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Vogüé

La famille de Vogüé possédait de temps immémorial les seigneuries de Vogüé et de Rochecolombe en Vivarais. Le plus ancien de ses membres connus est Bertrand qui fonda en 1084 le monastère de la Villedieu. Raymond de Vogüé prit part à la troisième croisade, comme le montre un reçu de 340 marcs d'argent fait par lui à un négociant de Gênes au camp de Saint-Jean d'Acre en 1191. Geoffroy de Vogüé était évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de 1210 à 1230, et son frère Arnaud occupa peu après le siège épiscopal de Viviers (1248-1852). Parmi les autres membres éminents de cette famille, il convient de citer Guillaume de Vogüé qui, pendant les guerres de religion du XVIe siècle, siégeant aux Etats du Vivarais comme bailli de Montlor, fut le négociateur actif de plusieurs arrangements pacifiques. Melchior, son fils, refusa de s'associer à la révolte de Gaston d'Orléans et du duc de Montmorency (1632). 

La famille se divisa alors en deux branches : Melchior continua la branche aînée, et Louis, le fils cadet, en épousant l'héritière des du Peloux de Gourdan, près d'Annonay, fut la tige des Vogüé-Gourdan. Georges, fils de Melchior, fut grand bailli d'épée du Vivarais, et cette charge se perpétua dans sa famille jusqu'en 1738. 

Charles-François-Elzêar, qui était alors le chef de la branche aînée, fut lieutenant général des armées du roi (1749), commandant supérieur en Alsace, puis en Provence (1777), et allait être nommé maréchal de France quand il mourut (1782). Son fils, Melchior-Cérice-François, fut un des députés de la noblesse du Vivarais aux Etats généraux de 1789. Ayant émigré, tous ses biens du Vivarais furent confisqués. Comme il avait épousé la fille du président Bouhier, il alla, à son retour, se fixer en Bourgogne, où son petit-fils, Léonce, ayant établi une importante fonderie, fut le député forgeron qui a siégé aux deux assemblées constituantes de 1848 et 1871.

• Le marquis Charles-Jean-Melchior de Vogüé, fils de Léonce, né à Paris le 18 octobre 1829 et mort à Paris le 10 novembre 1916, se fit connaître d'abord par les belles études archéologiques qu'il publia à la suite d'un grand voyage en Palestine et en Syrie (1853-1854) : Mélanges d'architecture orientale et l'Architecture civile et religieuse en Syrie (1866 à 1877), qui lui valurent d'être élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1868. En 1871, Thiers le nomma à l'ambassade de Constantinople, puis, en 1875, à celle de Vienne, mais il démissionna après la retraite du maréchal de Mac-Mahon.

Depuis lors, le marquis, de Vogüé a pris place parmi les historiens en publiant d'abord-: le Maréchal de Villars, d'après sa correspondance et des documents inédits (1888), puis des Mémoires de Villars (1889), beaucoup plus complets que les précédents, grâce aux papiers du maréchal, revenus entre ses mains, la soeur du maréchal ayant épousé un Vogüé. Il a publié en 1900  : le Duc de Bourgogne et le Duc de Beauvilliers. Enfin, il a été élu membre de l'Académie française en 1901. Le marquis de Vogüé a été président de la Société des agriculteurs de France.

• Parmi les Vogué-Gourdan, il y a eu deux pairs de France sous la Restauration. C'est à cette branche qu'appartient le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, né à Nice le 25 février 1848 et mort à Paris le 24 mars 1910, membre de l'Académie française à partir de 1888. Le vicomte de Vogüé servit comme engagé volontaire dans la guerre contre les Prussiens et fut décoré de la médaille militaire. Après avoir été secrétaire d'ambassade à Constantinople, au Caire, à Saint-Pétersbourg, où il épousa la soeur du général Annenkov, il abandonna la diplomatie pour se consacrer aux lettres. Collaborateur assidu de la Revue des Deux Mondes, du Figaro et du Journal des Débats, il y a publié des études très remarquées, principalement sur la question romaine, sur l'Allemagne et sur la Russie

C'est un écrivain assez brillant et emphatique, avec des visées philosophiques, et l'un de ceux qui on suivit, de son époque, le plus attentivement le mouvement politique, et intellectuel du dehors. La littérature russe et le monde russes lui doivent spécialement d'être beaucoup plus connus en France que précédemment. Dans la préface de son important ouvrage sur le Roman russe (1886), le vicomte de Vogüé, donnant le signal du mouvement dit néo-chrétien, faisait appel aux partisans de l'idéalisme pour lutter contre le naturalisme en littérature, le positivisme en philosophie. Ce livre lui-même contribua à propager, avec la connaissance du roman russe, le mysticisme d'un Tolstoï ou d'un Dostoïevski.

Elu député de l'Ardèche dans la circonscription d'Annonay en 1893, il siégea parmi les conservateurs ralliés à la République, mais n'eut qu'un rôle très effacé et ne se représenta pas aux élections de 1898. Dans ses derniers ouvrages il a porté d'assez vives critiques contre le parlementarisme de son temps.  

Ses principales publications sont : Syrie, Palestine, Mont Athos (1876); Histoires orientales (1879); Chez les Pharaons; Boulacq et Saqqarah (1879); les Portraits du siècle (1883); le Fils de Pierre le Grand, Mazeppa; Un changement de règne (1884); Histoires d'hiver (1885); le Roman russe (1886); Souvenirs et visions  (recueil d'articles de voyage, 1887); Remarques sur l'Exposition du Centenaire (1889); Spectacles contemporains (1891); Coeurs russes (1894); Devant le siècle (1896); Regards historiques et littéraires (1897); Heures d'histoire (1893); Histoire et poésie (1898); Jean d'Agrève (1898); les Morts qui parlent, roman de moeurs parlementaires (1899); le Rappel des ombres (1900); Pages d'histoire (1902); le Maître de la mer (1903); Sous l'horizon; Hommes et choses d'hier (1904). (A. Mazon / G.-F.).
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Les morts qui parlent

« Andarran croisa à la sortie un socialiste, ancien professeur d'algèbre que son frère Pierre avait eu pour répétiteur au lycée. Esprit chimérique, coeur foncièrement droit et honnête, cet homme lui avait toujours inspiré une sincère estime.

- Je vous plains, fit le mathématicien avec un hoquet de dégoût. Ah! ne jamais revenir ici! On s'y empoisonne la raison et le coeur. Au dehors de cette enceinte, je ne déteste personne; dès que j'y rentre, je sens en moi une bête féroce; chaque après-midi, il me semble que je me plonge dans un bain de haine. 

Jacques se répétait encore ce dernier mot, qui traduisait si bien ses impressions de séance, lorsqu'il rejoignit Ferroz.
 

- Cher maître, je ne comprends rien à ces logogriphes je ne vous demande pas de m'expliquer tout, ce serait trop long; mais, de grâce, éclairez-moi sur un point. Voilà de bons garçons, pour la plupart, qui causaient familièrement dans ces couloirs, tout à l'heure, qui se racontaient des histoires drôles; sceptiques comme nous le sommes tous aujourd'hui; faisant bon marché de leurs étiquettes politiques, à telles enseignes que je suis tombé de mon haut, ce matin, en entendant bafouer la République par des républicains avérés, les princes par des monarchistes notoires. Cette porte franchie, ils se transforment en ogres, on croirait qu'ils vont s'entre-dévorer; ils se replongent dans le bain de haine, me disait l'un d'eux. Est-ce pure comédie, effet de la galerie sur l'acteur qui rentre dans la peau de son personnage sous les yeux du public? Non, car je l'ai sentie, cette puanteur de haine : elle m'envahissait moi-même, je me surprenais à haïr je ne sais qui, par contagion...

Ferroz ébaucha son geste professoral, de l'index qui marque les points de démonstration sur un cadavre.

- D'abord, ce ne sont pas les mêmes hommes que vous avez vus dans l'hémicycle. Vous y avez vu leur addition en une personne collective, l'assemblée : monstre nouveau, très différent des unités qu'il totalise. Il sent, pense, agit autrement que ses composantes. Nos contemporains ont sans cesse à la bouche ce grand mot : la Science, et ils continuent de se gouverner au mépris des découvertes scientifiques les mieux établies. Chacun sait aujourd'hui qu'il se crée dans tout auditoire, au Parlement comme au théâtre, une mentalité collective et temporaire; elle a ses mouvements, son niveau, presque toujours médiocres; rarement elle s'élève à hauteur des meilleurs, le plus souvent elle rabaisse ceux-ci à l'étiage des pires, des moins intelligents et des plus méchants. Cette queue règle les impulsions de tout le corps.

- Pourtant, dans un théâtre, le public a une âme sensible, prompte aux sentiments généreux...

- Dans un théâtre, les intérêts ne sont pas en jeu : ici se joue le drame des convoitises réelles. L'âme, comme vous dites, - n'ayant jamais vu d'âme, j'ignore ce que c'est - le déséquilibre nerveux d'un public de théâtre, nous en avons tous les inconvénients, sans les bénéfices. Ici, vous l'avez bien deviné, les étiquettes verbales ne sont pour rien dans nos fureurs : monarchistes, opportunistes, radicaux, socialistes, bonnes plaisanteries! Nombre de ceux qui les font n'y croient guère; et ceux qui y croient sont leurs propres dupes. Mais sous ces étiquettes, il y a des intérêts et des vanités, imprescriptibles facteurs des dissensions humaines. Il y a des inégalités sociales, plus douloureuses dans un pays fou d'égalité. Sous ces vains mots, il y a des hommes, séparés par l'éducation, les fortunes, les castes, les classes, les privilèges...

- Oh! cher maître! ne faites pas intervenir des distinctions abolies...

- Et toujours renaissantes. Quand vous coupez une futaie, les jeunes plants repoussent-ils moins inégaux que n'étaient les vieux arbres? Il y a des hommes, vous dis-je, des hommes de traditions opposées, de provenances antagonistes, de différents mondes, suivant leur plaisante expression; et, derrière les hommes, il y a des femmes, ces éternelles blessées de vanité. Elles se jalousent, elles s'envient, par-dessus les barrières qui les séparent. Vous verrez se former des coalitions éphémères, entre droitiers et républicains conservateurs, par exemple; ils ont mêmes intérêts à défendre contre l'assaut révolutionnaire; cependant le pacte ne tient jamais : leurs femmes ne se reçoivent pas, ne fusionnent pas. Par ce fait seul, il n'y a entre ces hommes qu'un frêle lien politique : il n'y a pas adhérence sociale. Cherchez là, au fond des coeurs, les véritables raisons des opinions, telles qu'elles se créent ou se modifient au foyer de famille, à toute minute, par les prétentions, les déboires ou les triomphes de la femme, des enfants, des proches... Cherchez là les mobiles secrets, constants, qui classent et déclassent les partis, attisent les haines que vous avez vues flamber.

- Soit, fit Andarran. Mais me direz-vous pourquoi ces haines éclatent dans l'occasion où on les attendait le moins, sur le propos des questions religieuses? S'il existe un sentiment commun entre ces hommes divisés par tant d'intérêts, c'est à coup sûr l'indifférence en matière religieuse. Il n'y a pas ici cinquante personnes qui aillent à la messe. Parmi ces messieurs de la droite que le bon ton y retient, il n'y en a peut-être pas dix qui l'entendent avec une foi assurée. De l'autre côté, nous ne trouverions pas trois individus fortement attachés à un système philosophique; et, hormis quelques vieillards, l'âge de nos collègues les libère de certains souvenirs irritants, des rancunes que nourrissaient naguère ceux qui avaient traversé les périodes où le clergé était puissant et tracassier. Est-il possible que tous ces sceptiques se passionnent pour ou contre les choses d'Église? Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des indévôts?

- C'est où vous voyez mal, repartit énergiquement Ferroz. Si vous voulez démêler le noeud de toutes leurs querelles, pénétrez-vous de cet axiome : il n'y a ici qu'une question, la question religieuse. Elle apparaissait à nu dans le débat de ce jour,

elle se cache d'habitude sous d'autres enseignes; mais elle est toujours au fond de nos rivalités. C'est elle qui anime au combat ces indifférents, ces sceptiques. Vous ne comprenez pas? Venez, je vous rafraîchirai la mémoire.

Les deux hommes causaient en marchant dans le vestibule de la bibliothèque, moins envahi. Ferroz poussa la porte, choisit sur les rayons un volume de Bossuet, l'ouvrit au sermon pour la profession de Mme de la Vallière.

- Lisez, dit-il en mettant le doigt sur le haut d'une page.

Jacques lut ce passage : « Les sentiments de religion sont la dernière chose qui s'efface en l'homme et la dernière que l'homme consulte : rien n'excite de plus grands tumultes parmi les hommes, rien ne les remue davantage, et rien en même temps ne les remue moins. »

- Ce mauvais historien, reprit Ferroz, l'a très bien vue, et bien précisée, la contradiction dont vous vous étonnez. Voici tantôt quinze ans que tous mes élèves m'ont ri au nez, un jour, dans mon service de la Salpêtrière : je leur disais, en citant cette phrase, que notre siècle finirait par des guerres de religion. Je ne me trompais qu'en reculant trop l'échéance. Le siècle n'est pas à sa fin, et ces guerres commencent; les paroles et l'encre coulent d'abord : vous verrez couler le sang, comptez-y.

- Eh quoi! s'écria Jacques, c'est vous qui parlez ainsi! Vous, le savant détaché, vous l'athée! Car on vous l'a assez reproché, votre athéisme.

Ferroz haussa les épaules.

- Si j'avais absorbé tous les toxiques dont j'ai étudié l'action sur autrui!... Un oeil bien organisé est fait pour percevoir les images des objets extérieurs; non pour rendre les images internes que crée la fantaisie. Peu importe ce que je pense, si je pense, pourvu que mon oeil observe bien l'objet de son étude. 
-Athée ou non, je constate ici ce phénomène : les grands tumultes excités par les sentiments de religion chez des hommes qui n'ont pas de religion.

- Mais comment l'expliquez-vous?

- Comme il faut tout expliquer, ici et ailleurs. - Ah ! mon ami, vous croyez voir les gestes, entendre les paroles de cinq cent quatre-vingts contemporains, sans plus, conscients et responsables de ce qu'ils disent et font? Détrompez-vous. Vous voyez, vous entendez quelques mannequins, passants d'un instant sur la scène du monde, qui font des mouvements réflexes, qui sont des échos d'autres voix. Regardez, derrière eux, une foule innombrable, les myriades de morts qui poussent ces hommes, commandent leurs gestes, dictent leurs paroles. Nous croyons marcher sur la cendre inerte des morts : en réalité, ils nous enveloppent; ils nous oppriment; nous étouffons sous leur poids; ils sont dans nos os, dans notre sang, dans la pulpe de notre cervelle; et surtout quand les grandes idées, les grandes passions entrent en jeu, écoutez bien la voix : ce sont les morts qui parlent.

- La peste soit d'eux, dit en riant Andarran, - ils faisaient tout à l'heure un fier charivari.

- Le même qu'ils ont fait dans l'histoire.

Eux, du moins, ils avaient des convictions sincères, ardentes :

- Précisément. Ils continuent de nous les faire proclamer, à nous qui n'en avons plus. Avez-vous observé Félines, le joyeux viveur? Il écumait. S'il eût tenu Boutevierge sur un bûcher, il aurait mis le feu au fagot; et Boutevierge lui eût certainement rendu la pareille. Dans les muscles énervés de Félines, c'étaient de longues générations d'ancêtres, gentilshommes croyants et combatifs, qui se démenaient, s'escrimaient pour leur Dieu. Dans ceux du robin Boutevierge, l'ex-procureur impérial, c'étaient tous les vieux procureurs qui ont lutté contre l'Église, de Philippe le Bel à la Convention. Quant à Bayonne, inutile d'insister, n'est-ce pas? Tout au fond de ce Parisien, qui veut faire oublier ses origines et tâche à les oublier lui-même, la voix immémoriale d'Israël clamait son farouche anathème aux Gentils; elle poursuivait la revanche de l'affront millénaire. Cet intrigant de baron Lebrun retrouvait la piété des bourgeois ses pères, austères jansénistes du Marais. D'autres, les plus nombreux, prolongeaient la vieille hargne de nos paysans tourangeaux, picards, champenois, du manant toujours geignant sous la dîme abbatiale, toujours enclin à se gausser du clerc, avec une peur atroce de l'enfer. Et Mirevault, le riche fabricant de tissus, cet esprit libéral et commercial, si prudent, si réservé dans l'habitude de la vie, avez-vous vu comme elle lui remontait au visage, la flamme des passions calvinistes? Mirevault et ses coreligionnaires se sont taillé la part du lion dans le gouvernement de ce pays; pourtant, quand il passe sous le balcon du Louvre, Mirevault lève une tête inquiète et croit apercevoir l'arquebuse du roi Charles; il craint d'entendre à ses trousses le pas des dragons de Villars.

- Bah! c'est une feinte connue : crier à la persécution pour mieux dominer.

- Pas toujours. Cette peur atavique est souvent sincère : lorsqu'elle les reprend, la haine contre vous se rallume en leur coeur. Jacques secoua tristement la tête :

- Ainsi, non seulement les morts parleraient, mais ils combattraient, ils haïraient!

- Oui; et c'est le problème insoluble de notre vie nationale. Vous savez comment les terres vierges suent la fièvre et tuent les premiers défricheurs qui les éventrent. Notre vieille terre, faite de la poussière des morts, est autrement empoisonnée; nous l'avons remuée de fond en comble pour y bâtir à neuf elle exhale les miasmes accumulés par nos divisions séculaires, nous mourons de cette malaria.

- Ah! cher maître, laissez-moi croire que votre théorie retarde. Des vents nouveaux ont soufflé qui dissipent ces miasmes. Liberté, science, progrès, nobles efforts intellectuels, gloires acquises et souffrances supportées en commun, que faites-vous de ces révolutions où ont fusionné les éléments réfractaires, de ces forces généreuses qui nous transforment sans cesse et nous acheminent vers un avenir meilleur?

- Il y a en effet des forces antagonistes. Elles agissent sur les peuples sains, qui ne remuent pas trop profondément leur vieux sol, qui savent faire un choix judicieux dans les traditions du passé. Le passé nous abrite et se prête à nos évolutions, quand on le respecte ; il se venge et nous écrase sous ses pires débris quand on le démolit aveuglément. - Mais nous recauserons de cela. On rentre, allons assister au dernier acte de la tragi-comédie. » 


(M. de Vogüé, extrait de Les morts qui parlent).
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