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Voyage fait en Sibérie
pour le passage de Vénus sur le Soleil
Chappe d'Auteroche

 
La Géologie
Chappe, à l'exemple des savants qui parcourent la Terre, s'est attaché à l'examen des montagnes. Sa route l'a conduit aux monts Riphées [l'Oural], son loisir l'a arrêté dans la partie de cette chaîne qui s'étend entre Catherinembourg et Solikamskaia.  II en a examiné les différentes espèces de mines. Avant de les décrire, il parle de quelques gypses, dont il a apporté différents morceaux. Entre autres curiosités de cette nature, le mica, dit-il, ou verre de Moscovie, est assez commun en Sibérie pour qu'on en fasse des vitres; il est épais d'un tiers de ligne, d'un brun clair tirant sur le jaune, assez transparent, pour qu'on lise à travers. On le divise en six à sept feuillets, dont chacun se subdivise en trois feuilles qui se roulent autour des doigts comme du papier. Il est plus tenace que fragile; il faut le plier et le replier plusieurs fois en sens contraire, pour le casser.
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Les mines des tsars

Si la majeure partie du vaste territoire sibérien est peu susceptible d'être cultivée, le sous-sol de ce même terrain offre parfois des ressources aussi précieuses en métaux divers ou en houille. Au temps de Chappe, les métaux qui fascinent le plus l'homme, l'or et l'argent, ont seuls été soumis à une exploitation active. 

Or. - Dans la Sibérie, les mines ont été en grande partie épuisées déjà, c.-à-d. que les procédés d'extraction employés n'ont permis que de traiter les parties les plus riches. En dehors des mines de l'Oural, rattaché à la Russie d'Europe, et de celles de l'Altaï exploitées depuis l'Antiquité, la plus grande partie des minerais aurifères se retirent des terrains alluviaux, en particulier de ceux de la Lena (Olekminsk Vitimsk) des environs de Nijne-Oudinsk, Kansk et Minusinsk dans le bassin de l'Ienisseï, etc. Les gisements se trouvent dans des fonds recouverts par des terrains tourbeux, marécageux. L'exploitation est fort coûteuse et nécessite l'enlèvement en grandes quantités de couches superficielles stériles et le transport de ces débris à distance du lieu de l'exploitation.

Les mines forment, dans la Sibérie moyenne, cinq groupes, comprenant un ensemble d'environ 380 mines, dont 260 situées dans la zone des forêts, 120 dans la zone agricole. Elles occupent environ 10 000 ouvriers et fournissent annuellement jusqu'à 400 millions de F. d'or. L'arrondissement minier de l'Altaï est tombé au second rang. Les gisements les plus riches se trouvent dans les bassins de l'Amour et de la Lena, où de grandes compagnies se sont constituées pour l'exploitation du précieux métal. En l'année 1880, 8 400 kilogrammes  d'or furent extraits par une seule compagnie, la compagnie d'Olekma, pour la valeur de 25 millions de F. La valeur de l'extraction s'y maintenait encore, dans à la fin du XIXe siècle, à 18 millions.

Argent. - La production du métal blanc est en grande diminution sur toute l'étendue de la Sibérie. Même les mines de Nertchinsk, célèbres autrefois, tant par la quantité du précieux métal extrait que parce qu'elles passaient pour le pire des bagnes sibériens, ont perdu beaucoup de leur importance. Dans l'Altaï, la production fut autrefois abondante; on évalue à 2 millions de kilogramme le métal extrait depuis la début de la découverte jusqu'à l'année de l'abolition de l'esclavage, c.-à-d. 1863, soit environ 115 ans. Actuellement, ces mines ne fournissent qu'une quantité insignifiante. Dans le cercle de Nertchinsk, l'exploitation des mines d'argent remonte aux premières années du XVIIIe siècle. Les débuts furent naturellement très modestes. La production atteignit 10 000 kilogrammes par an, vers l'année 1763, et se maintint jusqu'à 1786. Deux siècles plus tard, sur 90 mines d'argent que renferme la contrée, 10 seulement sont encore en exploitation; elles fournissent environ 800 kg par an; l'ensemble de la Sibérie en produit à cette époque de 6 000 à 7 000 kg.

Il convient d'ajouter à la production des métaux précieux celle du platine, abondant surtout dans l'Oural.

Autres métaux. La Sibérie est riche en d'autres métaux : le fer et le cuivre, notamment, enfouis en grandes quantités sur divers points du territoire. Ces richesses sont longtemps restées mal connues et peu exploitées. L'arrondissement minier de l'Altaï, apanage particulier du tsar, renfermait jusqu'à 800 mines, dont 500 ont commencé à être exploitées seulement à partir des années 1850. Les gisements forment deux groupes, désignés par les noms  de mines de Zmeinogorsk, et qui s'étendent sur le versant Nord-Ouest. de l'Altaï proprement dit, et de Salaïr, du nom d'une petite chaîne de montagnes. Les deux principaux métaux : plomb argentifère et cuivre, se trouvent à des profondeurs variant entre 150 et 200 m, dans des terrains, transitoires, entre les argiles ferrugineuses et les pyrites. La quantité de plomb extraite à la fin du XIXe siècle était en moyenne de 280 tonnes. Mais les mines se sont vites épuisées et en quelques décennies la production est devenue presque nulle. La fonte du cuivre s'élevait, en 1872, à 650 tonnes. Elle fut de 300 tonnes environ par an, durant la période de 1882-94; elle est tombée rapidement. L'arrondissement minier de l'Altaï est resté très riche en fer, dont l'usine, près de Kouzaetz, coulait au début du XXe siècle 1700 tonnes. La production du fer était alors minime, 7 000 tonnes par an; cependant les gisements de fer restaient nombreux dans la Transbaïkalie, région de Nertchinsk. Ils alimentaient l'usine Petrovsk, sur la rivière Baliaga (affl. du Khilok), à 500 km de Tchitca . Le sel était tiré des lacs, fort nombreux surtout dans la Sibérie occidentale (gouv. de Tomsk). On en extrayait 30 000 tonnes par an. Enfin, le minéral le plus essentiel, la houille, a été découvert à la fin du XIXe siècle, en grandes quantités, sur divers points du territoire. Le bassin houiller le plus important reconnu jusqu'à à la fin du régime des tsars est celui qui s'étend de Kouznetzk, c.-à-d. du Nord de l'Altaï, jusqu'à l'Ob. Il a plus de 400 km de long sur 100 km de large, soit une superficie de 45 000 km². Le charbon y a été très vite reconnu d'excellente qualité. A l'autre extrémité de la Sibérie, le long du Pacifique et dans l'île de Sakhaline, se trouvent aussi d'importants gisements de houille. La Sibérie est riche en graphite; les principaux gisements sont à Touroukhansk et dans le gouv. d'Irkoutsk.

Dans l'Oural.
On trouve dans l'Oural, l'Altaï, à Nertchinsk, des pierres précieuses, topaze, grenat, émeraude, malachite, etc.

Gîtes minéraux et métallifères. En dehors de ces types normaux, l'Oural est depuis longtemps célèbre par le développement qu'y prennent de curieuses associations de minéraux capables de fournir des roches filoniennes distinctes. De ce nombre figure, par exemple, ce mélange exceptionnel du corindon, soit avec l'anorthite, soit avec l'orthose, qu'on trouve souvent réalisé en filons minces dans les gneiss du versant Ouest de l'Oural du Sud. Mais le centre éruptif de cet ordre le plus remarquable, c'est celui des monts Ilmen. Placés sous la dépendance immédiate de la syénite néphélinique, qui tient une si grande place dans cette chaîne, on n'y compte pas moins de 150 gîtes de minéraux de cet ordre, tous différents comme composition et largement exploités, en raison de leur richesse en minéraux contenant des corps simples rares, tels que zirconium, thorium, cérium, lanthane, tantale, niobium, etc. Parmi les plus curieux figurent d'épais filons pegmatoïdes d'un granite vert à amazonite (microfilme) renfermant de la sodalite, de la cancrinite, du zircon et de la fluorine, tandis que, dans leurs cavités drusiques, on peut recueillir, sous forme de cristaux bien spécifiés et d'une grande pureté, des topazes, des émeraudes (aigue-marine) accompagnées de tourmaline, columbine, samarskite, monazite, helvine, cryolite, chiolite, etc. Chaque gîte se spécialise ensuite d'après le minéral dominant; telles sont les mines de zircon, de pyrochlore, d'aeschnite et de topaze. Très importants aussi, les gîtes métallifères obéissent, comme les roches éruptives du reste, .è deux modes de distribution distincts en relation étroite avec la structure des deux versants. Ainsi les gisements stratifiés, tels que ceux de limonite et, de grès cuprifères, sont étroitement localisés sur le versant russe, tandis que les gîtes en filons et en amas se tiennent spécialement sur celui disloqué qui fait face ù la Sibérie. D'où le développement qu'y prennent de grands centres industriels, tels que ceux de Bogoslovsks et de Bérézovsk, où la magnétite, le fer chromé aussi bien que l'or et le platine fournissent aux tsars tout autant d'exploitations fructueuses. (Ch. Vélain).

Les mines d'aimant
La Sibérie a de l'aimant dont la mine est très riche. On la trouve en différents endroits des monts Poïas [un autre nom de l'Oural]. A dix lieues de la route qui mène de Ekatherinbourg à Solikamskaia, est la montagne Galazinski. Elle a plus de vingt toises de hauteur. La mine est au bas, distribuée en couches qui sont séparées par des lits de terre. Le sommet de la montagne est un rocher d'aimant. Il est d'un brun couleur de fer, dur et compacte, et il fait feu au briquet comme la pierre. Quand il est torréfié, il perd sa vertu d'attirer la limaille de fer, à moins qu'elle ne soit répandue sur un aimant cru;  torréfié et pilé, sa poudre est attirée par l'aimant ordinaire, comme de la limaille  de fer.

Il y a de l'aimant moins parfait, mêlé de terre quelquefois cuivreuse. Cette mine ne donne que quarante-trois pour cent.

A vingt lieues de Solikamskaia, on trouve un aimant cubique et verdâtre. Les cubes en sont d'un brillant vif. Quand on le pulvérise, il se décompose en paillettes brillantes, couleur de fer, et en poussière verdâtre. Le fer paraît minéralisé dans cet aimant par l'arsenic. On ne trouve l'aimant que dans la chaîne de montagnes dont la direction est du Sud au Nord.

Les mines de fer
Ce même pays a des mines de fer. Chappe en compte cinquante de différentes espèces, presque toutes aux. environs de Catherinembourg. Le fer, dit-il, y est minéralisé par le soufre; il est combiné avec une terre vitrifiable, souvent avec de la glaise, jamais avec de la terre calcaire. Pas une de ces mines n'est disposée en filons : elles sont toutes par dépôts, dispersées sans ordre, du moins en apparence.

« On trouve presque toujours ces mines dans les montagnes basses, et sur les bords des ruisseaux. »
Elles sont à trois pieds sous terre; elles ont vingt-quatre à trente pieds de profondeur. La partie inférieure est au niveau des rivières. La hauteur moyenne de ces mines de fer est de deux cent vingt-huit toises au-dessus du niveau de la mer. On n'en trouve que rarement dans les montagnes plus élevées, et dans le milieu de la chaîne des monts Poïas.
« Toutes ces mines sont calcinées à l'air libre, avant de les mettre dans les fourneaux. On forme des tas de deux pieds d'épaisseur sur des bûchers, qu'on a disposés dans des endroits secs. Les morceaux de mine n'ont communément que trois ou quatre pouces environ, de diamètre. »
Ces mines produisent du fer d'une qualité particulière, soit doux, soit aigre et cassant. Celles dont le fer est aigre et cassant sont les plus riches : on mêle plusieurs mines de fer en combinant celles qui sont douces et liantes avec celles qui sont aigres et cassantes. 
« Le fer qui résulte de cette combinaison est parfait, et supérieur, pour, certains ouvrages, à celui de Suède et d'Espagne. »
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Hématites (Fe2O3) de l'Oural.
Ce fer est tenace et flexible à froid et à chaud. Si on le frappe avec la partie aiguë d'un marteau, on y fait une coche comme dans du plomb. Le grain en est si fin, qu'on le distingue avec peine à la vue.
« Je pris un jour, dit Chappe, une barre de quinze pieds de long sur trois pouces de large, et sept lignes d'épaisseur; l'ayant placée entre deux branches d'un arbre, je tournai aisément cette barre autour de l'arbre; je la retournai ensuite avec la, même, facilité, sans, qu'il se fit dans les coudes aucune fente, ni gerçure. J'en ai rapporté des échantillons; la bonté de ce fer a étonné nos ouvriers. Il n'est pas assez connu en France. »
On le vend aux Anglais, qui en font le principal commerce. Ils l'embarquent à Pétersbourg, où on le transporte en hiver sur des traîneaux, et dans l'été sur des rivières. Il coûte à l'entrepreneur douze sous le poude, de trente-trois livres, poids de France. On le vend cinquante sous sur les lieux; et il en vaut trente de plus à Pétersbourg. Pour avoir cent poudes de fer, on use une mesure de charbon de six pieds sept pouces de hauteur, sur autant de longueur, et quatre pieds cinq pouces de largeur.

Quelques-unes de ces forges coûtent 10 000 F de dépenses, et tout frais payés valent 20 000 F  au propriétaire de la mine : ainsi la Russie produit du fer et des soldats. Il est aisé de voir ce qu'on en doit attendre avec le temps. Quand un  peuple maritime de  l'Europe lui aura ouvert, pour porter la guerre en Orient, le chemin de la Méditerranée, où s'arrêtera-telle?

Les mines de cuivre
Un métal presque aussi commun que le fer, d'une utilité moins reconnue, et que la chimie nouvelle semble nous rendre suspect, c'est le cuivre. La Sibérie en a des mines : elles sont réunies aux environs de Kazan, et donnent à cette ville un commerce, une sorte d'opulence qui contrastent singulièrement avec les déserts dont elle est environnée, et avec les mœurs des Tartares [Les Turks] qui l'habitent. On trouve dans ce canton demi-sauvage, d'abord une marne cuivreuse, friable et sans ténacité, parce qu'elle contient peu de glaise et beaucoup de sable. Elle est composée de deux couches : l'une, d'un gris tirant sur le rougeâtre, contient un peu de terre cuivreuse; l'autre est d'un vert d'eau, tirant sur le gris, et doit cette couleur au cuivre. 

« Tout semble annoncer une dissolution de ce métal, dont les parties ont été charriées et déposées dans cette marne [...]. Elle contient si peu de cuivre, qu'on ne l'exploite point.-»
Chappe parle de plusieurs sortes de marnes et de pierres calcaires qui contiennent plus ou moins de cuivre. Il y en a dans vingt endroits. On trouve encore du cuivre dans du sable pur, sans presque aucun mélange de terre calcaire. Le métal y est par couches.

Les mines de cuivre contiennent de la malachite sous la forme des stalactites et des stalagmites. Celle de Sibérie est très belle, aisée à polir, propre à toutes sortes de bijoux. Elle doit son origine à du cuivre qui a, été dans un état de dissolution, estime Chappe, qui en compte de neuf sortes.

Aux environs de Solikamskaïa, l'académicien a trouvé de la marne cuivreuse et ferrugineuse. Le fer et le cuivre y sont toujours unis avec la partie crétacée. Au Sud de Souxon est une mine de pierre calcaire cuivreuse.

« La matière cuivreuse y est quelquefois cristallisée en petites cellules, semblables à celles d'une ruche à miel [...]. Le cuivre paraît uni dans ces cristaux à la marne pure. »
Au Sud d'Ekaterinbourg est une mine de cuivre azurée. 
« Elle est dure, compacte, pesante. On y reconnaît une terre calcaire, du sable et du cuivre. La matière métallique la colore par couches. Deux de ces couches sont d'un bleu d'azur brillant et clair; celle du milieu est d'un vert pâle. »
Au Nord de Souxon, se trouve une mine de cuivre minéralisé dans le sable et dans le bois.
« On reconnaît le cuivre à de grandes taches d'un beau vert, couleur de pré. Le bois est noir, il ressemble à du charbon, dont les parties sont unies par des matières grasses. »

Malachites (Cu2(CO3)(OH)2).
Le cuivre est cristallisé dans ce végétal en petites cellules cubiques; et ces cristallisations peuvent être regardées comme vitreuses. Cette mine est composée de sable, de bois et de cuivre. Les mines des environ de Souxon fournissent encore du cuivre minéralisé dans le bois.
« On reconnaît dans l'échantillon que j'ai apporté, qu'il a appartenu à un arbre qui avait un pied au moins de diamètre. L'intérieur est réduit presque en charbon très friable. On y trouve des cristallisations, mais elles ne sont que parmi les filaments du bois, qui a perdu totalement sa nature.»
Les mines de cuivre de Souxon s'étendent dans ses environs. jusqu'à trente lieues. Elles sont ordinairement vers la moitié, de la hauteur des montagnes. Leur profondeur est de 78 pieds environ. Ces mines sont d'un produit médiocre. Les plus riches ne donnent que, quatre pour cent, et les autres beaucoup moins.
« Les mines de cuivre connues dans les monts Riphées ne sont jamais par filons. On les trouve dans les montagnes basses, ou de nouvelle formation [...]. Il paraît d'abord que le cuivre a été mis en dissolution; et qu'il a été charrié et déposé dans les différents endroits où on le trouve; mais alors il devrait l'être indifféremment sur les différentes matières qui composent ces montagnes. On ne le trouve au contraire uni qu'avec les matières calcaires, soit qu'elles soient mêlées d'argile, ou avec le sable [...]. J'ai apporté plus de cent soixante échantillons de mines de cuivre, pris dans différents endroits. Elles sont toutes, ou dans la marne, ou dans les pierres calcaires, composées en partie de sable. »
Les mines d'or
La Sibérie a même des mines d'or, mais qui ne la rendent que plus pauvre. Le produit n'en vaut pas la dépense, quoique les ouvriers n'y aient pour salaire que la nourriture. Elles sont moins utiles à la Couronne de Russie qu'aux physiciens, qui ne sont pas en grand nombre dans cet empire despotique. C'est encore Ekaterinbourg, qui fournit des mines d'or. Au Nord de cette ville est la mine de Piszminskaïa, au 73e degré quarante-huit secondes de longitude, et 57e degré, 4 secondes de latitude.
« Une terre blanche, tirant sur le gris, mêlée de quelque couche de terre martiale, indique la mine d'or. A peine a-t-on creusé deux pieds que les filons paraissent  : ils ont de l'Ouest à l'Est dix toises, et quelquefois trente [...]. Leur largeur est de quatre ou cinq pouces vers la partie supérieure. Celle-ci est toujours la plus riche. Le filon diminue ensuite de largeur et de qualité, à mesure qu'on descend plus bas. Ces filons représentent assez exactement le plan d'un demi-cercle, dont la partie supérieure est le diamètre. Ils sont éloignés les uns les autres, depuis deux ou trois toises, jusqu'à dix, et un peu inclinés à l'horizon. La matière qui les sépare est une glaise bleuâtre durcie. Elle paraît contenir de l'asbeste [amiante]. »
Des ouvriers sont chargés de transporter, hors des galeries, toutes les matières qu'on retire. Les morceaux de mine qui paraissent contenir de l'or sont distribués par tas, auprès des criminels condamnés à ramasser cette matière de tant de crimes. Enchaînés par les pieds, ils sont assis sur un bloc de rocher, séparant la mine avec le marteau. D'autres ouvriers la transportent dans les moulins. Cette mine d'or, et quatre autres se trouvent sous le même degré de longitude, à quelques minutes de distance, et presque par la même latitude, à un degré près d'intervalle. La direction des filons d'Est en Ouest annonce une loi constante. Cependant l'abbé Chappe avoue que cette loi est difficile à concilier avec le mélange des autres matières, dont la plupart paraissent avoir été transportées successivement dans les endroits où se trouve l'or.

L'académicien a observé par ailleurs que les mines de fer et celles d'or étaient à peu près à la même hauteur, de plus de deux cents toises au dessus de la mer, et renfermées dans des matières vitrifiables. Les mines de cuivre, au contraire, ne sont qu'à cent quatre-vingt toises au dessus de la mer, et mêlées à des matières calcaires. Cette position des matières qui composent le globe terrestre est remarquable pour la physique. Mais il faudrait peut-être un Newton pour en tirer des vues et des conséquences d'une utilité universelle, éternelle.

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