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L'architecture moderne
XVIIe siècle - XIXe siècle
On s'accorde à comprendre sous la désignation d'architecture moderne l'étude de l'architecture en Europe et en Amérique, depuis la Renaissance et jusqu'à la fin du XIXe siècle, date à partir de la quelle on fera commencer l'architecture contemporaine

L'architecture au XVIIe siècle

On peut fixer la fin de la Renaissance à l'époque de l'apaisement des Guerres de religion en France, c. -à-d. à l'avènement de Henri IV. La Renaissance, dont l'origine doit être prise en Italie, y a déjà, à cette époque, accompli son évolution complète; l'architecture, dont l'enseignement doctrinal a pris une forme presque définitive dans les oeuvres de Léon-Baptiste Alberti, de Palladio, de Serlio et surtout de Jacopo Barozzi da Vignola, ne s'inspirera plus exclusivement que des oeuvres de ces maîtres et des monuments de l'Antiquité, scrupuleusement copiés, quant aux proportions et aux membres des ordres. L'influence de l'Ecole italienne s'est fait sentir en France, dans les Flandres, en Allemagne, en Angleterre, et surtout en Espagne où les traditions du Moyen âge sont complètement oubliées. La fin de la Renaissance française est marquée par les productions de Philibert Delorme, Jean Goujon, Jean Bullant, Androuet du Cerceau, Pierre Lescot. Les oeuvres de ces artistes influèrent certainement sur l'Ecole française presque aussi profondément que le fera la tradition italienne.

On compte en France de nombreux chefs-d'oeuvre d'architecture. Au début, l'influence des arts italiens prédomine; au milieu de ce siècle, les traditions de la fin de la Renaissance française et l'imitation directe des monuments antiques réforment cette tendance, en donnant plus de gravité a l'architecture. Les plus célèbres des architectes du XVIIe siècle, en France, sont Jacques de Brosse (Luxembourg et Saint-Gervais; Le Veau (palais Mazarin); Le Mercier (Sorbonne); Cl. Perrault (colonnade du Louvre); François Blondel (porte Saint-Denis); Jules Hardouin Mansart (palais de Versailles, dôme des Invalides, le Val-de-Grâce, continué par Le Mercier, Le Muet et Gabriel Le Duc). 

L'architecture au XVIIIe siècle

Si le XVIIe siècle est sous l'influence classique, et si en France par
exemple ces traditions, soutenues d'un côté par les aspirations d'une partie de l'aristocratie française qui dépendait le plus de la cour, et de l'autre par les goûts somptueux et magnifiques de Louis XIV, donnent naissance à un style pompeux, noble et grand, les tentatives faites par quelques artistes italiens, pour sortir de l'ornière de la tradition, commencent à modifier l'esprit intime de la décoration. Vienne ensuite une période de paix relative, au milieu de laquelle la multiplicité des opérations commerciales, les fortunes rapidement acquises, surexcitent, comme au commencement du XVIIIe siècle, le goût de la fantaisie et du luxe sous toute sses formes, qu'à cette époque les relations plus fréquentes avec l'Orient mettent sous les yeux des artistes les produits des arts chinois, indiens, turcs, persans, alors une sorte de renaissance apparaîtra et l'architecture sera modifiée profondément dans son esprit et dans l'essence même de la décoration, sans que pour cela les grandes lignes de l'enseignement classique soient changées. C'est alors que le style rococo, ou Louis XV, s'épanouit en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche et en France. En Allemagne et en Autriche la bizarrerie, la lourdeur, et plus souvent encore le goût tourmenté et maladroit à force de recherche, rendent les productions de cette époque peu recommandables. En Espagne, et surtout en Italie, la profusion des décorations peintes et des stucs, des marbres et des bronzes, la grâce maniérée
des sculptures donnent, certes, un grand charme aux intérieurs de cette époque; mais c'est en France surtout que le style Louis XV réunit à l'élégance, l'ingéniosité, la délicatesse, la variété, et surtout une perfection dans l'exécution qui n'est dépassée que par les chefs-d'oeuvre de l'époque suivante. Le style Louis XVI, en effet, par une réaction, assez juste en somme, contre certaines exagérations du style Louis XV semble rechercher plus directement ses inspirations dans les productions de l'Antiquité. La délicatesse avec laquelle sont interprétées ces décorations antiques est extrême, et lorsque de grandes inspirations viennent ajouter leur bel ensemble aux fines moulures, à l'exécution parfaite, propre aux productions de cette époque, le style Louis XVI atteint à la véritable grandeur, Les découvertes de Pompéi et d'Herculanum vinrent compléter les ressources dont disposaient dès lors les artistes. 

Malheureusement les oeuvres d'une certaine envergure sont relativement rares à cette époque, c'est plutôt dans l'architecture privée que l'on peut étudier la véritable valeur du style Louis XVI. Voici une liste des principaux architectes français du XVIIIe siècle : Servandoni (église Saint-Sulpice, à Paris), Gabriel (place de la Concorde, à Paris, Garde-Meuble et Ministère de la marine actuel); Antoine (la Monnaie, à Paris); Louis (ancien théâtre de l'Opéra, devenu le Théâtre-Français, à Paris; le théâtre de Bordeaux, un chef-d'œuvre); Héré (la place Stanislas et l'ensemble des édifices qui la décorent, à Nancy); Soufflot (le Panthéon ou église Sainte-Geneviève, à Paris); Lemaire (hôtel Soubise); Oppenord, Chalgrin, Leblond, Boffrand, Patte, Meissonnier, Desgodets, célèbres à divers titres.

Un goût malheureux pour les formes molles, ovales, bizarres, vint gâter trop rapidement ce mouvement artistique si intéressant. Les productions des arts décoratifs gardèrent plus longtemps leur valeur d'exécution et ce sont les derniers représentants des traditions de cette époque qui donnent aux bronzes ciselés du premier empire cette perfection technique qui réussit quelquefois à faire oublier la pauvreté et la sécheresse des oeuvres inspirées par David et ses imitateurs. L'architecture, dans les dernières années du XVIIIe siècle, tend par son exclusive imitation de l'Antiquité, à se priver des ressources décoratives de la peinture et de la sculpture. La simplicité devient alors extrême et, le goût de l'archéologie aidant, les imitations des ordres grecs de Paestum et de la Sicile viennent modifier l'esprit de l'architecture à un tel point qu'il serait bien difficile de comprendre comment, au milieu d'une telle débauche de goût, de bizarrerie et d'étrangeté (oeuvres de Ledoux notamment), il ait pu subsister quelques vestiges des traditions si profondément artistiques des époques précédentes. 

La Révolution, par la destruction brutale des corporations artistiques, de l'Académie, des postes officiels à la cour et aux services publics, par les guerres continuelles attirant sous les drapeaux toute la jeunesse sans distinction d'aptitudes, achève la désorganisation de l'art. Percier et David, l'un peintre, l'autre architecte, ont cherché à tirer de ce chaos les éléments d'un art particulier; s'ils n'ont su produire le plus souvent que des oeuvres incomplètes, ne doit-on pas leur rendre justice en s'étonnant
qu'ils aient su donner une impulsion si forte et un si grand caractère d'unité au mouvement artistique de cette époque?

L'architecture au XIXe siècle

France.
Les temps troublés, les changements de gouvernement, l'instabilité des fortunes, tout tendait alors à empêcher le développement des arts, aussi n'est-ce qu'à la fin de la Restauration que les études d'architecture semblent reprendre un peu d'importance. C'est alors que la réorganisation de l'Académie de France à Rome donne à ces études une impulsion plus vive et plus originale; Duc, Duban, Vaudoyer, Labrouste, Bleuet, Constant Duteux, Paccard et tant d'autres, montrent, par leurs études sur l'Antiquité, les premiers symptômes de la tendance à revenir à une architecture raisonnée. Sous la direction de ces jeunes maîtres une nouvelle génération d'artistes cherche sa voie dans l'analyse de l'architecture antique et de l'architecture française (de nombreux élèves de l'atelier Labrouste se sont distingués comme architectes des monuments historiques), et Viollet-le-Duc, et Lassus, qui ont commencé leurs études sous la direction d'un professeur classique (A. Le Clère), cherchent de leur côté à remettre en honneur l'étude des monuments du Moyen âge français. Au lieu de voir dans les monuments de cette époque des inspirations mystiques ou littéraires réalisées par des moyens merveilleux, ils se bornent à y reconnaître la sanction la plus étonnante des méthodes expérimentales, ils suivent les différentes phases du développement de l'architecture de ce temps, comme le naturaliste parcourt dans une série naturelle le développement et la transformation des formes et des organes. Les travaux de la commission des monuments historiques donnent à ces études une sanction pratique; tandis que Duc et Labrouste, empruntant à cet esprit de recherches plus d'une idée et plus d'un arrangement, cherchent à donner un caractère de nouveauté à leurs créations modernes, au moyen des éléments antiques. La Bibliothèque nationale, la Bibliothèque Sainte-Geneviève et le Palais de Justice à Paris, nous en présentent de nombreux exemples devenus presque classiques par la perfection, l'originalité et la science avec lesquelles ils sont traités. L'évolution, dans les dernières décennies du XIXe siècle, est loin d'avoir atteint son développement complet; il y a encore trop de dissentiments apparents entre les représentants de l'école classique et ceux de l'école rationaliste pour que les éléments excellents contenus dans les doctrines des deux écoles se soient confondus en un tout homogène. Cependant on ne peut pas refuser un juste tribut d'admiration aux architectes de cette époque qui ont su créer tant d'oeuvres originales, faire sortir de l'oubli et conserver tant de chefsd'oeuvre, et enfin produire en si grand nombre et dans le monde entier, des oeuvres absolument nouvelles. Les gares de chemin de fer dont pour eux l'occasion de nouvelles manières de penser l'architecture, les édifices parlementaires, scolaires, académiques, les musées, les lycées, les théâtres, les halles, qui se multiplient, ouvrent chacun à leur façon, parfois très modeste, de nouvelles perspectives.

Allemagne.
Au XIXe siècle, l'Allemagne a subdivisé aussi ses tendances artistiques en deux sens différents; les Germains purs, « les vieux Teutons " ont cherché une nouvelle renaissance de l'art allemand et ont généralement puisé leurs inspirations dans les monuments de la fin de la période gothique et du commencement de la Renaissance. En Bavière, au contraire, l'influence italienne et classique, c.-à-d. grécoromaine, est prépondérante. En Autriche, de fort beaux édifices ont été construits sous cette inspiration classique, mais l'architecture allemande moderne jusqu'à à la fin du XIXe siècle a été surtout inspirée par le gothique.

Dans la seconde moitié du siècle, cependant, de nombreux élèves des écoles de Bavière, de Suisse ou d'Autriche, inspirés, soit directement, soit indirectement, des traditions modernes de l'Ecole de Paris, ont fait adopter presque partout, dans leur pays, les idées françaises sur l'architecture moderne, et dans l'Allemagne du Nord cette tendance s'est prononcé aussi, surtout à partir de 1870.

Angleterre.
En Angleterre , dès les premières années du XIXe siècle, sous l'inspiration des recherches sur l'histoire et les poésies nationales, les études sur le Moyen âge et enfin un retour à l'esprit anglais particulariste et exclusif ont fait diriger les études des architectes anglais sur les styles gothique et roman d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et plus tard sur la renaissance anglaise (Queen Ann et Jacoben style.) Pugin, un des premiers, et après lui de nombreux émules, dessinateurs habiles autant qu'esprits ingénieux, ont tiré de ces données des inspirations fort originales qui ont fait naître de nombreux édifices, cottages, maisons, églises, collèges même, tous inspirés du Moyen âge anglais, et tous intéressants comme disposition et comme nouveauté d'arrangement. Le style Renaissance a donné de moins bons résultats au point de vue de l'adaptation aux édifices modernes, quoique cependant les intérieurs, traités dans ce style avec le sentiment d'originalité et de confortable particulier aux Anglais, présentent de fort beaux exemples de décoration. Néanmoins les façades sont généralement lourdes et disgracieuses d'aspect.

Etats-Unis.
Aux Etats-Unis, une triple influence a présidé à la conception des oeuvres d'architecture. Les Ecoles allemande, française, anglaise sont représentées inégalement et les deux dernières prédominent; longtemps l'influence anglaise a dirigé presque exclusivement le mouvement architectural américain, mais progressivement, sous l'influence de Peadody, Mackime, Bigelow, Shaw, etc., anciens élèves de l'Ecole des beaux-arts de Paris, l'Ecole française a commencer aussi à jouer un rôle dans l'évolution de cet art nouveau, qui s'est formé en Amérique à ce moement. Cet art américain, malgré de nombreuses singularités et quelques maladresses d'arrangement, se signale par sa variété, sa fécondité, sa flexibilité. Les formules étroites entre lesquelles les traditions et les usages de l'Europe sont impuissantes à se prêter à cette diversité d'exigences de toutes sortes. Les premiers essais n'ont pas toujours été heureux, tant s'en faut; mais de nombreuses oeuvres curieuses , delicates, ingénieuses et variées, montrent déjà au seuil du XXe siècle ce qu'on peut attendre de cette évolution nouvelle de l'art de construire. 

Jusqu'à cette époque, les tentatives qui ont le mieux réussi dans ce genre sont les villas, les maisons, les hôtels particuliers, et quelques églises. Les intérieurs sont traités avec originalité dans des tons sombres et riches, et c'est à Boston que se remarquent les plus intéressants de ces exemples.

L'architecture moderne semble donc, après des tâton nements assez longs, devait tende à un idéal qui peut se formuler ainsi : La beauté d'un édifice doit dépendre de trois éléments: ses proportions, sa convenance an point de vue absolu du mot, sa commodité ou son adaptation aux services qu'il doit remplir. La décoration devra résulter, non seulement de l'habileté à formuler par le dessin et la couleur telles ou telles formes, mais encore du parti qu'il saura tirer des matériaux mis en oeuvre suivant leurs propriétés spéciales.

Bilan d'un âge de l'architecture.
Les édifices particuliers et publics ne devront pas nécessairement être d'autant plus laids, que les exigences des services auxquels ils doivent répondra auront été mieux remplies, pas plus qu'un édifice ne sera réputé beau, si, construit aune façon illogique, distribué sans intelligence du confortable et de l'économie du sujet, il présente au regard certaines formes essentielles sanctionnées par la tradition. Le style dérivera de l'application de ces principes, les nombreux éléments fournis par les traditions classiques serviront pour ainsi dire de base commune aux différents styles qui se succéderont; mais l'étude du Moyen âge français, celle des arts arabes et persans, celle de la décoration peinte ou sculptée de l'Inde, de la Chine et du Japon viendront apporter chacune dans la mesure qui conviendra de nouvelles inspirations, ou un esprit de souplesse et d'ingéniosité nécessaire au développement complet de l'art. L'essence d'un art complet est de pouvoir satisfaire à tous les programmes qui lui sont posés, tout en restant identique dans toutes ses productions, et l'ensemble de ces productions restant par conséquent homogène. Pour cela, il faut, en outre de principes clairs et d'une application sire, une grande étendue dans l'application de la méthode ainsi qu'une grande variété dans les solutions qu'elle fournit.

Il  nous semble que nous pouvons appuyer ces principes sur le sentiment qui a inspiré l'exécution et la conception des édifices modernes dont l'énumération va suivre. Et parmi tous, nous citerons comme un des plus beaux et des plus complets, sous le double point de vue de la conception magistrale de l'ensemble et de la beauté de l'exécution, le Grand 0péra de Paris de Charles Garnier. La belle disposition du plan, la clarté extrême avec laquelle toutes les différentes parties s'accordent entre elles, l'homogénéité de style, la recherche intelligente de la meilleure façon de faire ressortir les éléments de décoration et de construction qu'on y a employés, la nouveauté de certaines parties (les mosaïques entre autres), l'entente de la décoration peinte, la beauté des ensembles, l'énergie et la franchise des silhouettes, tout enfin dans cette belle oeuvre semble digne d'admiration et d'étude. Nous citerons ensuite les belles salles de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque Sainte-Genevinve de Labrouste, les extérieurs, les intérieurs et les beaux détails de la police correctionnelle, le Palais de Justice et la colonne de la Bastille de Duc, la cour de l'Ecole des beaux-arts et les intérieurs de cette école par Duban, l'asile de Charenton et la prison de Mazas par Gilbert, le délicieux musée-bibliothèque de Grenoble par Questel, la reconstruction du château de Chantilly par Daumet, et pour finir par un monument dont la conception d'ensemble et l'exécution délicate et recherchée sont admirées depuis longtemps, le charmant palais de Longchamps d'Espérandieu, à Marseille.

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