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L'architecture en Mésopotamie
Aucun monument d'architecture mésopotamienne ne nous est parvenu intact, mais les ruines sont en assez grand nombre pour qu'on puisse avoir une idée nette de l'ensemble. Les Assyro-Babyloniens se sont peu servis de la pierre dans leurs constructions; dans le sud, elle fait défaut; en Assyrie, ou la pierre est moins rare, elle est employée, mais peu cependant; cela tient à ce que la plupart des carrières four nissaient une pierre de qualité médiocre et que la tradition consacrait un procédé de construction peu onéreux, et en faveur dans le Sud auquel l'Assyrie avait tant emprunté; ce procédé est celui des constructions en briques, le plus souvent crues. Cette technique avait plusieurs avantages; celui de l'économie tout d'abord ; la matière première, l'argile abondait; la main-d'oeuvre seule coûtait et l'on sait de reste par les bas-reliefs qui nous montrent les prisonniers de guerre contraints aux plus durs travaux, qu'elle était bon marché. En outre, surtout dans le Sud, la température est en été accablante, la brique crue qui exige, pour être une matière durable, d'être employée en grandes épaisseurs et presque sans solutions de continuité, constituait un abri idéal contre la chaleur; une telle masse de terre, presque sans ouverture, offrait un obstacle impénétrable à l'ardeur du soleil; la pierre n'aurait jamais pu remplir le même office.

Pour nous, ce procédé de constructions offre de grands avantages; lorsque, par suite du temps, un bâtiment en briques crues tombait en ruines, les parties supérieures cédaient les premières et s'éboulaient soit à l'intérieur, soit â l'extérieur; les parties basses se trouvaient ainsi noyées dans un double revêtement de décombres que le temps égalisait et dans lesquelles elles restaient parfaitement préservées. En outre, si les constructions avaient été de pierre, elles auraient servi depuis des siècles de carrières aux populations voisines, et il n'en resterait rien aujourd'hui.

De la période babylonienne, nous possédons ainsi des vestiges de temples et de palais qui nous permettent de restituer ce qu'était cette architecture primitive. Puisque le grand danger, pour les constructions, réside dans les inondations, le souci des architectes est de mettre le monument à l'abri de l'envahissement des eaux. A cet effet, les fondations telles que nous les comprenons seraient inefficaces; on bâtit d'abord une terrasse en lits de briques crues séchées au soleil, sur laquelle sera posée la construction. Les comptes que nous ont laissés les Babyloniens accusent un grand commerce de briques; il y avait même un mois appelé le mois « où l'on fait les briques ». On remplissait des moules en bois d'argile épurée et malaxée, et l'on avait ainsi des matériaux de construction. Nous ne sommes pas très certains de la façon dont les Babyloniens employaient la brique crue; était-ce à l'état absolument frais, ou seulement lorsqu'elle était déjà desséchée? Mais nous nous rendons très bien compte de la technique; entre les joints des briques de chaque lit, le maçon mettait un peu de terre et mouillait l'ouvrage; en séchant, le tout formait une masse compacte sans se tasser, puisque la terre avait été déjà comprimée dans les moules. 

En Syrie, par exemple, la technique subissait quelques modifications; le terre-plein est d'ordinaire en terre simplement battue, mais tellement pilonnée que la pioche a peine à l'entamer. Parfois, au lieu de terre mouillée pour joindre les lits du travail, le constructeur se servait du bitume si abondant dans la contrée, ou jonchait chaque lit de paille ou de légers branchages que l'argile emprisonnait et qui formaient chaînage. Avec ce procédé de la brique crue, une muraille atteint une solidité incroyable; c'est un bloc compact n'ayant plus la moindre fissure et, comme la terre des briques est argileuse, l'eau pendant un temps assez long glisse sur la surface sans l'entamer. Cette manière de faire entraîne les caractéristiques de l'édifice. Un tel mur ne peut être solide et durable que par sa masse; c'est par son épaisseur qu'il défiera le temps; plus la construction est haute, plus le mur doit être épais; de fait, dans les palais, c'est un véritable rempart. Une autre conséquence est l'absence des fenêtres; sans doute ce manque de jours sur l'extérieur est-il coutume orientale; il assure l'inviolabilité du domicile, il empêche la chaleur de pénétrer; mais surtout il est déterminé par l'épaisseur et la nature des murs; une fenêtre, sous peine de provoquer l'écroulement de la masse ne pourrait être qu'une sorte de meurtrière sans utilité.
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Ziggurat de Birs-Nimrud.
Ruines de la ziggurat de Birs-Nimrud.

On a longtemps discuté la forme que les Babyloniens donnaient à la toiture de leurs bâtiments. Les uns étaient recouverts d'un toit plat comme en possèdent les maisons à terrasses dans l'Orient moderne, mais le plus souvent, les édifices étaient voûtés. On a remarqué que, dans les palais ou les temples, beaucoup de salles sont très longues en proportion de leur largeur; c'est justement pour éviter les voûtes à arc trop étendu. L'existence des voûtes nous est prouvée par les représentations des monuments sur les bas-reliefs, par les portes cintrées retrouvées intactes dans les fouilles, par les portions d'arcs qu'on a pu dégager, enfin par les tombes qui sont souvent un petit réduit souterrain voûté, et par le système des égouts; ceux-ci qui ont été retrouvés dans de nombreux endroits, à Khorsabad, par exemple, sont de longs couloirs étroits recouverts d'une voûte en encorbellement; leur système est toujours parfaitement compris au point de vue sanitaire; ainsi le terre-plein des grands édifices était parcouru de canalisations en terre cuite, pour recueillir l'eau des pluies et l'évacuer au dehors. Lorsqu'une salle était à peu près carrée, on la recouvrait d'une coupole; celle-ci se bâtissait, pour éviter l'emploi des cintres car le bois était rare, au moyen de briques disposées en lits circulaires d'un diamètre de plus en plus petit. On obtenait ainsi des voûtes, sinon très solides, du moins d'un bel aspect et d'une grande surface. Au centre de la voûte, une ouverture garnie d'un manchon de terre cuite donnait un peu de jour et contribuait à l'aération.

La colonne était connue des Babyloniens et de leurs voisins les Elamites; il est possible qu'ils aient fabriqué d'énormes piliers carrés en brique crue, mais c'est surtout les briques cuites qu'ils employaient à cet usage. Dans certains cas, la construction était commencée en briques cuites et finie en briques crues, lorsqu'il s'agissait d'exhausser les murailles. Ces briques, assez larges, sont plates comme les nôtres aux basses époques; auparavant, elles ont souvent une face un peu convexe, de façon à exiger pour leur mise en place un mortier assez abondant. Les briques sont d'ordinaire timbrées, grâce à un moule en relief imprimé sur leurs faces lorsqu'elles étaient fraîches, du nom du roi qui les a fait faire, et souvent de quelques lignes relatant les protocoles royaux et les fondations pieuses du règne. Comme, selon les Assyro-Babyloniens, une sentence écrite équivaut à une sentence perpétuellement proférée, il y avait là pour le monarque une commémoration continuelle, de grande vertu talismanique. Pour les piliers en briques cuites, la disposition adoptée était assez particulière. Sur une base épaisse de briques plates, la colonne, ou plutôt les colonnes, s'élevaient, car d'ordinaire elles étaient groupées quatre par quatre pour offrir plus de résistance, sans prendre une apparence massive. Elles se composaient de briques en segments de cercles échancrés en leur centre, s'assemblant autour d'une brique centrale ronde qui constituait l'âme de la colonne. L'espace du milieu, délimité par la réunion de ces quatre colonnes, était, lui aussi, occupé par des briques en forme de rectangles à côtés concaves, de sorte que tout l'ensemble, bien relié par du mortier, devenait très solide. 

Est-ce à dire que la colonne, comme nous la comprenons, n'existait pas? Elle se rencontre en Assyrie; alors la base est de pierre et le fût est en bois. C'est un procédé que les Assyriens semblent avoir reçu d'Asie-Mineure ou on l'emploie encore aujourd'hui. Pour que le rôle d'une colonne soit efficace, il faut qu'elle soit construite en pierre; en raison de la rareté de cette matière, en Mésopotamie, la colonne ne pouvait s'y acclimater. Par contre, engagée dans la muraille, elle devient un motif très décoratif. Les bas-reliefs nous montrent, sur les façades, des colonnes à chapiteau floral, venant reposer sur une base constituée par un animal, lion ou sphinx; cette technique provenait également d'Asie Mineure. On a retrouvé à Khorsabad des fragments de ces colonnes que le Louvre possède; le fût, de cèdre, était recouvert d'un revêtement de bronze imitant les écailles du tronc d'un palmier; sur ce bronze était appliquée une feuille d'or. Pour égayer les énormes surfaces aveugles que constituaient les murailles sans fenêtres des temples et des palais, les architectes flanquaient les murs de piliers engagés, à décrochements de nombre variable, qui rompaient la monotonie, ou bien ils divisaient la surface en panneaux étroits et longs qu'ils assemblaient par groupes de deux, trois ou quatre, et cette décoration simple mettait en valeur la majesté des lignes de ces monuments massifs et d'apparence éternelle.

Le rôle joué par la pierre et par le bois dans ces constructions était donc assez restreint; lorsque la pierre était moins rare, comme en Assyrie, le terre-plein servant de socle à l'édifice pouvait en être revêtu ainsi que d'un parement; parfois même, la partie inférieure de la construction était en pierre; le plus souvent elle ne servait qu'à la décoration, on en faisait des statues et des stèles; en outre, en Assyrie, on découpait l'albâtre gypseux du pays en plaques qu'on appliquait comme des plinthes le long des murs, jusqu'à une hauteur de deux mètres environ. Ces plaques étaient recouvertes de sculptures; au-dessus d'elles, commençaient les peintures qui remplissaient souvent toutes les surfaces, même les voûtes. Il y a là une différence fondamentale avec l'art grec. Tandis que celui-ci dispose ses bas-reliefs en frise, l'art assyrien les aligne en plinthes; d'ailleurs, même contraste dans l'édification des colonnes; la base en pierre est ouvragée, le fût en bois est sacrifié. Le bois pouvait fournir des poutres dans les salles étroites ou les couloirs qu`on voulait couvrir simplement en terrasses; dans les petites maisons des gens du peuple, le roseau, qui atteint de si grandes dimensions en Basse-Mésopotamie, servait aux mêmes usages; enrobé d'argile, il formait le squelette de la bâtisse et permettait de réduire l'épaisseur des murs. De telles maisons tombaient rapidement en ruines; leurs propriétaires les réparaient sans cesse.

Le plan général des constructions assyro-babyloniennes variait peu; c'était une répétition à plus ou moins grande échelle du plan de la simple habitation qui se composait, comme aujourd'hui en Orient, d'une partie affectée à la vie publique, d'une autre réservée à la vie privée; lorsqu'il s'agissait d'un palais, on y joignait des dépendances. Nous pouvons prendre comme type de démonstration le palais de Khorsabad, bâti par Sargon II au VIIIe siècle avant notre ère. Sur le terre-plein habituel, s'élève le palais aux murs élevés, sans ouvertures. Comme il avait été bâti de façon à ce qu'une moitié fût située dans la ville, tandis que l'autre moitié faisait saillie à l'extérieur du mur d'enceinte, la partie qui regarde la campagne est défendue comme le reste de la ville par une muraille fortifiée de place en place de tours rectangulaires à créneaux. Du côté de la ville, des escaliers pour les piétons et des chemins en pente douce pour les cavaliers et les chars donnent accès sur le terre-plein. Une grande porte conduit dans la première cour intérieure, celle des réceptions; autour de cette cour sont disposées les salles d'apparat. Deux portes étroites donnent accès à un autre corps de bâtiment composé lui aussi de cours et d'appartements disposés tout autour; c'était le quartier des femmes qui était ainsi absolument isolé de l'extérieur; les diverses portes de communications n'y sont pas percées l'une en face de l'autre de façon que la vue ne puisse commander plusieurs salles. Communiquant plus largement avec la partie destinée aux relations officielles, vient le corps des communs, composé de même de cours avec cellules disposées tout autour; là étaient les magasins, les remises des chars, les écuries les cuisines; dans les celliers on a encore retrouvé les grandes jarres qui avaient contenu les provisions et dans les magasins des outils en fer, pioches, bouchardes, chaînes, et surtout une réserve de fer de centaines de kilogrammes. Ce fer était d'excellente qualité et servit à façonner les outils dont se servirent les ouvriers au cours de leurs travaux de déblaiement des ruines.

Les salles étaient d'ordinaire couvertes de tapis, les cours dallées ou asphaltées; pour les grands défilés et les réceptions solennelles on employait les cours, car les salles, à cause de leur obscurité, ne s'y prêtaient que médiocrement; des velums tendus au-dessus des cours venaient atténuer les ardeurs du soleil.

La partie vraiment originale d'un palais assyrien est la porte; celle-ci percée dans la masse de terre du mur extérieur est par cela même un couloir, mais un couloir qui s'élargit tout à coup grâce à des chambres latérales, débouche dans une courette, sorte de large puits percé dans la masse, puis reprend en tunnel pour s'ouvrir enfin dans la grande cour du palais. Cette disposition offre plusieurs avantages; elle assure au mieux la défense, et c'est un lieu de réunion cher aux Orientaux; la Bible nous montre les anciens s'assemblant aux portes des villes pour y connaître les nouvelles; les tribunaux s'y tiennent; c'est de cette coutume qu'est venue la dénomination de Sublime Porte qu'on donnait au gouvernement Ottoman; ces portes orientales sont un véritable centre administratif. Le seuil des portes était richement orné; le Louvre possède une plaque de pierre, provenant du palais de Kuyundjick qui servait de seuil à une porte. Le fond en est finement décoré; des échancrures à chaque extrémité permettent le roulement des vantaux sur leurs gonds.

Le plan d'un temple ne différait guère de celui d'un palais; même terre-plein, mêmes portes un peu moins compliquées, puis une grande cour où se déroulaient les cérémonies et sur laquelle donnaient d'autres courettes entourées de chambres; enfin, plus loin située, se trouvait la partie interdite qui, ici, est la demeure de la divinité. Un temple a, en effet, les mêmes besoins qu'un palais; il lui faut des habitations pour son clergé, des magasins pour ses richesses puisqu'il jouit de revenus et entretient le personnel du culte, des salles d'apparat pour les cérémonies, et des bâtiments réservés pour le sanctuaire ou ne pénètrent que les prêtres.

La particularité du temple, c'est sa ziggurat ou tour à étages; on ne sait si c'est une importation sumérienne ou akkadienne, quoique l'on puisse y voir le souvenir d'un culte venu d'une région montagneuse dont on a voulu ainsi faire revivre le souvenir. Ces tours à étages, dont on a retrouvé un échantillon remarquablement conservé à Khorsabad sont des masses de briques crues ayant, en somme, la forme d'une pyramide. Tout autour, chemine une rampe en pente douce, taillée dans l'épaisseur de la brique, de sorte que la pyramide va sans cesse en se rétrécissant. Pour rompre la monotonie d'aspect d'une telle masse, les faces de la pyramide étaient décorées de ces lignes en panneaux que nous avons remarquées sur les autres constructions, et le chemin extérieur était bordé d'un parapet à créneaux. Au sommet, devait se trouver une chambre avec une statue de la divinité; au temple Esaggil de Babylone, cette chapelle renfermait le lit en or et la table du dieu; le nombre des étages était d'ordinaire de sept. Le souvenir des ziggurat, dont une des plus célèbres était celle du temple de Marduk à Babylone, s'est conservé dans la région; il y a à Samara une tour hélicoïdale à rampe en pente douce, conduisant au sommet, qui est un souvenir de cette sorte de construction : la différence est que cette tour est ronde, tandis que les ziggurat étaient carrées. Là encore les Assyro-Babyloniens étaient fidèles à leur goût du colossal. (Delaporte).

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