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L'architecture persane Iran - Turkestan - Inde |
| Aperçu | Architecture arabe | Architecture persane | Architecture turque |
| L'architecture persane dérive
directement des monuments voûtés des Achéménides
et des Sassanides, qui sont tous deux des dérivés naturels
des monuments voûtés de la Mésopotamie, c.-à-d.
des monuments voûtés des Assyriens. Ceux-ci, d'après
les ruines de Ninive, de Khorsabad et les bas-reliefs trouvés dans
ces ruines représentant les édifices à coupoles, semblent,
selon toute probabilité, avoir été recouverts de voûtes,
non pas demi-sphériques comme on l'a d'abord cru, mais, au contraire,
légèrement ellipsoïdes, comme les bas-reliefs assyriens
les représentent et comme on le voit dans les plus anciens monuments
voûtés de Perse, palais de Firouz-Abad et palais de Sarbistân.
Dieulafoy (Art antique de la Perse) a montré l'antiquité
de ces monuments et indiqué la série des tâtonnements
à la suite desquels les anciens constructeurs sont arrivés
à trouver les coupoles sur pendentifs. Dans une étude sur
le tombeau de Khoda Bendèh à Soultanièh, Dieulafoy
montre la filiation des voûtes iraniennes, depuis les ellipses allongées
jusqu'aux coupoles ogivales de la Perse, dont le sommet est raccordé
par un cône. Les édifices de la Mésopotamie et de la
Perse antique étaient décorés de briques émaillées
avec des représentations d'animaux et de figures humaines. L'Islam
prohibant d'une façon absolue les représentations d'êtres
animés, cette décoration fut remplacée par une ornementation
tirée de la flore, un canevas géométrique donnant
le squelette de l'ornementation; les caractères arabes servirent,
ainsi que dans l'architecture arabe, à former des inscriptions
décoratives. Les couleurs les plus riches furent employées
à émailler les briques et les plaques de faïence. On
peut étudier sur les édifices persans les variétés
les plus intéressantes des voûtes en berceau, d'arête,
en arc de cloître, et surtout en coupole ayant pour générateurs
des arcs de cercle en ogive raccordés au sommet de l'ogive par deux
droites.
En Egypte, en Afrique, en Espagne, en Syrie, les mosquées furent couvertes en terrasses et on utilisa dans ces constructions les nombreuses essences forestières qui couvraient, à cette époque, les pentes du Liban et de l'Anti-Liban, les montagnes de l'Espagne et les nombreux contreforts de l'Atlas et de l'Aurès. Dans la Perse proprement dite (Iran) et la Mésopotamie (actuel Irak), le manque absolu de bois de construction a produit de tout temps (sauf pour le nombre restreint des palais royaux à Persépolis et à Suse) la recherche des procédés de construction à l'aide des voûtes soit en pierre, soit en brique. Les architectes persans, au moment de la conquête musulmane, étaient donc en possession de méthodes de construction très complètes. L'esprit de l'architecture voûtée resta donc le même, et le seul changement qu'y apporta l'islam, ce fut d'en restreindre la décoration aux fleurs et aux arabesques. C'est en 637 de notre ère (15 de l'hégire) que l'armée persane fut complètement battue par les Arabes près de Kadisiya et que cette victoire ouvrit l'ère des revers successifs terminée en 640 par la bataille de Nihâvend, qui décida la conquête définitive de la Perse. Les premiers souverains arabes de la Perse furent les califes de Damas et de Bagdad, et ce n'est que vers 820 que la Perse recommença d'avoir une existence propre. Dynasties des Taherides, Saffarides, Samanides, etc. Adhad-ad-Daula, de la dynastie des Daïlamites, fit construire à Bagdad des hôpitaux qu'il dota richement; c'est lui qui fit construire en Perse la digue de Bend-Emir qui traverse la plaine de Merdaseh et fournit de l'eau à toute la contrée environnante (vers 950 J.-C.). La dynastie des Ghaznévides fournit des souverains à la Perse jusqu'à l'époque de la prise de Bagdad par Ertogroul-Beg en 1037 J.-C. Le plus célèbre d'entre eux fut Mahmoûd le Ghaznévide qui s'illustra par la construction d'édifices somptueux et son amour pour les lettres. Les Ghaznévides eurent de nombreuses relations avec le Turkestan et les provinces occidentales de l'Inde; on peut dater de cette époque l'influence de l'architecture persane dans le Turkestan et dans l'Afghanistan. Les sultans Seldjoukides soumirent ensuite à leur autorité, non seulement la plus grande partie de l'Asie Mineure, mais la Perse. On comprend donc comment les traditions persanes s'infiltrèrent jusqu'en Asie Mineure; nous citerons plus bas les édifices principaux dans lesquels cette influence se remarque. Par suite de la conquête de la Perse par Gengis-Khân, suivie de celle de Bagdad, de la Mésopotamie et de la Syrie par Houlagou, l'influence des artistes persans se répandit successivement dans tout leur empire, lorsque les successeurs d'Houlagou cherchèrent à rétablir dans l'empire la bonne administration et à réparer les maux causés par les guerres de Gengis-Khan et d'Houlagou. C'est à un de ces princes, Mohammed-Khodabendèh, que l'on doit quelques-uns des plus beaux monuments de l'art persan. Il fit construire la ville de Soultanièh où, parmi de nombreux édifices, s'élève une fort belle mosquée, ruinée maintenant, et la mosquée qui recouvre le mausolée de Mohammed-Khodabendèh (vers 1320); cette mosquée sépulcrale se compose d'une grande salle octogonale, recouverte par une coupole engendrée par la révolution d'une courbe brisée autour de taxe vertical de cette salle; elle mesure intérieurement 25,50 m de large sur 51 m de haut. Les faces intérieures de l'octogone sont percées de deux étages d'ouvertures. La coupole est rattachée aux faces verticales par des pendentifs formés de stalactites ou ornements en ruches d'abeilles. Au point de vue de la construction, ce monument offre de singulières coïncidences avec les méthodes romaines de constructions en briques, par le système de renforcement des coupoles concentriques au moyen d'un double réseau de nervures tracées, les unes suivant les parallèles, les autres suivant les méridiens de la coupole et formant ainsi comme une série de caissons ou compartiments carrés; seulement, à Rome, on les remplissait de béton et de mortier; ici, ces alvéoles restent vides et n'ont que leurs faces extérieures remplies: c'est en somme comme un gâteau d'abeilles dont les alvéoles résistantes seraient couvertes d'un opercule sur la face supérieure et sur la face inférieure. La coupole est armée à sa base d'un triple chaînage en bois. La construction en briques est revêtue extérieurement, pour la coupole, de briques émaillées bleu turquoise; les minarets et les galeries et les corniches extérieures sont ornés de briques émaillées en blanc, bleu clair et bleu foncé. Les encadrements de porte et les tympans en mosaïques de briques émaillées, d'autres parties décorées à la détrempe en tons obtenus par les briques pilées (briques cuites à des degrés différents). Intérieurement, la décoration analogue est obtenue par des mosaïques d'émaux bleus et blancs. Comme on le voit par cette description, l'architecture persane musulmane, quoique se servant d'éléments connus antérieurement, en tire néanmoins un parti tout nouveau. Bientôt, la Perse démembrée sous les derniers membres de la famille d'Houlagou devient la proie de Tamerlan, qui la désole et massacre la plus grande partie des habitants d'Ispahan. Il conquiert Chiraz, le Farsistan et le Kermân et c'est un artiste de Chiraz, Khodja-Hosaïn, qu'il charge d'élever à Turkestan la belle mosquée de Hazret. Le tombeau de Tamerlan à Samarcande (Gour-Émir) est aussi construit suivant les données persanes. Nous verrons, en étudiant l'Ecole turkmène, quelle influence l'architecture persane eut sur cette école. Shâh Rokh, son fils, rebâtit Merv et Hérat (influence persane); Ulugh-Beg, son petit-fils, fit construire, à Samarcande, la Madrasa qui porte son nom. A Samarcande aussi s'élève la mosquée de Bibi-Nanoum, femme de Tamerlan, et élevée après sa mort (1388). La mosquée de Shâh-Sindeh, à Samarcande encore (1392), est une traduction turkmène de l'architecture persane. Les successeurs de Tamerlan sont dépouillés par la dynastie des Sefévis (Sophis) dont Shâh-Abbâs est un des plus glorieux représentants. La victoire de Hérat (1597) assura sa puissance. Il choisit Ispahan pour la capitale et l'embellit d'édifices magnifiques. Il y attira les Arméniens et y forma de cette population le quartier spécial de Djoulfa. Il fit construire une grande quantité d'édifices publics, entre autres la grande chaussée du Mazenderân. Il embellit Mechhed, et c'est ainsi que la fin du XVIe siècle fut pour la Perse comme un écho de la Renaissance artistique qui renouvela l'art en Europe. A partir d'Abbâs le Grand, la décadence ne se manifesta pas tout d'abord; les règnes d'Abbas II et de Shah-Soliman furent prospères, mais en 1722, la conquête afghane commença le mouvement rétrograde qui n'a fait que s'accentuer en Perse par la suite. Les rares oeuvres des architectes persans au siècle suivant sont de peu d'intérêt, sauf la récente mosquée persane de Kazhamaïn, près de Bagdâd, d'un fort bel aspect, disait-on, quoique la construction ait été faite avec des matériaux défectueux. Voici donc, en résumé, le mouvement artistique de l'art persan : Nous allons ici étudier en détail les monuments d'Ispahan qui peuvent nous donner une idée résumée de l'architecture persane musulmane, dont ils peuvent étre cités certainement parmi les exemples les plus remarquables. Les mosquées persanes n'affectent pas, comme celles des pays arabes, la forme de basiliques à nombreuses colonnes, elles sa composent d'un sanctuaire voûté entouré d'une ou plusieurs rangées d'arcades supportant des voûtes d'arête ou en coupole; d'autres consistent en grandes cours entourées de sanctuaires et dont les quatre faces portent en leur milieu une très grande niche allongée, (quelquefois suivie d'une salle carrée) formant chacune un sanctuaire séparé. Cette grande niche fut indiquée en élévation par un grand motif d'architecture composé d'un chambranle rectangulaire enveloppant la voussure de la porte de la grande niche. On remarquera sans peine, en comparant le plan de la Mesjid-i-Shâh d'lspahan avec celui de la mosquée Hassan au Caire, que cette dernière est pour ainsi dire une contraction de la mosquée persane; si dans l'édifice persan on supprime les portiques et chambres entre les quatre grandes niches voûtées et qu'on rapproche celles-ci les unes des autres, on obtient un plan en croix absolument semblable comme esprit à celui de la mosquée Hassan. Le porche des mosquées persanes se compose d'une grande voussure qui protège la porte d'entrée, elle est encadrée d une partie rectangulaire chaque côté de laquelle se dressent deux minarets élancés. La Madrasa Shâh Sultan Hosaïnn construite en 1700 par Shâh Sultan Hosaïn à lspahan, possède aussi une très belle mosquée avec grande porte, dôme bulleux et minarets; Ia cour rectangulaire de la Madrasa est entourée de portiques à arcades à double étage, qui forment les logements des élèves, des professeurs, et les salles des cours. Les cours sont plantées en jardins, avec des pièces d'eau, formant miroirs, qui sont comme une des caractéristiques des cours intérieures des édifices persans. Les bazars iraniens sont souvent très remarquables; citons celui de Kachân et ceux d'Ispahan. Comme mosquées nous pouvons citer
les mosquées de Kasbin, Tehéran De nombreuses citernes voûtées reçoivent les approvisionnements d'eau et souvent sont accompagnées d'un abreuvoir ou ab-ambar, à Kasbin, par exemple. Les bains ont souvent des plans intéressants avec leurs salles voûtées. Ceux de Kachân sont remarquables. Les forteresses sont traitées avec une grande majesté de lignes, et souvent les tours sont décorées de dessins faits de briques émaillées; fortifications à Kachân, tour du Talisman à Bagdad, fortifications de Téhéran, forteresses de Tauris, de Véramin. Les édifices funéraires sont très remarquables aussi et sont en petit des réductions de mosquées, ou bien des monuments circulaires ou polygonaux surmontés dune pyramide polygonale ou d'une coupole bulbeuse : Imâm-Zadeh Yahia à Veramin, tour de Yezid à Reï, tombeau à Kasbin, Attaba Koumbaz à Nachirvan, Imâm-Zadeh et tombeau de Fatma à Qom. Un genre d'édifices tout particulier à l'Iran a été traité d'une façon très architecturale; il s'agit de pigeonniers, immenses tours rondes surmontées de petites galeries faites de briques disposées avec art et ornées de bandes d'ornements rectilignes en briques. L'architecture civile persane a un caractère tout différent de l'architecture religieuse; les palais des rois (à Ispahan, Haïnveh, Khaneh, Tchehel Soutoun, salle du trône à Téhéran, palais de l'Ark à Chiraz), sont généralement ornés de portiques de colonnes, soit, comme aux deux dernières, deux colonnes entre deux motifs formant massifs à droite et à gauche, soit, comme à Tchehel Soutoun et Haïnyeh Khaneh, de colonnes nombreuses précédant un petit pavillon voûté; les portiques sont en bois, colonnes et entablement, et ces colonnes sont souvent ornées avec le plus grand luxe. Il y a là évidemment une tradition de l'art perse antique (imitation des grandes colonnes de Persépolis, du bas-relief de Takht-i-Roustem), Le palais de Kasr-i-Kadjar avec grands jardins, près de Téhéran, est remarquable par la grandeur des jardins et la belle composition de l'ensemble. La maison persane se compose, comme la maison arabe, d'une partie consacrée à la réception et correspond au selamlik, c'est le biroun; L'andéroun persan correspond au harem arabe. Turkestan, Inde, Pakistan et AfghanistanLes édifices du Turkestan sont absolument persans comme architecture et comme ornementation; nous citerons à Samarcande le tombeau de Tamerlan (Gour Emir), mosquée de Shâh Sindeh (1392), madrasa de Tilla Kari (1638), Chir Dar (1601), Ulugh Beg et Bibi Khanoum (femme de Tamerlan) (1388), le plus ancien; les dômes turkmènes sont sur des tambours plus élevés que les dômes persans, et ils sont souvent côtelés.La mosquée Hazret à Turkestan, élevée en 1404 par Khodja Hosaïn de Chiraz, par ordre de Tamerlan, a des coupoles à côte et des coupoles unies. En Kashgarie (Turkestan chinois), la mosquée du sultan Satouk bogra Khan et son mausolée à Atouch, ainsi que le palais des sultans de Kashgarie, sont d'un style persan dans lequel l'influence hindoue se fait sentir. L'Afghanistan est peu connu sous le rapport
de ses monuments, néanmoins on peut poser comme règle générale
qu'ils sont surtout persans d'inspiration. Depuis le XIe
siècle
la conquête du Nord de l'Inde par les idées musulmanes y avait
établi de petites souverainetés musulmanes, plus tard l'établissement
de l'empire du Grand Moghol fut comme le signal d'une ère de prospérité
et de richesse pour une partie de l'Inde. Les règnes de Shâh-Akbar
le Grand (1556-1605), celui de Shâh Djihân (1628-1656), furent
des époques remarquables par la splendeur des monuments élevés
par ces souverains. On se bornera ici à en citer les principaux
monuments en faisant remarquer que l'ornementation des mosquées
et des monuments musulmans de l'Inde et du Pakistan |
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