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Photographie
(du grec phôs,
phôtos, lumière, ou hélios,
soleil, et de graphô, j'écris), art de produire et
de fixer les images des objets par l'action de la lumière sur certaines
substances. Dans la Daguerréotypie, l'image se forme sur une planche
mince de cuivre plaqué d'argent, exposée d'abord à
la vapeur d'iode et rendue plus sensible à l'aide d'une solution
de brome; après sa sortie de la chambre noire, cette image est rendue
apparente par les vapeurs mercurielles, et fixée par un lavage dans
une solution d'hyposulfite de soude, ou plutôt de chlorure d'or,
comme l'a indiqué
Fizeau. L'appareil d'optique
à l'aide duquel on fixe les images dans la chambre noire se nomme
Daguerréotype.
Les anciens alchimistes savaient que toute
image produite au moyen d'une lentille sur une couche de chlorure d'argent,
qu'ils appelaient argent corné, s'y fixait en noir pour les parties
éclairées, en gris pour les demi-teintes, et en blanc pour
les parties que ne frappait aucune lumière. C'est un fait constaté
par le livre de Fabricius, De repus metallicis,
1566. Selon Jobard (Les Nouvelles inventions aux Expositions universelles,
1857, in-8°), on a trouvé au XIXe
siiècle en Russie un livre, traduit de l'allemand 300
ans plus tôt, et qui contient très clairement l'explication
de la photographie. Dans un livre publié en 1760 sous le titre de
Giphantie,
par un certain Tiphaigne de La Roche, on trouve la description de cet art,
reproduisant non seulement les images, mais même les couleurs. Vers
la fin du XVIIIe siècle, le physicien
Charles se servait d'un papier recouvert d'un certain enduit, qu'il ne
fit pas connaître pour engendrer des silhouettes à l'aide
de l'action de la lumière. En 1802 , Wedgwood employa un papier
enduit de chlorure ou denitrate d'argent, pour la reproduction des vitraux
des églises, mais n'obtint que des images qui noircissaient presque
aussitôt.
Depuis 1813, Niepce,
propriétaire aux environs de Châlon-sur-Saône, se livra
à de nouvelles recherches; un Mémoire qu'il présenta
en 1827 à la Société royale de Londres prouve qu'avant
tout le monde il obtint sur métal des reproductions de gravures
que n'altérait plus la lumière. En 1829, il s'associa, à
Paris, avec Daguerre, qui s'occupait aussi de
fixer les images de la chambre noire, et,
après dix ans de recherches, le procédé qui sert encore
aujourd'hui fut trouvé; on put reproduire sur plaque, non seulement
les gravures, mais les monuments et les tableaux, et exécuter des
portraits. Depuis 1839, tous les perfectionnements ont eu pour but d'opérer
avec plus de rapidité, et de donner aux images plus de netteté
et de vigueur; résultats que l'on a ohtenus par divers procédés,
dus à Claudet de Lyon, Gaudin, Fizeau, Lerebours, Martens, Foucault,
etc.
Les images daguerriennes ont l'inconvénient
de miroiter. On y a obvié, en remplaçant la plaque métallique
par une plaque de verre ou par du papier convenablement préparés.
C'est l'a proprement la photographie. L'image qu'on obtient est négative;
les teintes y sont renversées, les ombres de l'objet étant
représentées par des clairs et réciproquement. Un
Anglais, Talbot, a eu l'idée de s'en servir comme d'un type pour
obtenir des images positives, où les teintes sont ramenées
à leur ordre naturel. Les divers procédés de la photographie
sur papier ont été successivement trouvés par Bayard,
Talbot, et Blanquart-Évrard, de Lille; ceux de la photographie sur
verre, par Niepce de Saint-Victor, neveu du premier inventeur. Chaque jour
apporte des perfectionnements à la photographie : ainsi, les frères
Meyer et Pierson ont découvert le moyen de fixer les traits d'un
tableau ou d'un portrait sur une toile préparée pour la peinture
à l'huile, de sorte qu'un artiste n'a que le coloris à donner.
E.
Becquerel a trouvé une substance impressionnable qui reproduit
les couleurs aussi bien que les ombres des objets, mais on n'est pas encore
parvenu à les fixer. Beaucoup d'épreuves photographiques
s'altèrent sous l'action prolongée des rayons lumineux; on
est arrivé à en révivifier les tons, mais non encore
à empêcher la décoloration dans un temps plus ou moins
long. En considérant l'inimitable perfection de détails que
présentent les dessins photographiques, on serait tenté de
placer ces oeuvres au rang des plus belles productions des arts : mais
l'art ne réside pas dans la stricte imitation de la nature; l'impression
provoquée en nous par la peinture ne résulte pas de la vérité
avec laquelle les objets sont reproduits sur la toile; les oeuvres des
maîtres vivent, non par l'exactitude de la reproduction matérielle,
mais par la pensée qu'elles expriment, par les sentiments qu'elles
éveillent.
L'art n'imite pas, dans toute la rigueur
du mot, il transforme; pour trauire la nature, il s'en écarte; pour
copier, il invente; pour reproduire, il crée. Quand un artiste,
par exemple, exécute un portrait, ce qu'il cherche, avant tout,
c'est la physionomie, ce je ne sais quoi composé de mille nuances
mobiles, changeantes, fuyantes, que ne donnent pas quelques secondes, qu'il
ne saisit et ne devine souvent qu'après plusieurs séances
où il aura fait poser son module moralement, pour ainsi dire, autant
que physiquement : or, il faut une âme pour sentir et rendre cela.
Et puis, au point de vue de l'effet général, il n'a garde
de reproduire avec un soin minutieux tous les plis des vêtements,
tous les dessins de la draperie, tous les enjolivements du fond; il éteint
les détails inutiles, pour concentrer l'intérêt sur
les traits du visage. La photographie n'a aucun de ces artifices salutaires
qui sont l'indispensable condition de l'art; elle est inexorable et brutale
dans sa vérité; elle accorde une importance égale
aux grandes masses et aux plus imperceptibles accidents. Son vice principal
est donc un défaut absolu de composition : elle ne compose pas,
elle donne une copie, un fac-simile de la nature; or, une oeuvre d'art
vit tout entière par la composition. De là résulte
qu'au fond la photographie ne donne même pas de la nature une représentation
aussi exacte qu'on se l'imagine. En effet, lorsque nous recevons l'impression
d'un paysage, par exemple, tous les détails de la vue extérieure
viennent sans doute s'imprimer au . fond de notre oeil; cependant ces mille
sensations particulières ne sont aucunement perçues, et elles
sont pour notre âme comme si elles n'existaient pas; nous ressentons,
non pas l'impression isolée des divers aspects du paysage, mais
seulement l'effet général qui résulte de leur ensemble.
Or, la photographie reproduit impitoyablement les plus inutiles détails
de la scène extérieure: elle donné donc une traduction
inexacte des sensations qu'excite en nous l'aspect de la nature. Une autre
imperfection des images photographiques, c'est que les tons de la nature
y sont souvent altérés : tel ton vigoureux sur le modèle
est peu sensible sur l'épreuve daguertienne; et, au contraire, une
nuance lumineuse d'une faible valeur dans la nature se trouve accusée
sur la plaque avec un éclat exagéré; aussi la plupart
des demi-teintes sont-elles forcées, et l'épreuve est habituellement
dure.
Les épreuves où les rapports
naturels des teintes sont conservés avec harmonie se rencontrent
rarement; c'est le fait de quelques circonstances fortuites qu'il est impossible
de provoquer et de reproduire à volonté. A quoi tient ce
regrettable effet de la photographie? Sans doute à ce que les différentes
couleurs des objets extérieurs ont une action propre et variable
sur les substances chimiques qui recouvrent la plaque, action qu'il est
aussi impossible de prévoir que de diriger. II est reconnu, par
exemple, que les couleurs verte, jaune, lilas, etc., présentent
de grandes difficultés à la reproduction photographique.
Une autre remarque à faire, c'est que, si l'on reproduit par le
daguerréotype des tableaux à l'huile, les copies n'ont de
valeur et de vérité que lorsque les tons du modèle
sont peu nombreux et trisvoisins les uns des autres : une peinture de tons
uniformes et sobres donne sur la plaque une image d'une ressemblance parfaite
dans les tons; mais si elle est riche de couleurs variées et papillotantes,
l'épreuve photographique est d'une fausseté criante. Nous
ajouterons qu'avec la photographie la perspective linéaire et la
perspective aérienne sont sensiblement faussées. L'altération
de la perspective linéaire est la conséquence presque inévitable
de l'appareil optique qui forme les images: les objets placés à
des distances inégales ont, en effet, des foyers lumineux distincts
les uns des autres, et, quelle que soit la perfection de l'objectif, il
est impossible qu'il fasse converger en un même point les rayons
lumineux émanant d'objets fort éloignés entre eux;
par exemple, dans un portrait photographique, si les mains se trouvent
placées dans un plan sensiblement antérieur au la conséquence
presque forcée du procédé photographique : la substance
qui reçoit l'impression de la lumière étant relativement
plus sensible due notre oeil même, il en résulte que les aspects
lointains, les objets situés à l'extrémité
de l'horizon, sont reproduits avec plus de netteté qu'ils n'en présentent
à nos yeux, contrairement aux effets habituels de la perspective
aérienne.
Concluons que, dans son état actuel,
la photographie donne des copies admirables, dont la perfection dépasse
assurément tout ce que la main de l'homme exécutera jamais;
et pourtant l'unique sentiment que ces calques merveilleux puissent exciter
en nous est la curiosité : ils parlent aux sens, ils charment l'oeil
armé de la loupe; mais l'âme reste froide. Le daguerréotype
a été une conquête presque inutile pour l'étude
et le perfectionnement des beaux-arts; les artistes n'en ont rien appris,
rien recueilli. Du reste, l'invention d'un instrument capable d'accomplir
avec perfection toutes les opérations manuelles de la peinture,
d'exécuter tout ce que comporte l'imitation absolue de la réalité,
aura été une démonstration sans réplique du
spiritualisme de l'art: car ce n'est pas à un tel résultat
que s'emploie le génie des maîtres, et la foule elle-même
ne ,peut confondre leurs sublimes créations avec ces produits mécaniques.
Il est, toutefois, certaines études auxquelles la photographie apporte
de précieuses ressources; telle est celle de la nature morte et
des monuments de l'architecture. La photographie a aussi enfanté
plusieurs arts nouveaux, tels que la gravure
héliographique et la litho-photographie.
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Louis
Mesplé, L'aventure
de la photographie contemporaine, de 1945 à nos jours,
Le Chêne, 2006.
-
Cet
ouvrage propose une rétrospective de la photographie depuis 1945.
Image après image, le lecteur découvre l'évolution
de ce qui est à la fois un art, un moyen de communication, le témoin
d'une époque et un outil d'information. Louis Mesplé explique
ainsi de façon claire et instructive les changements de la perception
et de la représentation du réel à travers la photographie
sur les six dernières décennies. (couv.).
Collectif,
150
ans de photojournalisme, tome 2, Könemann, 2006; déjà
paru-:tome1,
2000.
-
L'histoire
de l'Europe, l'évolution des moeurs et des habitudes culturelles,
telles que nous les révèlent la photographie de presse depuis
1850. Les deux volumes sont constitués d'un remarquable choix de
photographies légendées, regroupées par thèmes:
la vie dans la rue, habitat et transports, les arts, la révolution
bolchévique, le cinéma, le nazisme, le nouveau rôle
des femmes, etc. Le premier volume porte sur la période 1850-1918,
le second sur l'époque contemporaine. (couv).
Collectif,
Les
plus grands photographes de Life, La Martinière Beaux
livres, 2004.
-
Plus
de 600 images de 99 des plus grands photographes de Life. Hebdomadaire
illustré américain, Life est lancé en 1936
par Henri Luce, fondateur du célèbre groupe de presse Time
Incorporated. L'éditorial du premier numéro précise
:
«
Pour voir la vie ; pour voir le monde ; être témoin des grands
événements ; observer les visages des pauvres et les gestes
plaisir à voir ; voir pour être étonné, voir
pour construire [...] regarder et prendre plaisir à voir ; voir
pour être étonné, voir pour s'instruire.»
Depuis
1936 les photographes du magazine Life parcourent la planète
pour rapporter des images témoignant des grands conflits historiques,
photographiant l'événement dans toute sa portée héroïque,
sociale et psychologique. Les portefolios des 99 des plus grands photographes
que le monde n'ait jamais connu dont Alfred Eisenstaedt, Eugene Smith,
Robert Capa, ou encore plus récemment Joe McNally, pour son travail
sur les répercussions du 11 septembre dans le monde, sont dans la
plus grande tradition du magazine. Courageux et intrépides, les
photographes de Life ont participé au débarquement,
poussé les portes closes, investi dans les coulisses et les couloirs
du pouvoir d'où ils ont ramené les images qui font l'histoire
du monde et de Life. Photographies du débarquement par Robert
Capa, du Vietnam par Larry Burrow mais
aussi des portraits de célébrités comme Sophia Loren,
Marilyn Monroe, les Beatles ou encore Michael Jackson, ces images sont
à lire comme des témoignages de l'histoire en train de se
faire constituant un apport essentiel au photojournalisme. De courtes notices
biographiques et les portraits des photographes font de ce livre une référence
photographique indispensable. (couv.).
Hubert
Henrotte, Le
monde dans les yeux, Gamma-Sygma, l'âge d'or du photojournalisme,
Hachette, 2005.
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Des
chars frappés de l'étoile de David arrivant au canal de Suez;
Daniel Cohn-Bendit souriant sous le nez d'un CRS; les survivants de la
catastrophe de la cordillère des Andes; Brigitte Bardot sur la banquise
: ce sont quelques-unes des photos, célébrissimes, signées
Gamma et Sygma. Ces clichés ont une histoire, intimement liée
à celle du photojournalisme, dont Paris fut longtemps la capitale.
Fondateur de l'agence Gamma en 1966, puis de Sygma sept ans plus tard,
Hubert Henrotte a révolutionné la profession en décidant
que les reporters photographes seraient enfin des journalistes à
part entière.
Véritable
épopée, ce livre restitue l'ambiance explosive qui règne
à l'âge d'or du photojournalisme dans ces deux agences mythiques
où il faut toujours être "sur le coup" pour offrir au public
ces images du monde prises par les photoreporters, souvent au péril
de leur vie. Les plus grands du métier s'y sont côtoyés,
de Gilles Caron à Raymond Depardon, en passant par Henri Bureau,
Patrick Chauvel ou James Andanson.
Courses
folles à moto pour être le premier sur un scoop ou à
Match,
ruses et coups bas entre concurrents, amitiés avec le show-biz et
les hommes politiques : tout est bon pour ne jamais laisser passer une
"exclu". À travers de nombreuses anecdotes, amusantes ou tragiques
mais toujours étonnantes, Hubert Henrotte rend hommage aux femmes
et aux hommes qui furent, à ses côtés, les acteurs
de cette prodigieuse aventure, jusqu'au rachat de Sygma par Bill Gates,
en 1999. (couv.).
André
Rouillé, La
photographie, Gallimard (Folio essais), 2005.
La
légitimité culturelle et artistique de la photographie est
récente. Longtemps tenue pour un simple outil dont on se sert, elle
est désormais, dans les galeries et musées, contemplée
pour elle-même.
Apparue
avec l'essor des métropoles et de l'économie monétaire,
l'industrialisation et la démocratie, elle fut d'abord l'image de
la société marchande, la mieux à même de la
documenter et d'actualiser ses valeurs. Mais si elle convenait à
la société industrielle moderne, elle répond aujourd'hui
difficilement aux besoins d'une société informationnelle,
fondée sur les réseaux numériques.
La
photographie est donc l'objet du livre : dans sa pluralité et ses
devenirs, du document à l'art contemporain; dans son historicité,
depuis son apparition, au milieu du XIXe siècle, jusqu'à
l'alliage présent «Art-photographie» qui conduit André
Rouillé à distinguer « l'art des photographes »
de « la photographie des artistes ». (couv.).
En
bibliothèque - Daguerre, Historique
des procédés du daguerréotype, 1839; Ch. Chevalier,
Nouvelles
instructions sur l'usage du daguerréotype, 1841; Gaudin et Lerebours,
Derniers perfectionnements apportés au daguerréotype,
1842; les Traités de photographie par Valicourt Legray Couppier,
Legros, A. Belloc, Blanquart-Evrard; Aubrée, Traité pratique
de photographie sur papier, sur plaque et sur verre, 1851; Barreswill
et Davanne, Chimie photographique, 1854, in-8°; Disdéri,
L'Art de la Photographie, 1862. |
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