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Xylographie.
- Gravure sur bois et impression tabellaire.
Cet art était connu en Chine
dès le VIe siècle ap. J.-C.
Néanmoins il ne paraît pas avoir été importé
de ce pays en Occident, comme d'autres découvertes orientales. La
gravure en creux et en relief était d'ailleurs connue et pratiquée
en Europe
dans un certain nombre de métiers du Moyen âge
(graveurs de sceaux, graveurs de fers pour reliures, orfèvres,
carreleurs, qui faisaient les pavages émaillés,
tombiers, qui faisaient les inscriptions funéraires, huchiers, qui
taillaient des figures en ronde-bosse sur les
meubles, etc.).
Les caractères mobiles en bois ou
en métal étaient même probablement connus en France
dès le XIIe siècle, et on
s'en servait pour tracer les inscriptions sur plaques de plomb (De Guilhermy,
Inscr.
de la France, t. I, p. 26), ainsi que pour constituer des poncifs de
lettres initiales majuscules sur les manuscrits en parchemin (manuscr.,
de la biblioth. de Laon, etc.). Ce sont les privilèges des corporations
qui empêchèrent l'application de ces découvertes partielles
à l'imprimerie et à la gravure, parce qu'elles auraient porté
un grave préjudice aux scribes et aux enlumineurs,
qui faisaient, comme on sait, payer leurs travaux fort cher. La xylographie
fut d'abord pratiquée clandestinement et, comme l'imprimerie à
ses débuts, ne se proposa que la contrefaçon du livre manuscrit,
imité à peu de frais et revendu à grands bénéfices.
Les grands monastères, comme Cluny ,
Cîteaux ,
Clairvaux ,
etc., qui avaient plus d'indépendance à l'égard des
corporations, pratiquèrent la xylographie plus ouvertement, pour
la fabrication des images de piété, destinées à
être conservées comme souvenirs ou à être collées
aux murs des demeures, à l'intérieur des coffres et des armoires,
etc., ainsi que pour la publication de livres édifiants, destinés
aux fidèles et aux pèlerins.
Les principaux livres xylographiques en
usage au XIVe et au XVe
siècle étaient les suivants : Biblia pauperum
(vie de Jésus
en 40 tableaux mis en concordance avec autant d'événements
de l'Ancien Testament );
Ars
rnemorandi (figures mnémotechniques pour chacune des paraboles
du Nouveau Testament );
Speculum
humanae salvationis (tableaux mystiques
sur la Bible
et Jésus), avec texte gravé, quelquefois partie gravé
et partie imprimé; Ars moriendi (tableaux représentant
les anges
et les démons
se disputant l'âme
d'un moribond), en français l'Art au morier; Apocalypse,
dont la première édition remonte à 1370 environ; Cantica
ou Canticum canticorum (histoire symbolique de la Sainte-Vierge
sous forme de paraphrase du Cantique des Cantiques );
Exercitium
super Pater Noster ou oraison
dominicale (vers 1415); Donat
(grammaire latine); les Neuf Preux,
c.-à-d. Josué ,
David ,
Judas Macchabée, Hector ,
Alexandre ,
Jules
César, Arthur ,
Charlemagne ,
Godefroi de Bouillon ;
la Chiromancie, etc.
Les caractères communs aux xylographes
sont d'être tirés d'un seul côté des pages (anopisthographes),
au moyen d'une brosse spéciale (frotton), avec une encre pâle,
préparée à la détrempe. Les pages étaient
collées ensemble pour former les feuillets des livres. Les procédés
de gravure employés dans les plus anciens xylographes sont la taille
d'épargne et la taille de teinte (criblés à
gros et à petits points). On a conservé une planche de bois
taillé du milieu du XVe siècle,
portant une page d'un Donat. (Bibliot. nation., n° 34 de la
Galerie Mazarine), et qui est un des plus ancien bois connu. Quelques anciens
inventaires du XIVe siècle mentionnent
des planches de bois (printa) servant à des impressions xylographiques.
L'ouvrier en xylographie s'appelait incisor lignorum dans les actes
latins, tailleur de formes en France, formschneider ou Briefmaler
en Allemagne, Houtebildsnyder (fabricant d'images sur bois) et Beeldemaker
(fabricant d'images) dans les Pays-Bas. La plupart de ces ouvriers étaient
originairement ambulants et se transportaient, avec tout leur matériel,
de localités en localités, pour y travailler suivant les
occasions.
Epreuve
(au 1/4 environ) d'un
bois
xylographique du XIVe siècle.
(Collection
Protat).
Le bloc de noyer gravé en relief,
qui constitue aujourd'hui la plus ancien monument de la xylographie et
qui fait partie de la collection Protat à Mâcon, a été
trouvé à Sennecey (Saône-et-Loire), sous un dallage
de masure, où ce morceau de bois servait de cale dans la maçonnerie.
Il mesure 0,60 m de hauteur sur 0,23 m de largeur et 0,023 m d'épaisseur.
Il provient probablement de l'ancienne abbaye de La Ferté-sur-Grosne,
située près de Sennecey, vendue et démolie à
l'époque de la Révolution française. Cette planche
est entaillée au recto (Crucifixion) et au verso (Annonciation ).
Il devait y avoir trois autres blocs pour représenter une scène
complète. La figure ci-dessus contient le centurion romain et les
deux soldats au pied du Crucifix, dont on aperçoit en haut un simple
fragment. C'est principalement d'après le costume que l'on a pu
dater le bois découvert à Sennecey : le bonnet à plume
avec bague que porte le centurion, les plates simples sans genouillères,
les solerets inclinés sans poulaines, la cervelière
de l'archer sont des signes caractéristiques du costume français
pour l'époque qui s'étend de 1350 à 1380 au tard.
La légende vere filius Dei erat iste, inscrite sur le phylactère
qui accompagne le portrait du centurion, est en caractères majuscules
gothiques, qui cessent d'être en usage dans ces sortes d'inscriptions
peu après le milieu du XIVe siècle,
pour être remplacés exclusivement par les caractères
minuscules. Ce bois devait servir à la confection de grandes images
murales ou même à des impressions sur étoffes ou sur
toile, destinées, par exemple, à des devants d'autel,
à des broderies, etc. (E.-D.
Grand). |
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