| E.H.Vollet | |
| Le
Diable dans ses oeuvres
De la Tentation à la Possession |
Vollet 1900 |
Selon les Chrétiens,
parmi les procédés que le Diable
emploie pour séduire les hommes, les soustraire au règne
de Dieu et les soumettre à son empire, les
théologiens et les démonologues distinguent la Tentation,
l'Illusion, l'Obsession et la Possession.
L'homme attaqué par la Tentation
proprement dite jouit encore de son libre arbitre
ou, du moins, de la part que lui en ont laissée la déchéance
originelle et l'infirmité résultant de ses chutes précédentes;
mais il n'y a en lui ou hors de lui presque rien que le Diable ne sache
utiliser pour le vaincre et pour se l'assujettir. Les promptitudes et les
témérités de l'esprit, les faiblesses et les convoitises
de la chair, les affections et les désirs du coeur, la crainte et
l'espérance, les souvenirs et les regrets, l'ignorance et la connaissance,
la maladie et la santé, la beauté et la laideur, la richesse
et la pauvreté, les revers et les succès, tout devient arme
aux mains du Tentateur. En outre, les prédispositions funestes qui
constituent les sept vices capitaux : Orgueil, Envie, Colère, Avarice,
Gourmandise, Luxure et Paresse, forment, pour ainsi dire, tout autant de
provinces occupées, sous la direction de Satan,
par des légions de démons aussi actifs qu'habiles en leur
spécialité. Contre la tentation, l'Évangile Entre la Tentation et l'Obsession se place l'Illusion. C'est ordinairement à propos des illusions nocturnes que les théologiens s'occupent de cet artifice du Diable. Les confesseurs les plus sévères innocentent ces illusions-là, lorsqu'elles n'ont point été provoquées durant la veille, par ces imprudences et ces complaisances du souvenir, ou de l'imagination que les casuistes appellent delectatio morosa. Ce qui différencie l'Obsession de
la Possession, c'est que dans l'Obsession le Diable
agit en dehors de l'homme, tandis que dans la possession il agit en dedans.
La série des tentations de saint Antoine
présente plusieurs cas bien caractérisés d'Obsession.
D'autres légendes, pareillement canonisées par l'Église,
permettent de compléter l'énumération de ce que les
démons peuvent et savent entreprendre pour terroriser ou corrompre
les fidèles. Elles les montrent commandant aux éléments,
pour faire gronder le tonnerre et tomber la foudre Les formes et les effets de la Possession sont très divers; mais tous les cas présentent un caractère commun : l'introduction dans le corps d'un homme d'un ou de plusieurs démons, qui s'y établissent, s'emparent des membres, des sens et de l'esprit de cet homme, et les asservissent à l'accomplissement de leurs volontés. Au gré ou suivant la nature du diable qui le domine, le possédé devient paralytique, épileptique ou hystérique, sourd, muet ou aveugle; il se tord ou s'endort, sourit ou grimace, chante ou hurle, mais ordinairement blasphème et se livre à des paroles et à des actions fort impures et fort impies; parfois aussi à des manifestations religieuses, dans lesquelles cependant un observateur orthodoxe peut toujours reconnaître les inspirations du démon des hérésies. Le remède spécifique contre la possession, ou plutôt le moyen officiel de délivrance pour le démoniaque, c'est I'exorcisme. "Les Chrétiens, écrit saint Cyprien (Traités de la vanité des idoles), conjurent les démons au nom du Dieu vivant, les contraignant de quitter le corps du possédé, de hurler, pleurer et souffrir, de confesser d'où ils viennent ni de s'enfuir."Ce n'est pas seulement du corps des hommes que l'exorcisme chasse les démons; c'est aussi du corps des animaux et même des éléments qui composent les choses inanimées; car on sait que toutes les parties de notre monde sont infestées par une multitude invisible d'esprits malfaisants, et que le Diable professe une prédilection marquée pour certains animaux, qu'il associe à ses maléfices. Pour les hommes, l'exorcisme s'opère suivant un rituel assez compliqué. Pour les animaux et les choses la cérémonie est plus simple; elle consiste : 1° à supplier Dieu de faire cesser le mal;Des rites spéciaux sont destinés à exorciser les éléments dont l'Église se sert pour son culte : l'eau, le sel, l'huile, etc. Ces dernières opérations constituent l'exorcisme ordinaire, celles dont on use pour délivrer les possédés, purifier les choses et les lieux infestés, écarter les orages, faire périr les animaux nuisibles, etc., sont appelées exorcismes extraordinaires. Primitivement, le pouvoir d'exorciser était
reconnu à tous les chrétiens, ensuite on en attribua l'exercice
à un ministère spécial, qui devint alors très
actif, celui des exorcistes. Il ne figure plus aujourd'hui que dans les
ordres mineurs et pour le titre seulement, titre sans emploi. Les prêtres
eux-mêmes ne peuvent exorciser les personnes, sinon avec une permission
de leur évêque. Des instructions de la sacrée Congrégation
du Saint-Office (décembre 1700) et de la sacrée Congrégation
des Évêques et Réguliers (janvier 1713, septembre 1738,
juillet 1787) prescrivent les règles à suivre en ces matières.
Elles ont été écrites à l'occasion des troubles
qui agitaient les religieuses de l'Annonciation
(diocèse d'Iesi); de deux novices d'un couvent de Frésingue
misérablement molestées par le Malin Esprit; d'une religieuse
choriste du couvent de Saint-Bernardin (évêché de S.
Angelo in Vado) et d'une religieuse de Gallerata (diocèse de Milan Elles recommandent les exorcismes contenus
dans le livre intitulé Flagellum daemonum; mais pour les
précautions et mesures à prendre, elles semblent avoir été
influencées, sur certains points, par le doute moderne, qui prétend
classer parmi les maladies naturelles, que la pathologie médicale
réclame, ou parmi les passions humaines,
des cas qui autrefois étaient incontestablement attribués
à l'oeuvre du Démon : Avant tout, observer sérieusement
le confesseur ordinaire du couvent et l'écarter s'il paraît
suspect; puis s'enquérir, même avec des explorateurs secrets,
si les religieuses obsédées sont encore ou ont jamais été
prises d'amour profane : si elles ont l'habitude de fréquenter les
grilles du monastère
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