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La peinture décorative en France
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La peinture décorative en Italie
La peinture décorative en France
Dans la France du Moyen âge, le "maître de l'oeuvre" était souvent sculpteur et peintre en même temps qu'architecte, et cette direction unique ne pouvait être que favorable au développement de la peinture monumentale, qui fut très florissante dans le pays pendant le XIIe siècle. Un des plus anciens spécimens de cette peinture - il remonte à la fin du XIe siècle - existe dans l'église de Saint-Savin en Poitou. Quelques monuments religieux de l'Auvergne, et notamment la cathédrale du Puy, renferment des fresques qui ne sont pas exemptes d'une certaine recherche de l'expression dramatique. Au XIIIe siècle, les décorateurs commencent à s'écarter de la rigidité archaïque de l'art byzantin : à la Sainte-Chapelle de Paris, au donjon de Coucy, dans le choeur de la vieille cathédrale de Saint-Nazaire, à Carcassonne, apparaissent les premiers indices du mouvement naturaliste que le XVe siècle devait développer.

La majeure partie des peintres qui travaillaient alors à la décoration des édifices étaient considérés comme de simples ouvriers et, par suite, on ne sait pas grand chose à leur sujet. Pourtant leur condition se releva vers le XIVe siècle : d'importants travaux leur sont commandés pour les grandes salles des châteaux, notamment par la comtesse Mahaut d'Artois. Les rois de France ne restèrent pas en arrière, et bientôt deux peintres imagiers, Jean de Hennequin, de Liège, qui prit part aux travaux de sculpture du Louvre et à la décoration des demeures construites par Louis d'Orléans, et André Beauneveu, de Valenciennes, qui fut employé par les comtes de Flandre, par Charles V et par le duc de Berry, exercèrent sur l'école française une action puissante. Les goûts artistiques de Charles V et l'habileté des peintres qu'il appela auprès de lui éclatent dans la décoration des châteaux bâtis par le roi, à Vincennes, à Beauté-sur-Marne, à Melun, tandis que Jean de Berry, frère du roi, multipliait, de son côté, les richesses d'art et savait retenir les bons ouvriers dont son dilettantisme avait discerné le mérite. Un autre frère du roi, le duc de Bourgogne, luttait de magnificence avec eux. Engageant à son service des peintres, dont les uns avaient fait leurs preuves dans les résidences royales, et dont les autres venaient des Flandres, il favorisa la constitution de cette grande école franco-bourguignonne, qui étendit son action sur tous les arts du dessin. Le peintre officiel de Philippe le Hardi était Melchior Broederlam; mais il fit travailler aussi Colard de Laon, Jean d'Orléans, Jean de Beaumetz: ce dernier exécuta, entre autres ouvrages, la peinture décorative de la Chartreuse de Champmol, près de Dijon. D'autre part, les travaux commandés par les papes pendant leur séjour à Avignon ne furent pas sans influence sur nos décorateurs, en les mettant en contact avec les artistes d'Italie.

Il reste un spécimen curieux de l'art français du commencement du XVe siècle au musée du Louvre : c'est un panneau oblong, qui fut peint après la mort du chancelier Juvénal des Ursins, pour être placé au-dessus de son tombeau, dans une des chapelles de Notre-Dame. Tous les membres de la famille y sont représentés agenouillés sous une galerie ouverte et voûtée en arêtes; tous portent des vêtements armoriés suivant l'usage du temps. Cette oeuvre témoigne déjà d'un progrès notable. Jean Foucquet, portraitiste, enlumineur et peintre à fresque, qui fut attaché à Louis XI, devait accentuer ce progrès et le rendre plus décisif encore. A la même époque, étaient établis à Paris et en France plusieurs artistes originaires de la Flandre, comme ce Jacob de Litemont, qui avait vécu à Bourges dans l'intimité de Jacques Coeur, et qui est peut-être l'auteur des grandes peintures dont est décorée la voûte de la chapelle de l'hôtel de l'argentier. Mais ce fut surtout le séjour de la cour sur les bords de la Loire, qui, en entraînant la présence d'un grand nombre d'artistes à Tours, à Blois, à Orléans, permit l'importation par les maîtres italiens des nouvelles leçons de l'art antique. Avec Jean Bourdichon, de Tours, qui décora la chapelle des trésoriers de Bretagne, à Nantes, et Jean Perréal, que Charles VIII emmena avec lui dans l'expédition de Naples, rivalisent les artistes ultramontains. Le mélange du goût français et du style italien est visible dans les fresques de l'ancienne librairie de la cathédrale du Puy; quant aux peintures de la cathédrale d'Albi, elles sont absolument italiennes, et portent, d'ailleurs, les noms d'artistes de la Lombardie ou des Marches. Mentionnons encore la Danse des Morts de  l'abbaye de La Chaise-Dieu, longue frise, d'un excellent style, en camaïeu jaune clair, se détachant sur un fond rouge : l'auteur en est inconnu.

Avec François Ier triomphe définitivement la décoration italienne : à Fontainebleau, le roi appelle une légion de peintres et de stucateurs, chargés de servir de guides à des ouvriers français, et il les place sous la direction de Francesco Primaticcio, élève de Jules Romain. Cet artiste avait été précédé par Rosso, disciple du Parmesan, et fut suivi par Niccolo dell'Abbate. Primaticcio, aidé par Niccolo, termina les peintures de la belle galerie de François Ier, un des ensembles les plus complets qu'ait produits la Renaissance française; puis ils décorèrent une vaste galerie consacrée à la vie d'Ulysse et occupant le premier étage de l'aile qui longe la cour d'entrée; ces fresques ont été détruites sous Louis XV. D'autres parties de la décoration du même édifice, encore visibles aujourd'hui, attestent les qualités et les défauts de ces maîtres, dont le talent était plein de ressources, mais qui abusaient des poses académiques, groupées à la Michel-Ange, dans un assemblage confus. Les tableaux de Fontainebleau continuèrent pendant le règne de Henri II; mais Catherine de Médicis se consacra à d'autres édifices. En dehors de ces fresques, il  nous reste peu de chose des peintures décoratives de la Renaissance, car le temps et plus encore les humains ont presque tout détruit. Puis, les troubles prolongés de la guerre civile eurent des conséquences fâcheuses pour la prospérité de l'art français. L'Italieétant, de son côté, en plein déclin artistique, ce furent des décorateurs d'Anvers et de Bruxelles, qui, sous Henri IV, furent appelés à rénover la peinture. Mais l'école des Flandres elle-même avait perdu son originalité. Ambroise Dubois (d'Anvers) se montra, à Fontainebleau (galerie de Diane, cabinet de la Reine, chambre Ovale), le plus actif de ces étrangers : ce fut la seconde école de Fontainebleau. Le Parisien Toussaint Dubreuil avait eu aussi sa part dans la décoration du château, ainsi que dans celle de la petite galerie du Louvre, qui fut incendiée en 1661, et Martin Fréminet s'était vu confier les peintures de la principale chapelle de Fontainebleau.

Très éprise de constructions et rêvant de retrouver à Paris les mêmes édifices somptueux qu'elle était habituée à voir en Italie, Marie de Médicis ne négligea rien pour la décoration intérieure de son palais du Luxembourg. Jean Mosnier, de Blois, et Nicolas Duchesne y travaillèrent, et l'illustre Pierre Paul Rubens attacha son nom à la fameuse galerie de la reine. Puis ce fut Philippe de Champaigne, dont le talent froid, distingué et sincère, s'exerça dans les peintures de la chapelle des Filles-du-Calvaire et dans celles de la voûte des Carmélites. Les panneaux qu'il peignit aux anciens appartements royaux du château de Vincennes permettent d'apprécier complètement les dispositions toutes particulières de ce maître pour la peinture décorative. ll travailla aussi pour Richelieu, au Palais-Cardinal; de même que Simon Vouët, que sa facilité d'exécution et l'élégance de son style firent rechercher du roi et des seigneurs de la cour. Le Louvre, le Luxembourg, la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, les galeries de mainte riche demeure réclamèrent son intervention. Il eut enfin le mérite de former et de diriger les aptitudes de Lesueur et de Lebrun, les deux meilleurs décorateurs français du XVIIe siècle. Eustache Lesueur n'imita pas l'exubérance de son maître; mais il trouva dans la mode nouvelle des panneaux enrichis d'arabesques sur fonds d'or une occasion favorable pour faire apprécier les délicatesses de son talent. Son oeuvre principale, faite pour le président Lambert de Thorigny, a été heureusement conservée. Dans le cabinet de l'Amour, Lesueur avait peint six tableaux représentant l'histoire de Cupidon; ces gracieuses compositions étaient complétées par une grande quantité de panneaux, de pilastres, de trophées, d'arabesques et de figurines se rapportant au même sujet. Il peignit également, dans le même hôtel le cabinet des Bains et la chambre des Muses. Nicolas Poussin n'a, pour ainsi dire, pas de place dans l'histoire de la décoration, car aucune des tentatives faites par lui dans ce genre ne nous est parvenue, et, chargé par Louis XIII d'orner d'une vaste série de peintures la longue voûte de la grande galerie du Louvre, il renonça à ce travail et s'en fut à Rome d'où il ne revint plus.

Il n'en fut pas de même de Lebrun. Ses travaux en décoration furent multiples, et profonde l'influence qu'il exerça sur tout son siècle. Investi de la direction artistique des embellissements du château de Vaux, par le surintendant Fouquet, il s'y prépara aux grandes entreprises de Versailles, peignit au plafond de I'antichambre l'Apothéose d'Hercule; au plafond de la chambre des Muses, le Triomphe de la Fidélité; dans une autre, l'Histoire de Morphée. Lors de la condamnation de Fouquet, Lebrun passa, avec tous les artistes qui l'aidaient dans les détails de ses compositions, au service du roi : directeur de la maison des Gobelins, il surveilla l'exécution des meublés, des ouvrages d'orfèvrerie et de tapisserie destinés aux maisons royales. Entre temps, il avait décoré la grande galerie de l'Hôtel Lambert. Devenu premier peintre du roi, il fut chargé de tant de commandes qu'on a peine à croire qu'il ait pu suffire à les exécuter toutes. Mentionnons seulement celles qui ont une importance exceptionnelle pour l'histoire de la décoration française. Louis XIV lui demanda de peindre une suite de sujets tirés de l'Histoire d'Alexandre pour être reproduits sur les métiers des Gobelins. Ces toiles colossales, dans lesquelles on remarque un grand style, sont d'une exécution molle et d'une couleur peu harmonieuse. Après l'incendie de la petite galerie du Louvre, Lebrun fut chargé de la restaurer. Voulant plaire au roi, il choisit comme sujet allégorique le Triomphe d'Apollon, et depuis lors la galerie a gardé cette désignation. Restaurée, la galerie d'Apollon telle qu'elle existe est le plus parfait modèle de décoration intérieure que puisse montrer l'école française; mais il ne reste plus de la main de Lebrun que la voussure située au bout de la galerie et dans laquelle on voit le Triomphe de Nepune et d'Amphitrite, ou le Réveil des eaux. Puis, il entreprit la décoration du château et des pavillons de Sceaux, et enfin celle de la grande galerie de Versailles : cette oeuvre colossale ne l'occupa que pendant quatre ans. Il y retraça dans vingt et un tableauxet dans six bas-reliefs l'histoire de la vie du roi; on lui doit aussi les salons de la Paix et de la Guerre qui terminent les deux extrémités de la galerie. Malgré la beauté de son ordonnance, la grande galerie de Versailles ne saurait être comparée à celle d'Apollon. Elle vise bien plus à l'apparat et à la richesse qu'à la grâce et à la délicatesse des ornements. En dehors des travaux royaux et de ceux qui s'accomplissaient sous sa direction dans la maison des Gobelins, une quantité d'autres compositions furent exécutées par ce grand artiste. La renommée éclatante de Lebrun a fait rentrer dans l'ombre plusieurs décorateurs qui ne laissèrent pas d'obtenir une réputation honorable : Jacques Blanchard et son disciple Louis Boullongne; Sébastien Bourdon, qui peignit l'Histoire de Phaéton à l'hôtel de Bretonvilliers; Laurent de La Hire, François Perrier, Dufresnoy, Charles Errard, Nicolas Loir, et les Coypel, qui eurent une part considérable et brillante aux travaux intérieurs des Tuileries, achevés seulement sous Louis XIV, et du Palais-Royal; rival de Lebrun dans la faveur royale, Pierre Mignard le remplaça comme premier peintre et directeur des manufactures royales. Demeuré longtemps à Rome et en Italie, il s'était assimilé la manière superficielle des maîtres de l'école de Bologne; son immense composition de la coupole du Val-de-Grâce, et ses ouvrages pour les palais et la galerie du château de Saint-Cloud, révèlent en lui un peintre habile. Blanchard, J.-B. de Champaigne, Delafosse firent également leurs preuves au palais de Versailles, dont les grands appartements constituent un ensemble décoratif véritablement grandiose. Il faut y ajouter l'hôtel des Invalides, avec sa splendide chapelle, qui offre une suite de fresques dues aux Coypel, aux frères Boullongne, à Delafosse, à Jean Jouvenet; ce dernier, coloriste aimable et gracieux, est le meilleur peintre qui soit sorti de l'école de Lebrun. Nommons enfin quelques artistes, comme Jean Cotelle, Claude Audran, Jacques Rousseau, J.-B. Monnoyer, Francois Desportes que l'on chargea de compléter les décorations de Versailles et des maisons royales par des ornements d'un genre spécial : arabesques, figures d'oiseaux et d'animaux, fleurs et fruits; et d'autres qui, ne sachant pas manier le pinceau, eurent cependant une grande influence sur les oeuvres décoratives par les gravures et les modèles qu'ils produisaient: Lepautre et Jean Bérain contribuèrent puissamment à exprimer, et avec plus d'élégance que Lebrun, l'ordonnance majestueuse du style de l'époque de Louis XIV.

Le nom qui caractérise le mieux l'époque de la régence et l'émancipation des règles sévères de l'école académique, est celui d'Antoine Watteau, dont l'inspiration fut si originale et la manière si essentiellement décorative. Il se plaisait à composer, soit des arabesques, soit des figures chinoises, soit des sujets champêtres, ou encore des singeries, comme celles du château de Chantilly, commandées par le duc de Bourbon. Ce qui met Watteau hors de comparaison, c'est le sentiment de la nature et la touche spirituelle de ses personnages qu'il fait vivre dans des paysages fantastiques pleins de bosquets mystérieux. Les ouvrages de François Lemoyne marquent bien la transition qui s'opérait alors; on en peut juger par le plafond du choeur de l'église des Jacobins, aujourd'hui la paroisse de Saint-Thomas-d'Aquin (il y représenta la Transfiguration), et par le plafond du vaste salon du palais de Versailles, consacré aux travaux et à l'Apothéose d'Hercule. Des qualités sérieuses de style recommandent ces amples compositions. Avec François Boucher nous entrons dans le domaine de la fantaisie légère, gracieuse et superficielle; moins de sentiment que chez Watteau, un dessin, un coloris souvent factices, mais quelle facilité charmante! Dans la décoration intérieure de l'hôtel de Soubise, dans le cabinet des Médailles, au palais de Fontainebleau, il prodigue les trésors de sa verve inépuisable; à Fontainebleau, Boucher a peint les cinq caissons du plafond de la salle du Conseil, et il y a représenté le Soleil, entouré des quatre Saisons, que symbolisent des figures d'enfants, pour lesquels il a trouvé les tons les plus frais et les formes les plus délicieuses. Il ne pouvait manquer de travailler aussi pour la marquise de Pompadour; la décoration du château de Bellevue et les compositions qu'il donna au théâtre des petits appartements de Versailles comptent parmi ses ouvrages les plus heureux. Natoire fut son rival, un rival supérieur par le savoir, mais à qui manquaient parfois l'aisance, la variété et la vie; il fut pourtant bien inspiré dans ses belles peintures de l'hôtel Soubise, qui retracent, sur les pendentifs du plafond d'un grand salon ovale au premier étage, l'Histoire de Psyché et de l'Amour.

Une place distinguée appartient, dans la peinture décorative française, à la famille Vanloo, originaire des Pays-Bas et établie en France depuis le XVIIe siècle. Puis Jean-Baptiste-Marie Pierre, J.-F. de Troy, Claude Guy Hallé donnèrent de nombreux cartons à la manufacture des Gobelins. L'une des meilleures oeuvres qui soient sorties alors de cet établissement était due à Charles Parrocel. D'autre part le peintre Oudry, qui fut le rival de Desportes dans les tableaux de chasse, se vit chargé de relever la manufacture de Beauvais, et il y réussit, en produisant ces remarquables modèles de tentures : les Chasses de Louis XV, dont deux exemplaires sont au palais de Fontainebleau et au Bargello de Florence; Mais ce n'étaient pas là de vrais décorateurs. Par contre, Christophe Huet excella dans la décoration des lambris de saIon, sur lesquels il répétait des scènes fantaisistes, composées de personnages chinois ou tartares, et des tribus de singes. Jacques de Lajoue montra une grande habileté dans la peinture des ornements d'architecture, dont il ornait les panneaux d'appartement et les dessus de portes. Les décorations architecturales étaient alors très à la mode et elles complétaient parfaitement l'aspect des grands escaliers et des vestibules.

Ce qui distingue principalement l'art décoratif sous le règne de Louis XVI, c'est la modification introduite dans la décoration des édifices et des appartements; la sculpture d'ornement vit son importance diminuer au bénéfice de la peinture, qui tendait à reprendre la prépondérance qu'elle avait eue sous Lebrun. Hubert Robert, habile élève de Pannini, fut l'un des premiers à dessiner les monuments de Rome et de l'Italie, pour en faire le sujet de panneaux destinés aux grands hôtels parisiens; pas de riche amateur qui ne lui eût commandé quelque ouvrage. Robert peignit parfois aussi des décorations pour le théâtre, et notamment à Fernay pendant qu'il était l'hôte de Voltaire. A la même époque vivait Jean-Honoré Fragonard, dont les oeuvres décoratives présentent une grâce et une légèreté toutes particulières. La Du Barry, le fermier général Bergeret de Grancourt, Mlle Guimard se disputèrent
ses productions. Passionné pour la composition pittoresque, il avait disposé dans son atelier du Louvre des décorations factices où l'on voyait des forêts, des fontaines, des guirlandes de fleurs, une balançoire et de grandes draperies, qu'il éclairait par un jour artificiel. Dans un autre genre, Doyen acquit une légitime célébrité par sa décoration de la chapelle de saint Grégoire aux Invalides; il fut, après Lagrenée, appelé à la cour de Russie, où il exécuta plusieurs plafonds dans le palais impérial et à l'Ermitage (Saint-Pétersbourg). Jean-Jacques Bachelier exerça une influence notable sur la production industrielle, tant par ses ouvrages que par ses leçons, qui contribuèrent à former une génération d'artistes, tandis que J.-B. Huet multipliait les compositions d'arabesques, les modèles de tapisserie, les dessus de porte et de glaces pour les hôtels et les châteaux. Salembier, sur lequel on a recueilli peu de renseignements biographiques, lui était supérieur par le goût; ses frises et ses arabesques sont étudiées et composées avec plus d'élégance et d'unité. Aux frères Rousseau, oubliés aujourd'hui, sont quelques-unes des plus belles décorations de la seconde moitié du XVIIIe siècle, et probablement les peintures du boudoir de Marie-Antoinette, dans le château de Fontainebleau. Un autre peintre de la reine, Leriche, avait exécuté plusieurs travaux à Paris et à Versailles, par exemple au Petit Trianon.

La réforme, apportée dans les arts par l'influence de David, devait frapper d'un rude coup la peinture décorative; le style héroïque remplace les délicates arabesques empruntées aux gracieux intérieurs de Pompéi et aux voûtes des bains de Titus; quelques tentures, sobrement et uniformément drapées, sont la seule concession faite au luxe et aux élégances de la décoration. Ni pendant la Révolution, ni sous l'Empire, l'on ne trouverait à citer une seule décoration complète d'appartement. A peine quelques artistes, formés par les anciennes écoles, auront-ils de loin en loin l'occasion de peindre des ornements ou des trophées militaires sur les dessins de l'architecte de Percier ou sur ceux de Joseph Normand. Tout ce qui ne s'inspire pas de la statuaire antique est proscrit par David et par ses élèves : témoin les figures d'un style glacial que peignit Girodet dans les appartements du château de Compiègne. Il convient toutefois de mettre à part le meilleur élève de David, Gros, qui déploya dans la composition de la coupole de l'église Saints-Geneviève (le Panthéon) de réelles qualités décoratives. Il faut surtout faire exception pour l'esprit charmant, pour le maître d'une exquise originalité que fut Pierre-Paul Prudhon; ses figures, empreintes d'une délicieuse poésie, semblent toujours composées pour former une décoration aussi gracieuse que pondérée. La salle du Centaure, au Louvre, le plafond de l'ancienne salle de Diane, et plus d'une allégorie d'un charme pénétrant, exécutée pour de riches demeures parisiennes, témoignent de la fraîcheur de son imagination et de son entente de la composition décorative. Le grand escalier du musée du Louvre était l'une des meilleures créations des architectes Percier et Fontaine habiles dessinateurs mais d'une lourdeur désespérante dans leurs ornements. La peinture et la sculpture s'étaient réunies pour l'achèvement de ce morceau d'architecture qui a été sacrifié lors des travaux d'agrandissement du palais. Abel de Pujol en avait décoré le grand plafond.

Le gouvernement de la Restauration n'innova guère, soit en fait de monuments d'architecture, soit en matière de décoration picturale. Pour le Louvre, Louis XVIII. commanda à Blondel le plafond de la salle ronde qui précède la galerie d'Apollon : il y peignit la Chute d'Icare. Les caissons qui l'entourent sont de Couder et les grisailles des pendentifs sont dus a un artiste médiocre, du nom de Mauzaisse. La fondation du musée Charles X, destiné à renfermer des collections d'antiquités grecques et des monuments rapportés d'Egypte, nécessita l'aménagement d'une longue suite de salles, dont la décoration fut confiée aux meilleurs peintres de l'époque : Horace Vernet, Picot, Heim, Ingres. Gros avait pris part à cette entreprise dont l'insuccès amena sa mort. Les deux meilleurs morceaux de cet ensemble sont les compositions d'Ingres et de Heim : leur seul défaut est d'être traitées comme des tableaux de galerie, sans aucune préoccupation de leur destination spéciale : c'est ainsi que l'Apothéose d'Homère par Ingres a pu être enlevée de sa place primitive pour figurer parmi les oeuvres de l'école classique, conservées dans les galeries du Louvre. Après 1830, le musée Charles X fut complété par une rangée de salles parallèles, dont les plafonds retracèrent divers épisodes de l'histoire de France, sortes de grandes vignettes coloriées, par Alaux, Deveria, Schnetz, Drolling, Cogniet, d'où l'effet général est absent. Abel de Pujol et Blondel sont deux maîtres au talent moins original que fécond; leurs oeuvres se rencontrent souvent dans les travaux de cette époque. On leur commanda plus d'une fresque, pour des grandes églises de Paris, dans la louable intention de remettre en honneur des procédés familiers aux vieux maîtres italiens; mais le climat de la France se prête mal à cette expérience. On lui doit du moins une heureuse tentative : la décoration de Notre-Dame de Lorette par Hippolyte Flandrin. Ce délicat artiste s'était déjà signalé, dans la peinture religieuse, par ses travaux dans le choeur de l'église de Saint-Germain des Prés à Paris; les compléta dans la suite par les peintures de la nef du même édifice. En dehors de Flandrin, quelques décorateurs estimables laissèrent dans les monuments religieux toute une suite de fresques qui composent un véritable musée de peinture religieuse. Vers la même époque, l'administration municipale commença la décoration des galeries et des salons de l'Hôtel de Ville; cette oeuvre, entreprise sous Louis-Philippe, ne fut terminée que pendant le second Empire. Les traditions du style académique, enseigné dans l'atelier de David étaient représentées par Ingres, par Lehmann et par Léon Cogniet : ce dernier avait été chargé de la décoration du salon du Zodiaque. Le motif central du plafond représentait le Triomphe d'Apollon; autour, étaient disposés quatre caissons consacrés aux représentations des saisons, d'une délicatesse et d'un fini très recommandables, En face de l'école classique, la peinture romantique, représentée surtout par Eugène Delacroix, triomphait dans le salon de la Paix, une des oeuvres qui font le plus d'honneur au génie du maître. L'ensemble comprenait un plafond central entouré de huit caissons rectangulaires et de onze tympans disposés au-dessus des portes et des fenêtres. Le sujet représentait la Terre implorant Cybèle et Jupiter envoyant la Paix à son secours; dans les caissons étaient les divinités bienfaisantes amies de la paix, et les sujets des tympans étaient empruntés à la vie et aux Travaux d'Hercule. Delacroix retrouva le même succès quand il fut chargé de peindre le Triomphe d'Apollon au centre de la voûte de la galerie d'Apollon, puis quand il eut à décorer la bibliothèque de la Chambre des députés et celle de la Chambre des pairs au Luxembourg. Théodore Chasseriau (palais du quai d'Orsay, hémicycle absidial de Saint-Philippe du Roule), Paul Delaroche (Ecole des beaux-arts) et Robert Fleury (grande salle du Tribunal du commerce), contribuèrent, eux aussi, à la décoration picturale des monuments de cette époque.

Enfin les grands travaux entrepris à partir des années 1850 à Paris et dans les principales villes de France apportèrent comme un essor nouveau à la peinture décorative. La décoration du nouvel Opéra de Paris a permis à plusieurs artistes et notamment à Paul Baudry de donner toute la mesure de leur talent, en attendant Chagall, au siècle suivant. Barrias, Delaunay, Gustave Boulanger y contribuèrent avec lui. Les Tuileries firent appel au pinceau de Chaplin, et plus tard, Puvis de Chavannes, auquel se joignirent Galland, Cabanel, F. Humbert, Joseph Blanc, J.-P. Laurens, Bonnat, H. Lévy, eut une part considérable à l'achèvement de l'oeuvre décorative du Panthéon : les maîtres eurent à exécuter des compositions, dont le sujet était pris dans la légende et dans l'histoire; pour la décoration générale du monument, elle fut confiée à Galland, qui adopta une coloration neutre composée de guirlandes, de feuillages et de cartouches et destinée à donner un caractère d'harmonie générale aux peintures qui, toutes, ne sont pas traitées dans les mêmes tonalités, Ajoutons que, par une heureuse innovation, le conseil municipal élu de la ville de Paris, renonçant à commander aux peintres, comme naguère, exclusivement des peintures d'église, décida de donner place dans les édifices publics, et, par exemple, dans les mairies, à des scènes historiques ou symboliques propres à développer l'instruction populaire : compositions empruntées aux actes de la vie civile, aux devoirs des citoyens, aux travaux de l'industrie ou de l'agriculture. La reconstruction de la nouvelle Sorbonne fut pour Puvis de Chavannes une nouvelle occasion, dont il profita magistralement, de mettre en lumière les meilleures qualités de son talent : dans la grande salle des récompenses, la paroi du fond est occupée par un paysage élyséen, où l'auteur nous montre les jeunes gens s'abreuvant à la source sacrée de la poésie antique : cette grande page est d'une simplicité et d'une noblesse de style qui rappelle les maîtres florentins du XVe siècle. Partant d'un principe différent et subordonnant tout à l'élégance et à la vérité, c'est surtout à la Renaissance que V. Galland a demandé ses inspirations; mais son meilleur guide a été la nature, dont il avait fait une étude approfondie. Le plafond de la salle du Théâtre-Français par Mazerolle est un ouvrage distingué, et dans les constructions du Trocadéro, Lameire exécuta plusieurs peintures murales qui témoignent d'un savoir consommé. (Gaston Cougny).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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