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Les beaux-arts en Normandie
L'architecture normande.
L'époque romaine ne nous a laissé comme ruines importantes que les arènes de Lillebonne, et nous ne possédons plus de monuments de l'art franc en Normandie. Les invasions des Vikings avaient couvert le pays de ruines; les ducs ont réédifié. 

L'architecture romane en Normandie.
L'école romane de Normandie, définitivement constituée dès le XIe siècle, fut l'une des plus brillantes. Son influence, dépassant les frontières du duché, s'étendit jusqu'à la Picardie, jusqu'à Beauvais à l'Est, jusqu'à Gassicourt, près Mantes, se fit sentir dans le pays chartrain et en Bretagne jusqu'à Dol. L'art normand a régi toute l'Angleterre. Le foyer de cette école fut à Caen

Les églises romanes de Normandie sont construites sur trois plans : les églises rurales ont une nef terminée par un chevet plat, ou très rarement, par une abside ronde comme à Saint-André-d'Hébertot (Calvados). D'autres ont une nef et deux bas côtés avec un choeur en hémicycle et un transept à deux absidioles

Ce plan a subi une modification importante à signaler : les églises d'Autheuil et de Saint-Cénery, dans l'Orne, n'ont pas de bas côtés; c'est le plan de l'église d'Axiat, dans l'Ariège. Enfin les grandes églises ont une nef avec deux bas côtés, un transept avec deux absidioles. Quelquefois, comme dans l'église romane du Mont-Saint-Michel ou à Cerisy-la-Forêt, au lieu que les bas côtés se prolongent par des absidioles, ils se terminent par des chevets droits. La partie droite du choeur est recouverte de deux voûtes d'arête, exceptionnellement à Saint-André-d'Hébertot, de deux voûtes d'ogive. Le carré du transept est surmonté d'une lanterne carrée; au XIIe siècle seulement, on lança sur le carré du transept des voûtes d'ogive. Les bras du transept étaient voûtés en berceau plein cintre

Au XIe siècle, les nefs étaient couvertes d'une charpente, et encore au XIIe siècle beaucoup d'églises rurales ne sont pas voûtées. Vers 1150, les architectes normands ont adopté la voûte d'ogive sur plan carré avec doubleau intermédiaire passant par la clef. Ils ont été conduits à lancer ces voûtes après coup sur des nefs qui en étaient primitivement dépourvues. Cette addition les a entraînés à remanier l'oeuvre primitive, et en particulier à aveugler, comme cela se constate à Saint-Etienne de Caen, l'une des arcatures basses en plein cintre qui ouvrent de la nef sur les tribunes placées au-dessus des bas côtés, et à flanquer les piliers de colonnettes; à Saint-Etienne de Caen et à Bernières (Calvados), les piliers qui reçoivent les grands doubleaux ont dix colonnes engagées, les autres deux seulement. A Cerisy-la-Forêt; à Saint-Georges-de-Boscherville; à Saint-Sauveur-le-Vicomte les piliers sont flanqués de huit colonnes. Les clochers normands sont composés généralement d'une tour carrée flanquée de clochetons à la base de la flèche. L'ornementation est simple, mais la profusion des décors, bâtons brisés, chapiteaux à godrons, galeries extérieures d'arcatures entremêlées sont, avec les passages en galerie au-dessus des tribunes dans les grandes églises, les caractéristiques de cette architecture romane de Normandie. 

Les monuments de l'école normande sont nombreux. Dans le Calvados, les principaux sont : à Caen, les églises Saint-Etienne et la Trinité, dont la construction commença vers 1054 Saint-Nicolas; la crypte de la cathédrale de Bayeux, qui est du XIe siècle; Secqueville-en-Bessin, Ouistreham; dans la Manche, les églises de Cerisy-la-Forêt, Lessay et Pontorson; dans l'Orne, Domfront; dans l'Eure, l'église abbatiale Notre-Dame de Bernay, et Saint-Taurin d'Evreux; dans la Seine-Maritime, Jumièges, Saint-Georges de Boscherville, Saint-Hildebert de Gournay, l'église de Petit-Quevilly.
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Cathédrale de Bayeux
Cathédrale de Bayeux.

Les spécimens de l'architecture militaire du XIe et du XIIe siècle sont assez nombreux en Normandie. Au château d'Arques, l'enceinte est du XIe siècle; le donjon, d'après Sigebert de Gembloux, n'aurait été commencé qu'en 1123. Le donjon de Domfront est probablement du XIe siècle. Le donjon de Falaise n'est pas antérieur au XIIe siècle; il fut construit par Robert de Bellème. Le château dit de Guillaume le Conquérant à Bonneville-sur-Touques n'était pas plus ancien que celui de Falaise. Chambois, dans l'Orne, est aussi du commencement du XIIe siècle. Le château de Gisors appartient déjà à une époque de transition; il a d'ailleurs été restauré en 1123 et remanié en 1175. Tandis qu'au XIe, siècle et au commencement du XIIe siècle les donjons sont carrés, celui de Gisors est octogonal. Mais le chef d'oeuvre de l'architecture militaire normande était le formidable Château-Gaillard, dont les ruines, à un coude de la Seine, dominent le Petit-Andely. Son donjon, en forme d'amande, était entouré de trois enceintes dont les substructions sont encore visibles. Il avait été construit par Richard Coeur de Lion. La tour Jeanne d'Arc à Rouen est le donjon rond de l'ancien château de Rouen, construit par Philippe-Auguste.

L'architecture gothique.
L'école gothique de Normandie, dont l'influence s'étendit à toute la Normandie et à toute la Bretagne et s'arrêta aux frontières du Maine, n'a pas des caractères distinctifs aussi accentués que l'école romane parce qu'elle a été soumise à l'influence de l'école française, comme en témoignent les cathédrales de Rouen et de Lisieux. On s'était contenté le plus souvent en Normandie d'adapter les procédés architecturaux nouveaux aux édifices de l'époque romane. Saint-Etienne de Caen, la Trinité, Saint-Gabriel, près de Caen, nous en fournissent des exemples. Mais, à la fin du XIIe siècle, l'art gothique triomphe. C'est l'époque la plus belle de cet art. 

Alors fut commencée la cathédrale de Rouen. L'église romane avait été brûlée en 1200. La tour de Saint-Romain seule resta intacte. Jean sans Terre offrit 2000 livres pour la reconstruction qui fut immédiatement commencée sous la direction du maître maçon Enguerrand. Les voûtes de la nef ne furent achevées qu'au XIVe siècle par un certain Durand. Les travaux se poursuivirent jusqu'au XVIe siècle. Le porche de la cour des Libraires fut fait en 1462. La tour de Beurre, commencée en 1487, fut terminée par Jacques le Roux en 1606; le neveu de celui-ci, Roullant le Roux, refit le grand portail en 1510. Après le grand incendie de 1514, on édifia une flèche qui fut remplacée après l'incendie de 1822 par la flèche actuelle en fonte à laquelle on travailla de 1827 à 1876.

La cathédrale de Lisieux fut également commencée à la belle époque du gothique. L'église primitive, ayant été détruite par un incendie, avait été reconstruite de 1141 à 1182; mais, en 1226, un nouvel incendie ruina l'édifice, sauf les tours. La cathédrale actuelle (Saint-Pierre de Lisieux) fut achevée en 1233; elle fut modifiée vers le milieu du XIIIe siècle par l'allongement de la chapelle absidiale et par la réfection des portails. 

La cathédrale d'Evreux, dont quelques parties remontent au XIIe siècle et même au XIe, nous offre, dans son état actuel, une nef refaite de 1202 à 1240, un choeur dont la première pierre fut posée en 1265, mais qui fut modifié après l'incendie de 1379, et un transept du XVIe siècle.

La cathédrale de Bayeux, où nous trouvons quelques vestiges de l'église romane construite de 1077 à 1158 environ, fut en partie reconstruite vers 1240; le croisillon Nord est du XIVe siècle, la tour centrale du XVe

Celle de Coutances est presque entièrement de la première moitié du XIIIe siècle, la chapelle de la Vierge est du XIVe

Le choeur de celle de Sées fut construit de 1216 à 1250; la nef est de la seconde moitié du XIIIe siècle. 

Enfin à la même époque appartiennent les églises d'Eu, du Petit-Andely on l'on voit des peintures murales qui sont un des exemples les plus anciens que l'on puisse citer, de Fierville, de Norrey, de Langrune, de Bernières-sur-Mer, de Saint-Pierre-sur-Dives. 

Toutes les cathédrales sont construites sur un même plan qui comporte une nef, des bas côtés simples, un transept, des chapelles rayonnantes ouvrant sur le déambulatoire. La chapelle de la Vierge, disposée dans l'axe de l'église, est une véritable petite église annexée à la grande. 
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Plans de cathédrales normandes : Rouen, Bayeux, Coutances.
Plans de cathédrales normandes. De gauche à droite : Rouen, Bayeux, Coutances.

Toutes ces grandes églises ont un caractère commun; elles ont une tour-lanterne, très richement ornée, sur le carré, du transept. Les églises rurales sont composées d'une nef terminée par un chevet plat. Le caractère le plus frappant est l'acuité des arcs (arcs en lancette) surtout dans les choeurs, portails et clochers. Les croisées d'ogive sont sur plan barlong. Ces dispositions restèrent celles des monuments du gothique rayonnant auquel appartiennent Saint-Ouen de Rouen, Saint-Pierre de Caen (le choeur est du XVIe siècle) et des édifices du gothique flambloyant : Saint-Maclou de Rouen, Caudebec-en-Caux, Notre-Dame de Saint-Lô, le chœur de l'église abbatiale du Mont-Saint-Michel, Saint-Jacques de Lisieux, Saint-Jacques de Dieppe, Notre-Dame d'Alençon, les deux églises Saint-Martin et Saint-Germain d'Argentan

Les différences  portent sur des détails d'exécution, comme la construction de chapelles latérales entre les contreforts de la nef ou les piliers losangés à nervures continuant celles de la nef, les arcs-boutants doubles et à double volée (Saint-Ouen) ou encore l'arc quint-point que l'on trouve au XVI siècle dans la piscine de l'abbaye de Saint-Wandrille. Ce qui caractérise surtout l'école de Normandie à toutes les époques du gothique, ce sont les clochers, remarquables par la hauteur des flèches et des clochetons; les plus belles flèches sont celles de Saint-Etienne de Caen, de Notre-Dame de Coutances, de Bayeux, de Secqueville-en-Bessin, de Saint-Pierre-sur-Dives, de Langrune, de Bernières et de Saint-Pierre de Caen.

L'architecture civile est, représentée par de beaux spécimens : tels le beffroi d'Evreux qui compte parmi les plus beaux de France, le palais de justice de Rouen, commencé en 1499 et dont toute l'aile qui comprend la grand-chambre était terminée dès 1506, l'hôtel Bourgtheroulde encore à Rouen, la chambre de commerce de Caen. Les maisons particulières anciennes à signaler seraient nombreuses. Il y avait un véritable style normand pour les manoirs.

Architecture de la Renaissance.
La Renaissance pénétra de bonne heure en Normandie, sauf dans l'art religieux. C'est dans le choeur de Tillières, rebâti de 1534 à 1536 et dans les chapelles de Dieppe que se manifesta, timidement encore, l'influence italienne qui finit par devenir prépondérante et même exclusive : le style rococo est représenté par quelques monuments comme l'église du Havre, Sainte-Catherine de Honfleur l'église du Grand Andely qui est de trois styles différents. Le triomphe de cet art académique est dû surtout à l'école qui se fonda à Caen sous la direction d'Hector Sellier imbu des idées nouvelles. 

Dans l'architecture civile, dès les premières années du XVIe siècle, l'italianisme perce. Le château de Verneuil, construit pour le duc de Nemours, en porte les traces, même dans ses ruines. Le château de Gaillon, construit de 1508 à 1519 pour le cardinal d'Amboise, probablement d'après les plans de Fra Giocondo le Classique, par Guillaume Senault, Pierre Fain et Pierre Delorme, est en quelque sorte le témoin de la lutte de l'art indépendant et de l'art.

Sculpture et peinture.
Les traditions de la belle sculpture du Moyen âge qui avait produit les stalles de la cathédrale de Lisieux, les plus belles de tout le XIVe siècle, la chaire extérieure de Notre-Dame de Saint-Lô au XVe siècle, se perdirent au commencement du XVIe siècle, vers le même temps où Michel Colombe exécutait le Combat de saint Georges contre le dragon pour le retable du maître-autel destiné à la chapelle du château de Gaillon (1508). Déjà les deux tombeaux de la chapelle de la Vierge, dans la cathédrale de Rouen, sont imprégnés d'italianisme; celui du cardinal d'Amboise fut commencé en 1520 et terminé en 1525; le plan fut donné par Roullant le Roux, sous lequel travaillèrent, entre autres, Jean Goujon, André Le Flamand et Mathieu Laignel. Le neveu du cardinal fit placer sa statue auprès de celle de son oncle en 1541. Le tombeau de Louis de Brézé fut exécuté de 1536 à 1544 par Nicolas Quesnel : on attribue à Jean Goujon la belle figure du gisant. Jean Goujon était d'ailleurs probablement Normand; c'est à Rouen qu'on le voit tout d'abord travailler : le portail de Saint-Maclou est dû presque entièrement à son ciseau.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, la Normandie a vu naître de nombreux artistes. Parmi les peintres, il convient de citer : Nicolas Poussin, natif des Andelys (1594-1665); Jean Jouvenet, né à Rouen (1647-1727), auteur du Tableau de mai et du Magnificat; son neveu, Jean Restout, né à Rouen (1692-1768), dont les tableaux les plus célèbres sont la Présentation de la Vierge et la Destruction du palais d'Armide. François et Michel Anguier furent des sculpteurs d'un très réel mérite. (Léon Levillain)..

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