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Voyage fait en Sibérie
pour le passage de Vénus sur le Soleil
Chappe d'Auteroche

Tableau de la Sibérie
Chappe va encore rester à Tobolsk jusqu'au 28 août, pour y faire d'autres observations astronomiques, profitant aussi de cette période pour acquérir des connaissances sur la Sibérie. Il les présente dans son ouvrage, en les combinants avec celles qu'il avait recueillies en venant à Tobolsk, et avec celles qu'il se procurera sur le chemin de retour à Saint-Pétersbourg.

Le froid de la Sibérie
Ce qu'il y a de plus, remarquable peut-être dans cette région, surtout pour un étranger,. est le froid qui prive de toutes choses un pays de quatorze cents lieues de longueur sur cinq cents de largeur. Cette vaste étendue ne présente constamment qu'un sol triste, désert et dépouillé, où les terres sont alternativement couvertes de neiges, et inondées par le débordement des grand fleuves, qui se glacent dans leur course impétueuse; où le printemps, même est hérissé de brouillards épais qui se gèlent avec l'haleine des voyageurs; où les sapins en été n'offrent qu'une verdure sombre et pâle, dont la tristesse qu'inspire leur aspect est encore augmentée par un long gémissement des vents qui sifflent à travers leur feuillage, où les bords des fleuves et de la mer ne sont parsemés que de branchages morts et de troncs déracinés. Cependant la terre détrempée, humide, impraticable  au milieu de l'été,  n'y reste pas gelée, comme on  l'a dit, à une certaine  profondeur. Pour s'en assurer, Chappe la fit creuser aux environs de Tobolsk jusqu'à dix pieds. Faute de trouver des manoeuvres dans un empire où le paysan, né esclave, ne peut pas même vendre ni louer le travail de ses mains, il prit des malfaiteurs enchaînés que lui prêta le gouverneur. Ces malheureux n'avaient pour vivre qu'un sou par jour. Le charitable abbé voulut augmenter leur paie de quelque argent; ils en achetèrent de l'eau-de-vie, soûlèrent leur garde, et se sauvèrent pendant qu'il dormait. 

« Je trouvai quelques jours après, dit l'auteur, leurs fers dans les bois. Le gouverneur n'ayant pas jugé à propos de m'en envoyer de nouveaux, je fus obligé d'abandonner cet ouvrage ».
Mais ils avaient creusé la terre jusqu'à quatorze pieds, et Chappe, qui voyageait en laïque, ayant enfoncé son épée jusqu'à  la garde, trouva toujours la terre molle; ce qui lui prouva que la glace ne s'y maintient pas en été, quoique des voyageurs, même physiciens, l'aient rapporté. C'est au lecteur à juger, écrit Deleyre, si l'observation de Chappe auprès de Tobolsk, dans un terrain qu'on avait fouillé, suffit pour contredire formellement les assertions de Gmelin et de plusieurs autres savants. Il semble qu'on en pourrait conclure simplement que la terre n'est pas également gelée partout. 
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Samoyèdes.

A Solikamskaia, le froid de 1761 fit descendre le thermomètre de Delisle à 280 degrés, qui répondent à 70 environ de celui de Réaumur. Celui-ci descend jusqu'à 30 degrés sur les frontières de la Sibérie et de la Chine, sous le parallèle de Paris, où le plus grand froid de 1709 fut de 15 degrés un quart : telle est la prodigieuse différence des climats. A Astrakhan, sous la latitude de 46 degrés 15 minutes, le froid du 16 janvier 1746 fit descendre le thermomètre de Réaumur à 24 degrés et demi; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que pendant qu'on éprouvait ce froid rigoureux à Astrakhan, l'hiver était très doux dans les parties boréales de l'Europe.

Le froid n'est pas aussi vif vers l'occident de la Russie qu'à l'orient de la Sibérie. Le thermomètre de Réaumur ne descend que de 17 à 30 degrés à Pétersbourg; mais Moscou, quoique plus méridional de 4 degrés, éprouve des froids aussi rigoureux : l'eau qu'on y jette en l'air retombe souvent en glace. Cependant là moitié de la Sibérie est d'une terre noire [1], grasse,et propre à produire du blé, si l'été y était  assez  long pour le faire mûrir. L'autre moitié, depuis la ville d'YIlimsk jusqu'à la, mer orientale, est inculte, aride et déserte. 

Recherches sur la cause du froid.
Selon Chappe, en général, la Sibérie confirme l'observation reçue selon laquelle plus on avance vers l'est sous le même parallèle, en partant d'Europe, et plus le froid augmente :


[1] Cette couche épaisse d'humus noir est connue dans les manuels de géographie sous le nom de tchernoziom.
« On a cru trouver, dit Chappe, la cause, principale de ce phénomène en Sibérie dans la prodigieuse hauteur qu'on a supposée au terrain de cette contrée, et dans la quantité de sel qu'on y trouve. La disposition du terrain de la  Sibérie a encore été envisagée sous un nouveau rapport. Cette contrée forme un plan incliné depuis la mer Glaciale jusque vers les frontières de la Chine, où le terrain est plus élevé, parce que des chaînes de montagnes y séparent ces deux empires. Le Soleil, situé vers l'horizon de ces montagnes, ne peut donc, lorsqu'il éclaire cet hémisphère, échauffer que faiblement ce terrain incliné. Ses rayons ne font qu'effleurer la  surface du globe. La combinaison de ces différentes causes démontre parfaitement que cette contrée doit être très froide. mais dans quel rapport chacune de ces causes influe-t-elle sur cet effet général? Le terrain de la Sibérie est-il aussi élévé qu'on l'a cru jusqu'ici? ».
C'est ce que l'auteur examine, Laurent (Lorenz) Lange, dit-il, dans son Voyage à la Chine, attribue à la chaîne de montagnes qui sépare la Russie de la Sibérie, une hauteur de plus de deux lieues [...]. Mais on voit par le nivellement de l'Abbé Chappe, que non seulement ces montagnes sont peu élevées,  mais encore que le terrain de la Sibérie, du moins jusqu'à Tobolsk, est très bas.
« La hauteur du milieu de cette chaîne proche du hameau de Rosteff, qui est l'endroit le plus élevé, est de quentre cent soicxabte et onze toises au-dessus du niveau de la mer à Brest, au lieu de cinq mille toises que Laurent Lange lui attribue; et l'Irtyz à Tobolsk n'est que de soixante-neuf toises au-dessus du niveau de la mer, quarante-huit toises au-dessus du niveau de la Seine, pris à Paris, au Pont-Royal. »
Chappe a fait une table de la hauteur que les endroits de la Sibérie où l'on a observé les plus grands froids, peuvent avoir par rapport au niveau de la mer. Les résultats rapportés dans cette table constatent l'observation faite par tous les voyageurs, que le terrain s'élève continuellement à mesure qu'on avance de Tobolsk vers l'Orient. Toutes les rivières dont les sources sont à l'Est et à l'Ouest de l'Irytz, qui passe à Tobolsk, ont leur embouchure dans cette rivière. Ainsi Tobolsk doit être l'endroit de la Sibérie le plus bas de tous ceux qui sont situés sous le même parallèle. Les lieux les plus voisins de ce parallèle sont Soliskamkaïa, Tomsk, Ienisseik [...].  Ils sont au nombre de ceux où l'on a observé les plus grands froids de la Sibérie. Cependant en 1735, le froid n'était que de trente degrés à Tobolsk, pendant qu'on l'observait à Tomsk de 53 degrés et demi, et à Ienisseik, de 70.
« La différence extrême de ce froid, écrit l'abbé, est de 40 degrés entre Tobolsk et Ienisseik, pendant que la différence de hauteur au-dessus du niveau de la mer entre ces deux villes, n'est que de 178 toises, dont celle de Ienisseik est plus élevée. Or, une si petite différence de hauteur n'a aucun rapport avec la différence du froid qu'on a éprouvée à Ienisseik et à Tobolsk : d'ailleurs, dans ce même hiver, le froid fut moins vif à Tomsk de 18 degrés qu'à Iénisseik, quoique la ville de Tomsk soit plus élevée d'environ 32 toises. »
L'auteur concluant de tous ces faits que l'élévation du terrain de la Sibérie n'est pas la cause de son froid excessif en cherche d'autres causes dans les dispositions locales ou internes de ce même terrain.

A Arganskoï, dit-il situé sous le même parallèle à peu près que Paris, ily a des endroits où la terre ne dégèle jamais, à plus de trois pieds de profondeur. Ces endroits peuvent être regardés comme les termes constants de la glace. Cette ville n'est pourtant élevée au-dessus du niveau de la mer, que de 531 toises. Nerczinsk, quoique sous le même parallèle, offre un climat tempéré, des plus fertiles : cependant il est plus élevé de quelques toises, qu'Arganskoï. Chappe fait ici quelques raisonnements pour prouver que la cause du terme constant de la glace en Sibérie est différente de celle des glaces du Pérou, observées par Bouguer sur les Cordillères. Mais, qui est-ce qui voudra établir la même cause du froid et des glaces sous la zone torride, qu'au 52e degré de latitude? Ne voit-ion pas qu'en Sibérie, c'est l'éloignement de l'équateur qui doit produire les grands froids; tandis qu'au Pérou ce ne doit être que l'excessive élévation des Cordillères, qui puisse y fixer le terme constant des glaces? Pour prouver que la hauteur du terrain n'a point de part à la rigueur du froid, il suffit de comparer des pays situés tous sur le même parallèle. Ainsi Chappe pouvait, ce semble, se dispenser de parler du Pérou, et devait se contenter de la comparaison qu'il a faite entre Argunskoï et Nerczinsk. Lorsqu'à égale hauteur de terrain, le froid est inégal, il faut en chercher la cause dans la nature du terrain. Les froids énormes de Sibérie, dit l'abbé Chappe, sont sans doute occasionnés par les sels qu'on y trouve. Le défaut de culture, entre encore dans le nombre des causes générales du froid.
« A mesure qu'on s'approche de l'Est, le terrain est désert et dépeuplé. On ne trouve que des forêts immenses, qui empêchent l'action du Soleil sur la surface de la Terre; des marais et des lacs, dont les eaux absorbent les rayons du Soleil... Les hommes, par la culture des terres, influent considérablement sur les climats. »
Mais il reste encore à savoir si un pays est inculte parce qu'il est dépeuplé, ou s'il n'est pas désert, parce qu'incapable de culture. En général, il paraît que les hommes peuvent surmonter beaucoup d'obstacles, mais que la nature est beaucoup plus forte que leur industrie. Si quelques pays sont habités malgré la rigueur extrême du climat, il y en a des raisons prises dans le terrain, ou dans le commerce que la navigation y peut ouvrir. Ainsi Péterbourg se soutient au milieu des horreurs d'un climat affreux, inhabitable, parce que les Européens y trafiquent. Si les Chinois et les Japonais voulaient également naviguer au Kamtchatka, ou même dans les ports de Sibérie; ce pays froid, inaccessible, impraticable, se peupleurait insensiblement. Les grands fleuves dont il est coupé, s'ils communiquaient ensemble, y répandraient la vie, et peut-être un jour la fécondité.
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Traîneaux en Sibérie, pour voyager ou transporter les denrées...

Le clergé russe.
Chappe ne pouvait rendre compte de son voyage en Sibérie sans parler de la Russie, à laquelle appartient cet immense désert. Quoique cet empire ait des liaisons avec l'Europe, où il prétend tenir et même influer [La Russie au XVIIIe siècle], il est cependant assez peu connu des lecteurs de Chappe, qui va commencer à en décrire la partie de la population qui le concerne au premier chef. Les évêques et les moines, dit-il, jouissent en Russie de toutes les richesses du clergé. Les prêtres sont très pauvres et sans considération. Les évêques nomment aux bénéfices, qui sont amovibles, au gré du caprice de ces prélats. Aussi les prêtres ne forment plus qu'un corps de vils esclaves, toujours aux genoux des évêques. Les moines sont leurs supérieurs.

«  L' ignorance, l'ivrognerie et la débauche sont l'apanage du clergé de Russie. Les évêques et les prêtres sont les moins déréglés : les premiers à cause de leur âge; et les derniers, parce que leurs femmes leur font aimer la sagesse de bonne heure. »
Du reste, tout le clergé est, ivrogne comme le peuple, qui n'en est pas moins fanatique. Ils ont vu s'élever au milieu d'eux une secte de frères réunis paisiblement dans des hameaux, mais sans; prêtres, sans églises. Dès lors ils les ont traités en ennemis; et ces malheureux, pleins d'horreur pour les Russes, se donnent le mort pour l'amour de Jésus-Christ. Ils s'assemblent dans une maison quand on les persécute, y mettent le feu, et périssent dans les flammes.
« Cette persécution a privé la Russie de plus de cent mille familles, qui se sont réfugiées chez les Tartares [Les Turks], plus sauvages et moins barbares que les Russes. »
Ceux qui sont restés dans leur pays ont mieux aimé mourir que de recevoir la bénédiction du clergé russe. On n'a jamais converti un seul rasbonike; c'est le nom de cette secte.

Pierre Ier, quoique dur lui-même, sévère, et quelquefois féroce, délivra ces  infortunés de  la, persécution du clergé,  et sévit contre l'intolérance qui produisait le fanatisme; mais après sa mort les bûchers se  rallumèrent, et les cachots, se remplirent de ces innocents.

« Pendant mon séjour à Tobolsk, dit Chappe,  plusieurs de ces malheureux étaient dans les prisons. » 
Quelques années plus tard le vageur philosophe aurait tenu un langage bien différent, s'il eût, pu lire la loi de tolérance portée par l'impératrice Catherine II dans tout l'empire de Russie [Catherine II, entre ombre et lumières], qui a remédié à tous les abus qu'il déplore ici avec trop de raison. Il blâme ailleurs l'usage de faire communier les enfants dès l'âge de cinq ou six mois, malgré leurs cris qu'il faut apaiser par le téton, en leur donnant l'eucharistie.
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L'abbé et les femmes
Chappe parle des femmes de Sibérie; elles sont, dit-il, généralement belles : on dirait que la neige influe sur leur teint, tant elles sont blanches. Cet éclat est relevé par des yeux noirs, mais languissants et toujours baissés, comme les aura dans tous les temps un sexe timide chez un peuple esclave. Leur chevelure noire et leur teint blanc reçoivent un nouveau lustre du vermillon dont elles peignent leurs joues; usage qu'elles semblent tenir plusieurs de tous les peuples sauvages qui les environnent que des nations policées du midi, dont elles sont trop éloignées. Ces femmes sont bien faites jusqu'à vingt ans, mais elles ont les jambes grosses et les pieds grands, comme pour servir de base à l'embonpoint qu'elles prennent tôt ou tard. Chappe veut que les bains, dont elles usent deux fois la semaine, contribuent à leur déformer la taille par le relâchement qu'ils occasionnent dans tout le corps. Mais ne serait-ce pas plutôt le nombre d'enfants qui est la cause qu'elles sont flétries à l'âge de trente ans? Le froid excessif rétablit vraisemblablement le ressort des fibres que les bains chauds servent à relâcher.

La propreté est rare chez les femmes de Tobolsk; elles ne changent pas souvent de linge. En Sibérie, comme en Italie, les lits n'ont point  de rideaux, et au lieu de traversins on y voit sept à huit oreillers. Les hommes sont extrêmement jaloux de leurs femmes à Tobolsk; cependant ils restent peu avec elles : les maris s'enivrent, et les femmes s'ennuient chez elles. On croirait. que le climat dût refroidir leurs sens; cependant on dit que, plus livrées à la débauche qu'à l'intrigue, elles demandent à leurs esclaves ce que l'ivrognerie de leur maris leur refuse.

Dans les grands repas qui se donnent entre parents pour fêter le saint de la famille, on invite les  hommes et les femmes; mais les deux, sexes ne sont pas à la même table, ni dans le même appartement. On sert tous les mets à la fois; le potage est composé de tranches de viande au lien de pain. Le silence n'est interrompu que par les santés : elles se portent presque toutes à la fois par les convives, qui selèvent, crient, boivent, se coudoient, renversent leur boisson, et s'enivrent tous ensemble; mais cet inconvénient a des suites moins funestes pour eux que le scorbut, qu'ils se communiquent par l'usage qu'ils ont de boire tour à tour dans une grande coupe d'un demi pied, soit de diamètre, soit de hauteur. Au sortir de cette table, on passe dans un autre appartement où l'on trouve un buffet couvert de confitures de la Chine, et des hommes qui présentent de l'hydromel, de la bière et des eaux-de-vie de toute espèce.

L'esclavage.
Toute la nation, depuis Moscou jusqu'à Tobolsk, ne connaît d'autre plaisir de société que la table. Il faut que le paysan russe soit bien misérable, puisque Chappe lui préfère l'esclave polonais; car où peut-on voir un peuple plus malheureux que celui qui vit sous l'esclavage d'une noblesse libre? Le despotisme n'est pas aussi cruel, aussi injuste qu'une aristocratie où les grands sont les tyrans nés du peuple. Le sentiment d'une sorte d'égalité console le paysan russe des outrages d'un seigneur esclave. Il peut recourir au despote contre son maître; il peut être vengé d'une tyrannie par l'autre; mais, dans l'aristocratie polonaise, le paysan souffre en même temps la tyrannie de fait et celle de droit. L'indépendance de la noblesse redouble en lui l'horreur de l'esclavage : il connaît la liberté. La comparaison qu'il fait de son état avec celui du seigneur éveille au fond de son âme le ressentiment de l'injustice; il ne peut aimer un pays où il n'est lui-même qu'un objet de propriété comme les troupeaux qu'il soigne et les, terres qu'il cultive; aussi l'on ne voit guère le paysan polonais défendre une patrie qui n'est pas la sienne, mais celle de la noblesse. Il fuit ou il plie devant un ennemi qu'il n'a presque aucun intérêt de repousser. Il va servir chez les princes étrangers qui le paient et le nourrissent, préférant la condition mercenaire du soldat à celle d'un cultivateur esclave. Cependant Chappe donne un grand dédommagement au paysan polonais; c'est  qu'il possède quelquefois des terres en propre : c'en est un sans doute, mais non  assez grand ni assez commun pour attacher vivement le paysan à son pays. Qu'est-ce qu'une propriété de biens lorsqu'on n'a pas celle de sa personne?

« L'esclavage, dit Chappe, a détruit chez les Russes tous les droits de la Nature et tous les principes de l'humanité, et toute espèce de sentiment. A mon retour de Tobolsk à Pétersbourg,  étant, entré dans  une maison pour m'y loger, j'y trouvai un père enchaîné  à  un poteau au milieu de sa famille. Aux cris qu'il dfaisait [...], je jugeais qu'il était fou. Mais ce n'était qu'une victime de  I'inhumanité du gouvernement. Ceux qui recrutent ses troupes vont dans les villes choisir les hommes pour le service militaire, comme les bouchers vont dans les étables, marquer les moutons qui sont bons à tuer. Le fils de ce malheureux avait: été désigné pour servir, il s'était sauvé [...]. Le père était prisonnier chez lui; ses enfants en étaient les geôliers, et on attendait claque jour son jugement. J'éprouvai à ce récit un sentiment d'horreur qui m'obligea d'aller prendre un logement ailleurs. » 
Détournons aussi nos regards de ces tableaux révoltants, pour les porter un moment sur les animaux, moins malheureux en Russie que les hommes.
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