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Dans la France
du Moyen âge ,
le "maître de l'oeuvre" était souvent sculpteur et peintre
en même temps qu'architecte, et cette direction unique ne pouvait
être que favorable au développement de la peinture
monumentale, qui fut très florissante dans le pays pendant le XIIe
siècle. Un des plus anciens spécimens de cette peinture -
il remonte à la fin du XIe siècle
- existe dans l'église de Saint-Savin
en Poitou .
Quelques monuments religieux de l'Auvergne ,
et notamment la cathédrale du Puy,
renferment des fresques qui ne sont pas exemptes
d'une certaine recherche de l'expression dramatique. Au XIIIe
siècle, les décorateurs commencent à s'écarter
de la rigidité archaïque de l'art
byzantin
: à la Sainte-Chapelle
de Paris ,
au donjon de Coucy ,
dans le choeur de la vieille cathédrale
de Saint-Nazaire, à Carcassonne ,
apparaissent les premiers indices du mouvement naturaliste que le XVe
siècle devait développer.
La majeure partie des peintres qui travaillaient
alors à la décoration des édifices étaient
considérés comme de simples ouvriers et, par suite, on ne
sait pas grand chose à leur sujet. Pourtant leur condition se releva
vers le XIVe siècle : d'importants
travaux leur sont commandés pour les grandes salles des châteaux,
notamment par la comtesse Mahaut d'Artois .
Les rois de France
ne restèrent pas en arrière, et bientôt deux peintres
imagiers, Jean de Hennequin, de Liège, qui prit part aux travaux
de sculpture du Louvre
et à la décoration des demeures construites par Louis d'Orléans ,
et André Beauneveu, de Valenciennes, qui fut employé par
les comtes de Flandre ,
par Charles V et par le duc
de Berry ,
exercèrent sur l'école française une action puissante.
Les goûts artistiques de Charles V et l'habileté des peintres
qu'il appela auprès de lui éclatent dans la décoration
des châteaux bâtis par le roi, à Vincennes ,
à Beauté-sur-Marne, à Melun, tandis que Jean de Berry,
frère du roi, multipliait, de son côté, les richesses
d'art et savait retenir les bons ouvriers dont son dilettantisme avait
discerné le mérite. Un autre frère du roi, le duc
de Bourgogne ,
luttait de magnificence avec eux. Engageant à son service des peintres,
dont les uns avaient fait leurs preuves dans les résidences royales,
et dont les autres venaient des Flandres, il favorisa la constitution de
cette grande école franco-bourguignonne, qui étendit son
action sur tous les arts du dessin. Le peintre
officiel de Philippe le Hardi
était Melchior Broederlam; mais il fit travailler aussi Colard de
Laon, Jean d'Orléans, Jean de Beaumetz: ce dernier exécuta,
entre autres ouvrages, la peinture décorative de la Chartreuse
de Champmol, près de Dijon .
D'autre part, les travaux commandés par les papes pendant leur séjour
à Avignon
ne furent pas sans influence sur nos décorateurs, en les mettant
en contact avec les artistes d'Italie .
Il reste un spécimen curieux de
l'art français du commencement du XVe
siècle au musée du Louvre
: c'est un panneau oblong, qui fut peint après la mort du chancelier
Juvénal
des Ursins, pour être placé au-dessus de son tombeau,
dans une des chapelles de Notre-Dame .
Tous les membres de la famille y sont représentés agenouillés
sous une galerie ouverte et voûtée en arêtes; tous portent
des vêtements armoriés suivant l'usage du temps. Cette oeuvre
témoigne déjà d'un progrès notable. Jean
Foucquet, portraitiste, enlumineur
et peintre à
fresque, qui fut attaché
à Louis XI, devait accentuer ce progrès
et le rendre plus décisif encore. A la même époque,
étaient établis à Paris
et en France
plusieurs artistes originaires de la Flandre ,
comme ce Jacob de Litemont, qui avait vécu à Bourges
dans l'intimité de Jacques Coeur,
et qui est peut-être l'auteur des grandes peintures
dont est décorée la voûte
de la chapelle de l'hôtel de l'argentier. Mais ce fut surtout le
séjour de la cour sur les bords de la Loire, qui, en entraînant
la présence d'un grand nombre d'artistes à Tours, à
Blois ,
à Orléans ,
permit l'importation par les maîtres italiens des nouvelles leçons
de l'art antique. Avec Jean Bourdichon, de Tours, qui décora la
chapelle des trésoriers de Bretagne ,
à Nantes ,
et Jean Perréal, que Charles VIII
emmena avec lui dans l'expédition de Naples ,
rivalisent les artistes ultramontains. Le mélange du goût
français et du style italien est visible dans les fresques de l'ancienne
librairie de la cathédrale du Puy;
quant aux peintures de la cathédrale
d'Albi ,
elles sont absolument italiennes, et portent, d'ailleurs, les noms d'artistes
de la Lombardie ou des Marches. Mentionnons encore la Danse des Morts
de l'abbaye de La Chaise-Dieu, longue
frise,
d'un excellent style, en camaïeu jaune
clair, se détachant sur un fond rouge : l'auteur en est inconnu.
Avec François
Ier triomphe
définitivement la décoration italienne : à Fontainebleau ,
le roi appelle une légion de peintres et de stucateurs, chargés
de servir de guides à des ouvriers français, et il les place
sous la direction de Francesco Primaticcio,
élève de Jules Romain. Cet artiste avait été
précédé par Rosso, disciple du Parmesan, et fut suivi
par Niccolo dell'Abbate. Primaticcio, aidé par Niccolo, termina
les peintures
de la belle galerie de François Ier,
un des ensembles les plus complets qu'ait produits la Renaissance
française; puis ils décorèrent une vaste galerie consacrée
à la vie d'Ulysse
et occupant le premier étage de l'aile qui longe la cour d'entrée;
ces fresques ont été détruites
sous Louis XV. D'autres parties de la décoration
du même édifice, encore visibles aujourd'hui, attestent les
qualités et les défauts de ces maîtres, dont le talent
était plein de ressources, mais qui abusaient des poses académiques,
groupées à la Michel-Ange, dans
un assemblage confus. Les tableaux de Fontainebleau
continuèrent pendant le règne de Henri
II; mais Catherine de Médicis
se consacra à d'autres édifices. En dehors de ces fresques,
il nous reste peu de chose des peintures décoratives de la
Renaissance, car le temps et plus encore les humains ont presque tout détruit.
Puis, les troubles prolongés de la guerre civile eurent des conséquences
fâcheuses pour la prospérité de l'art français.
L'Italie
étant, de son côté, en plein déclin artistique,
ce furent des décorateurs d'Anvers
et de Bruxelles ,
qui, sous Henri IV, furent appelés à
rénover la peinture. Mais l'école des Flandres
elle-même avait perdu son originalité. Ambroise Dubois (d'Anvers)
se montra, à Fontainebleau (galerie de Diane, cabinet de la Reine,
chambre Ovale), le plus actif de ces étrangers : ce fut la seconde
école de Fontainebleau. Le Parisien Toussaint Dubreuil avait eu
aussi sa part dans la décoration du château,
ainsi que dans celle de la petite galerie du Louvre ,
qui fut incendiée en 1661, et Martin Fréminet s'était
vu confier les peintures de la principale chapelle de Fontainebleau.
Très éprise de constructions
et rêvant de retrouver à Paris
les mêmes édifices somptueux qu'elle était habituée
à voir en Italie ,
Marie
de Médicis ne négligea rien pour la décoration
intérieure de son palais du Luxembourg .
Jean Mosnier, de Blois ,
et Nicolas Duchesne y travaillèrent, et l'illustre Pierre
Paul Rubens attacha son nom à la fameuse galerie de la reine.
Puis ce fut Philippe de Champaigne, dont le
talent froid, distingué et sincère, s'exerça dans
les peintures
de la chapelle des Filles-du-Calvaire et
dans celles de la voûte des Carmélites.
Les panneaux qu'il peignit aux anciens appartements royaux du château
de Vincennes
permettent d'apprécier complètement les dispositions toutes
particulières de ce maître pour la peinture décorative.
ll travailla aussi pour Richelieu, au Palais-Cardinal;
de même que Simon Vouët, que sa facilité d'exécution
et l'élégance de son style firent rechercher du roi et des
seigneurs de la cour. Le Louvre ,
le Luxembourg, la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye ,
les galeries de mainte riche demeure réclamèrent son intervention.
Il eut enfin le mérite de former et de diriger les aptitudes de
Lesueur et de Lebrun, les deux meilleurs décorateurs français
du XVIIe siècle. Eustache Lesueur
n'imita pas l'exubérance de son maître; mais il trouva dans
la mode nouvelle des panneaux enrichis d'arabesques
sur fonds d'or une occasion favorable pour faire apprécier les délicatesses
de son talent. Son oeuvre principale, faite pour le président Lambert
de Thorigny, a été heureusement conservée. Dans le
cabinet de l'Amour, Lesueur avait peint six tableaux
représentant l'histoire de Cupidon ;
ces gracieuses compositions étaient complétées par
une grande quantité de panneaux, de pilastres, de trophées,
d'arabesques et de figurines se rapportant au même sujet. Il peignit
également, dans le même hôtel le cabinet des Bains et
la chambre des Muses. Nicolas
Poussin n'a, pour ainsi dire, pas de place dans l'histoire de la décoration,
car aucune des tentatives faites par lui dans ce genre ne nous est parvenue,
et, chargé par Louis XIII d'orner d'une
vaste série de peintures la longue voûte de la grande galerie
du Louvre, il renonça à ce travail et s'en fut à Rome
d'où il ne revint plus.
Il n'en fut pas de même de Lebrun.
Ses travaux en décoration furent multiples, et profonde l'influence
qu'il exerça sur tout son siècle. Investi de la direction
artistique des embellissements du château
de Vaux, par le surintendant Fouquet, il s'y prépara aux grandes
entreprises de Versailles ,
peignit au plafond de I'antichambre l'Apothéose d'Hercule ;
au plafond de la chambre des Muses, le Triomphe de la Fidélité;
dans une autre, l'Histoire de Morphée .
Lors de la condamnation de Fouquet, Lebrun passa, avec tous les artistes
qui l'aidaient dans les détails de ses compositions, au service
du roi : directeur de la maison des Gobelins ,
il surveilla l'exécution des meublés, des ouvrages d'orfèvrerie
et de tapisserie destinés aux maisons
royales. Entre temps, il avait décoré la grande galerie de
l'hôtel Lambert. Devenu premier peintre du roi, il fut chargé
de tant de commandes qu'on a peine à croire qu'il ait pu suffire
à les exécuter toutes. Mentionnons seulement celles qui ont
une importance exceptionnelle pour l'histoire de la décoration française.
Louis
XIV lui demanda de peindre une suite de sujets tirés de l'Histoire
d'Alexandre pour être reproduits
sur les métiers des Gobelins. Ces toiles colossales, dans lesquelles
on remarque un grand style, sont d'une exécution molle et d'une
couleur peu harmonieuse. Après l'incendie de la petite galerie du
Louvre ,
Lebrun fut chargé de la restaurer. Voulant plaire au roi, il choisit
comme sujet allégorique le Triomphe d'Apollon ,
et depuis lors la galerie a gardé cette désignation. Restaurée,
la galerie d'Apollon telle qu'elle existe est le plus parfait modèle
de décoration intérieure que puisse montrer l'école
française; mais il ne reste plus de la main de Lebrun que la
voussure
située au bout de la galerie et dans laquelle on voit le Triomphe
de Nepune
et d'Amphitrite ,
ou le Réveil des eaux. Puis, il entreprit la décoration
du château et des pavillons de Sceaux, et enfin celle de la grande
galerie de Versailles : cette oeuvre colossale ne l'occupa que pendant
quatre ans. Il y retraça dans vingt et un tableauxet
dans six bas-reliefs l'histoire de la vie
du roi; on lui doit aussi les salons de la Paix et de la Guerre qui terminent
les deux extrémités de la galerie. Malgré la beauté
de son ordonnance, la grande galerie de Versailles ne saurait être
comparée à celle d'Apollon. Elle vise bien plus à
l'apparat et à la richesse qu'à la grâce et à
la délicatesse des ornements. En dehors des travaux royaux et de
ceux qui s'accomplissaient sous sa direction dans la maison des Gobelins,
une quantité d'autres compositions furent exécutées
par ce grand artiste. La renommée éclatante de Lebrun a fait
rentrer dans l'ombre plusieurs décorateurs qui ne laissèrent
pas d'obtenir une réputation honorable : Jacques
Blanchard et son disciple Louis Boullongne;
Sébastien
Bourdon, qui peignit l'Histoire de Phaéton
à l'hôtel de Bretonvilliers; Laurent de La Hire, François
Perrier, Dufresnoy, Charles Errard, Nicolas
Loir, et les Coypel, qui eurent une part considérable
et brillante aux travaux intérieurs des Tuileries ,
achevés seulement sous Louis XIV, et du Palais-Royal ;
rival de Lebrun dans la faveur royale, Pierre Mignard
le remplaça comme premier peintre et directeur des manufactures
royales. Demeuré longtemps à Rome et en Italie ,
il s'était assimilé la manière superficielle des maîtres
de l'école de Bologne; son immense
composition de la coupole du Val-de-Grâce, et ses ouvrages pour les
palais et la galerie du château de Saint-Cloud, révèlent
en lui un peintre habile. Blanchard, J.-B. de Champaigne, Delafosse firent
également leurs preuves au palais de Versailles, dont les grands
appartements constituent un ensemble décoratif véritablement
grandiose. Il faut y ajouter l'hôtel des Invalides ,
avec sa splendide chapelle, qui offre une
suite de fresques dues aux Coypel, aux frères
Boullongne, à Delafosse, à Jean Jouvenet;
ce dernier, coloriste aimable et gracieux, est le meilleur peintre qui
soit sorti de l'école de Lebrun.
Nommons enfin quelques artistes, comme Jean Cotelle, Claude
Audran, Jacques Rousseau, J.-B. Monnoyer, Francois Desportes que l'on
chargea de compléter les décorations de Versailles et des
maisons royales par des ornements d'un genre spécial : arabesques,
figures d'oiseaux et d'animaux, fleurs
et fruits; et d'autres qui, ne sachant pas manier le pinceau, eurent cependant
une grande influence sur les oeuvres décoratives par les gravures
et les modèles qu'ils produisaient: Lepautre et Jean Bérain
contribuèrent puissamment à exprimer, et avec plus d'élégance
que Lebrun, l'ordonnance majestueuse du style de l'époque de Louis
XIV.
Le nom qui caractérise le mieux
l'époque de la régence et l'émancipation des règles
sévères de l'école académique, est celui d'Antoine
Watteau, dont l'inspiration fut si originale et la manière si
essentiellement décorative. Il se plaisait à composer, soit
des arabesques, soit des figures chinoises,
soit des sujets champêtres, ou encore des singeries, comme celles
du château de Chantilly ,
commandées par le duc de Bourbon. Ce qui
met Watteau hors de comparaison, c'est le sentiment de la nature et la
touche spirituelle de ses personnages qu'il fait vivre dans des paysages
fantastiques pleins de bosquets mystérieux. Les ouvrages de François
Lemoyne marquent bien la transition qui s'opérait alors; on en peut
juger par le plafond du choeur de l'église
des Jacobins, aujourd'hui la paroisse de Saint-Thomas-d'Aquin (il y représenta
la Transfiguration), et par le plafond du vaste salon du palais
de Versailles, consacré aux travaux et à l'Apothéose
d'Hercule .
Des qualités sérieuses de style recommandent ces amples compositions.
Avec François Boucher nous entrons dans
le domaine de la fantaisie légère, gracieuse et superficielle;
moins de sentiment que chez Watteau, un dessin, un coloris souvent factices,
mais quelle facilité charmante! Dans la décoration intérieure
de l'hôtel de Soubise, dans le cabinet des Médailles, au palais
de Fontainebleau ,
il prodigue les trésors de sa verve inépuisable; à
Fontainebleau, Boucher a peint les cinq caissons
du plafond de la salle du Conseil, et il
y a représenté le Soleil, entouré des quatre
Saisons,
que symbolisent des figures d'enfants, pour lesquels il a trouvé
les tons les plus frais et les formes les plus délicieuses. Il ne
pouvait manquer de travailler aussi pour la marquise de Pompadour;
la décoration du château de Bellevue et les compositions qu'il
donna au théâtre des petits appartements de Versailles comptent
parmi ses ouvrages les plus heureux. Natoire fut son rival, un rival supérieur
par le savoir, mais à qui manquaient parfois l'aisance, la variété
et la vie; il fut pourtant bien inspiré dans ses belles peintures
de l'hôtel Soubise, qui retracent, sur les pendentifs du plafond
d'un grand salon ovale au premier étage, l'Histoire de Psyché
et de l'Amour .
Une place distinguée appartient,
dans la peinture
décorative française, à la famille Vanloo, originaire
des Pays-Bas
et établie en France
depuis le XVIIe siècle. Puis Jean-Baptiste-Marie
Pierre, J.-F. de Troy, Claude Guy Hallé
donnèrent de nombreux cartons à la manufacture des Gobelins .
L'une des meilleures oeuvres qui soient sorties alors de cet établissement
était due à Charles Parrocel. D'autre part le peintre Oudry,
qui fut le rival de Desportes dans les tableaux
de chasse, se vit chargé de relever la manufacture de Beauvais ,
et il y réussit, en produisant ces remarquables modèles de
tentures : les Chasses de Louis XV, dont
deux exemplaires sont au palais de Fontainebleau
et au Bargello de Florence ;
Mais ce n'étaient pas là de vrais décorateurs. Par
contre, Christophe Huet excella dans la décoration des lambris de
saIon, sur lesquels il répétait des scènes fantaisistes,
composées de personnages chinois ou tartares, et des tribus de singes.
Jacques de Lajoue montra une grande habileté dans la peinture des
ornements d'architecture, dont il ornait les panneaux d'appartement et
les dessus de portes. Les décorations architecturales étaient
alors très à la mode et elles complétaient parfaitement
l'aspect des grands escaliers et des vestibules.
Ce qui distingue principalement l'art décoratif
sous le règne de Louis XVI, c'est la
modification introduite dans la décoration des édifices et
des appartements; la sculpture d'ornement vit son importance diminuer au
bénéfice de la
peinture ,
qui tendait à reprendre la prépondérance qu'elle avait
eue sous Lebrun. Hubert Robert, habile élève
de Pannini, fut l'un des premiers à dessiner les monuments de Rome
et de l'Italie ,
pour en faire le sujet de panneaux destinés aux grands hôtels
parisiens; pas de riche amateur qui ne lui eût commandé quelque
ouvrage. Robert peignit parfois aussi des décorations pour le théâtre,
et notamment à Fernay pendant qu'il était l'hôte de
Voltaire.
A la même époque vivait
Jean-Honoré
Fragonard, dont les oeuvres décoratives présentent une
grâce et une légèreté toutes particulières.
La Du Barry, le fermier général Bergeret de Grancourt, Mlle
Guimard se disputèrent
ses productions. Passionné pour
la composition pittoresque, il avait disposé dans son atelier du
Louvre
des décorations factices où l'on voyait des forêts,
des fontaines, des guirlandes de fleurs, une balançoire et de grandes
draperies, qu'il éclairait par un jour artificiel. Dans un autre
genre, Doyen acquit une légitime célébrité
par sa décoration de la chapelle
de saint Grégoire aux Invalides ;
il fut, après Lagrenée, appelé à la cour de
Russie ,
où il exécuta plusieurs plafonds dans le palais impérial
et à l'Ermitage (Saint-Pétersbourg ).
Jean-Jacques
Bachelier exerça une influence notable sur la production industrielle,
tant par ses ouvrages que par ses leçons, qui contribuèrent
à former une génération d'artistes, tandis que J.-B.
Huet multipliait les compositions d'arabesques,
les modèles de tapisserie, les dessus
de porte et de glaces pour les hôtels et les châteaux.
Salembier, sur lequel on a recueilli peu de renseignements biographiques,
lui était supérieur par le goût; ses frises
et ses arabesques sont étudiées et composées avec
plus d'élégance et d'unité. Aux frères Rousseau,
oubliés aujourd'hui, sont quelques-unes des plus belles décorations
de la seconde moitié du XVIIIe siècle,
et probablement les peintures du boudoir de Marie-Antoinette,
dans le château de Fontainebleau .
Un autre peintre de la reine, Leriche, avait exécuté plusieurs
travaux à Paris
et à Versailles, par exemple au Petit Trianon.
La réforme, apportée dans
les arts par l'influence de David, devait frapper d'un rude coup la peinture
décorative; le style héroïque remplace les délicates
arabesques
empruntées aux gracieux intérieurs de Pompéi
et aux voûtes des bains de Titus; quelques
tentures, sobrement et uniformément drapées, sont la seule
concession faite au luxe et aux élégances de la décoration.
Ni pendant la Révolution, ni sous l'Empire, l'on ne trouverait à
citer une seule décoration complète d'appartement. A peine
quelques artistes, formés par les anciennes écoles, auront-ils
de loin en loin l'occasion de peindre des ornements ou des trophées
militaires sur les dessins de l'architecte
de Percier ou sur ceux de Joseph Normand. Tout ce qui ne s'inspire pas
de la statuaire antique est proscrit par David et par ses élèves
: témoin les figures d'un style glacial que peignit Girodet dans
les appartements du château de Compiègne .
Il convient toutefois de mettre à part le meilleur élève
de David, Gros, qui déploya dans la composition de la coupole de
l'église Saints-Geneviève (le
Panthéon )
de réelles qualités décoratives. Il faut surtout faire
exception pour l'esprit charmant, pour le maître d'une exquise originalité
que fut Pierre-Paul Prudhon; ses figures, empreintes
d'une délicieuse poésie, semblent toujours composées
pour former une décoration aussi gracieuse que pondérée.
La salle du Centaure ,
au Louvre ,
le plafond de l'ancienne salle de Diane ,
et plus d'une allégorie d'un charme pénétrant, exécutée
pour de riches demeures parisiennes, témoignent de la fraîcheur
de son imagination et de son entente de la composition décorative.
Le grand escalier du musée du Louvre
était l'une des meilleures créations des architectes Percier
et Fontaine habiles dessinateurs mais d'une lourdeur désespérante
dans leurs ornements. La peinture et la sculpture
s'étaient réunies pour l'achèvement de ce morceau
d'architecture qui a été sacrifié lors des travaux
d'agrandissement du palais. Abel de Pujol en avait décoré
le grand plafond.
Le gouvernement de la Restauration n'innova
guère, soit en fait de monuments d'architecture, soit en matière
de décoration picturale. Pour le Louvre ,
Louis
XVIII. commanda à Blondel le plafond
de la salle ronde qui précède la galerie d'Apollon
: il y peignit la Chute d'Icare .
Les caissons qui l'entourent sont de Couder et les grisailles
des pendentifs sont dus a un artiste médiocre, du nom de Mauzaisse.
La fondation du musée Charles X, destiné
à renfermer des collections d'antiquités grecques et des
monuments rapportés d'Egypte ,
nécessita l'aménagement d'une longue suite de salles, dont
la décoration fut confiée aux meilleurs peintres de l'époque
: Horace Vernet, Picot,
Heim,
Ingres.
Gros avait pris part à cette entreprise dont l'insuccès amena
sa mort. Les deux meilleurs morceaux de cet ensemble sont les compositions
d'Ingres et de Heim : leur seul défaut est d'être traitées
comme des tableaux de galerie, sans aucune
préoccupation de leur destination spéciale : c'est ainsi
que l'Apothéose
d'Homère par Ingres a pu être
enlevée de sa place primitive pour figurer parmi les oeuvres de
l'école classique, conservées dans les galeries du Louvre.
Après 1830, le musée Charles X fut complété
par une rangée de salles parallèles, dont les plafonds retracèrent
divers épisodes de l'histoire de France ,
sortes de grandes vignettes coloriées, par Alaux,
Deveria, Schnetz, Drolling, Cogniet, d'où
l'effet général est absent. Abel de Pujol et Blondel
sont deux maîtres au talent moins original que fécond; leurs
oeuvres se rencontrent souvent dans les travaux de cette époque.
On leur commanda plus d'une fresque, pour
des grandes églises de Paris ,
dans la louable intention de remettre en honneur des procédés
familiers aux vieux maîtres italiens; mais le climat de la France
se prête mal à cette expérience. On lui doit du moins
une heureuse tentative : la décoration de Notre-Dame de Lorette
par Hippolyte Flandrin. Ce délicat artiste s'était déjà
signalé, dans la peinture
religieuse, par ses travaux dans le choeur
de l'église de Saint-Germain des Prés
à Paris; les compléta dans la suite par les peintures de
la nef du même édifice. En dehors
de Flandrin, quelques décorateurs estimables laissèrent dans
les monuments religieux toute une suite de fresques qui composent un véritable
musée de peinture religieuse. Vers la même époque,
l'administration municipale commença la décoration des galeries
et des salons de l'Hôtel de Ville ;
cette oeuvre, entreprise sous Louis-Philippe,
ne fut terminée que pendant le second Empire. Les traditions du
style académique, enseigné dans l'atelier de David étaient
représentées par Ingres, par Lehmann et par Léon Cogniet
: ce dernier avait été chargé de la décoration
du salon du Zodiaque .
Le motif central du plafond représentait le Triomphe
d'Apollon ;
autour, étaient disposés quatre caissons consacrés
aux représentations des saisons, d'une délicatesse et d'un
fini très recommandables, En face de l'école classique, la
peinture romantique, représentée surtout par Eugène
Delacroix, triomphait dans le salon de la Paix, une des oeuvres qui
font le plus d'honneur au génie du maître. L'ensemble comprenait
un plafond central entouré de huit caissons rectangulaires et de
onze tympans disposés au-dessus des portes
et des fenêtres. Le sujet représentait
la Terre
implorant Cybèle
et Jupiter
envoyant la Paix
à son secours; dans les caissons étaient les divinités
bienfaisantes amies de la paix, et les sujets des tympans étaient
empruntés à la vie et aux Travaux d'Hercule .
Delacroix retrouva le même succès quand il fut chargé
de peindre le Triomphe d'Apollon au centre de la voûte
de la galerie d'Apollon, puis quand il eut à décorer la bibliothèque
de la Chambre des députés et celle de la Chambre des pairs
au Luxembourg .
Théodore Chasseriau (palais du quai d'Orsay, hémicycle absidial
de Saint-Philippe du Roule), Paul Delaroche
(Ecole des beaux-arts )
et Robert Fleury (grande salle du Tribunal du commerce), contribuèrent,
eux aussi, à la décoration picturale des monuments de cette
époque. |
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