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Arbre de Jessé

La représentation de l'arbre généalogique de Jésus a été le thème d'une des plus fréquentes et des plus gracieuses compositions du Moyen âge. On y voit, généralement dans le bas, le vieux Jessé étendu et endormi, quelquefois sur un lit, rarement debout ou assis. De sa poitrine ou de sa bouche sort un arbre d'essence indéterminée : il semble que la vigne ait été fréquemment employée, mais, le plus souvent, c'est un arbre de fantaisie chargé de feuilles, de fleurs et de fruits purement décoratifs; aux XVe et XVIe siècles pourtant l'arbre devient plus naturaliste. Des branches sortent les rois de Juda, ancêtres de Jésus, en buste ou en pied, en plus ou moins grand nombre, suivant les dimensions de la surface à décorer. Enfin, sur la dernière branche, généralement sortant du calice d'une fleur, et entourée d'une auréole lumineuse, la Vierge, en costume royal, tenant l'enfant Jésus dans ses bras. 

Parmi les ancêtres de Jésus, deux sont faciles à reconnaître : David, par la harpe qu'il tient, et Salomon, par son costume plus riche que les autres et ordinairement oriental. Souvent, les personnages sont accompagnés de leurs noms. Quelquefois, surtout aux XVe et XVIe siècles, tous les rois jouent des instruments de musique et forment un concert autour du Sauveur. Outre ces représentations essentielles, on voit aussi figurer dans les arbres de Jessé d'autres personnages accessoires, tels que les prophètes, les sibylles, des anges. Souvent, Dieu le Père et le Saint Esprit dominent la composition. Dans un vitrail de Saint-Cunibert de Cologne (XIIIe siècle), ce sont des scènes des Évangiles qui tiennent la place des rois de Juda; Jésus seul, entouré des sept dons du Saint-Esprit et tenant une hostie dans sa main, occupe le haut de la composition. 

La représentation de l'arbre de Jessé ne remonte pas à une très haute antiquité. Nous savons qu'en 1097, Guillaume de Tournay (Tournai) fit venir d'Orient un candélabre d'airain en forme d'arbre de Jessé. Suger (De administr. sua, ch. I, p. 348) nous dit qu'il y en avait un sur une des verrières qu'il fit faire pour son église de Saint-Denis. C'est probablement celui qui se trouve encore aujourd'hui dans une des chapelles absidales de la basilique, et qui est ainsi un des plus anciens, exemples d'arbres de Jessé que l'on connaisse. Depuis le XIIIe, siècle, et principalement aux XVe et XVIe, ce sujet devint un des thèmes de prédilection des artistes. Il fut représenté de toutes les manières, par la sculpture sur pierre, sur bois ou sur ivoire, l'orfèvrerie, la peinture murale, la peinture sur bois ou sur verre, la miniature, etc. Il joue un très grand rôle dans la décoration des édifices religieux. On le voit souvent sculpté sur le tympan ou les voussures des portails. Au XVe siècle et à la Renaissance, il figure souvent sur les façades des maisons particulières.

Au XVIe siècle, les figures des rois sont souvent des portraits de personnages contemporains, quelquefois de l'artiste lui-même; les costumes sont souvent d'une extrême richesse. Voici une liste loin d'être complète, mais qui donnera une idée de ce que les artistes chrétiens ont su tirer de ce sujet. Du XIIe siècle: Celui de la basilique de Saint-Denis, cité plus haut. A l'un des portails du baptistère de Parme, sculpté. Cathédrale du Mans, chapelle du Christ, vitrail.  Du XIIIe siècle : cathédrales de Laon, sculpté sur une voussure du portail principal; de Reims, ibid.; de Chartres, sur une voussure du portail Sud, et dans une des verrières qui se trouvent au-dessus de la porte occidentale; d'Amiens, sur une des voussures du portail principal et dans un vitrail de la chapelle de la Vierge; de Troyes, un fragment fort beau d'un arbre de Jessé (David jouant de la rote), dans un vitrail de la chapelle absidale, bâtie par l'évêque Hervée en 1223. Sainte Chapelle du Palais à Paris, vitrail du sanctuaire. Miniature du psautier de saint Louis à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris.

Du XIVe siècle, dans un psautier de la bibliothèque de Douai (ms 171), provenant probablement d'Angleterre, où, fol. 1 recto, un ravissant arbre de Jessé étend ses rameaux sur un B orné et la vignette de la page.
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Arbre de Jessé (cathédrale de Beauvais).
Arbre de Jessé, sur le portail du transept nord de la cathédrale de Beauvais.
Photo : © Serge Jodra, 2009.

Du XVe siècle : peinture murale dans l'église de Cumont (Dordogne). Id. dans l'église dite Buurkerk à Utrecht. En bois sculpté, à Paris, à l'angle d'une maison faisant le coin de la rue Saint-Denis et de la rue des Prêcheurs. Sculpté au tympan de l'église de Saint-Riquier (Somme). Dans une fenêtre bien connue de l'église de Dorcester (Angleterre), l'arbre de Jessé se trouve à la fois sculpté dans les meneaux et peint sur le verre; caprice d'artiste plus original qu'heureux. Un vitrail dans la cathédrale de Troyes, peint en 1498 par Liévin Varin, peintre verrier de Troyes. Miniature dans les Heures d'Anne de Bretagne. Vitrail daté de 1500 dans l'église de Bussy-le-Long (Aisne).

Du XVIe siècle : sculpté au tympan du grand portail de la cathédrale de Rouen par Pierre Deseaulbeaux par ordre du cardinal Georges d'Amboise; peut-être ce même Deseaulbeaux est-il aussi l'auteur d'un grand arbre de Jessé en pierre sculptée qui se trouve dans la chapelle des fonts de l'église de Gisors (Eure). Dans le magnifique tympan à jour du portail de la cathédrale de Beauvais, construit par ordre de François ler mais dont malheureusement les personnages ont disparu. 

Sur un des cadres de confréries provenant de la cathédrale d'Amiens, et conservés au musée de la même ville. Vitrail au transept de l'église de Ceffonds (Haute-Marne). Id., à Saint-Laurent de Nuremberg. Un des plus remarquables est un vitrail de Saint-Etienne de Beauvais, peint par Engrand Leprince. On croit y reconnaître les portraits de Louis XII, de François l et de l'artiste lui-même. Vitrail de Pinaigrier à Saint-Godard de Rouen. Un fort beau vitrail à Saint-Pierre de Roye (Somme). Au musée d'Epinal, une partie d'un vitrail remarquable provenant de ancienne abbaye d'Autrey (Vosges). On voit aussi un arbre de Jessé sur une des tapisseries données â la cathédrale de Reims par Robert de Lenoncourt. Gravure sur bois des heures de Simon Vostre

Signalons, enfin, pour le XVIIe siècle, époque où cette représentation mystique commence à sortir d'usage, le magnifique ostensoir d'or roussit donné en 1611 à la cathédrale d'Eichstaedt en Bavière, par le prince évêque Conrad de Gemingen, et dont il ne reste malheureusement plus qu'un dessin reproduit par les PP. Cahier et Martin dans les Mélanges d'Archéologie, t. IV, pp. 287-289, pl. XXXV. Il représentait un arbre de Jessé. (C.G.)

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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