracé des tangentes n'est que
la particularisation d'une méthode plus générale imaginée
antérieurement par Roberval; Newton considère un point en
mouvement sur la courbe à laquelle il veut mener une tangente, il
décompose la vitesse de ce mouvement en deux autres dirigées
suivant l'abscisse x et l'ordonnée y, ces vitesses qu'il désigne
par x° et y° [en fait, des lettres surmontées de points
que les limitations du web nous obligent à remplacer par des lettres
suivies de °...] sont ce qu'il appelle la fluxion de l'abscisse et
la fluxion de l'ordonnée, x et y sont des fluentes.
Il démontre alors que le coefficient
angulaire de la tangente est x°/y°; il est inutile d'ajouter qu'il
fait d'autres applications à la théorie des fluxions. On
voit que la théorie des fluxions est celle des dérivées
prises par rapport à cette variable, étrangère en
général à la question, et qui est le temps.
La méthode de Leibniz consiste à
regarder la tangente comme une sécante
passant par deux points très voisins ayant pour coordonnées
x, y et x+dx, y+dy, si bien que le coefficient angulaire de la tangente
est, rapport fini de deux quantités très
petites, dx et dy, appelées différentielles
de x et de y; enfin il remplace dy par le produit de dx par la dérivée
de y, qu'il apprend à calculer (sans prononcer le mot dérivée),
et admet qu'il commet me erreur tout à fait négligeable.
Ni la méthode de Newton, ni celle de Leibniz
ne pouvaient satisfaire les esprits entièrement rigoureux, ce qui
explique pourquoi de bons esprits se sont refusés dès l'abord
à accepter les nouveaux calculs.
Newton introduisait le temps dans des questions
où cet élément n'avait que faire, et, chose plus grave,
il négligeait de définir la vitesse dont il supposait que
l'on avait l'idée pour ainsi dire innée.
La doctrine de Leibniz n'était pas non plus rigoureuse dans ses
termes, mais elle l'était dans le fond, ainsi qu'il a été
démontré plus tard; et par le fait, sans cela, elle n'aurait
pas fait son chemin dans la science. |
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