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Un brouillard n'est pas autre
chose qu'un nuage reposant sur le sol. Quand la
condensation de la vapeur est assez abondante pour qu'il se dépose
de petites gouttelettes fines, on dit qu'il bruine. Les brouillards
se forment soit par l'abaissement de température
d'une masse d'air saturée d'humidité,
soit par le mélange d'air froid et d'air chaud riche en vapeur d'eau.
Les brouillards peuvent être très étendus, mais ils
peuvent aussi être tout à fait locaux. C'est ainsi qu'en certaines
saisons
on voit tous les jours des brouillards se former aux mêmes heures
et aux mêmes endroits. C'est alors le sol qui refroidit l'air saturé
de vapeur d'eau et en amène la condensation.
Ainsi, au voisinage des lacs
ou des côtes on voit souvent après
le coucher du soleil des brouillards se
former à la surface de l'eau; cela provient de ce que le sol des
côtes se refroidit par rayonnement et refroidit ensuite par contact
l'air qui se trouve au-dessus, jusqu'à une température plus
basse que celle à laquelle correspond la tension de la vapeur d'eau
contenue dans l'air. Il se forme aussi assez souvent des brouillards lorsqu'après
plusieurs jours de froid le vent change et amène de l'air plus chaud,
cela se produit en particulier fréquemment les jours de dégel.
Les brouillards qui se forment dans ces conditions affectent les hygromètres
même les moins sensibles : l'humidité
de l'air est à son maximum.
Quelquefois
cependant on a observé des brouillards qui n'ont pas d'action sur
ces instruments. L'évaporation de l'eau pendant ces brouillards
se faisait assez rapidement; le Soleil vu au travers
paraissait rouge vif. Les brouillards de cette espèce, très
rares, ont une tout autre origine que les précédents; on
attribue leur formation à la suspension dans l'air de poussières
impalpables, de cendres volcaniques en particulier.
En 1783, un brouillard de ce genre couvrit toute l'Europe
pendant plus d'un mois. En 1831, on en a observé un autre en France
et sur certaines côtes de l'Afrique et
de l'Amérique.
La formation de ces brouillards avait été
précédée d'éruptions volcaniques et de tremblements
de terre. Léruption de Krakatoa a été accompagnée
d'un brouillard épais qui s'est étendu à une grande
distance de cette île. En outre, longtemps après cette terrible
manifestation
volcanique, les couchers de soleil présentèrent des phénomènes
de coloration remarquables, dus à des poussières provenant
de ce volcan et situées à une grande hauteur dans l'air.
Souvent, dans les régions polaires,
la vapeur d'eau se condense non plus à l'état liquide
mais à l'état solide; on voit
alors des brouillards souvent épais composés d'aiguilles
de glace très fines qui donnent par leur miroitement un aspect tout
particulier à ce genre de brouillard. On ne voit que rarement ce
phénomène en France. Fournet en
a signalé cependant plusieurs cas dans les Annales de Chimie
et de Physique (3° série, t. XLVI, p. 203). Il a reconnu
que tant que la température de l'air
était supérieure à 12 à 15° C au-dessous
de zéro les brouillards étaient formés de particules
liquides, mais qu'au-dessous de cette température il pouvait se
former ces flèches glaciales. On sait en effet que l'eau en très
fines gouttelettes peut rester en surfusion bien au-dessous de la température
de 0°C, tant qu'un cristal de glace ne se trouve pas pour faire cesser
la surfusion. Ces masses glacées, qui sont rares dans les pays tempérés
d'Europe occidentale à l'état de
brouillards, s'y trouvent au contraire très fréquemment à
l'état de nuages dans les parties les plus
hautes de l'atmosphère : ce sont les cirrus.
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La brume
Lorsqu'il
est très épais, le brouillard porte souvent le nom de brume,
et c'est aussi le nom que lui donnent les marins, quelle que soit son intensité.
La brume se produit toutes les fois qu'un abaissement de température
amène la condensation de la vapeur d'eau tenue en suspension dans
les couches inférieures de l'atmosphère, et notamment lorsque
des courants marins relativement chauds se trouvent portés dans
des régions où ils rencontrent de basses températures;
ainsi s'expliquent la fréquence et l'intensité des brumes
sur les côtes orientales de l'Amérique
du nord, dans les latitudes où le Gulf stream rencontre le courant
polaire.
Les
aspects de la brume sont extrêmement variés; elle se forme
généralement par bancs qui apparaissent au loin comme des
bandes de vapeur qui montent sur l'horizon et
se déplacent avec une vitesse plus ou moins grande; leurs limites
sont parfois tellement définies qu'un navire de grandeur moyenne
peut avoir son avant en pleine brume lorsque son arrière est encore
en temps clair. L'épaisseur de ces bancs est très variable,
et n'atteint pas toujours la hauteur de la mâture du sommet de laquelle
on peut continuer à conduire le navire; il est même fréquent,
lorsque le banc de brume est peu épais, d'avoir au-dessus de la
tête un ciel relativement pur tandis que la vue est très bornée
dans le sens horizontal.
La
brume peut présenter tous les degrés d'opacité, depuis
le temps légèrement brumeux, qui ne fait que masquer les
terres et les objets très éloignés, jusqu'à
la brume intense qui ne permet pas de voir à 50 mètres.
Il
est très difficile d'apprécier les distances dans la brume,
car, par suite de la réfraction des rayons lumineux dans les vésicules
aqueuses en suspension dans l'air, les objets apparaissent parfois démesurément
grandis. Un observe aussi souvent par temps de brume de singuliers mirages.
La
brume rend la navigation extrêmement délicate et dans certaines
circonstances très périlleuse; elle a été,
tout au long de l'histoire, la cause la plus commune des naufrages et des
échouages. |
Quelles que soient les matières
qui constituent les brouillards, eau solide ou liquide ou bien poussières,
on explique leur suspension dans l'air par le frottement. Quand une sphère
se déplace dans l'air, elle éprouve
un frottement qui s'oppose à son mouvement d'autant plus qu'elle
est plus petite. Les gouttes d'eau de la grosseur de celles qui constituent
les brouillards peuvent mettre plusieurs heures à tomber d'une très
faible hauteur, de telle sorte que des circonstances particulières,
comme de faibles courants d'air ascendants on une très légère
différence de température de
l'air qui les entoure immédiatement et de l'atmosphère, peuvent
avoir sur leur marche une influence tout à fait prépondérante;
on voit souvent en effet les brouillards formés pendant le refroidissement
nocturne monter dans les airs au lever du soleil,
par suite d'une légère augmentation de température.
(A.
Joannis). |
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