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Mythologie et histoire des constellations
La constellation de la Vierge
Hésiode voit dans  la constellation de la Vierge (Virgo) la fille de Zeus et de Thémis. Aratus la fait fille d'Ascréus et de l'Aurore. Elle vivait pendant l'âge d'or, où elle se fit remarquer par sa justice; ce qui lui en fit donner le nom, ainsi que ceux de Thémis et de Dîcê ou Dîkê (Eratosthène). Bien qu'immortelle, elle vécut sur la terre, parmi les humains, tant qu'ils furent vertueux (Aratus). Théon dit qu'il n'est pas de constellation, sur laquelle on ait débité autant de fables, et il est en cela d'accord avec Eratosthène. Il voit, dans les fictions qu'on a faites sur elle, et dans les attributs qu'on lui a doués, l'ouvrage du génie poétique et symbolique.

Lorsque les humains furent pervertis, et que la vertu fut bannie de la Terre, elle ne voulut plus habiter parmi eux, et elle se retira sur les montagnes. Mais la guerre et les autres maux qui prennent leur source dans la perversité humaine, ayant fait sur la Terre de nouveaux ravages, elle quitta absolument la Terre, et les humains lui étaient devenus odieux (Théon), et elle s'envola aux cieux, où elle brille aujourd'hui. Elle y prit le nom d'Astrée (Poèmes orphiques) et ne voulut plus avoir de commerce avec personne (Théon).

Avant cette époque, les humains vivaient heureux, dit Nigidius, parce qu'ils étaient justes; car sans justice, point de bonheur. C'est en y rappelant sans cesse les humains, qu'elle les fixait dans la félicité (Germanicus). Alors aucun peuple ne songeaiit à troubler le repos de ses voisins, on n'exposait pas sa vie sur les mers, pour satisfaire l'avidité mercantile.

Ovide (Les Métamorphoses) reprend le même mythe : l'humain vieillissait paisiblement dans ses champs, qu'il cultivait  mais lorsque que cette époque vertueuse fut morte, ceux qui vinrent après aimèrent à amasser; l'amour de l'or succéda à celui de la vertu, et de I'heureuse médiocrité. Alors la justice étant bannie de leur société, et l'espèce humaine s'étant absolument dégradée, la déesse ne put rester plus longtemps parmi eux, et elle s'envola dans la région des astres, où règne un ordre éternel. 

Les noms de la Vierge et de ses étoiles

Lorsque les Grecs n'en font pas Thémis, la Vierge est principalement connue, sous le nom d'Erigone, fille d'Icare, placé lui-même à côté d'elle, dans la constellation du Bouvier. D'autres auteurs (Hyginus) la font fille d'Apollon, de ses amours avec Chrysothémis. On lui donna le nom de Parthenos, parce qu'elle mourut très jeune et vierge. Apollon la plaça aux cieux. Théon la nomme Astraea et la fait fille d'Astrée et du Jour. Ell est fille d'Astrée et d'Asopus, suivant d'autres. Dans cette dernière tradition, elle prend le nom de Thespia, a qui Apollon accorda trois prérogatives; d'abord de donner son nom à Thespies, en Béotie; 2° à la Vierge, céleste; 3° le talent de la divination.

On lui donne encore d'autres tels que ceux de Déméter / Cérès parce qu'elle porte l'épi; d'Isis; d'Atergatis. Quelques-uns la nomment la Fortune, et la peignent sans tête (Eratosthène); sans doute parce  que cette partie est fort peu lumineuse (Hyginus).

Chez les Latins, on lui donne encore les noms de Pax, Panda, Pantica, Justa, Dea spicifera.

Les Arabes, qui y peignent un faisceau d'épis, la nomment : Eladari, Sunbala , Sumbela, Adrénedefa, Adra, Azimech , Alaazel, Alhaizel, Alzimon, Eleazelet, Eltsamach, Alacel, Sunbala, Sunbalon, l'Epi; les Hébreux, Bethula, et à cause de son Epi, Shibboleth; les Syriens, Bethulto; les Indiens, Coscheh, en pelhvi, l'Epi; Canny en sanscrit; les Turcs : Salkim;  les Persans : Chûshe, Seclenidos-de-Darzama;

Hyde parle surtout du nom fameux, Seclenidos-de-Darzarna, que donne la sphère persique à la figure de femme, qui monte au premier décan de la Vierge d'après Abu'masher ou Abulmazar. Ce nom fut traduit, chez les Arabes, par Adrédenefa , qui répond aussi au mot persan Dushiza Pakiza. 

Voici le passage d'Abulmazar, cité par des auteurs, tels que Kircher, Selden, Albert le Grand, Bacon, Stoffler, Marsile Ficin :

Avec le premier décan de la Vierge (Albumazar) monte, dans les sphères des Perses , des Chaldéens, des Egyptiens, d'après les préceptes dHermès et d'Esculape, et cela, dès la plus haute antiquité une Vierge, appelée en langue persanne, Séclenidos de Darzama, en Arabe, Adrenedefa, Vierge pure, immaculée, de belle forme, de figure agréable, ayant des cheveux longs, et tenant en ses mains deux épis. Elle est placée sur un trône, et nourrit un enfant, nommé par quelques nations Jésus ou Eéza et par d'autres, Christ.
Dans le premier décan de la sphère Persique, on trouve une pareille femme effectivement, qui nourrit un enfant. Le jésuite Riccioli l'appelle en conséquence Virgo Deipara : elle porte le nom de Cérés, qu'Hésychius identifie à la Vierge Marie. Avicenne en fait Isis, mère du jeune Horus, qui mourut et qui ressuscita.

Les étoiles.
On distingue dans la constellation de la Vierge, principalement deux étoiles. L'une est de première grandeur et très brillante. Elle se nomme I'Epi (Germanicus), nom sous lequel la constellation entière est quelquefois désignée, comme en Iran. C'est la Brillante de la main droite de la Vierge (Germanicus); d'autres disent de la main gauche (Eratosthène). L'Epi que la Vierge porte est un symbole de l'Agriculture, dit Théon, et un symbole de la considération dont elle jouissait chez les Anciens. Blaëu nomme l'Epi : zimon, Alzimon, Azimech, Alazel, Alaazel, Hazimeth, Alhacel, Elgazel, Fusus, Alhaiseth, Huzimethon, faisceau d'épis, Sunbeleh. 

Outre cette première étoile, on en remarque une autre moins brillante,qu'on appelle l'indicatrice des Vendanges, la Vendangeuse, ante vindemiator, Protygêter, celle, dit Germanicus, qui promet la maturité des vendanges, qu'elle précède de peu de jours, suivant Théon, car elle se lève avec une partie du Lion, et avec les épaules de la Vierge. On la place à l'aile droite de cette dernière. Car la Vierge, dès la plus haute antiquité, fut peinte avec des ailes que l'on donna à Thémis, lorsqu'elle s'envola aux cieux. En arabe, c'est : Almucedême, Alacaf, Alaraf, Almurêdim, Alcaft, Almucediè, Alaraph, Almuredim, Akalft.

Ulugh Beg nomme l'étoile de l'aile gauche : Min-al-Auwa; celles qui suivent,  Zâwija-al-Auwa; celle du côté droit de la ceinture : Min-al-Auwa; la plus boréale de l'aile droite Mukdim-al-Kitaph. Celle de la main gauche, appelée Sumbêla, se nomm aussi Simâk-al-Azal; celle du bas de la robe ou du pied, Min-al-Gaphr. Hyde, dans son commentaire, donne l'explication de plusieurs de ces moms. Ainsi les étoiles cinq, six , sept, sont appelées Min-al-Auwa, mot qui signifie latrator et vociférator. Zwija-al-Auwa signifie angulus latratorius. Mukdim-al-Ketâph est le nom de la Vendengeuse. Les étoiles qui forment ce qu'on appelle Al-Auwa, du même nom que le Bouvier (Bootes), appartiennent à la treizième station de la Lune. La quatorzième répond à l'Epi, Azimeth, Huzimet, Simâk-al-Azal et Al-azl. Al-Auwa et Al-Sîmak se nomment Al-Inhirâr et Anharân. Ce sont des astres humides, et qui versent beaucoup d'eau. On appelle cette quatorzième station : Simâk-al-Azal.

Citons encore d'autres étoiles voisines de I'Epi, et qu'on nomme Arsh-al-Simak. Arsh signifie, trône et dais. Gaphr, ou les étoiles  qui répondent au bas de la robe, signifient voiles. Elles appartiennent à la Balance et à la treizième station.

L'année de la Vierge et ses présages

Columelle fixe, au six des nones de mars, l'apparition de l'étoile appelée la Vendangeuse, accompagnée du souffle des vents de nord. Ovide fixe au quatre son coucher cosmique.

Le même Columelle marque, au 13, des calendes de septembre, le passage du Soleil dans les étoiles de la Vierge, avec indication de tempête et de rosée; il fixe, au sept des calendes, le lever de la Vendangeuse et de l'Arcture, avec indication de pluie et de froid. Il marque, au trois des calendes de septembre, le lever des Épaules de la Vierge, et la cessation des vents étésiens, accompagnés de froid. Le trois des ides, le vent favonius ou africus souffle. Le milieu de la Vierge se lève. Au quatorze des calendes d'octobre, l'Épi de la Vierge se lève. Le favonius ou le caurus souffle. Au quatre des calendes d'octobre, la Vierge achève de se lever; c'est annonce de tempête.

On trouve, près des pieds de la Vierge, une étoile appelée Janus (Plutarque), qui se levait à minuit, le jour du solstice d'hiver, et qui par cela même annonçait l'année, à l'ouverture de laquelle cette étoile semblait présider. 

Pour les astrologues, le signe de la Vierge est le lieu du domicile et de l'exaltation de Mercure; le siège de Cérès, dans la distribution des dieux, entre les douze signes. Il est affecté a l'élément de la terre. (Ch. Dupuis).

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