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Bouclier

Le bouclier est une ancienne arme défensive, en métal ou en osier garni de peau, que L'on portait au bras gauche pour parer les traits ou les coups d'épée de l'ennemi. L'usage du bouclier remonte à la plus haute antiquité, et sa forme a souvent varié. Les Romains en avaient de diverses sortes, de longs et de ronds, ces derniers garnis en leur milieu d'une espèce de bosse servant d'attache. A dater du Xe siècle et pendant tout le Moyen âge, on eut des boucliers ou écus en forme d'amande, et on les tenait toujours la pointe en bas. Le bouclier a pratiquement disparu en Europe à partir de la Renaissance, mais on a continué à le trouver en usage jusqu'au seuil de l'époque contemporaine chez de nombreuses populations, hors d'Europe. Ainsi, le bouclier a été trouvé par les Espagnols de Fernand Cortez au bras des guerriers mexicains, et les Chinois passent pour l'avoir connu de toute Antiquité.
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Le bouclier d'Achille , d'après Homère et reconstitué par Quatremère de Quincy.

Boucliers à travers le monde.
L'arme défensive dont les humains se sont servis ne devait pas différer sensiblement de leur arme offensive la plus rudimentaire : ce devait être une branche d'arbre, un bâton, peut-être un peu plus large et plus aplati que celui qui servait à l'attaque. Cette supposition, étrange au premier abord, est basée sur des faits et des observations. Plusieurs populations n'ont jamais connu l'emploi du bouclier. Les habitants de l'île Drummond (une des îles Gilbert, Kiribati), de même que les indigènes des îles Samoa, savaient merveilleusement se garer des flèches ennemies, rien qu'à l'aide de bâtons et de massues; c'est aussi de cette manière que se défendaient les habitants des îles Hawaii et les Tahitiens

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Figure 1. - Boucliers divers.

En Afrique, les Dinkas du haut Nil Blanc, les Moundous leurs voisins du sud, de même que les Baguirmi du Tchad se faisaient aussi remarquer par l'adresse avec laquelle ils détournaient les flèches de leurs ennemis à l'aide de bâtons droits ou recourbés en forme d'arc et un peu élargis au milieu (n° 8 de la fig. 1). Des bâtons analogues, munis d'une rondelle, ont été trouvés dans un tombeau égyptien ancien; ils sont conservés au musée du Louvre. Les Hottentots (Khoï-Khoï) employaient les massues (kirri) pour se défendre des flèches à la guerre, et avaient des cannes pour parer les coups de lance dans leurs exercices d'escrime (kolben). Souvent les bâtons qui, servaient à la défense étaient pointus aux deux bouts; c'est probablement un engin similaire qui a été à l'origine du madou, l'arme défensive et offensive des Khonds de l'lnde centrale, formée de deux cornes d'antilope réunies par leur base (n°11 de la fig. 1). 

Les différentes formes de bouclier qui ont été en usage chez les peuples anciens semblent n'être que les dérivés de la forme primitive, le bâton. Seulement, cette évolution du bouclier, si l'on peut s'exprimer ainsi, s'est opérée de façons diverses, suivant les conditions locales. On peut cependant distinguer deux directions principales, deux types de développement auxquels on pourrait ramener tous les autres. Le premier n'est que le développement en largeur et l'aplatissement du bâton; il aurait donné naissance à la plupart des boucliers allongés; le deuxième est caractérisé essentiellement par l'application sur le bâton d'un morceau de bois, de peau, etc., autour de l'endroit où il est tenu par la main; ce protège main aurait donné naissance aux boucliers ronds et à quelques boucliers allongés.

L'exemple le plus frappant du premier type nous est fourni par les boucliers des Aborigènes australiens. Dans une collection tant soit peu complète de ces objets on peut suivre pas à pas les transformations du bâton en bouclier. Certains boucliers (les tamarangs) ne sont que des bâtons un peu aplatis et élargis au milieu (n°s 1 et 2 de la fig. 1, face et profil) ; d'autres (les moulabakka) sont des planchettes très étroites, arrondies vers les deux bouts (n°s 3 à 5 de la fig. 1, les deux faces et le profil); d'autres enfin prennent la forme de planches assez larges, de forme ovale, rappelant les boucliers des guerriers du Moyen âge. La poignée qui sert à retenir le bouclier est absente dans la première forme, mais dans la seconde elle est représentée par un trou ou une large fente pratiquée à travers la face postérieure, un peu bombée ou dièdre du bouclier (n°s 4 et 5 de la fig. 1); on passe la main à travers la fente et l'on tient le bouclier par l'espèce de poignée que forme la partie intacte en arrière de cette fente. 
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Guerriers masai armés de lances et de boucliers.
Guerriers zoulous armés de lances et de boucliers.
Guerriers masaï et, à droite, zoulous, armés de boucliers.
Ci-dessous : boucliers utilisés dans la région soudanienne au début du XXe siècle.
Guerriers du Soudan armés de boucliers. Guerrier du Soudan armé d'un bouclier.

Dans les grands boucliers ovales cette poignée est remplacée parfois par une lanière de cuir fixée à ses deux bouts. Les trois formes de bouclier australien que nous venons de décrire ne sont que le développement graduel en largeur du bâton. Ils servent  pour se défendre des frondes, des javelots et des massues-projectiles; pour parer les coups de boomerang, on emploie un bouclier spécial dont la face antérieure est dièdre. Des boucliers analogues, un peu élargis aux deux bouts (n° 6 de la fig. 1), ont aussi été employés par les Alfourous des Moluques septentrionales. Le bouclier caractéristique des Dayaks de Bornéo et d'autres populations  de l'Indonésie (n° 7 de la fig. 1) dérive aussi de la forme primitive de tamarang. C'est une planche en bois, ayant la forme d'un hexagone dont les deux bords parallèles à l'axe sont beaucoup plus longs que les autres. Une forme presque identique se retrouve chez les tribus de Chittagong en basse Birmanie.

Le deuxième mode de développement du bouclier est l'adjonction au bâton d'une espèce de garde en bois, en métal ou en peau. Déjà les bâtons ou boucliers primitifs des Moudous sont entourés au milieu d'une bande de peau de buffle, sous laquelle on passe la main pour les tenir (n° 8 de la fig. 1). Supposons qu'un jour cette bande annulaire, se trouvant à moitié détachée, forma en avant de la main un rempart dont la surface assez grande la protégeait plus efficacement que l'anneau, et nous aurons une origine possible des boucliers en peaux d'animaux fixés sur un bâton, d'abord fort petits comme chez certaines tribus sud-africaines, chez les Fans (n° 9 de la fig. 1) et chez les Hottentots, puis devenant les énormes boucliers allongés des Zoulous (n° 10 de la fig. 1). Dans ces derniers le bâton axial persiste encore et maintient droite la peau, mais on ne le remue plus comme chez les Hottentots pour faire de l'escrime; il suffit, pour se défendre, de se cacher derrière le bouclier qui couvre tout le corps. La touffe de crins qui surmonte le bâton axial protège le front, et l'on peut voir de derrière le bouclier les mouvements de l'ennemi. On retrouve des boucliers analogues, mais quadrangulaires, chez les Chouli du haut Nil Blanc, chez les Fans de l'Ogoué, etc. Chez d'autres peuples africains, surtout chez ceux qui sont cavaliers ou nomades, les nécessités de déplacements ont déterminé la forme arrondie, plus légère, du bouclier en cuir, dont le bâton a disparu et dont la poignée est faite d'une lanière. Tels étaient les boucliers des Bedjas, des populations de la Corne de l'Afrique, mais aussi ceux des Indiens de l'Amérique du Nord.
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Guerriers béninois armés de boucliers (bronzes du XVIe siècle).
Guerriers béninois armés de boucliers (bronzes du XVIe siècle).

Dans certains pays où le bétail est rare, on a confectionné des boucliers analogues à ceux des Zoulous et d'autres populations de l'Afrique Australe avec des tiges de rotang et de roseaux ou avec des feuilles de palmier artistement tressées; tels sont les boucliers ovales des Nyam-Nyams (Soudan), les boucliers en forme de cerf-volant de certaines tribus dayaks (Bornéo), etc. Ces boucliers ne sont pas très solides, mais ils présentent cet avantage que les pointes de flèches qui les touchent, au lieu de rebondir, s'y enfoncent et y restent adhérentes au profit du guerrier. Dans les armes des Khonds que nous venons de décrire (le madou, n° 11 de la fig. 1), la main est protégée par une plaque ronde en métal placée en avant de la réunion de deux cornes; cette plaque est souvent munie d'une pointe. Plusieurs armes, défensives et offensives en même temps, dérivent de cette forme, notamment en Inde et au Japon; mais la petite plaque ronde en métal garantissant la main a été transportée sur d'autres formes de bouclier (l'umbo des boucliers des Germains), ou bien elle a été agrandie et utilisée toute seule comme bouclier rond des Grecs et des Romains. Les quatre disques bombés des boucliers ronds qui ont été en usage en Inde, en Iran, au Turkestan (n° 12 de la fig. 1), etc., ne sont que les représentants des têtes de clous qui servaient à fixer l'umbo sur le bouclier.

Les plus anciens boucliers que l'on ait trouvés en Europe, ceux de l'âge du bronze, sont ronds, mais il ne faut pas en conclure que c'était la forme primitive. Il est plus naturel de les considérer comme des parties métalliques (umbo), qui étaient appliquées, pour protéger la main, sur de grands boucliers allongés en bois, en osier ou en peau qui n'ont pu résister à l'action destructive du temps et ne se retrouvent plus. Les nombreux dessins en fournissent la preuve et l'on a trouvé même dans une sépulture ancienne en Allemagne un bouclier allongé tressé en osier et recouvert de peau avec la plaque métallique.
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Guerriers de Vella lavella (Iles Salomon), armés de boucliers.
Guerriers de Vella lavella (Iles Salomon), armés de boucliers.

Les ornementations du bouclier sont aussi anciennes que l'arme elle-même. Déjà les boucliers étroits des Australiens sont ornés de raies (n° 3 de la fig. 1), ou de lignes courbes rouges et blanches; les boucliers des Dayaks sont couverts de dessins représentant des monstres et portent les touffes de cheveux provenant des têtes coupées aux ennemis (n° 7 de la fig. 1). Les dessins tressés sur les boucliers des Nyam-Nyams sont aussi variés qu'artistiques; les boucliers des Indiens de l'Amérique du Nord sont ornés de figures représentant le totem ou les armes de la tribu, prototype du blason que l'on trouve en Europe. La riche ornementation des boucliers orientaux, persans, hindous, turcs (n° 12 de la fig. 1) est connue de tous les artistes et collectionneurs. (J. Deniker).

Les boucliers de l'Antiquité et du Moyen âge.
Le bouclier était le plus souvent fait soit de métal, soit de bois ou d'osier recouvert de cuir. Sa forme avarié à l'infini. On l'a vue tour à tour ovale, ronde, triangulaire, carrée, rectangulaire, hexagonale, affectant la figure d'une lyre, d'une feuille de trèfle, de lierre, etc. Le bouclier était toujours convexe en dehors et concave en dedans. Il se portait au moyen d'anses, poignées ou simples courroies qui servaient à le fixer au bras et à la main et s'appelaient énarmes, ou bien il se suspendait au cou du guerrier, à l'aide d'une chaîne ou courroie que les Grecs nommaient telamôn et qui s'appelait guige au Moyen âge. Suivant sa forme, sa destination, son époque, le bouclier a porté différents noms, dont les plus connus sont : clipeus, écu, égide, manteau d'armes, parma, pavois, rondache, rondelle, targe

Si haut que l'on remonte, dans les monuments que nous a laissés l'Antiquité, on trouve mention du bouclier. Celui d'Héraclès est cité par Hésiode; Hérodote nous montre cette arme comme étant usitée chez les Egyptiens. Un monument de ce pays, datant du XIe siècle avant notre ère, nous fait connaître un bouclier carré en bas, arrondi en haut et atteignant presque la hauteur d'un homme. Le bouclier égyptien était percé d'un trou qui permettait au soldat d'observer son ennemi sans se découvrir. Les Hébreux se servaient du bouclier. Cette arme existait également chez les Assyriens et les Perses. Les Babyloniens du VIIIe siècle av. J.-C. avaient, pour la bataille, le bouclier rond, et le long pavois pour la guerre de siège. 

Dans Homère, le bouclier des héros est ovale ou rond et très grand. Au VIe chant de l'Iliade, quand Hector rentre un instant dans la ville pour adresser des prières et faire des sacrifices aux dieux, son grand bouclier, qu'il porte sur son dos à l'aide du telamôn, lui bat la tête et les talons. La magnifique description du bouclier d'Achille, forgé par Héphaistos, est bien connue. 
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Le bouclier d'Achille

Ce bouclier, décrit par Homère dans le XVIIIe livre de l'Iliade, n'a sans doute jamais existé; mais il donne l'idée qu'on se faisait d'un semblable travail au temps du poète, et il est, à ce titre, intéressant pour l'histoire de l'art.

Pope a montré, dans une dissertation spéciale, que les scènes placées par Homère sur le bouclier peuvent être représentées conformément aux règles de la peinture. Nous en avons, en effet, l'image dans le traité de Blasius Caryophilus, De clypeis veterum, dans l'Apologie d'Homère de Boivin, au XXVIIe volume des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et dans la traduction de l'Iliade par Bitaubé. Quatremère de Quincy et Flaxman en ont aussi essayé la restauration.

La reconstruction de Boivin divisait elle aussi le bouclier en 4 cercles : Le premier, qui est celui du milieu, représente le ciel, la terre et l'océan; le deuxième, le cours du Soleil et les 12 signes du zodiaque; le troisième contient 12 compartiments, dans chacun desquels est une des scènes décrites par le poète, la guerre entre les hommes et avec les dieux, la guerre entre les animaux, la chasse, la pêche, une ville en paix, une noce, un jugement, le labourage, la moisson, la vendange, des courses de chevaux et de chars, des chants et des danses; le quatrième est formé par l'Océan qui entoure tout l'ouvrage.

Schlichtegroll a pensé que la figure du bouclier était plutôt ovale, et que les sujets ne remplissaient pas 12 compartiments, mais 8; son opinion a été adoptée par Lessing (dans le Laocoon) et par Nast (De clypeo Homerico).

Quoi qu'il en soit; Homère n'aura pu voir qu'en Asie Mineure les modèles qui lui ont suggéré l'idée du bouclier d'Achille, car alors la Grèce n'était pas assez avancée dans la civilisation pour un pareil travail; Le poète fait entrer, dans la composition de son bouclier, le cuivre, l'étain, l'argent et l'or. Il connaissait évidemment, non seulement la gravure et la ciselure, mais encore l'art de rendre, par l'impression du feu sur les métaux et par le mélange de ces métaux, la couleur des différents objets, et celui de rapporter et de souder sur un champ plein et uni un nombre infini de petites pièces. Quant à l'assertion d'Eustathe, qui, prenant trop à la lettre certaines paroles d'Homère, suppose que les figures du bouclier étaient en quelque sorte animées et se mouvaient par des ressorts, elle est complètement inadmissible. (B.).

Homère nous parle encore du bouclier de Nestor, fait d'or pur; de celui d'Ajax, recouvert de sept peaux de taureaux, et de celui d'Agamemnon qui couvrait tout entier le roi des rois et portait vingt bosses d'étain blanc sur sa surface. Extérieurement doublé de plaques métalliques, le bouclier héroïque était décoré d'emblèmes, tels qu'un serpent, une panthère, une tête de boeuf (fig. 2), etc. Le bouclier d'Ulysse portait un dauphin, celui d'Agamemnon un masque de Gorgone celui d'Hector un lion. 

Quelquefois le bouclier était garni, à la partie inférieure, d'une bande d'étoffe tombante, de couleurs vives et variées, qui formait à la fois un brillant ornement et une protection pour le bas des jambes.
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2 - Bouclier grec à tête de boeuf.

Au cours des âges classiques, le bouclier grec a des formes diverses. On voit encore le bouclier ovale ou rond, qui rappelle celui de l'époque archaïque; mais le bouclier rond n'a plus de telamôn, il porte au centre et en dedans une anse en cuir ou en métal où le guerrier passe le bras, tandis que sa main serre une poignée fixée près du bord (fig. 3). 
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3 - Anse et poignée de maintien d'un bouclier rond.

Un autre bouclier, dit béotien, est ovale et échancré des deux côtés pour faciliter au soldat le jeu de ses armes, sans l'obliger à se découvrir (fig. 4). C'est l'arme de l'hoplite. Les Grecs ont enfin le petit bouclier asiatique, en forme de croissant (fig. 5). C'est l'arme du peltaste, moins pesamment armé que l'hoplite.
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4 - Bouclier dit béotien.
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5- Bouclier asiatique.

Dans les premiers âges de Rome, les guerriers romains avaient le clipeus, petit bouclier rond, imité des Étrusques. Mais cette arme paraît avoir été abandonnée sous le règne de Servius Tullius. Elle fut remplacée par le scutum, qui devint l'arme définitive de l'immortel légionnaire romain. Ce bouclier était quadrangulaire (1,20 m de haut sur 0,80 m de large) et bombé en forme de demi-cylindre. Il était fait de deux couches de planches minces, en bois de peuplier, de saule ou de tilleul, croisées, collées et revêtues de toile épaisse mise en double, et de cuir. 

Le consul Camille lui donna une bordure métallique, dit-on, pour qu'il opposât plus de résistance aux coups des gaulois. Au centre, saillait un umbo métallique rivé au bois. L'extérieur était peint à la couleur de la légion et présentait divers emblèmes, un foudre ailé, une guirlande, une couronne, un croissant, un aigle, un losange; etc. (fig. 6). A l'intérieur étaient inscrits le numéro de la cohorte, celui de la centurie et le nom du propriétaire de l'arme.
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Le « bouclier » de Scipion

On connaît sous le nom de bouclier de Scipion un disque d'argent fin, d'un poids de 42 marcs, d'un diamètre de 66 centimètres environ, et qui, pêché dans le Rhône en 1656, se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris. Spon, qui en publia la première description, le regardait comme un bouclier, votif, représentant le jeune P. Corn. Scipion au moment, où il rend à l'Espagnol Allucius sa fiancée; ce bouclier aurait été fabriqué à Rome, en l'an 210 av. J.-C., et Scipion I'aurait perdu dans le Rhône, a son retour d'Espagne en Italie. Selon l'opinion de Winckelmann, adopté par la suite, ce n'est qu'un plateau représentant Briséis rendue par Agamemnon à Achille, et ce plateau fut, peut-être un ornement d'abaque ou buffet romain, exécuté vers le IIe siècle de l'ère chrétienne (Millin, Monuments antiques inédits).

Paul-Emile défendit aux sentinelles d'avoir leur bouclier, afin qu'elles ne fussent pas tentées de s'endormir en s'appuyant dessus. Les troupes légères (vélites) de l'infanterie et la cavalerie portaient un bouclier rond appelé parma, d'environ 1 m de diamètre. Il était de cuir, soutenu par une armature de fer ou d'osier. César nous apprend que le légionnaire portait d'ordinaire son bouclier dans un étui, d'où il le tirait pour combattre, ce qui l'exposa parfois à être surpris. 
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6 - Boucliers quadrangulaires (scutum).

L'enseigne romaine était surmontée d'un bouclier qui supportait l'aigle. La colonne Trajane montre que, vers le commencement du IIe siècle, le bouclier n'avait pas encore changé de forme, mais l'umbo était orné de figures particulières à chaque légion. Le prétorien que nous fait connaître la colonne Antonine, n'a plus le grand bouclier carré, il en porte un de forme circulaire, plus grand que la parma. 

On appelait, dans l'Antiquité, boucliers votifs des boucliers offerts aux dieux après chaque victoire, et suspendus dans les temples, comme nos modernes ex-voto. On conservait à Rome douze boucliers sacrés appelés ancilia
Les Gaulois, au moment de la conquête romaine, avaient un bouclier de la taille de l'homme, ovale ou en forme de carré allongé, plus large au milieu qu'aux extrémités. Il était orné d'attributs et d'images servant à distinguer entre elles les différentes populations.
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Boucliers gallo-romains.
Boucliers gallo-romains,
figurés sur l'Arc d'Orange.

Les Germains avaient anciennement le bouclier carré, de 8 pieds sur 2, en osier treillissé, recouvert de peau et quelquefois plaqué de bronze ou de fer. Il était peint en couleurs vives, surtout en blanc et en rouge. Il fut plus tard remplacé par un bouclier rond, avec une bosse au centre, fait de bois de tilleul et bordé de fer. Les hiéroglyphes dont il était peint représentaient les actions d'éclat du chef à qui il appartenait. Tacite nous apprend que, chez les Germains, l'abandon du bouclier était regardé comme le plus grand des crimes.

Le bouclier mérovingien était rond, en bois, avec une carcasse de fer, et recouvert de peau. Il portait un ombilic généralement en fer, en forme de cône écrasé et renflé à sa base, souvent terminé par un bouton. La poignée en était disposée de telle façon qu'on ne pouvait se servir de cette arme qu'à la main et sans l'embrasser. La loi salique exigeait que le roi eût son bouclier pour rendre la justice. Les Vikings, lors du siège de Paris, en 888, avaient des boucliers peints à la romaine. Le bouclier anglo-saxon était rond et bombé, dans le genre de celui des Francs
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7 - Bouclier franc 
(époque carolingienne).

A la fin du XIe siècle, celui de l'homme d'armes avait la forme d'un coeur, arrondi à la partie supérieure, pointu par le bas. Il était en bois, revêtu de cuir, avec garniture de fer. L'intérieur en était doublé et matelassé. Il se portait sur l'épaule gauche, la pointe en arrière, suspendu au cou par une guige. Des énarmes permettaient de l'embrasser. Il était souvent peint et orné de figures bizarres servant à distinguer entre eux les guerriers, bien que les armoiries proprement dites ne dussent apparaître que plus tard. 

A la fin du XIIe siècle, le bouclier (écu) devint plus petit. Au moment de combattre, le cavalier le portait suspendu au cou par la guige, sans y engager le bras; cela s'appelait mettre l'écu en cantel ou encanteler l'écu. En marche, l'écu se rejetait sur le dos. Pendant le règne de saint Louis, on voit l'écu se rapetisser encore et se réduire à un carré de la largeur de la poitrine. Il était généralement peint et armorié. Sa bordure s'appelait frise, et l'espace compris entre elle et le centre de l'écu (ombilic) était le champ.
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8 - Pavois d'assaut (vue extérieure).

Vers la fin du XIVe siècle, on vit apparaître la rondelle à poing, qui ne mesurait pas plus d'un pied un quart de diamètre. Elle se conserva jusqu'au XVIe siècle. Le pavois ou pavesade, espèce de claie qui servait à abriter l'archer et l'arbalétrier, était d'origine allemande (fig. 8); ce genre de bouclier apparut vers le XIVe siècle; il était ovale en haut et carré en bas. 
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Rondaches du XVe siècle.
Rondaches du XVe siècle.

Une suite de pavois plantés sur la même ligne et juxtaposés constituait une sorte de retranchement volant. A la même époque existait la longue targe en bois et en peau, et au XVe siècle on se servit d'une petite targe échancrée. Les manteaux d'armes et rondaches apparurent à la fin du XVe siècle. 
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Les boucliers dans l'architecture

L'architrave du Parthénon, à Athènes, était décorée de boucliers en bronze doré fixés au moyen de crampons de métal. On a trouvé de ces boucliers décoratifs dans les tombeaux antiques de l'Etrurie et dans ceux de l'Italie méridionale. Au musée du Louvre on peut en admirer un certain nombre dont la partie centrale est décorée d'une tête de lion. L'architecture romaine les employa dans la composition des trophées et dans la décoration des arcs de triomphe et des colonnes dédiées aux empereurs. On en voit de beaux exemples dans les trophées dits de Marius (fig. ci-dessous) au Capitole, dans ceux qui forment la décoration du piédestal de la colonne Trajane à Rome et dans la décoration des faces latérales de l'arc d'Orange (Vaucluse). Ils se trouvent même employés comme remplissage entre les pilastres, dans la porte de Pérouse, par exemple. 
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Trophée de Marius.

Le bouclier rond, aspis (qui est le même que le clipeus romain), est celui qui est représenté sur les édifices grecs, les tombeaux de l'Italie méridionale, les monuments étrusques et souvent même dans des exemples de décoration moins monumentale. Le scutum ou bouclier allongé n'a guère été employé au contraire que pour la composition des trophées militaires. Au Moyen âge l'importance des boucliers dans la décoration est indiquée par l'invention des armoiries.

Le bouclier, targe, ou écu a donc été l'objet sur lequel les armoiries ont été sculptées ou peintes. 

En Orient, ce bouclier a été peint sur les faïences émaillées, les verreries émaillées, gravé sur les bronzes ; sur les monuments on en a tiré parti d'une façon très intelligente, sur quelques parties des fortifications de Jérusalem, et surtout au Caire sur les deux tours carrées qui flanquent la belle porte nommée Bab-el-Nasr. 

En Occident, ces boucliers (ou écus) sculptés d'abord sur les tombeaux, pour désigner clairement par ses armoiries le personnage enseveli, furent ensuite appliqués sur d'autres parties des édifices, tympans de gâbles, tiges de fleurons, consoles, etc., et ne furent généralement placés sur les édifices, que pour recevoir les armoiries. Cet emploi se généralisa plus particulièrement à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe. 

Ce fut la cavalerie qui, après l'invention des armes à feu, abandonna la première le bouclier, vers le milieu du XVe siècle. Il n'est pas fait mention du bouclier dans l'armement des compagnies d'ordonnance; pourtant il se voit encore dans les bas-reliefs des tombeaux de Louis XII et de François Ier. Le bouclier persista longtemps dans l'infanterie. Montluc, à la camisade de la basse ville de Boulogne, portait une rondelle. Les Espagnols avaient des boucliers, en 1562, au siège de Rouen. Sully portait une grande rondache quand il fit la reconnaissance de Montmélian, en 1600. En 1621, au siège de Saint-Jean-d'Angely, le roi Louis XIII manifesta l'intention de rétablir l'usage du bouclier et de mettre des rondelliers dans les compagnies d'infanterie; mais ce projet n'eut pas de suite. Les Écossais combattirent avec le bouclier en 1745, à la journée de Preston. (H. Saladin).
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Bouclier arabe (porte Bab-el-Nasr, au Caire).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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