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Anneau

Le mot anneau (en latin annulus, anellus, du vieux latin anus ou annus, cercle) se prend tantôt dans le sens le plus étendu, celui de cercle en métal, tantôt, quand il est porté à un doigt, comme synonyme de bague et de cachet. Il s'agit alors d'un bijou. On donne plus spécialement le nom de bague à un anneau  agrémenté d'un chaton et orné le plus souvent d'une pierre précieuse ou d'une pierre gravée.

Les anneaux et bagues ont été fabriqués en or, en argent, en fer, en bronze, etc. Quelquefois on en a fait d'une seule pierre fixe. Ils furent en usage dès la plus haute antiquité. Les Grecs les appelaient dactulioi, c.-à-d. ornements des doigts, et les Romains leur donnaient quelquefois le nom d'unguli, parce que primitivement ils les portèrent près de l'ongle, à la première phalange. 

La manière de porter les anneaux ou bagues a beaucoup varié : les Hébreux en ornaient leur main droite, les Romains leur main gauche; les Grecs plaçaient l'anneau à l'annulaire ou 4e doigt de la main gauche; les Celtes, au majeur. Les Romains n'eurent d'abord qu'un seul anneau; puis ils en portèrent à chaque doigt, et même à chaque phalange. 

On a aussi porté des anneaux aux narines, de la même manière que des boucles aux oreilles. Les habitants de l'Inde orientale, en portent traditionnellement au nez, aux lèvres, aux joues, au menton. Louis Bartome parle d'un roi de Pégou dont tous les doigts de pied étaient chargés d'anneaux garnis de pierreries. Ces coutumes existent également en Afrique et en l'Amérique. A Herculanum, on a trouvé, sous la lave, des cadavres de femmes qui avaient des espèces d'anneaux d'or aux jambes. Les Gaulois portaient autour des bras des anneaux généralement d'un travail fort simple. En France, dans les soirées du Directoire, quelques dames, chaussées de cothurnes découverts, ornaient leurs doigts de pied avec des anneaux enrichis de diamants.

Histoire ancienne

L'anneau, sous forme de bague avec pierre montée, ne paraît pas avoir été connu des Grecs, au temps d'Homère. Il est mentionné pour la première fois d'une façon positive à propos du tyran Polycrate de Samos qui vivait au VIe siècle av. J.-C. Depuis, ce luxe, qui est sans doute d'importation orientale, fut très répandu dans les deux sexes. Des hommes qui n'étaient pas des petits maîtres, comme Démosthène et Aristote, portaient plusieurs bagues à leurs doigts. Les bagues affectaient des formes variées. L'anneau était d'or; la pierre en onyx, en cornaline, en jaspe, en améthyste. Il s'en trouve des spécimens dans les musées. 

Les anneaux romains.
L'histoire de l'anneau chez les Grecs n'offre qu'un intérêt archéologique. Chez les Romains elle est liée à l'histoire même des transformations sociales. Toujours soucieux d'accuser les distinctions des classes, ils firent de l'anneau, suivant qu'il était d'or ou de fer, un ornement réservé par la loi ou la coutume à une certaine catégorie de citoyens.

Primitivement l'anneau était fourni par l'Etat, comme signe de leur mission, aux sénateurs députés auprès des nations étrangères. Puis ceux-ci ayant pris l'habitude de le porter encore, une fois leur mission expirée, sinon dans la vie privée, au moins en public, l'usage s'en étendit d'abord, et, dès le milieu du Ve siècle de Rome, à toute la nobilitas, c. -à-d. à tous les membres des familles s'étant illustrées par une ou plusieurs magistratures curules; ensuite, dès le VIe, à tous les sénateurs, qu'ils fussent on non de la noblesse. C'est à cette époque que Pline l'Ancien montre l'anneau d'or tombé déjà dans une sorte de promiscuité, sur la foi sans doute de l'anecdote fameuse de Magon répandant, dans le vestibule de la curie carthaginoise, trois mesures de ces menus objets ramassés sur le champ de bataille de Cannes. Mais cette anecdote paraissait peu vraisemblable même aux anciens et la critique moderne a achevé d'en démontrer toute l'exagération. 

Le fait est que l'anneau d'or, porté exclusivement à cette époque par les sénateurs et par les chevaliers de famille sénatoriale inscrits pour la plupart dans les six premières centuries équestres, ne se répandit que lentement et par une progression dont il est impossible de fixer les divers moments, en dehors de cette caste privilégiée. Des chevaliers des six centuries equo publico il passa à ceux des douze autres, puis commença à s'introduire parmi les chevaliers equo privato de la première classe du cens, sans que pourtant il y ait été d'un usage général au temps de la République et au commencement de l'Empire. On se tromperait du reste si on le prenait pour un insigne obligatoire. On cite l'exemple de Marius qui, par affectation de simplicité, ne l'échangea contre l'anneau de fer qu'à son troisième consulat, et cet exemple n'est pas unique. 

D'autre part, le droit reconnu aux généraux, aux proconsuls, d'accorder l'anneau d'or, s'il servit plus d'une fois à récompenser le courage militaire, conduisit aussi à de fameux abus. L'Empire, plus préoccupé encore que le régime républicain d'établir une hiérarchie sociale rigoureuse, légiféra plus d'une fois sur cette matière, mais sans réussir à combattre efficacement les empiétements d'une vanité croissante, favorisée du reste et justifiée par le mouvement ascensionnel des classes. L'histoire de l'anneau d'or se confond de plus en plus avec celle de l'ordre équestre. C'est assez dire qu'elle devient de plus en plus obscure. Auguste en fait décidément l'insigne de tous les chevaliers, c.-à-d. de tous ceux qui possèdent le cens nouvellement fixé pour cette classe de 400,600 sesterces. Mais le danger était dans l'ambition des riches affranchis, jaloux d'ajouter à l'éclat de leur fortune le prestige d'uns dignité dont leur origine les condamnait a se priver. C'est en vain que Tibère, que Claude, que Domitien, que Trajan prennent à cet égard les mesures les plus sévères. 

Les mêmes empereurs qui ont la prétention d'établir une règle inflexible sont les premiers, par la multiplication des faveurs individuelles, à en consacrer la violation, sans compter qu'on savait fort bien au besoin se passer de leur autorisation. Dès la fin du IIe siècle les digues paraissent rompues. Hadrien règle les effets de la concession de l'anneau d'or aux affranchis, c.-à-d. qu'il la reconnaît légitime, avec l'approbation du patron. Sous Justinien, elle devient la conséquence nécessaire de l'affranchissement. Depuis longtemps, par des ordonnances de Septime Sévère et d'Aurélien, l'anneau d'or était devenu de droit pour tous les soldats. Et c'est ainsi qu'il ne servit plus finalement qu'à distinguer l'homme libre de l'esclave

Quant à l'anneau de fer, l'histoire en est toute faite lorsqu'on a suivi celle de l'anneau d'or à travers les phases de son extension successive. Il perd tout le terrain que gagne l'autre, si bien qu'il finit par être l'insigne de la servitude comme l'autre de la liberté.

L'anneau de fer et l'anneau d'or étaient les seuls qui eussent ce caractère, mais on en fabriquait aussi en argent et même en ambre et en ivoire. Le luxe des bagues ne devint pas à la longue moins commun à Rome qu'en Grèce. On n'en mit d'abord qu'au quatrième doigt, puis à l'index, puis au petit doigt, puis partout, et en aussi grand nombre que les doigts pouvaient en tenir. Horace, Quintilien, Juvénal nous fournissent sur ce point les renseignements les plus précis. Il est probable seulement que ce genre de parure n'était possible que pour ceux qui avaient le droit de porter l'anneau d'or ou qui se l'étaient arrogé.

Les bagues des Romains, comme celles des Grecs, étaient enrichies souvent de pierres précieuses, servant de cachet. On y gravait des emblèmes variés. Elles sont également représentées dans les collections par des spécimens intéressants. Il va sans dire que les femmes ne restaient pas étrangères à ce luxe. 

Les héritiers des Romains.
Les Germains reçurent des Romains le goût et l'usage des anneaux. En 1653, on a trouvé dans un tombeau de Tournai, à côté d'ossements humains, un anneau d'or portant l'effigie d'un roi chevelu, avec ces mots : Childirici regis. Le sceau du roi Childéric, père de Clovis a été enlevé dans le vol fait à la Bibliothèque impériale (auj. nNationale) de Paris, en 1832. Il en existe une empreinte en cire parfaitement conservée dans un manuscrit autographe du P. Du Moulinet à la même Bibliothèque. (G. Bloch).
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Bagues sur un ancien catalogue de la maison E. Bannsse.

Symbolisme religieux

Chez beaucoup de peuples, certains anneaux ont été des objets de superstition : convertis de signes magiques, on leur a attribué des propriétés merveilleuses; tel était l'anneau de Samothrace, qui renfermait de l'herbe coupée en certains temps ou de petites pierres trouvées sous certaines constellations. Il n'y a pas lieu de s'étonner que des anneaux enchantés aient joué un rôle dans les pratiques cabalistiques du Moyen âge, lorsque déjà la mythologie avait donné à Gygès, roi de Lydie, un anneau avec lequel il pouvait se rendre invisible, et que les Orientaux croyaient à l'existence d'un anneau de Salomon, dans le chaton duquel ce prince avait vu tout ce qu'il désirait savoir. 

Mythologies.
Les anneaux enchantés font partie du matériel le plus usuel des contes de fées et des légendes mythologiques, tant en Orient qu'en Occident. Les plus fameux sont ceux de Gygès, de Salomon et d'Aladin. L'histoire de Gygès a été racontée, d'après la République de Platon, et popularisée par Cicéron (De officiis, III, après de grandes pluies, la terre s'était entrouverte, et le berger Gygès. descendu au fond d'un abîme, y avait trouvé un cheval d'airain qui contenait le cadavre d'un géant; ce géant portait au doigt un anneau; Gygès le prit, et s'aperçut qu'en tournant le chaton de cette bague merveilleuse, il devenait invisible : privilège dont il abusa.

Quant à l'anneau de Salomon, la légende dont il est l'objet est à coup sûr récente, car ni les auteurs anciens, ni Josèphe, si soucieux de conserver les traditions fabuleuses, n'en ont parlé. On dit que Salomon, au moment d'entrer au bain, quitta un jour son anneau magique dans le chaton duquel il voyait tout ce qu'il désirait savoir. L'anneau fut dérobé, jeté dans la mer, et Salomon, au désespoir, songeait à abandonner la dignité royale quand il retrouva dans le ventre d'un poisson servi sur sa table le talisman qui faisait sa puissance (l'aventure de Polycrate, tyran de Samos). Ce récit, d'origine rabbinique, a été très répandu au Moyen âge, d'autant plus que tous les personnages de l'antiquité sacrée ou profane, comme Virgile, Homère, Salomon, passaient alors pour des sorciers

L'anneau donné à Aladin par le magicien d'Afrique qui le conduisit dans la caverne de la lampe merveilleuse était d'autre sorte; quand on le frottait, même par mégarde, un géant énorme sortait de dessous terre et disait : « Que veux-tu? me voici prêt à t'obéir comme ton esclave, et l'esclave de tous ceux qui ont l'anneau au doigt, moi et tous les autres esclaves de l'anneau » (Les Mille et une Nuits).

Dans le folklore européen, il est encore question d'anneaux qui permettent de parcourir de vastes distances, d'anneaux qui changent en bêtes brutes ceux qui s'en servent, etc. (notamment P. Sébillot, Contes des provinces de France, p. 158. L'Anneau enchanté, conte corse). Plus près de nous, J.R.R. Tolkien, avec son Seigneur des anneaux (1954), a su habilement offrir une nouvelle vie à ces anciennes traditions.

Les auteurs de grimoires, de livres cabalistiques et les mythographes ont cherché à décrire les anneaux enchantés ou à en proposer des interprétations allégoriques. Les uns ont dit, par exemple, que sur l'anneau de Salomon étaient gravés deux triangles croisés ou l'empreinte du nom de Dieu; d'autres que l'anneau d'invisibilité, celui de Gygès, était composé de mercure solidifié et qu'une petite pierre, ramassée dans un nid de huppe, y était enchâssée (Eliphas Levi, Dogme et rituel de la haute magie, II, 201). D'autre part, on a vu dans l'histoire de Gygès un mythe solaire, et l'anneau de la tradition ne serait que l'horizon qui coupe la sphère en deux parties, dont l'une est lumineuse (Candaule) et l'autre obscure (Gygès). Ce sont là des rêveries. 

En somme, on distingue nettement deux catégories d'anneaux enchantés dans toutes les mythologies du monde : 

1° ceux qui confèrent au porteur des pouvoirs surnaturels (invisibilité, prescience, etc.); 

2° ceux qui astreignent les humains ou les génies à quelque servitude. Dans la réalité (et surtout dans les pays d'Orient), le port de l'anneau n'était-il pas, en effet, suivant les cas, une marque d'honneur ou un signe servile? Le pharaon remit à Joseph son anneau pour lui déléguer son autorité, Zeus donna à Prométhée un anneau pour lui rappeler qu'il l'avait enchaîné sur le Caucase. 

Les diverses collections des musées conservent un grand nombre de ces anneaux magiques. (Ch. Langlois).
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Religion chrétienne.
L'église de Pérouse prétend posséder l'anneau de la Vierge; l'église d'Apt celui de sainte Anne. Quelle que soit l'authenticité de ces reliques, il est incontestable que le christianisme trouva l'anneau en usage chez la plupart des nations où il s'établit; c'était souvent un simple objet d'ornement, souvent aussi l'insigne d'une dignité ou le symbole de l'affection et de la fidélité, parfois même l'instrument prétendu d'une puissance mystérieuse. L'Eglise chrétienne adopta ces idées et ces usages et les adapta à ses conceptions et à ses institutions : sur ce qui ne devait être qu'un ornement, elle incita à graver des devises et des emblèmes religieux, par exemple, deux colombes, un ancre et un poisson, un serpent enroulé autour d'une croix; elle mit l'anneau au doigt de ses dignitaires; elle l'introduisit dans les rites des fiançailles et du mariage, lui attribuant la valeur d'un symbole sacré. Le sens de l'anneau s'inscrivit dès lors dans le prolognement de celui qu'il avait chez les Romains. Il marque en premier lieu le rang social ou hiérarchique (anneau du pêcheur, anneau épiscopal), mais il peut aussi revêtir d'autres significations (anneau nuptial, anneau mystérieux, utilisé comme signe de reconnaissance par les premiers chrétiens). 

Anneau du pêcheur. 
On l'appelle ainsi, à cause de sa forme, et en mémoire de l'apôtre Saint Pierre, qui fut pêcheur, le sceau particulier des papes. Sur l'un des côtés est gravée l'image de Saint-Pierre; sur l'autre, le nom du souverain pontife. Ce sceau, dont le nom n'est en usage que depuis le XIIIe siècle, s'imprime sur cire rouge pour les brefs, sur plomb pour les bulles, et reste appendu à ces actes, au moyen d'un fil de chanvre s'il s'agit d'affaires de jurisprudence ou de mariages, et d'un cordonnet de soie rouge et jaune en matière de grâces. Quand un pape meurt, son sceau est brisé par le cardinal camerlingue; son successeur en reçoit un autre de la ville de Rome.

L'anneau épiscopal.
L'anneau que portent les évêques et les archevêques catholiques depuis le IVe siècle de l'ère chrétienne, est un signe de leur dignité spirituelle, le gage de leur union avec l'Église. Ils le reçoivent du pape lors de la cérémonie de leur consécration. Cet anneau, qu'on plaçait primitivement à l'index de la main droite, parce qu'il est un symbole de silence et de discrétion, et parce que le pasteur spirituel doit montrer la route à ses ouailles, est aujourd'hui au 4e doigt : il sert pour les bénédictions, mais ne se porte pas dans la célébration de la messe. Il doit être d'or, et enrichi d'une pierre précieuse; le pape Innocent III a défendu d'y graver aucune figure. Les cardinaux qui ne sont pas évêques ont obtenu le droit de porter l'anneau épiscopal, moyennant un don de 50 écus à la congrégation de la Propagation de la foi. Dans l'Église grecque, les archevêques seuls ont droit à l'anneau. L'anneau se donnait autrefois aux religieuses lors de leurs voeux, et aux rois de France lors de leur sacre; il se donne encore aux abbés et aux abbesses.

Anneau nuptial.
Chez les Anciens, dans la cérémonie des fiançailles, l'homme donnait à sa future un anneau, usage qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. On donne le nom d'alliance à cet anneau de mariage, qui parfois s'ouvre et se dédouble en deux parties sur lesquelles on grave les noms des époux et la date de leur union. Primitivement l'anneau de mariage était de fer avec chaton d'aimant, pour exprimer que les époux s'attirent, comme l'aimant attire le fer. Il est rond, pour indiquer que leur amour doit être sans fin. Il se porte au 4e doigt de la main gauche, parce que, suivant une ancienne superstition, ce doigt était en rapport direct avec le coeur. 

On offrait aussi aux parents et aux amis, le jour anniversaire de leur naissance, des anneaux ornés de signes symboliques. Il y avait enfin des anneaux à secret, dans lesquels on enfermait du poison. (B.).

Blason.
En termes d'héraldique, l'anneau est une figure artificielle représentant un anneau ordinaire, généralement en métal. La symbolique de l'anneau est la puissance ; il est assez fréquent sur les blasons des nobles, soit qu'il rappelle la chevalerie, ou qu'on le considère comme le signe d'investiture d'une haute charge près du souverain ou encore qu'il marque la possession d'une fonction ecclésiastique, abbatiale ou épiscopale. 

Plusieurs héraldistes ont prétendu que l'anneau pouvait bien être le plan d'une tour féodale vue à vol d'oiseau; la vérité est que son emploi dans la composition d'une armoirie indique la noblesse de son possesseur; aussi, bien que l'anneau ne soit pas compris parmi les pièces honorables ou même simplement héraldiques, peut-il être classé parmi celles les plus en usage. 

L'anneau est d'ordinaire seul sur l'écu, comme pièce principale ou autrement; il est parfois orné d'un chaton dont l'émail doit être spécifié. Si l'anneau occupe toute la surface de l'écu, c. -à-d. s'il touche presque à ses quatre côtés, il perd son nom et devient un cyclamor, il tient lieu alors d'orle rond. Les anneaux en nombre prennent le nom d'annelets. (H. Gourdon de Genouillac).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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