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Quand l'Italie
du Moyen âge
se trouva assez solidement affermie pour soutenir la lutte contre l'empire
germanique, elle déploya dans toutes ses entreprises une résolution
active dont l'art profita largement. Ce fut d'abord à des ouvriers
byzantins
qu'elle s'adressa; mais, afin de répondre aux idées qui se
font jour vers le XIIIe siècle,
il fallait à la peinture
décorative des procédés plus libres, un idéal
plus large. Giotto di Bondone rompit nettement
avec le formalisme byzantin, et s'adonna à l'observation de la nature.
Les admirables compositions consacrées à la vie de saint
François, dans l'église
supérieure d'Assise ,
ainsi que la décoration de la chapelle
de l'Arena, à Padoue ,
où des scènes de la vie de Jésus
alternent avec celles de la Vierge ,
montrent toutes les ressources de ce génie plein de noblesse, dont
l'influence fut si profonde de son vivant et bien au delà de sa
mort. Giotto laissa derrière lui une école puissamment organisée
qui suivit et développa ses principes; son disciple le plus habile
fut Taddeo Gaddi, décorateur adroit, scrupuleusement
fidèle à la tradition du maître. Mais le plus illustre
de ses successeurs, Andrea di Lione, dit Orcagna, devait marquer
dans l'histoire de l'art un progrès nouveau et décisif, avec
les puissantes compositions qui lui sont attribuées dans le Campo
Santo
de Pise
: l'inspiration de Dante anime, et vivifie cette
dramatique et sauvage trilogie du Jugement dernier ,
du Triomphe de la Mort
et de l'Enfer
que traversent parfois les épisodes pleins d'harmonie et de charme.
En même temps que Giotto initiait Florence
à l'art moderne, un autre peintre, Simone di Martin, accomplissait
à Sienne
la même mission; et, durant tout le XIVe
siècle, à Bologne ,
à Venise ,
à Padoue, en maintes villes de l'Italie, de grandes pages décoratives
se déploient, qui sont traitées avec un sentiment profond
du drame; le Campo Santo de Pise est un des monuments qui font le mieux
comprendre l'esthétique italienne à cette curieuse époque.
Vient le XVe siècle,
et c'est alors le réveil définitif d'une société
endormie depuis l'invasion germaniques : le culte de l'Antiquité ,
dont
les chefs-d'oeuvre sont mis au jour, initie de plus en plus les artistes
à la beauté de la forme, et l'étude consciencieuse
de la nature, pratiquée par les Gentile da Fabriano, les Vittore
Pisano, donne à la peinture
décorative un caractère particulier de simplicité
pénétrante et d'étonnante sincérité.
Une exception dans l'histoire de l'école
florentine est la tendresse mystique de fra Giovanni da Fiesole; les
fresques
du couvent de Saint Marc et celles de la chapelle
de Nicolas V sont empreintes de cette distinction chaste que relève
d'ailleurs un caractère individuel très accentué.
D'autre part, les conceptions réalistes de Paolo Uccello (décoration
du cloître de Santa Maria Novella)
et d'Andrea del Castagno n'eurent guère d'influence sur l'art de
la Toscane qui vit surtout de charme et d'expression, et qui trouve dans
les oeuvres de Masaccio, principalement dans
ses peintures de la chapelle Brancacci, le résumé et comme
la synthèse de ses meilleures qualités. Après lui,
Filippo Lippi, qui décore les
cathédrales
de Prato et de Spolète, et Filippino Lippi, son fils, par qui fut
achevé l'oeuvre de Masaccio dans la chapelle des Brancacci, se montrent
pleins de franchise et de facilité, de vérité et de
grâce familière. Plus énergique et plus rude est le
caractère des compositions peintes dues aux frères Pollajuolo
et à cet Andrea del Verrochio, qui devint le plus grand dessinateur
de Florence
et qui compta parmi ses élèves : Lorenzo di Credi,
Pietro
Perugino et Leonardo da Vinci; instruits souvent
dans les ateliers des orfèvres, on voit alors les sculpteurs et
les peintres manier le ciselet et modeler la cire avant que d'attaquer
le marbre ou la fresque, et il leur arrive souvent de transporter dans
leurs tableaux les reliefs qu'ils donnaient
à leurs sculptures ou à leurs pièces d'orfèvrerie.
Les sujets religieux et les allégories mythologiques conviennent
également à l'imagination féconde d'un Sandro
Botticelli, soit qu'il peigne Saint Augustin
sur les murailles de l'église des Ognissanti,
soit qu'il participe à la décoration de la chapelle Sixtine
ou de la villa Lemmi, près de Florence; son aimable génie
se plaît à disposer autour de ses figures des
portiques
que soutiennent des piliers ornés d'arabesques
d'un goût délicat. Domenico Ghirlandajo s'éleva plus
haut encore dans l'art monumental; il serait trop long d'énumérer
tous les ouvrages dont il enrichit les églises d'Ognissanti et de
la Santa Trinita à Florence, la salle de l'Horloge dans le Palais
Vieux et l'église paroissiale à San Gemignano. L'oeuvre qui
assure le mieux sa réputation est la série des grands tableaux
superposés qui couvrent les parois du choeur
de Santa Maria Novella et où sont représentées la
légende de la Vierge
et celle de saint Jean-Baptiste. Rien n'égale, dans ces heureuses
compositions, la richesse des costumes, la belle ordonnance des édifices,
si ce n'est la noblesse des attitudes et la beauté des personnages.
Les autres villes de la Toscane suivent
l'impulsion de Florence
: dans l'école siennoise, se distingue
Sano di Pietro; en Ombrie, Piero della Francesca décore le temple
de Rimini, puis il travailla à Rome, à
Bologne ,
à Ancône
et à Arezzo ,
où il a laissé son oeuvre principale dans le choeur
de l'église de San Francesco avec la légende de la Sainte
Croix. Son élève, Luca Signorelli,
fut un des représentants les plus complets de l'art toscan du XVe
siècle; les fresques savantes dont
il a couvert les murailles de la cathédrale
d'Orvieto retracent les diverses scènes du Jugement dernier ,
les signes précurseurs de la fin du monde, l'Antéchrist ,
les élus, la résurrection et les damnés. Exquises
dans les détails et grandioses dans l'ensemble, ces peintures
ont un caractère nettement et hautement décoratif. Celui
qui donna une forme définitive à cette grâce mystique
dont était pénétré l'art ombrien, peu enclin
à la hardiesse naturaliste des maîtres de Florence, fut Pietro
Vannucci, dit Perugino. Nombreuses sont les compositions qu'il
exécuta durant sa longue carrière, et dans toutes on admire
une sûreté extrême de pinceau et un coloris très
harmonieux; mais les fresques dont il décora la salle du Cambio
à Pérouse offrent une des décorations les mieux comprises
qui soient en Italie .
Il lui fut donné, comme on sait, d'initier à l'art Raphaël,
qui lui prouva sa reconnaissance en conservant ses peintures dans la salle
de l'incendie du Borgo, qu'il fut chargé de décorer au Vatican .
Imitateur de Pérugin, Pinturicchio, décorateur habile et
ingénieux, doué d'une surprenante fertilité d'invention,
fut un fresquiste infatigable; les dix grandes compositions de la chapelle
de la Libreria, du Dôme de Sienne
marquent l'apogée de son talent; ce sont autant de tableaux
vivants du XVe siècle, d'une élégance
souveraine et d'une superbe allure. Les motifs d'architecture ont une importance
considérable dans la peinture décorative d'alors; un artiste
de Padoue, Squarcione, y ajouta les marbres
antiques et les curiosités orientales observées dans ses
voyages, et il les combina curieusement avec une végétation
luxuriante, avec des guirlandes de fleurs et de fruits. La même passion
de l'Antiquité
se retrouve chez Mantegna, jointe à une
science achevée de la perspective;
rien n'égale la largeur de dessin, la
richesse de composition qu'il déploie dans la série célèbre
des compositions, malheureusement détruites ou enlevées en
partie, exécutées à Mantoue
pour le palais du duc Louis de Gonzague. Aucun artiste ne s'était
encore avancé aussi loin dans la restitution de l'Antiquité.
Cette vaste composition, enrichie de détails et d'ornements variés
et choisis, eut une profonde influence sur les développements postérieurs
de la décoration picturale en Italie.
ll faut signaler aussi la puissante originalité
de l'école de Venise ,
dont les premiers maîtres sont les frères Bellini
l'un, Gentile, habile metteur en scène des brillants spectacles
de la place Saint-Marc; l'autre, Giovanni, beau-frère de Mantegna,
moins souple et plus sévère et qui triomphe dans la décoration
mythologique
autant que dans la peinture d'histoire;
tous deux excellent - c'est le goût du temps - à étaler
de riches costumes orientaux, à disposer une réunion nombreuse
de personnages contemporains, dans des compositions qui retracent telle
légende de la vie des saints ou tel grand épisode de l'histoire.
Les villes de la Romagne, celles de la
Haute-Italie, concourent à cette émulation générale
: l'école lombarde était
surtout renommée pour son habileté dans la décoration
intérieure des édifices ; il n'était guère
d'habitation luxueuse vers la fin du XVe
siècle, dont les corniches et les
caissons
de plafonds ne fussent ornés de portraits
d'ancêtres ou même de personnages célèbres, entourés
d'ornements d'architecture.
Le dernier des précurseurs et le
premier initiateur de la peinture
moderne, c'est Léonard de Vinci. On connaît
la merveilleuse diversité de ses aptitudes : en peinture, en sculpture,
en architecture comme en poésie, en mécanique et en musique,
il excelle, et dans sa recherche infatigable du beau et du vrai, il n'a
garde d'oublier la peinture décorative; le carton de tapisserie
où il peignit en camaïeu, pour
le roi de Portugal ,
Adam
et Eve
dans le Paradis terrestre ,
est bien propre à faire sentir quelle puissance d'observation il
appliquait à la nature entière. Léonard y a rendu
non seulement tous les animaux de la Terre
dans leurs attitudes habituelles, mais encore toutes les plantes, les fleurs
et jusqu'aux herbes du jardin, de manière à donner une illusion
complète de la réalité. La fameuse Cène ,
qui orne le réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie à
Milan
est une magistrale composition qui appartient aussi à la peinture
décorative, de même que les fresques,
aujourd'hui disparues, du palais de Milan, et celles de la salle des bains
du château de la Rocca, et le grand
projet de décoration, où il concourut avec, Michel-Ange
pour la salle du Conseil de Florence .
Michel-Ange
avait pris pour thème un épisode de la guerre des Florentins
contre les Pisans; Léonard avait représenté la bataille
d'Anghiari ,
gagnée sur les Milanais. Aucun des deux cartons ne fut exécuté;
l'un et l'autre ont péri depuis longtemps. L'influence de Léonard
fut durable, à Milan surtout,
où son école fut illustrée par maint artiste d'inspiration
élevée et de grand style. Andrea Solario décora notre
château de Gaillon, que faisait construire le cardinal
d'Amboise ,
et Bernardino Luini, le vrai continuateur du maître, dont il avait
su s'approprier la grâce ineffaçable, a laissé dans
toutes les villes du Milanais un nombre immense de peintures à fresque,
entre lesquelles brillent surtout : celles du Monasterio Maggiore de San
Maurizio, à Milan; le Couronnement d'épines du Christ
(au musée de l'Ambrosienne); l'Histoire de le Vierge et le
Ravissement de sainte Catherine, l'un des chefs-d'oeuvre de la peinture
religieuse (au musée de Brera), et la vaste composition que l'on
admire dans l'église delli Angeli à
Lugano, et qui comprend, autour du triple crucifiement, les scènes
de la Passion
avec une foule de personnages et de détails d'architecture.
Raphaël,
dont l'oeuvre embrassa moins d'objets que celle de Léonard,
eut, comme peintre, une oeuvre bien plus considérable. Décorateur,
il travailla d'abord avec Pinturicchio à la Libreria de Sienne,
puis le pape Jules Il l'appela à donner toute sa mesure dans les
Chambres du Vatican. Pour la première de ces pièces, Raphaël
imagina de symboliser : la théologie,
par la Dispute sur le saint Sacrement; la philosophie,
par l'Ecole d'Athènes ;
la poésie, par le Parnasse; la jurisprudence, par le pape Jules
Il retrouvant les Décrétales .
Des figures allégoriques, de petits sujets empruntés à
la mythologie
complètent cet ensemble incomparable, dont les moindres parties
ont été dessinées avec une rare perfection. La décoration
de la seconde pièce, dite Chambre d'Héliodore, fut, pour
une part, abandonnée à ses élèves par Raphaël,
qui ne put que commencer les travaux de la troisième, celle de Constantin.
Très originale fut la conception qui présida à la
peinture
des Loges, entreprise pour Léon X; Jules Romain et Giovanni da Udine
l'exécutèrent, mais Raphaël
en avait donné tous les cartons. Avec une ingéniosité
merveilleuse, utilisant la découverte récente des ouvrages
de stuc et des ornements peints mis au jour dans les bains de Titus,
il avait marié les éléments de l'ornementation antique
avec les sujets tirés de l'Ancien Testament
et de la vie de Jésus .
Presque à la même époque, ayant à peindre les
cartons des tapisseries des Actes des
Apôtres ,
qui devaient compléter la décoration de la chapelle
Sixtine, il sut élargir son style de manière à soutenir
sans infériorité le redoutable voisinage des figures de Michel-Ange,
et il n'oublia pas d'entourer ses sujets de bordures, exquisement traitées.
Pour le cardinal Bernardo Divizio da Bibiena, qui habitait au Vatican,
le maître enrichit la salle de bains de ses appartements de fresques
consacrées à la Puissance de Vénus
et au Triomphe de l'Amour; c'est une des plus charmantes trouvailles
de cet artiste inépuisable à qui nous devons encore, dans
le genre décoratif, la fable l'Amour et Psyché ,
peinte à la villa du Transtévère, pour le banquier
Chigi, et divers travaux dans des édifices religieux.
Raphaël
mort, un trop petit nombre de disciples fidèles sut conserver ses
traditions; la décoration du palais Doria à Gênes atteste
chez Pierino del Vaga d'estimables qualités d'ordonnance et de couleur,
et Giulio Pippi dit Romano, le meilleur élève de Raphaël,
fut choisi pour terminer celles des fresques
du Vatican que le glorieux peintre d'Urbin avait laissées inachevées.
Le même artiste se distingua dans la construction et la décoration
du palais du Té à Mantoue; sur ses dessins
fut exécutée, en stuc, dans une chambre de cet édifice,
la célèbre frise à deux rangées imitée
de celle de la colonne Trajane et retraçant les exploits de l'empereur
Sigismond;
le peintre se surpassa dans la salle des Géants, où l'effet
le plus saisissant est obtenu, grâce aux artifices d'une imagination
impétueuse et d'une habileté consommée.
C'est à Orcagna, c'est à
Signorelli
plus peut-être qu'à Domenico Ghirlandalo dont il reçut
les leçons, qu'il faut rattacher, pour le dramatique de ses conceptions
décoratives, Michel-Ange Buonarotti.
Passionné pour la représentation de la force, de la force
altière et terrible, il débuta dans la peinture
murale par ce coup de maître : la décoration de la voûte
de la chapelle Sixtine, qu'il termina seul
en vingt mois, et dont l'ordonnance, d'une simplicité grandiose
avec les neuf sujets bibliques dans le cintre
plat de la voûte, les figures colossales alternées des prophètes
et des sibylles
dans les pendentifs, les scènes et les personnages accessoires des
tympans et des voussures, révèle l'écrasante supériorité
du grand florentin. Admirable aussi d'énergie et d'expression, la
fresque du Jugement dernier ,
peinte à la demande du pape Paul III pour la grande paroi audessus
de l'autel de la Chapelle, est toutefois moins
pondérée, et l'on a pu lui reprocher quelque confusion dans
les groupes. Surtout, elle servit de prétexte aux décorateurs
de l'école de Michel-Ange que pour exagérer la recherche
de la musculature et les entassements de figures aux gestes désordonnés.
Daniel
de Volterra, en ses multiples improvisations pour les fêtes des
Médicis
et aussi dans ses fresques de la Trinita del Monte à Rome, donne
déjà le signal du déclin que bientôt connaîtra
la peinture .
A coté et en dehors des trois grands
artistes de la Renaissance
italienne, d'autres maîtres, d'un mérite incontestable, quoique
d'une moindre influence, eurent part, dans le cours du XVIe
siècle, à de brillantes oeuvres de décoration : Andrea
del Sarto, l'une des plus pures célébrités de
l'école florentine, mérite
parmi eux une place distinguée ; les fresques du petit cloître
de l'Annunziata offrent le plus heureux mélange de simplicité
et de science, d'originalité et de naturel. En même temps,
avec un caractère de plus en plus marqué d'intensité
et de réalisme dans la peinture
de la vie extérieure, se développait à Venise
la robuste école créée par les Bellini
: une génération nouvelle, celle de Giorgione
et de Titien, dépassa les précurseurs
et s'affirma dans de vastes compositions tour à tour religieuses,
allégoriques, mythologiques et historiques. Titien n'a laissé
pourtant que de grandes peintures à fresques;
mais le sen timent « décoratif » de la plupart de ses
ouvrages sur toile ressort nettement de l'agencement de ces vastes scènes
d'apparat, où éclate le luxe et la magnificence des seigneurs
vénitiens, et de la richesse des costumes, et de la splendeur des
portiques et des colonnades. Même exubérance pittoresque chez
Paris
Bordone, les Palma, Pordenone; chez le
Tintoret,
dont les productions remplissent le palais ducal et la Scuola di San Rocco;
chez le Véronèse, enfin, qui est
dans la lignée des peintres vénitiens, le décorateur
par excellence. L'idéal n'est pas son fait; il lui faut du mouvement,
de l'éclat et du faste. Comment ne point donner place parmi les
oeuvres décoratives aux grandes Cènes
qu'il peignit pour les couvents de Venise, et surtout à ces Noces
de Cana, où le sujet disparaît dans la profusion des accessoires
élégants et somptueux? Au surplus, Véronèse
avait travaillé à la décoration des salles du palais
ducal et du riche domaine de la famille Barbaro, à Venise
et au plafond de l'église de San Sebastiano.
La ville de Parme, elle aussi, fournit
à l'histoire de l'art décoratif, un grand nom, celui d'Antonio
Allegri, dit le Corrège; par certains côtés,
ce peintre procède de Mantegna, mais
la grâce souriante de ses personnages, les qualités de charme
et de clair-obscur qu'il fait paraître
dans ses oeuvres n'appartiennent qu'à lui. Il peignit les coupoles
du dôme de l'église San Giovanni à Parme, et décora
d'aimables fantaisies mythologiques le parloir de l'abbaye
de l'ancien couvent de San Paolo.
Passé le XVIe
siècle, la décadence s'accentue. Les louables efforts des
Carrache
pour tenter une rénovation de l'art réussissent à
produire quelques peintres estimables auxquels la science ne fait
pas défaut. Annibal Carrache peint l'histoire d'Hercule
pour le palais Sampieri de Bologne
et consacre huit années de travail à orner de vingt-deux
sujets la grande galerie du palais Farnèse à Rome; c'est
son meilleur ouvrage. Le style en est très pur, le dessin
correct et la composition bien ordonnée. A son tour, Domenico Zampieri
dota les églises de Rome de plus d'une
oeuvre remarquable; Guido Reni, autre élève
des Carrache, fit le Triomphe de l'Aurore, pour le palais Rospigliosi
à Rome, et Francesco Albani mérita
d'être surnommé le peintre des grâces. Mais l'originalité
est absente, et les meilleurs artistes ne se soutiennent plus que par l'imitation
des anciennes renommées. Du moins Pietro de
Cortona montra-t-il quelque habileté dans son plafond Barberini,
où il s'est attaché à faire disparaître, à
l'aide d'un procédé nouveau de perspective,
l'apparence de la voûte cintrée. En revanche, un Luca Giordano,
dont l'inépuisable fécondité reproduit tous les styles
et imite tous les maîtres, est le type le plus complet de la banalité
de l'époque. C'est à l'école
vénitienne qu'appartient le dernier peintre décorateur
de l'Italie
: Gianbattista Tiepolo fut sans rival, au XVIIIe
siècle, pour la hardiesse de ses raccourcis, le charme de son coloris,
qui rappelait celui de Véronèse,
et la richesse de son invention. Une très vive intelligence de l'harmonie
décorative éclate dans ses fresques du palais Labbia à
Venise
(les Amours d'Antoine et de Cléopâtre),
dans ses peintures
d'église, dans cette vaste composition
du plafond de la grande salle du palais de Madrid, oeuvre de sa vieillesse,
exécutée pour, le roi Charles
III d'Espagne, ou encore dans ses fresques
du palais de Würtzbourg. Quant à Antonio Pellegrini, ce n'est
qu'un peintre d'anecdotes; et Guardi et Canaletti
se confinent dans l'exacte reproduction des monuments et des lagunes de
Venise.
A proprement parler, ce ne sont plus des décorateurs. (Gaston
Cougny). |
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