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Croix

La croix et la diffusion de son usage ont une réelle importance ethnographique. Bien que formée de lignes qui, croisées à angle droit diversement et enjolivées, sont très décoratives et se prêtent à des groupements agréables, elle ne se montre pas à l'origine comme simple motif ou objet d'ornement. Elle a eu tout d'abord le rôle d'un symbole religieux. 

Préhistoire
La forme primitive de la croix paraît être celle de la croix gammée ou swastika. Le (ou la) swastika sacré dans l'Inde, est très ancien et très répandu dans tout l'Orient. Et l'on admet assez généralement que, figurant l'appareil qui servait jadis à allumer le feu, il était le symbole du feu lui-même, de la flamme vivante, du soleil. On le donne encore comme une représentation mythique de la foudre, et comme une image du dieu de l'orage. En Europe, la croix s'est répandue avec l'usage du bronze. Elle est clairement en rapport avec un ensemble nouveau de moeurs et de croyances, de même origine peut être que le bronze. Elle est reproduite sous diverses formes sur un très grand nombre d'objets, sur des fibules, sur des poignées, sur des ceintures, mais surtout sur des pièces d'argile et en particulier des poteries. Les poteries qui en sont ornées appartiennent généralement à des mobiliers funéraires. Dans le cimetière proto-étrusque de Golasecca, chaque sépulture contient un vase portant une croix formée de deux barres lustrées. Et on a remarqué (G. de Mortillet) que la présence de ces croix, non dans un endroit apparent, mais en dessous, sur le fond, prouve qu'elles n'étaient pas employées en ce cas comme motif d'ornement, mais comme signe de consécration. Les formes préhistoriques de la croix sont aussi nombreuses que les formes chrétiennes et du même genre. Il faut remarquer parmi elles celles où le centre est occupé par un point, un cercle, ou plusieurs cercles concentriques. Le cercle avec ou sans point central s'est répandu en Europe, en même temps que la croix avec un caractère symbolique semblable (Cromlech). 

Christianisme.
Dès l'origine de l'Église, les chrétiens professèrent pour la croix une grande vénération et ils la représentèrent sous des formes plus ou moins dissimulées dans les monuments des catacombes : l'une des plus ordinaires parmi ces formes était celle de la croix ansée, de l'ancre ou du monogramme du Christ. C'est à partir du IVe siècle seulement que la croix fait son apparition sur les monuments publics, surtout dans les pays où, comme en Afrique, le christianisme avait fait de plus rapides progrès. Le texte le plus ancien qui fasse mention d'une croix sculptée est postérieur à l'année 362. Saint Zénon de Vérone, qui fut à cette date évêque de cette ville, rapporte Vérone, qui fut à cette date évêque de cette ville, rapporte qu'il fit placer une croix en forme de tau sur le sommet d'une basilique. Vers cette époque, la croix apparaît fréquemment sur les monuments. On la rencontre sur le sarcophage de Probus, qui date de la fin du IVe siècle, et sur les monnaies impériales mêmes.
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Ile Lewis (Hebrides) : une croix celtique.
Une croix celtique devant l'église de Saint Moluag, à Eoropie
(Île Lewis, Hébrides extérieures). Source : The World Factbook.

Dès le Ve siècle, la croix était représentée dans les peintures des églises, comme l'attestent les descriptions de saint Paulin de Nole pour les basiliques de Nole et de Fondi, et les mosaïques du Baptistère de Ravenne ou du monument de Galla Placidia : dès ce moment aussi, les croix portatives étaient en usage. Pour le VIe siècle, il ne peut y avoir aucun doute : dans les mosaïques de Saint-Vital à Ravenne comme au-dessus du ciborium de Sainte-Sophie, sur les diptyques d'ivoire comme sur les sarcophages, la croix figure, rappelant à la fois la mort et la gloire du Sauveur. On la portait dans les processions, on la plaçait au-dessus du ciborium qui surmontait l'autel, on la suspendait au cou en y enfermant parfois des reliques.

Quant à la forme, on distingue différentes espèces de croix : la croix decussata, en forme de X, vulgairement nommée croix de Saint-André; la croix commissa, en forme de T grec (tau) : la croix immissa, qui est la forme la plus commune, et dont la branche inférieure est plus longue que les trois autres (croix latine); la croix à branches égales qu'on appelle la croix grecque. De bonne heure, ces croix furent exécutées en matières précieuses et souvent rehaussées de pierreries ; souvent ces croix gemmées portent à leurs deux bras les lettres Alpha et Omega suspendues à l'aide de chaînettes; sur la traverse sont posés deux flambeaux, et du pied de la croix partent, dans les peintures, des rameaux verdoyants. Bientôt ces croix furent décorées avec une grande magnificence : des médaillons représentant l'agneau, le Christ ou des saints furent placés à la croisée ou à l'extrémité des branches. C'est ce que l'on voit dans la croix donnée par l'empereur Justin II à Saint-Pierre de Rome (VIe siècle), dans la croix d'argent d'Agnelles, conservée à Ravenne, dans la riche croix gemmée représentée en mosaïque dans l'abside de Sainte-Apollinaire in Classe (VIe siècle) et où la croix n'est autre chose que la représentation symbolique du Christ lui-même. On s'acheminait de cette sorte à l'idée de placer sur la croix l'image même du Sauveur crucifié.
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Croix de Guarrazar.
Croix trouvées à Guarrazar, près de Tolède (Trésor wisigoth).
Paléographie.
Des croix ont été figurées dans les chartes particulièrement à l'époque du haut Moyen âge. Au début d'un acte, la croix avait la même valeur que le chrisme, celle d'une invocation. Ces croix sont tantôt simples et tantôt ornées, pattées, cantonnées de points, etc. On les trouve aussi fréquemment au début de certaines souscriptions. Souvent aussi les croix ont cons titué elles-même des souscriptions ou signatures. Dès le Xe siècle on voit figurer, au bas de certains contrats, des croix qu'à la grossièreté et la maladresse avec laquelle elles ont été tracées on reconnaît pour autographes. Les rois de la dynastie capétienne, Hugues Capet, Robert II, Henri Ier et Philippe Ier, souscrivaient ou plutôt signaient ainsi leurs diplômes. Ce mode de souscription par la croix, tombé en désuétude au XIIe siècle, a reparu avec les signatures au XVe siècle et est demeuré jusqu'à nos jours la signature des personnes illettrées. La croix était aussi caractéristique de la souscription des notaires apostoliques; elle entrait toujours dans la composition de leur seing manuel, mais c'était une croix dessinée et non
plus rapidement tracée. (Zaborowski / Ch. Diehl).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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