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Anomalie
En grammaire, une anomalie (du grec anomalia, irrégularité) est la déviation de l'analogie par le fait de l'usage. Ce mot s'applique surtout aux irrégularités des noms et des verbes, mais peut s'étendre aussi aux locutions irrégulières, ainsi qu'à certains faits de syntaxe, à certaines constructions, etc.

Les anomalies orthographiques sont nombreuses en français : ainsi, pourquoi écrire des hiboux, tandis qu'on écrit des verrous? Pourquoi ne pas avoir mis partout l's comme signe du pluriel? Pourquoi ne pas écrire le féminin de discret comme celui de net et de muet? Pourquoi écrire tierce et non pas tierse, venant de tiers? Pourquoi écrire voeu, au lieu de voeut (votum), puisqu'on écrit noeud (de nodus)? Pourquoi écrire absous et non pas absout, que demande l'étymologie, lorsqu'on dit au féminin, conformément à celle-ci, absoute?

L'orthographe de dépôt n'est pas en rapport avec le dérivé déposer, et pourquoi ne pas écrire dépos, puisqu'on écrit propos et repos, mots analogues? L'analogie étymologique demande d'ailleurs dépôt, propôt, repôt (depositum, propositum, repositum, dont on avait d'abord fait dépost, propost, repost). Abri et abriter, rempart et remparer sont des anomalies.

Quelle utilité à distinguer extravagant, adjectif verbal, de extravaguant, participe; fabricant, de fabriquant; adhérent, de adhérant? Il n'en est pas de même de violant et de violent l'un vient de violans, l'autre de violentus.

Il y a anomalie inutile à écrire l'an mil au lieu de mille, et vil, subtil, lorsqu'on écrit habile, utile, facile, fertile, docile, etc. On en peut dire autant du double genre donné au mot voile, agrès de vaisseau, et pièce-d'étoffe pour cacher le visage, quoiqu'il ait absolument la même origine dans les deux sens. 

Le mot suicide est formé d'après la plus stricte analogie, et est un des mots les mieux faits de la langue française; mais en conclure qu'on peut dire suicider ou se suicider, c'est vouloir introduire dans la langue une nouvelle anomalie. 

La syntaxe du mot gens offre des anomalies assez bizarres, mais qui se justifient par les exigences de l'oreille. 

Les anomalies fort nombreuses de la conjugaison française se justifient de même; et presque toutes ne font que reproduire assez exactement des différences de prononciation introduites par le sentiment instinctif de l'harmonie, ou nées de la confusion des dialectes qui ont concouru à la formation si compliquée de la langue française. Voici quelques-unes de ces anomalies : je meurs, nous mourons; je puis, je peux, nous pouvons, ils peuvent; je vais, je vas, tu vas, nous allons, j'irai;
je reçois, recevoir (au lieu de reçoir), etc.

Les anomalies ne sont ni moins nombreuses ni moins étranges en grec et en latin qu'en français. Dans toute espèce de langues, les anacoluthes, les ellipses, les pléonasmes, les hyperbates ou inversions, et une foule d'idiotismes, ne sont, la plupart du temps, que des anomalies syntaxiques. (P.).

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