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Crucifix

L'art chrétien hésita longtemps à représenter le Christ crucifié. Bien des scrupules, bien des considérations pieuses arrêtaient les fidèles : on craignait de manquer de respect à la Divinité en la montrant en proie aux souffrances de l'agonie et condamnée à un supplice infamant. Aussi, dans les monuments primitifs de l'art chrétien, la Crucifixion n'apparaît jamais; c'est uniquement sous forme symbolique, par l'image de l'agneau blessé, étendu au pied de la croix, qu'est rappelée la mort de Jésus. A partir du VIesiècle seulement, on surprend chez les artistes le désir d'aborder ce sujet, et une ampoule du trésor de Monza montre un premier et timide essai pour représenter la Crucifixion. 
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Monza: ampoule de la cathédrale (crucifix).
Le crucifix représenté sur l'ampoule du trésor de la cathédrale de Monza.

C'est à la fin du VIe siècle que l'on rencontre les plus anciennes représentations de cette scène, en particulier dans une croix du trésor de Monza et dans une miniature d'un évangéliaire syriaque de Florence, écrit en 586 par le calligraphe Rabula. Pourtant ce n'étaient là que des monuments de piété privée; dans les édifices publics, la Crucifixion figurait à peine; dans la porte de Sainte-Sabine à Rome (VIe siècle), elle est reléguée à l'endroit le moins apparent; et Grégoire de Tours, qui cite, à la fin du VIe siècle, un crucifix peint dans une église de Narbonne, considère presque cette image comme une profanation. 
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Le crucifix dans la lithurgie chrétienne

Un prêtre qui dirait la messe sur un autel dépourvu de crucifix serait coupable de péché grave. Tout autel où se célèbrent la messe et les saints offices doit avoir son crucifix, placé sur les gradins ou, préférablement, sur le tabernacle. Il convient, en outre, de mettre un crucifix dans la sacristie, au-dessus du meuble ou le prêtre s'habille. Depuis le dimanche de la passion jusqu'au samedi saint, tous les crucifix sont couverts d'une housse violette. 

Dans la plupart des églises luthériennes, on trouve un crucifix sur l'autel. Les églises réformées n'ont jamais admis cette image en aucune partie de leurs lieux de culte, lesquels d'ailleurs ne contiennent aucun objet appelé autel.

L'Eglise recommande à tous les catholiques d'avoir, au moins, un crucifix dans chaque chambre à coucher, et de le faire bénir. (E.-H. Vollet).

Ce n'est guère qu'au commencement du VIIIe siècle que toutes les répugnances tombèrent. En 692, le concile quinisexte tenu à Constantinople avait, en proscrivant la symbolique primitive, rompu avec les anciennes traditions artistiques et ordonné de préférer la peinture historique aux emblèmes. Les conséquences de cette décision furent considérables, en particulier pour la Crucifixion. Désormais, l'image douloureuse et sanglante du Christ crucifié occupa partout la place que tenait jadis le Bon Pasteur, et, dès 705, le pape Jean VII donnait à cette représentation une consécration officielle en admettant la Crucifixion dans la décoration en mosaïque de son oratoire du Vatican. Toutefois, les images sculptées en ronde bosse ne semblent pas avoir été usitées avant le IXe siècle, et le crucifix ne paraît pas avoir été placé sur l'autel avant le XIe siècle.
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Transformations de la croix et du crucifix.
Transformations de la croix et du crucifix. - A, Croix de Sainte Radegonde (VIe siècle.) 
- B, Croix d'un croisé (XIe siècle.) - C, Crucifix, émail champlevé de Limoges (XIIe siècle.) 
- D, Crucifix, émail champlevé de Limoges (XIIe siècle.) - E, Crucifix en bronze (XIVe siècle.)

L'art chrétien, qui longtemps avait hésité à peindre le Christ souffrant et condamné, répugna plus longtemps encore à dépouiller de ses vêtements la personne divine. Dans les représentations du VIe siècle, Jésus est toujours vêtu d'une longue tunique descendant jusqu'aux pieds (colobium); et cette tradition se conserva intacte jusqu'au IXe siècle. De même, si l'on consentait à représenter les souffrances du Sauveur, on ne voulait pas représenter son cadavre. Dans les miniatures du IXe siècle encore, le Christ est droit sur la croix, en quelque sorte debout sur la tablette clouée sous ses pieds (suppedaneum); les bras sont placés horizontalement; la tête, sereine et grave, conserve une apparence de vie et n'exprime nulle souffrance. C'est le Christ triomphant plutôt que le Christ souffrant que veulent représenter les artistes; aussi mettent-ils parfois sur la tête de Jésus une couronne royale. 
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Romme : Crucifixion à l'église Sainte-Sabine de l'Aventin.
La Crucifixion représentée à la basilique SainteSabine de l'Aventin, à Rome (VIe siècle).
Ci-dessous : crucifix de l'époque carolingiennes gravés sur du cristal de roche.
Crucifix de l'époque carolingienne.

Mais à partir du Xe siècle, des traditions plus réalistes l'emportèrent. Alors le long colobium fut remplacé par une sorte de petit jupon allant de la ceinture aux genoux et qui se réduisit peu à peu jusqu'à n'être plus, au XIIIe siècle, qu'un morceau d'étoffe roulé autour des reins. Alors aussi (dès le XIe siècle en Orient et en Occident à l'époque gothique) la tête du Christ retomba sur la poitrine; la couronne d'épines ceignit son front déchiré; les bras fléchirent; le corps amaigri s'affaissa, se contourna, se tordit dans les convulsions suprêmes de l'agonie; le visage s'altéra sous la souffrance physique; le sang s'échappa des blessures.
Retable d'Isenheim : Crucifixion.

La Crucifixion représentée sur le retable d'Issenheim,
par Matthias Grünewald  (début du XVIe siècle).

Malgré ces changements d'attitude et de costume, les traits essentiels de la composition furent fixés d'assez bonne heure. Le Christ, attaché à la croix par quatre clous, et à partir du XIIIe siècle par trois seulement, les pieds posés sur le suppedaneum, la tête surmontée de l'inscription bien connue (INRI = Jésus de Nazareth roi des juifs), forme le centre d'une scène considérable. Non seulement la Vierge et saint Jean sont debout aux côtés de la croix : mais, dès le VIe siècle, d'autres personnages, les deux larrons crucifiés, le centurion qui perce le flanc du Christ, le soldat qui lui tend l'éponge imbibée de vinaigre, d'autres soldats assis au pied de la croix, des femmes, des spectateurs viennent compliquer la composition : et c'est cette tradition qu'a recueillie le Guide de la peinture byzantin. En outre, des deux côtés de la tête de Jésus, sont représentés le soleil et la lune, souvent sous la forme de figures humaines se voilant la face; enfin deux figures allégoriques placées au pied de la croix symbolisent l'Eglise et la Synagogue, l'une recueillant dans un calice le sang divin du Christ, l'autre voilée, dépouillée de sa couronne et tenant en main une bannière brisée. (Ch. Diehl).
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Crucifix en Lituanie.
Allée de crucifix en Lituanie (1933). (Source : Collection National Geographic).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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