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Le monde des abeilles
caractères, répartition, vie sociale
Aperçu
Le monde des abeilles
Organisation interne
Caractères généraux des Abeilles

La famille des Apidés à laquelle appartient le genre Apis présente les caractères suivants : Mâles, femelles et ouvrières (neutres ou femelles avortées) ailés pendant toute la vie à l'état parfait; femelles et ouvrières munies d'un aiguillon développé (Apites, Bombites), ou rudimentaire (Méliponites); ailes étendues sur le corps pendant le repos, les supérieures non pliées suivant le grand axe de leur ellipse; antennes coudées, vibratiles, filiformes, de douze articles chez les femelles et les ouvrières, de douze ou treize chez les mâles, le second article presque globuleux, plus court que le troisième, qui est un peu conique; lèvres et mâchoires longues, constituant une sorte de trompe; lèvre inférieure plus on moins linéaire, avec l'extrémité soyeuse; jambes postérieures inermes ou épineuses à l'extrémité, offrant, chez les ouvrières, un élargissement et une cavité en cuiller pour la récolte du pollen; premier article des tarses postérieurs des ouvrières très grand, comprimé, en forme de palette carrée ou de triangle renversé, parfois dilaté à l'angle extérieur de sa base en forme d'oreillette; abdomen composé de sept segments chez les mâles, de six seulement chez les femelles et les ouvrières.-

Tel qu'il est généralement constitué, le genre Apis forme à lui seul le groupe des Apites (Apinés) et ne comprend que les Abeilles proprement dites ou Mouches à miel, comme on les appelle parfois. Ses caractères principaux peuvent se résumer ainsi qu'il suit : Corps couvert de poils assez clairsemés, plus nombreux et plus denses sur le thorax; tête munie de trois ocelles (stemmates ou yeux lisses) disposés en triangle; antennes de douze articles; palpes maxillaires rudimentaires, uni-articulés  palpes labiaux de quatre articles, dont les deux premiers sont longs et aplatis, les deux autres petits et poilus; languette subcylindrique, plus courte que le corps; ailes supérieures à nervures fortes, offrant une cellule radiale étroite et fort longue trois cellules cubitales complètes, une quatrième cellule cubitale incomplète, et trois cellules discoïdales complètes; jambes postérieures dépourvues d'épines à leur extrémité; tarses à crochets bifides.

Tête d'abeille
1. - Tête d'abeille mâle
Tête d'abeille.
2. - Tête d'ouvrière
Tête d'abeille.
3. - Tête d'abeille féconde
Les Abeilles à travers le monde

Ainsi délimité, le genre Apis ne  renferme qu'une poignée d'espèces, toutes originaires des régions tempérées ou chaudes de l'ancien continent. La plus importante est l'A. mellifica L. ou Abeille domestique, qui a été appelée successivement A. cerifera, par Scopoli, A. domestica, par Ray et Réaumur, enfin A. gregaria, par Geoffroy. Connue dès la plus haute antiquité, cette espèce est la déborah des Hébreux, la melissa ou melitta des Grecs et l'Apis des Latins. 

On la croit originaire de la Grèce ou de l'Anatolie, d'où elle aurait été introduite successivement dans toute l'Europe. De nos jours, l'Abeille domestique se trouve répandue par la culture dans la plupart des régions du globe. Elle existe dans tout le Nord de l'Afrique et est très commune en Algérie, notamment en Kabylie, où on l'élève en domesticité. On la rencontre également aux îles Canaries, à l'île de Madère, à l'île de la Réunion, au Sénégal et au Cap de Bonne-Espérance. Transportée en Amérique, aussi bien dans le Nord que dans le Sud, elle s'y est si bien naturalisée qu'elle tend de plus en plus à remplacer, dans les régions chaudes, les Melipones et les Trigones locales. On l'a introduite également aux Antilles, notamment à Cuba, à Haïti, à la Jamaïque et à la Martinique, enfin en Australie, à la Nouvelle-Zélande et aux îles Hawaii. 

On en connaît plusieurs variétés. La plus importante (l'Apis ligustica de Spinola) est répandue dans l'Europe méridionale, surtout en Toscane, en Sicile, en Crète et en Grèce; c'est elle que Virgile a chantée dans ses Géorgiques (liv. IV). Elle se reconnaît tout de suite à la couleur ferrugineuse des trois premiers segments de l'abdomen; aussi l'appelle-t-on vulgairement Abeille jaune pour la distinguer de l'Abeille commune ou Abeille noire de France, d'Angleterre, d'Allemagne et de Russie. On l'a introduite en France, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, au Danemark et surtout aux États-Unis, où on la cultive concurremment avec l'Abeille commune.

Parmi les espèces exotiques, la première à mentionner est l'Apis fiasciatae Latr., qui vit en Égypte, où elle est cultivée depuis les temps les plus reculés. On la retrouve en Arabie et jusqu'en Asie Mineure. Son corps est d'un brun noirâtre avec l'écusson et les deux premiers segments de l'abdomen d'un jaune rougeâtre; le reste de l'abdomen est d'un gris cendré ; les nervures des ailes sont roussâtres. On la trouve souvent représentée sur les monuments égyptiens. Puis viennent l'Apis Adansonii Latr., du Sénégal, assez semblable à l'Apis ligustica, mais d'un quart plus petite; l'Apis unicolor Latr., de Madagascar, au corps noir, revêtu de poils d'un gris jaunâtre; l'Apis nigritarum Lep. St.-F., du Congo; l'Apis scutellata Lep. St.-F., et l'Apis. caffra Lep. St: F., toutes deux du sud de l'Afrique; l'Apis socialis Latr., de l'Inde et de la Chine; l'Apis Peroni, de Timor; l'Apis dorsata Fabr., de Java, du double plus grande que l'Apis mellifica, enfin, l'Apis indica Fabr., qui paraît très commune non seulement en Inde, mais aux Moluques et dans les îles de la Sonde, notamment à Java, où manque absolument l'Apis mellifica. Elle est noire, couverte d'une pubescence cendrée, avec le premier et le second segment de l'abdomen d'un roux ferrugineux; sa taille est la moitié de celle de l'Apis mellifica.

La société des Abeilles

Les Abeilles vivent en sociétés nombreuses, soit à l'état sauvage dans les crevasses du sol ou dans les creux d'arbres ou de rochers, soit (et c'est surtout le cas pour les Apis mellifica et Apis ligustica) à l'état de demi-domesticité dans des abris de formes très diverses préparés par les soins de l'humain et que l'on nomme ruches.

Chaque société ou essaim se compose de mâles, de femelles fécondes et de femelles infécondes (neutres ou mulets), plus connues sous la dénomination d'ouvrières. Ces trois sortes d'individus diffèrent autant par leurs caractères extérieurs que par les fonctions qu'ils sont appelés à remplir dans la communauté. Dans l'Abeille domestique (Apis mellifica L.), espèce à laquelle s'appliquent presque exclusivement les détails qui vont suivre, les mâles nommés faux-bourdons (fuci), à cause du bruit particulier qu'ils font en volant, sont plus gros, plus velus que les ouvrières. Leur rôle est uniquement de féconder les femelles. On les reconnaît aisément à leur grosse tête circulaire, dont les yeux très développés sont contigus en arrière; les ocelles sont situés sur le front et non sur le vertex. Les antennes et les pattes sont entièrement noires. L'abdomen est très obtus à l'extrémité, recourbé en dessous et dépourvu d'aiguillon; les deux pattes postérieures ont le premier article de leurs tarses plus court que chez les ouvrières, convexe extérieurement et velu, sans dent saillante au côté supérieur (fig. 6, ci-dessous). Les femelles fécondes, dont il n'existe normalement qu'un seul individu dans chaque ruche, ont la tête triangulaire, les yeux latéraux, les mandibules bi-dentées au sommet, les antennes d'un brun roussâtre en dessous, et les ailes plus courtes que l'abdomen. Leur seule fonction est de pondre, c.-à-d. de pourvoir à la multiplication de la colonie, et à la perpétuation de l'espèce. Elles sont armées d'un aiguillon plus grand que celui des ouvrières et courbé. Leurs pattes postérieures n'ont ni brosse, ni corbeille (fig. 7, ci-dessous).

Pattes d'abeilles.
4, 5, 6, 7. - Pattes d'abeilles.

Les ouvrières (operariiae, spadones) exécutent tous les travaux nécessaires à l'existence et à la prospérité de la colonie. Elles possèdent les caractères généraux des femelles fécondes. Ce qui les distingue surtout, c'est leur taille moindre, leur languette plus longue, et la structure particulière de leurs pattes postérieures (fig. 4 et 5, ci-dessus). Dans ces dernières, en effet, le tibia a la forme d'une palette triangulaire et offre en dehors, vers l'extrémité, une dépression bordée de poils qu'on appelle la corbeille. De plus, le premier article des tarses, très long et très large, forme une lame quadrangulaire, tisse en dehors, mais couverte, à sa face interne, de poils fins, serrés, disposés en rangées transversales régulières, de manière à constituer une sorte de brosse; son bord supérieur est très élargi en dehors du point où il s'articule au tibia et forme, avec le bord inférieur également élargi du tibia, une sorte de pince dont l'Abeille se sert pour recueillir les plaques de cire excrétées par les anneaux de l'abdomen. Ce dernier est moins conique, moins allongé que celui des femelles fécondes, et la membrane qui unit les arcs chitineux sternaux les uns aux autres présente, entre ces différents arcs et de chaque côté de la ligne médiane, deux surfaces, désignées sous le nom d'aires cirières, sur lesquelles la cire, sécrétée par des cellules glandulaires spéciales de la paroi abdominale, se coagule en petites plaques écailleuses. Le premier et le dernier segment de l'abdomen sont dépourvus de ces aires cirières, qui font complètement défaut chez les mâles et les femelles fécondes.

Aussitôt qu'un essaim a pris possession d'une cavité quelconque, d'une ruche, par exemple, le premier soin des ouvrières est d'en boucher exactement tous les interstices afin d'empêcher l'accès de la lumière et de l'air froid; elles ne laissent qu'une seule ouverture étroite qui sert à la fois d'entrée, et de sortie. Elles emploient pour ce travail la propolis, sorte de mastic brun ou d'un gris jaunâtre obtenu en malaxant, au moyen de leurs mandibules, les substances visqueuses qu'elles vont recueillir notamment sur les bourgeons des peupliers, des ormes, des bouleaux, des saules ou des Conifères. Une fois leur habitation hermétiquement close, les ouvrières se réunissent en groupe dans le but de construire les rayons ou gâteaux de cire, destinés à servir de nid pour le couvain (réunion des larves, puis des nymphes), et de magasins pour les provisions de la communauté. Ces gâteaux, en général fixés à la voûte de la ruche, sont presque toujours rangés parallèlement; ils présentent entre eux des intervalles libres d'environ un centimètre, destinés à la libre circulation des abeilles. Chaque gâteau est composé d'un grand nombre de cellules, ou alvéoles, hexagonales, adossées les unes aux autres et se rejoignant par leur fond au milieu du gâteau. Toutefois, les cellules des deux faces du gâteau ne sont pas exactement opposées l'une à l'autre, car chacune d'elles se termine par un fond pyramidal, résultant de la réunion de trois losanges égaux, de telle sorte que le fond d'une cellule se trouve correspondre au fond de trois cellules de la face opposée; cette disposition est, sans contredit, la meilleure pour ménager le temps, la cire employée et la place disponible. Aussi, peut-on dire avec Lalanne (Note sur l'Architecture des Abeilles, dans les Ann. Sc. natur., Zoologie, 2e série, t. XIII) que 

Les Abeilles ont résolu, dans la construction de leurs alvéoles, un problème de minimum et que les parois de leurs merveilleux édifices sont disposées de la manière la plus économique, en épargnant le plus possible la matière et le travail pour un volume déterminé d'alvéoles.
Les cellules hexagonales sont de deux grandeurs : les plus petites, destinées au couvain d'ouvrières, forment la plupart des gâteaux et occupent presque exclusivement le centre de la ruche; les plus grandes, au contraire, doivent contenir le couvain de mâles. Ces deux sortes d'alvéoles servent également à emmagasiner des provisions de miel et de pollen. Le même gâteau peut être formé à la fois de grandes et de petites cellules, soit sur les faces opposées, soit sur la même face; dans ce dernier cas, les ouvrières savent raccorder les premières avec les secondes au moyen d'une ou deux cellules de grandeur moyenne. Elles construisent, en outre, quelques alvéoles ovoïdes très grandes, sortes de godets dont les épaisses parois contiennent en poids, plus de cent fois autant de cire qu'il en faut pour un alvéole d'ouvrière. Ces énormes cellules, appelées cellules royales ordinaires ou naturelles, sont destinées aux larves qui doivent donner les abeilles fécondes, si improprement désignées sous le nom de reines; elles sont le plus ordinairement placées sur le bord des gâteaux, et presque toujours détruites en grande partie après la sortie des mères-abeilles. Enfin, il existe parfois, dans l'intérieur des gâteaux, d'autres alvéoles, de forme analogue, mais de dimensions moindres, appelées cellules royales artificielles, qui ont été formées après coup, par destruction de plusieurs cellules d'ouvrières, quand les Abeilles ont eu besoin de faire éclore de nouvelles femelles fécondes par suite de la perte de leur reine unique ; ces nouvelles mères-abeilles sont désignées par les apiculteurs sous le nom de mères de sauveté. (Ed. Lefèvre).
Gâteau de cire.
8. - Portion d'un gâteau d'abeille,
présentant les trois sortes de cellules (d'après E. Blanchard).
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