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Le
phénomène de l'électricité a jeté la
plus vive lumière dans la science de la nature. Sans doute il était
aisé de voir que la Terre
se composait à elle-même son atmosphère ,
élevant de son sein les vapeurs qui l'arrosent, et recouvrant en
un jour, par les pluies, tout ce qu'elle a perdu d'exhalaisons en plusieurs
mois. Par la raison qu'elle était la source des nuages, elle devait
être le foyer des orages; mais on n'avait pas vu que la foudre
partait de la terre, au lieu de tomber du ciel. Chappe
était, en 1757, dit-il, dans cette erreur, combattue en 1813 par
Maffei.
«
J'étais persuadé, dit-il, que les nuages orageux étaient
toujours enveloppés d'une matière électrique, et qu'ils
étaient des conducteurs d'où partaient ces éclats
de foudre qui, après avoir traversé les airs, portent l'effroi
et le désordre sur la surface du globe [...]. Je reconnus et m'assurai
bientôt, dans presque toutes mes observations, que l'inflammation
s'était faite à. la surface de la terre; d'où la foudre
s'élevait, au lieu de se précipiter des nuages. Presque tous
les physiciens sont maintenant également convaincus de cette vérité.
»
La physique détermine
la distance de l'endroit où est l'observateur à l'endroit
d'où, part l'éclair par l'intervalle du temps compris entre
l'éclair et le bruit, en supposant qu'une seconde répond
à cent soixante-treize toises. Chappe a fait des observations en
Lorraine et en Sibérie.
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Des inconvénients
de l'électricité
A Bitche ,
en Lorraine ,
le 28 mai 1751, à cinq heures dix minutes du soir, dans son cabinet
de physique, le carillon électrique sonna tout à coup avec
une vitesse extraordinaire. L'abbé Chappe avait défendu qu'on
approchât du conducteur, car l'électricité atmosphérique
ne lui avait jamais paru si considérable. Cependant un soldat qu'il
occupait ordinairement à tourner la machine, lorsqu'il faisait des
expériences sur l'électricité artificielle, voulut
tirer une étincelle, en tenant la bouteille de Leyde suspendue à
la barre de fer par son crochet. Le pauvre diable fut à l'instant
renversé avec tant de violence qu'il cassa la bouteille et les cordons
qui soutenaient le conducteur. Il fut plus d'une heure à recouvrer
l'usage de ses sens, et garda de l'événement une telle frayeur,
qu'on ne put jamais le décider à tirer une étincelle
dans les expériences ordinaires... |
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Mais,
comme celles-ci sont les plus récentes, et presque les seules de
ce genre qu'on ait faites en ce pays étranger aux sciences et aux
savants, elles appartiennent doublement à l'histoire des voyages,
qui n'a souvent rien de plus curieux et de plus nouveau, que de présenter
dans des pays éloignés les phénomènes de la
Nature que chacun retrouve dans son pays.
L'auteur avait élevé
en plein air une barre de fer suivant la méthode ordinaire, dans
le dessein de déterminer l'étendue de l'atmosphère,
électrique des nuages, et les rapports des degrés d'électricité,
analogues aux différentes distances où se trouvait la barre
électrique par rapport au nuage d'où paraissait, sortir l'inflammation.
Le 11 juin 1761,
le ciel était serein; cependant tout semblait annoncer un orage.
On respirait à peine, quoique la thermomètre ne fût
qu'à 18 degrés: Un nuage sombre parut vers midi à
l'horizon ;
il s'éleva insensiblement, et bientôt un sourd bourdonnement
annonça son approche; mais on ne voyait point d'éclair, on
n'entendait point le tonnerre; un vent impétueux succéda
à ce bruit; des tourbillons de poussière parurent au loin,
c'était l'avant-garde de la nuée orageuse. Bientôt
les éclairs sillonnèrent l'espace; le tonnerre se fit entendre
et la lu mière du soleil s'affaiblit, A midi vingt-hui minutes,
l'abbé Chappe vit la foudre s'élever de terre sous
la forme d'une fusée, à environ 2592 toises de lui, et jusqu'à
110 toises de hauteur; la barre donnait alors de faibles signes d'éléctricité.
A midi trente-cinq minutes, l'électricité était
si considérable qu'on n'osait plus toucher à la barre : on
en tirait des étincelles à quatre pouces, avec un morceau
de fer attaché a un tuyau de verre. Les éclairs se multipliaient,
le tonnerre grondait toujours, et l'électricité était
devenue si intense qu'elle produisait un sifflement effrayant. L'observateur
et les assistants durent se retirer à l'autre-extrémité
de l'observatoire.
À midi, quarante-sept
minutes, on voyait deux grosses gerbes d'électricité aux
deux extrémités de la barre, malgré la pluie, qui
commençait à tomber. Ces gerbes étaient, de la plus
grande vivacité; et les étincelles en partaient de toutes
parts, avec un pétillement qu'on aurait pu entendre de beaucoup
plus loin. L'observateur était, occupé de ces différents
phénomènes qui avaient répandu la terreur dans tous
les assistants, lorsqu'à midi-quarante-huit minutes deux secondes,
la barre et cette partie de l'observatoire s'enflammèrent subitement,
et ce phénomène fut suivi d'un éclat de tonnerre
si prompt et si violent, que tous ces gens, dit l'abbé Chappe,
se culbutèrent les uns sur les autres en voulant se sauver.
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Une
expérience de Chappe sur l'électricité naturelle :
"tous
ces gens se culbutèrent les uns sur les autres en voulant
se sauver".
L'instant d'après,
la flamme disparut, et la barre ne donnait plus que de faibles signes d'électricité.
Le vent, d'abord d'Est, tourna au Nord, puis au Nord-Ouest, et le nuage
disparut au Sud-Ouest. Cet orage, dit-il, parcourut 70 degrés dans
l'espace de trente-sept minutes.
Le 12 juin, à
deux heures trente-quatre minutes après midi, la barre donna de
faibles marques d'électricité. Le ciel était couvert,
sans éclairs, sans tonnerre. A trente six minutes, il plût
un peu. A quarante-deux minutes, l'électricité cessa avec
la pluie. A quarante-huit minutes, la pluie recommença. L'électricité
augmenta et diminua alternativement jusqu'à cinquante-cinq minutes,
que la pluie cessa. On tirait des étincelles, en présentant
le doigt à huit lignes du conducteur.
«
La pluie recommença à trois heures, et l'électricité
diminua jusq'à trois heures, sept minutes, qu'elle cessa totalement.
La nue orageuse était à l'Ouest, ainsi que le vent; le thermomètre
à 14 degrés, et le baromètre à vingt-quatre
pouces, deux lignes. »
L'académicien
ne put observer, le reste du mois, d'autre orage que celui du 28. Mais
il n'eut pas dans cet orage la plus petite marque d'électricité.
Il y eut encore plusieurs orages en juillet, mais sans aucune marque d'électricité,
dans leurs cas non plus.
«
Le 9 juillet, à midi, commença un orage à l'est de
Tobolsk ,
par un ciel serein à l'ouest, presque sans électricité,
jusqu'à une heure, quinze secondes. Ensuite, après un grand
vent accompagné d'un nouvel orage, l'électricité fut
assez forte. Elle cessa à neuf minutes vingt-cinq secondes, et recommença;
à vingt-cinq minutes quarante secondes. On vit un éclair
pour la première fois dans cet orage; l'intervalle de l'éclair
et du bruit fut observé de quarante-cinq secondes, ou de sept mille
sept cent quatre-vingt-cinq toises. L'orage était vers l'horizon;
l'électricité
fut très forte pendant six minutes, et cessa totalement; le baromètre
était à 27 pouces 8 lignes 8/12, et le thermomètre
à 18 degrés.
Le
10 juillet, à sept heures et demie du matin, un orage parut à
l'est, vers l'horizon. A huit heures vingt-sept minutes treize secondes,
les fils s'étant entortillés autour de la barre, je voulus
les défaire; dit Chappe, et je reçus une commotion si violente,
que j'en eus le bras engourdi pendant deux jours. A trente-cinq minutes
trente secondes, l'électricité augmente; le milieu du nuage
est au zénith ,
et l'on voit le ciel serein de tous les côtés. Si l'on présente
du fer au bout d'un tuyau de verre, l'électricité fait un
bruit semblable à du taffetas qui se déchire.
Je
vis très distinctement la foudre s'élever de terre, dans
toutes les observations où j'aperçus des éclairs.
A sept heures trente-une minutes, elle me parut monter jusqu'à la
partie du nuage la plus élevée sur l'horizon; cette hauteur
était environ de vingt-sept degrés.
Le
13 juillet, un orage parut au sud, à deux heures après midi;
l'électricité, d'abord médiocre, devint si forte,
qu'un soldat ayant voulu toucher au conducteur, en reçut une commotion
violenté, sortit de l'observatoire, et n'osa plus y entrer.
A deux
heures cinquante-cinq minutes, j'aperçus très distinctement
la foudre s'élever de terre, sous la forme d'une fusée qui,
à une certaine hauteur,se divisa en deux serpenteaux. »
Enfin, pour ne rien
omettre d'utile et d'important dans l'ouvrage de Chappe, ajoutons aux expériences
qu'il a faites sur l'électricité un mot de ses observations
sur le baromètre et la boussole. La plus grande hauteur du baromètre
à Tobolsk ,
dit-il, fut le 25 mai (1761), de 28 pouces 10 lignes 8/12 , par un vent
du nord et un ciel serein. La plus petite hauteur fut, au mois de juin,
de 27 pouces 6 lignes.
Le thermomètre
qui, comme on l'a vu, descend en hiver à plus de 60 degrés
au-dessous de la congélation, est monté, le 19 juillet, dans
la plus grande chaleur de l'été, à 26 degrés
3/4 au dessus de la congélation. C'est donc une différence
de plus de 80 degrés entre les limites du froid et celles du chaud.
A Tobolsk, l'auteur a vu les grains poindre au 15 juin, s'élever
à dix pouces le 25, sans être à leur maturité
vers la fin d'août.
Quant à la
boussole, Chappe dit qu'à Tobolsk, il l'a vue décliner de
3 degrés 45 minutes 58 secondes vers l'orient. En 1720, dit-il,
elle n'avait point de déclinaison, si l'on en croit Strahlenberg.
Chappe dit qu'elle varie de 12 minutes et demie par an vers l'orient, tandis
que sa variation est à Paris de 10 minutes par an vers le couchant.
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Encore
une expérience sur l'électricité naturelle...
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