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Buffet

Une buffet est un meuble de salle à manger qui sert à exposer la vaisselle et les objets du service de la table (L'art du meuble). Il se confond, aux débuts du Moyen âge, avec le dressoir sur lequel ces mêmes ustensiles étaient déposés. Bien que les conditions de fabrication des buffets soient spécifiées dans le Livre des Métiers d'Etienne Boileau, dès le XIII siècle, ce meuble portait plus souvent le nom de dressoir et parfois celui de buffet-dressoir. Le dressoir était primitivement un coffre, la pièce fondamentale du mobilier d'alors, élevé sur des pieds. Plus tard on plaça sur ce coffre des gradins et on en ouvrit l'intérieur au moyen de vantaux, afin d'utiliser, dans la mesure du possible, toutes les surfaces disponibles, tant sur la base, qu'au centre et dans la partie supérieure. Ces gradins, disposés en étages, portaient eux-mêmes le nom de dressoirs, parce que les vases de la vaisselle y étaient dressés. La forme et les dimensions des dressoirs, tels qu'on les comprenait à cette époque, étaient très variables, bien qu'elles fussent déterminées. On trouvera plus de développements sur l'usage de ce meuble et sur ses divers types de fabrication au mot dressoir. La forme des buffets était plus incertaine. 

Tantôt, lorsqu'ils étaient surmontés de gradins, reposant sur des colonnes et surmontés d'un dais, ils présentaient l'aspect d'un dressoir. D'autres fois, lorsqu'ils étaient divisés dans leur centre, en plusieurs parties fermées par des vantaux, ils prenaient la désignation de buffets-armoires. Les inventaires mentionnent assez souvent des buffets ayant deux ou plusieurs armoires, pour qu'il soit permis de supposer que l'armoire avait servi à désigner ces vantaux, avant de devenir le meuble complet que nous connaissons. Du reste, les termes employés au Moyen âge pour désigner les objets d'ameublement étaient si variables suivant les locutions de chaque province, et la partie accessoire y est si fréquemment prise pour le tout, qu'il est difficile d'en tirer une conclusion formelle à cet égard. De même qu'il y avait des dressoirs-buffets, il y avait aussi des buffets-armoires. Au XVIe siècle cependant, l'usage de ce dernier meuble tendit à se généraliser aux dépens du dressoir qui, s'il se prêtait mieux à l'apparat, était moins propre à conserver les vêtements et les objets précieux. On classa définitivement sous le nom d'armoires les meubles à deux corps uniformes, formés de quatre vantaux. Pendant que l'armoire le remplaçait dans les chambres à coucher et même dans les salons, le buffet conservait sa destination première dans la salle à manger et dans les cuisines. Il devint un meuble d'utilité dont les nombreux tiroirs renfermaient la provision d'ustensiles nécessaires au service de la table.

Le buffet primitif était souvent un meuble mobile. Pour les banquets et les cérémonies, on disposait un certain nombre de gradins sur lesquels on exposait des pièces d'argenterie qui formaient une décoration. Lors de l'entrée solennelle des rois de France à Paris, on leur servait un repas de gala dans la grande salle du palais royal, actuellement le Palais de justice. Tout autour de la table de marbre où mangeait le souverain, étaient installés des buffets à étagères revêtus de riches étoffes sur lesquelles étaient placés les nefs de parement, les grandes salières, les bassins, les aiguières et les coupes appartenant à la couronne, qui composaient ce qu'on appelait le buffet du roi. La ville offrait en cette circonstance, au roi et à la reine, un certain nombre de pièces d'argenterie qui portaient également le nom de buffet d'or ou d'argent. Dans cette désignation, la partie principale l'emportait et le meuble n'était plus considéré que comme accessoire. Pendant longtemps cette appellation persista et en offrant un buffet d'argent, ou en désignant une valeur semblable dans un inventaire, on sous-entendait qu'il s'agissait de pièces d'argenterie suffisantes pour garnir un buffet. Les constructions des buffets provisoires n'étaient pas toujours fixées le long des murailles; d'autres fois les gradins en étaient étagés sur les tables mêmes où le repas avait lieu, et les pièces d'argenterie étaient séparées par des vases de fleurs et par des pièces de confiserie. 

Ce fut l'origine des surtouts qui remplacèrent peu à peu les trésors d'argenterie que leur valeur condamnait à être fondus. Dans les gravures représentant les fêtes de Versailles, on voit les tables de festins couvertes de pièces montées et de compartiments dessinés par des corbeilles de fleurs et de fruits, entourant une grande composition allégorique en l'honneur du roi. Le pavillon où le repas devait avoir lieu était de forme circulaire avec des arcades ouvertes, dont les pilastres servaient d'appui aux magnifiques pièces d'argenterie du palais de Versailles. Les gravures de Cochin ne montrent plus ces richesses anéanties, que l'on avait remplacées par des fleurs, par des vases de faïence et par des ornements dont le goût suppléait à la valeur absente. Ces décorations portaient encore le nom de buffet, bien qu'on n'y vit plus d'argenterie et qu'il n'y eut pas d'autre meuble qu'une construction provisoire. Cette désignation s'applique encore de nos jours aux buffets de restaurants ou de gares de chemins de fer et aux buffets de soirée, dans lesquelles on trouve à manger et à se rafraîchir, bien qu'à proprement parler ce meuble en soit presque toujours absent.

Les formes et la disposition des dressoirs-buffets que l'on retrouve dans les miniatures des manuscrits des premiers siècles du Moyen âge sont simples et peu compliquées. Le coffre qui avait servi de point de départ à cette pièce d'ameublement y apparaît supporté par des montants droits, avec ses vantaux sans moulures, revêtus de pentures en fer. Les progrès du luxe lui donnèrent au XIV siècle un caractère plus artistique; les pieds furent entaillés à gorge et revêtus de feuillages, tandis que les volets étaient ornés d'arcatures simulant des verrières. La ferronnerie des serrures et des charnières, ouvrée à jour, se détachait sur un fond de drap rouge. Au-dessus commençait à s'élever une sorte de dais à baldaquin retombant, qui vers la fin du Moyen âge reçut un découpage flamboyant. Les panneaux de ce baldaquin étaient revêtus de peintures ayant le plus souvent un caractère religieux, dont quelques spécimens nous sont parvenus. 

Le motif principal de la décoration de ces meubles était la fleur de lis, emblème national français dont les menuisiers-huchiers savaient tirer les combinaisons les plus élégantes, en les disposant au milieu d'arcatures ogivales. Le champ des caissons inférieurs était uniformément occupé par une série de panneaux représentant des rouleaux de parchemin à moitié dépliés, genre spécial d'ornementation sur lequel l'art du menuisier a vécu pendant plus de deux siècles. Sous le règne de Louis XI, la sculpture, qui jusqu'alors ne s'était appliquée que par exception à l'ameublement, tendit à prendre le rôle principal. La figure entra hardiment dans la décoration des dressoirs-buffets qui ne présentaient encore que des combinaisons de feuillages et de détails d'architecture

On observe alors deux courants dans la fabrication, celui de l'ancienne école française, admettant les pilastres à arabesques et les médaillons d'après l'antique importés d'outre-mont, tout en conservant les pinacles ogivaux, et celui de l'école nouvelle fondée sur les bords de la Loire par les artistes italiens de la cour, qui adopte plus docilement l'imitation des arabesques et des trophées de Milan et de Florence. La disposition de ces meubles subit alors une modification : le dressoir cessa d'être rectangulaire pour devenir un trapèze. Les deux montants du devant furent par suite échancrés de manière à former des panneaux supplémentaires qui s'appuyaient sur deux piliers en forme de colonnettes ogivales ou à balustre

Les vieux ouvriers français sculptaient habituellement sur les volets de ces meubles le sujet de l'Annonciation dont les tiges de lis et les détails accessoires d'intérieur leur permettaient de donner satisfaction à leurs traditions naïves et réalistes, tandis que ceux qui subissaient l'influence italienne couvraient les vantaux et tous les caissons du meuble d'une végétation d'arabesques, de fleurons et de trophées d'une élégance exquise. Il n'est pas rare, du reste, de rencontrer des dressoirs ou ces deux styles se marient d'une manière si intime, que l'on ne saurait préciser celle des deux écoles à laquelle il faut l'attribuer. La fusion complète de ces deux éléments ne tarda pas à s'opérer et les ateliers de l'île-de-France et de la Touraine, de la Normandie, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Lyonnais, produisirent bientôt des oeuvres d'un goût nouveau. 

Les délicieuses compositions de Jean Goujon et de Germain Pilon servirent de modèles préférés aux sculpteurs sur bois de l'île-de-France et de la Normandie, tandis que ceux de la vallée du Rhône s'inspiraient plus volontiers des oeuvres d'Hugues Sambin et des arabesques dessinées pour les ateliers d'imprimerie de Lyon. Cette dernière contrée produisit un grand nombre d'armoires à deux corps d'une large facture, qui sont souvent désignées sous le nom de buffets et qui fréquemment en tenaient lieu. Elles se composent de quatre vantaux uniformes revêtus de trophées, de chimères et de portiques aigus qui sont séparés par des termes ou des cariatides. Les compositions gravées de Ducerceau et de Delaune fournirent à l'industrie des modèles compliqués, dont les formes ne sont pas toujours nettement accusées malgré leur élégance. Il est parfois difficile de reconnaître si ce sont des dressoirs, des buffets ou des armoires. Le meuble perdit alors sa simplicité première pour devenir pittoresque. En cherchant le nouveau, les compositeurs trouvaient souvent le bizarre. La supériorité de l'exécution rachetait heureusement l'infériorité de la forme.

Dans la dernière période du XVI siècle, la lourdeur générale tendit à s'accuser et la fabrication française fut envahie par l'imitation des gravures et des modèles des Pays-Bas et de l'Allemagne. Les buffets-dressoirs étaient supportés par des balustres ventrus et le motif principal de la décoration était formé par deux corps opposés de chimères se terminant en volutes. L'armoire était plaquée de longues colonnettes à fuseaux, dont les étages successifs simulaient une architecture sans cohésion. Bientôt le meuble cessa d'être sculpté, il n'offrit plus que des colonnes à demi-engagées dans le corps et les vantaux simplifiés furent incrustés de lignes indiquées par des bois de nuances différentes. Avec les modèles de Vredeman de Vrièse, on tomba dans l'armoire colossale néerlandaise pour laquelle on recherchait seulement la rareté de la matière employée.

Certaines provinces françaises restaient cependant à l'abri de cette tendance. La Picardie notamment produisait alors des buffets à nombreux volets, dont le travail et la disposition, bien que sortant des ateliers locaux, sont supérieurs aux imitations exotiques. Le réveil de l'originalité de l'art français, qui s'opéra au XVIIIe siècle, vint donner au mobilier une forme que l'on rencontre encore de nos jours. La division fut nettement tranchée entre le buffet et l'armoire. Celui-ci devint un meuble à quatre vantaux et à deux corps, dont l'un avançant formait la partie inférieure et l'autre, placé en retrait, devenait la partie supérieure, tandis que l'armoire était fermée par deux volets régnant dans toute sa longueur. L'habileté extraordinaire des sculpteurs ornemanistes des règnes de Louis XIV et de Louis XV leur a permis d'exécuter des buffets dont les ornements rappellent ceux des plus belles boiseries des palais de France. Bien que tirés d'une matière, le chêne, qui ne présente aucune valeur intrinsèque, la beauté de leur exécution les fait rechercher par les amateurs presque à l'égal des meubles à incrustations de cuivre sur fond d'écaille ou à appliques de bronze sur bois exotiques. Ce sont là cependant des exceptions.

Le buffet remplissait habituellement le rôle plus modeste d'un meuble utile dont les vastes flancs pouvaient contenir les ustensiles et la desserte de la table et ceux de la cuisine. Les tableaux de Chardin et les gravures du XVIII siècle lui donnent cet emploi et c'est celui qu'il conserve actuellement. Ses dimensions s'opposent à ce qu'il trouve place ailleurs que dans les grandes cuisines de la province et celles de Paris doivent se contenter de buffets appropriés à leurs proportions exiguës. Il est peu de salles à manger dans lesquelles on n'aperçoive un buffet; mais on a dû en réduire les mesures pour nos pièces étroites. Le plus souvent il tend à remonter vers son origine première et à prendre l'aspect d'un dressoir. Le corps central à deux volets a perdu ses points d'appui isolés pour reposer sur le sol, et il est surmonté de gradins étagés. Cette forme de meuble a été répétée en bois d'acajou, dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine, à Paris, avec une abondance aussi banale qu'étrangère à l'art. Une autre disposition plus logique affecte la forme d'un buffet-armoire dont le corps inférieur sert de base et est séparé des gradins placés dans une armoire à volets vitrés, par un vide désigné sous le nom de cave, où l'on place la desserte de la table. Malheureusement ce meuble, taillé le plus souvent dans le bois de chêne, affiche des prétentions à la sculpture que les conditions de bon marché dans lesquelles il est produit ne lui permettent pas de justifier. 

A la même époque, l'Allemagne et l'Angleterre sculptent un grand nombre de buffets dans le style de la Renaissance. Le premier de ces pays, reprenant les modèles de Dietterlin et de Vrièse, ne montre guère que des ouvrages lourds et froids, tandis que la production insulaire, en mélangeant les ornements du style des Tudor, avec les formes capricieuses de l'extrême Orient, a su créer un mobilier original. (A. de Champeaux).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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