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Les
arts
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| Aperçu
historique
L'art de la bijouterie est en quelque sorte
aussi ancien que le monde; en remontant. dans l'histoire, on retrouve chez
les peuples les plus anciens l'habitude de se parer avec des bijoux faits
de métaux précieux, avec des décorations plus ou moins
riches; naturellement poussé par un penchant invincible, l'homme
rechercha des l'enfance de l'humanité, tout ce qui pouvait concourir
à orner et à faire remarquer sa personne. Chez les peuples
les plus sauvages, que les navigateurs découvrirent dans l'intérieur
des Amériques et des îles de l'Océanie, on retrouve
encore cet instinct de la parure; et lorsque l'art de travailler les métaux
est inconnu, on y voit suppléer par l'emploi de matières
plus simples, plumes, bois travaillé, coquillages. Mais sans vouloir
remonter à ces sources si primitives, il-est certain que l'art de
la bijouterie a tenu chez tous les peuples civilisés une place considérable.
Pendant longtemps la bijouterie ne fut qu'une branche de l'orfèvrerie;
c'étaient alors les orfèvres seuls qui, depuis l'antiquité
jusqu'à la fin du XVe siècle,
fabriquaient et vendaient les bijoux en même temps que les pièces
de table et les objets de toilette et d'ameublement. Depuis cette époque
les orfèvres fabriquèrent des bijoux d'or concurremment avec
les bijoutiers devenus également joailliers par suite de la vogue
qu'obtinrent les pierres précieuses, particulièrement au
XVIIe siècle, lorsque les relations
commerciales établies avec l'Inde A l'époque reculée que l'on
appelle l'âge de le pierre, les contemporains des grands pachydermes
et des armes de silex semblent avoir éprouvé une certaine
satisfaction à se parer d'objets dans lesquels ils entrevoyaient
quelque beauté. Plus tard, quand les métaux firent leur apparition,
l'homme ne se contenta plus d'ornements aussi simples; vers la fin de l'âge
du bronze, ce métal, rare encore chez quelques peuples éloignés,
servit pour la confection des objets de parure et remplaça les substances
primitives. L'or lui-même fut mis à contribution ainsi que
l'ambre; mais l'argent n'apparut que dans la période suivante, connue
sous le nom d'âge du fer. Un grand nombre de bijoux de cette époque
sont conservés au musée de Saint-Germain, au Princess-Palais
de Copenhague Les Égyptiens firent de très
bonne heure usage des bijoux ( Ce n'est que plus tard que la bijouterie
grecque subit l'influence directe des Asiatiques; l'art chypriote, propre
à éclairer les origines de l'art grec, prouve que les arts
sont venus en Grèce surtout de grec, prouve et d'Assyrie. On n'a,
pour s'en convaincre, qu'à examiner le trésor découvert
à Chypre Abandonnant les types conventionnels, l'art
devient plus pur, plus élevé; comme les Grecs étaient
admirateurs passionnés de la beauté dans le corps humain,
leurs bijoux s'adaptaient merveilleusement aux formes humaines; le sentiment
du beau, des justes proportions était développé chez
ce peuple d'élite par l'étude de la nature, et le goût
public imposait à l'ouvrier, même pour les objets les plus
simples appliqués aux besoins de la vie, une perfection extrême.
L'art et l'industrie étaient liés d'une façon indissoluble.
Les Étrusques allèrent chercher l'art en Grèce et
s'adonnèrent à la fabrication des bijoux; si le goût
n'était pas inné en eux, la pratique des arts était
générale ; ils surpassèrent les Grecs surtout dans
le travail du granulé qu'ils portèrent à un tel degré
de perfection que l'on peut les regarder comme les auteurs des chefs-d'oeuvres
de la bijouterie antique. Dans les bijoux étrusques les parties
unies et les fonds sont couverts de petits grains d'or, tous d'égale
grosseur, semés avec une régularité merveilleuse.
Les bijoux du musée Campana et de la collection du Vatican C'est par l'intermédiaire des Étrusques
que l'art grec pénétra dans l'ancienne Rome. Les conquêtes
des Romains les menaient dans le monde entier : on trouve donc chez eux
un certain mélange de styles différents. L'influence de l'art
grec prédomine pourtant dans l'exécution de leurs bijoux
et de leurs camées. Dès les premiers temps, l'usage des ornements
d'or était relativement restreint, car lorsqu'on envoya à
Delphes L'art se ressentit de cet abaissement et à part quelques spécimens d'un bon style, la bijouterie décèle une pauvreté de travail et un manque d'élégance tels, que les orfèvres tombèrent dans les lourdeurs en voulant racheter ces défauts par une excessive profusion de pierreries. Les objets de parure dont les Romains se servirent le plus étaient les anneaux qu'ils mirent indistinctement à Pane on l'autre main, tant qu'ils ne les ornèrent pas de pierres précieuses; mais lorsque la mode contraire eut prévalu, ils les portèrent à la main gauche et ce fut une élégance extrême de les avoir à la main droite; le doit auquel on mettait les anneaux varia aussi plusieurs fois, on les porta d'abord au quatrième doigt seulement, on en mit ensuite à l'index, puis à l'auriculaire, enfin à tous les doigts indistinctement à l'exception de celui du milieu. A Rome, sous l'empire, on portait des anneaux aux deux mains et même plusieurs à chaque doit. Au IVe siècle, l'art tombait en décadence à Rome et émigrait à Byzance; sous le splendide soleil d'Orient, il se transforma par la couleur et l'ornementation, par un certain mode d'agencement des formes géométriques et des nuances harmonieuses des émaux; la bijouterie emprunta surtout un nouvel éclat aux pierreries appliquées en relief sur la surface de l'or. Elle prit un grand essor au temps de Charlemagne, et les reliquaires, les objets de fabrication diverses que nous pouvons retrouver encore nous permettent de juger de l'habileté des artistes de cette époque. Les Byzantins excellèrent aussi dans le bijou filigrané. Le luxe des bijoux s'accrut de plus en plus à partir du IXe siècle ; à cette époque d'après les différents auteurs du Liber pontificalis, on obtenait certains bijoux à l'aide du repoussé, ils étaient ensuite ciselés, on les reperçait quelquefois à jour, puis enfin on appliquait la nielle ou l'émail, antérieurement appelé électrum et désigné au IXe siècle sous le nom qu'il porte aujourd'hui. Avec la période romane, l'émail remplaça de plus en plus les pierreries; on sait par la Diversarum artium schedula, écrite par le moine Théophile vers la fin du XIIe siècle, que les Toscans excellaient dans le nielle et dans les émaux, mais au XIIIe siècle, les orfèvres parisiens firent entrer la ciselure pour une plus grande part dans l'ornementation des bijoux , dont les plus recherchés étaient particulièrement les bagues ou anneaux appelés annelets dont on portait alors plusieurs à chaque main. Viennent ensuite les bracelets on armilles, les agrafes ou fermaux , etc. Effrayé du progrès toujours croissant du luxe, Philippe le Bel promulgua en 1294 une ordonnance contre "les superfluités de toutes personnes", mais l'usage des bijoux reprit une grande vogue dans le courant du XIVe siècle. C'est alors que commença la mode des bijoux ornés de devises; il y avait à la cour de Charles V, des anneaux différents pour chaque jour de la semaine. Les colliers étaient également rehaussés d'émaux et de pierres précieuses encadrant de galantes devises. Les collections et les musées nous
offrent de l'époque de la Renaissance un grand nombre d'ouvrages,
aussi
remarquables par l'ampleur et la grâce de la composition que par
un savant emploi des couleurs; oeuvres dans lesquelles se fusionnent heureusement
le style du Moyen âge et celui des anciens. Une série de peintres-orfèvres
s'illustrèrent à Florence D'après le Traité de l'orfèvrerie de Benvenuto Cellini, les objets étaient tous travaillés au ciselet, rien n'était ni fondu, ni estampé. On faisait des bracelets, des pendants, des anneaux, mais les bijoux les plus à la mode étaient certains médaillons qui s'agrafaient au chapeau ou dans les cheveux. Sous le règne de Henri Il et de ses successeurs, époque où l'art commença à pâlir devant l'éclat des pierres précieuses, les dames partaient, comme par le passé, des bagues, des colliers, des bracelets, composés d'après les modèles d'Etienne Delaulne, d'Androuet Ducerceau, de Théodore de Dry et de René Boyvin. Les dernières années du XVIe siècle marquent en France les débuts de l'art nouveau et elles sont caractérisées par l'introduction des pierres taillées dans la composition des bijoux. A la cour de Henri IV, hommes et femmes se couvraient les doigts de happes, les poignets de bracelets et. le cou de chaînes à plusieurs rangs ornés de perles et de pierreries; mais c'est surtout au XVIIe siècle que l'art de la bijouterie reçoit un nouvel élan de l'amour du luxe auquel obéissaient les privilégiés de la fortune. De grandes richesses étaient accumulées dans un petit nombre de mains et comme le goût ne manquait pas chez ces fastueux seigneurs, l'industrie ne pouvait, en présence d'une clientèle exigeante, se séparer de l'art. L'importance toujours croissante qu'avaient acquis les diamants, perles et les pierreries de toute sorte dans la pratique de la bijouterie, arriva à son apogée lorsque l'art de tailler et de monter les pierres précieuses eut le pas sur celui de ciseler l'or et l'argent. La perle devint, sous le règne de Marie de Médicis, l'élément principal du bijou. Sous Louis XIV une puissante organisation des arts et de l'industrie avait permis aux industriels d'épurer les formes, de perfectionner les procédés d'exécution; les modèles publiés par Gille Légaré, en 1663 et 1692, en offrent des témoignages. Ses cachets, ses anneaux sont décorés de chiffres et d'emblèmes; ses chaînes sont formées le plus souvent de noeuds combinés avec les feuilles d'acanthe et les nielle e qu'il dessina pour décorer les médaillons, les montres et les croix figurent des semis de fleurs qui conservent encore quelque chose d'oriental dans le contour de leurs feuilles. A côté de cet art traditionnel, il en montre un plus personnel qui consiste à couvrir la pièce de fleurs naturelles, tournesols, jacinthes, roses, tulipes, etc., semées avec goût et heureusement agencées sur leurs tiges. Par les bijoux, agrafes, tabatières, bottes de montres qui se sont transmises dans certaines familles, nous pouvons apprécier les diverses transformations du goût et du style au XVIIe et au XVIIe siècle. Sous Louis XIV, la cour recherchait avec
la richesse une grande largeur de style ; sous Louis XV la fortune vint
aux mains de financiers; ils sont grands dépensiers, mais le goût
cède à l'éclat, les ornements se contournent, s'alourdissent.
Énfin sous Louis XVI le goût s'épure, la forme devient
plus simple et les bijoux de cette époque présentent avec
des oppositions harmonieuses obtenues par l'emploi d'or de diverses couleurs,
une grande finesse de travail. Pendant toute cette période, la bijouterie
française étend sa domination sur l'Europe entière.
Un fait important, la découverte d'Herculanum Les tempêtes de la Révolution
de 1789 arrêtèrent pour un moment les arts de luxe; la coquetterie
féminine se contentait alors à peu de frais. La Bastille Si quelques amateurs s'intéressaient
à la renaissance du bijou, la masse des acheteurs préférait
les ingénieuses fantaisies et les capricieuses parures qui vers
1840 mirent à la mode le magasin de Mme Jannisset; les éléments
de ces bijoux étaient empruntés au règne végétal,
la feuille et la fleur se prêtaient, variées aux perles et
aux pierres précieuses, à des combinaisons mariées.
L'or sans un décor de gravure et d'émail était peu
recherché; ce n'est que depuis qu'on s'est mis à fabriquer
des bijoux unis et qu'est venu le goût de l'or mat. De 1840 à
1850 on fit des bijoux de style moresque. Après 1848 la prospérité
du commerce des bijoux reprit rapidement et nous pouvons le constater dans
le rapport que fit sur les industries des métaux précieux,
le duc de Luynes, après l'exposition de 1851 de Londres La guerre et la Commune avaient paralysé la fabrication des bijoux parisiens, qui reprit avec la paix une activité prodigieuse. Définir ce qu'a été le caractère des bijoux dans ces dernières années n'est pas chose aisée; esclave du caprice, le bijou n'a plus même la durée d'une mode, il subit l'humeur de la femme et obéit au goût variable du fabricant qui copie tous les styles, les mêle et les transforme. Il n'appartient qu'aux maisons de premier ordre dont la fabrication coûteuse est un obstacle à l'imitation facile, d'échapper à une banalité forcée de production. C'est dans ces quinze dernières années que se prenant d'amour pour l'art japonais, Falize a étudié et reproduit d'abord les dessins de leurs albums dans des émaux cloisonnés et des bijoux d'or varié, d'argent et de bronze patiné. Quelque habiles que soient au Japon tes ouvriers du métal, c'est moins à leurs procédés de fabrication qu'au style de leurs dessins que nos orfèvres et nos bijoutiers ont fait des emprunts. Les Américains ont introduit dans leurs ateliers des ouvriers qu'ils ont été prendre à Kyoto et à Kanasarva et l'orfèvrerie américaine a fait, grâce à cette éducation de l'outil, des progrès rapides et extraordinaires. Falize, en introduisant dans sa fabrication le travail des émaux cloisonnés, a copié d'abord les travaux des Japonais et des Chinois, puis les vieux émaux byzantins translucides; il a exercé aux délicatesses de ce travail deux hommes habiles, Pye et Houillon et, sûr de ses procédés, il a créé un art nouveau qui participe autant des ornementations de la Renaissance que des coloris de l'Orient et où la finesse du cloisonné s'allie aux richesses des émaux translucides. A l'imitation des bijoux d'or rouge repercé qui furent remarqués en 1867, dont l'introduction est due à Boucheron et qui conservèrent leur vague plus de dix années, la mode des bijoux ajourés prend une faveur plus grande ; l'or rouge permet par sa rigidité plus grande les finesses des dentelles d'or et le poli acquiert par cette combinaison un éclat plus grand et contraste agréablement sur les parties d'argent serties de diamant. Le commerce de la bijouterie tend à un développement considérable. Si autrefois l'usage des bijoux était restreint aux familles riches, a :x privilégiés de la fortune, aujourd'hui, par suite d'un grand mouvement commercial et industriel, d'étonnantes facilités de transmission, les conditions économiques sont changées, et, le goût des jouissances élevées se propageant, la production doit s'adresser à la masse du publie dans le monde entier. Comme la bijouterie du doublé, la bijouterie d'or a mis en oeuvre l'outillage mécanique pour se créer de puissants moyens de production, à bon marché, et arriver ainsi au développement de l'industrie. Si ces perfectionnements peuvent par leur nature causer à l'homme délicat quelques regrets de ne plus retrouver dans tous les produits de la bijouterie la même finesse, la même recherche artistique, il faut reconnaître que cela est largement compensé quand on voit les produits de la bijouterie pénétrer de plus en lus dans les masses, faire l'objet d'un commerce plus étendu et aider puissamment à l'accroissement de la fortune publique. Mais pour conserver la supériorité du bijou français si bien établie, il ne suffit pas que l'homme dirigeant, le dessinateur, avec quelques instincts de goût, une certaine habileté de main aille, dès que la mode s'accuse dans un sens, puiser dans les anciennes publications ce qui peut s'y adapter; il ne fournira ainsi que des créations banales. Il doit être au contraire nourri des principes sérieux de l'art, en état de puiser dans son propre fonds. Nos fabricants ne sauraient oublier qu'il faut toujours tendre à se rapprocher de l'art, dont les bijoux de toute valeur doivent conserver la trace; que, dans le bijou le plus courant, il faut développer le goût chez l'acheteur par des créations correctes; que, dans une fabrication plus soignée, il faut faire son éducation par des présentations d'itées multiples, originales, toujours en le poussant au beau. Le goût public grandissant en mime temps que la richesse, des amateurs se formeront alors qui rechercheront les belles choses et permettront par la suite aux fabricants de faire les sacrifices nécessaires pour produire des bijoux de style et des objets d'art. (L. Knab, c. 1900). |
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