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Crucifiement

On nomme crucifiement la représentation en peinture de Jésus sur la croix. Dans les fresques des catacombes, il est représenté sous la forme symbolique de l'Agneau, du Pélican, du Bon Pasteur, de Daniel, d'Orphée, de Jonas; la croix s'y trouve, mais sans image, et seulement comme souvenir du triomphe de celui dont les chrétiens font le fils de Dieu. Aussi elle est triomphale, formée des matières les plus précieuses, ornée de pierreries, entourée de rayons, de fleurs et de feuillages : sous cette parure on la nomme croix gemmée. A partir de Constantin, les croix ne sont plus entièrement nues; on y voit, dans un médaillon, l'image du Christ, et l'agneau symbolique repose au pied.
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Crucifixion.
Crucifiement représenté sur un psautier
irlandais conservé à Cambridge (VIIIe ou IXe s.).

Il fallait parler à l'imagination ardente des Orientaux, leur présenter le Christ triomphant, avant de le leur montrer humilié et souffrant; surtout il fallait éviter les railleries des philosophes païens, qui auraient eu encore une grande influence sur une foule souvent prévenue. Peu à peu les croix se couvrirent de symboles et d'inscriptions.

Le 2e concile de Nicée approuva une croix sur laquelle on lisait les noms d'Emmanuel, de Michel et de Gabriel. Sur quelques-unes on plaça les médaillons des quatre Évangélistes. Sur une très ancienne mosaïque on voit l'agneau symbolique; le sang lui coule d'une plaie, et tombe dans un vase : c'est déjà l'idée du supplice qui se fait jour. Enfin on commença à placer Jésus sur la croix; mais il était jeune, imberbe, et portait le bandeau royal comme en sculpture (Crucifix). 

A la suite d'une décision du concile quinisexte de Constantinople en 692, le Christ apparaît sur les croix. En 705, le pape Jean VII fait exécuter une mosaïque représentant Jésus crucifié  : sa figure  est encore sereine; cependant un soldat le perce de sa lance, et un autre lui présente l'éponge imbibée de fiel et de vinaigre; au pied de la croix on voit la Vierge et Jean; le soleil et la lune apparaissent dans le haut. 

Toutes les représentations du Christ jusqu'au Xe siècle nous le montrent calme, serein et jeune encore : c'est le Christ vainqueur de la mort; sa tête est ornée de la couronne, de la tiare ou du nimbe crucifère, et il porte la tunique de pourpre comme les empereurs. La Vierge ne montre aucune faiblesse, et semble plutôt participer au triomphe de son fils; Saint Jean, la tête appuyée sur sa main, est plus triste et moins résigné.

Mais, de glorieuses qu'elles étaient, les représentations deviennent tristes, sous l'empire des idées plus rêveuses et plus mélancoliques des peuples du Nord. C'est la Vierge qui, la première, perd de sa force et de sa dignité: sur un diptyque du XIe siècle, provenant de l'abbaye de Rambona (diocèse d'Ancône) et conservé au Vatican, elle incline la tête, elle pleure, et montre son fils d'un geste plein de douleur; les figures du soleil et de la lune marquent aussi la tristesse; mais le Christ, couronné du diadème crucifère, est encore triomphant. Cette tristesse se remarque dans les bas-reliefs des portes des cathédrales de Pise et de Bénévent, dans l'évangéliaire de Saint Louis, et, dans toutes les oeuvres des siècles suivants, Jésus lui-même incline la tête, et son corps s'affaisse; la tunique commence à être remplacée par un linge qui ceint les reins. 

Au XIIIe siècle, la scène grandit : alors apparaissent les figures de l'Église triomphante, des Anges, d'Adam, de la Religion, recueillant le sang divin, et celle de la Synagogue humiliée et vaincue. A partir de ce siècle, le caractère de tristesse devient encore plus marqué dans les représentations du Christ mourant. Le support des pieds a disparu; les pieds, croisés l'un sur l'autre, sont fixés par un seul clou; la tête, couronnée d'épines, est inclinée, les yeux fermés; la contraction des membres indique le paroxysme de la souffrance. En un mot, on cherche de plus en plus à développer le caractère douloureux de la Passion. Cimabué, Giotto, Giunta de Pise représentent le Christ agonisant et la Vierge éplorée. Buffalmacco, dans les fresques du Campo-Santo de Pise, va plus loin ; il montre la Vierge tombée évanouie à terre et entourée des saintes femmes. Enfin dans tous les crucifiements on voit la Madeleine embrasser le pied de la croix.

Les artistes de la Renaissance suivent la même voie. Aux qualités des maîtres précédents ils joignent la science moderne du modelé et de la disposition; c'est la grande époque des Michel-Ange et des Raphaël. Le XVIIe siècle fut moins heureux; ou y voit s'altérer la gravité de la scène du crucifiement : la recherche du coloris, des contrastes, de la disposition théâtrale, l'introduction des figures de princes dans les groupes, ôtent au caractère de la représentation toute force mystique et religieuse. Carrache et Tintoret ouvrirent cette  route, qui fut suivie aveuglément par Rubens, Van Dyck et tous les artistes de la même époque. L'Allemagne et l'Espagne renchérirent encore, et on vit Jésus sur la croix couvert de plaies et de sang. Sous l'influence des idées jansénistes, on rapprocha les bras de Jésus pour indiquer symboliquement le petit nombre d'élus que ces bras embrassent. (E. L.).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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