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Viau (Théophile
de), poète né à Clairac (Agenois) en 1590, mort à
Paris
le 25 septembre 1626. Son aïeul était secrétaire de
la reine de Navarre ;
son père, avocat à Bordeaux ,
avait été chassé de cette ville, comme huguenot, au
cours des guerres de religion. On a peu de renseignements sur la jeunesse
de Théophile. D'après son Apologie au roi, il aurait
fait ses études au collège de La Flèche, chez les
Jésuites.
Ce qui est sûr, c'est qu'en 1610, à l'âge de vingt ans,
il vint à Paris. Sa vie n'y fut pas exemplaire :
«
La desbauche des femmes et du vin, dit-il lui-même, faillit à
m'empiéter au sortir des escholes... ».
Heureusement la pauvreté l'empêcha
de se livrer uniquement au plaisir :
«
Les empeschements de ma fortune, écrit-il, détournèrent
mon inclination».
Il fit, à cette époque, la connaissance
de Balzac, et leur amitié, qui devait
plus tard se changer en haine, fut alors assez intime pour donner naissance
à toutes les calomnies. Ils firent ensemble un voyage aux Pays-Bas .
Il semble que, pendant ce voyage, Théophile ait sauvé la
vie à Balzac; il est certain qu'en en revenant, ils s'étaient
brouillés, pour des raisons d'ailleurs mal connues.
Théophile, de retour à Paris ,
entra dans la maison du duc de Montmorency. A cette époque, il écrivit
la tragédie de Pasiphaé - s'il est vrai que cette
pièce, publiée sous son nom en 1631, soit bien son oeuvre
- puis la tragédie de Pyrame et Thisbé qui, parodiée
plus tard par Boileau, eut en 1617 un très
grand succès. En outre, il écrivit un assez grand nombre
d'odes ,
dédiées les unes à Montmorency, les autres à
une maîtresse inconnue qu'il appelle indifféremment Cloris,
Philis, Caliste et Marie. Mais ce n'était pas uniquement par ses
ouvrages qu'il attirait l'attention; brillant causeur, il ne se privait
pas d'aller diner chez les grands, de les « entretenir de bons mots
», de discourir librement sur la morale
et sur la religion. Or, il était « libertin » dans toute
la force du terme, incrédule et ami du plaisir. De plus, il s'était
lié avec le jeune des Barreaux, et cette liaison n'allait pas sans
faire courir plus d'un méchant bruit.
Une pièce de vers contre la Société
de Jésus et des épigrammes
contre de Luynes qu'on lui attribua, peut-être à tort, émurent
ses ennemis et, en juin 1749, on lui signifia des lettres de cachet «
lui portant commandement de sortir hors du royaume». Grâce
à la protection du duc de Montmorency, il put rester quelque temps
en France; mais il ne sut pas se faire oublier; passant à Agen,
il alla voir une fille, soi-disant possédée, qu'un prêtre
exorcisait; publiquement il dévoila la fourberie du prêtre;
passant à Tours, il refusa de saluer le Saint-Sacrement et pensa
se faire lapider. Il lui fallut passer en Angleterre ;
mais il y resta peu de temps. En 1624, il obtint la permission de revenir
à Paris ;
sitôt rentré, il abjura le calvinisme et se confessa à
des jésuites : mais un nouveau scandale le perdit une seconde fois.
Il avait paru, en 1622, un recueil de pièces obscènes intitulé
le Parnasse satyrique; ce recueil fut réédité
en 1623, avec le nom de Théophile; il est à peu près
certain que le poète n'avait pas autorisé l'usage fait de
son nom; il n'en fut pas moins condamné immédiatement, par
un arrêt du 19 août 1623, à être brûlé
vif.
Comme il était en fuite, on ne put
le brûler qu'en effigie. Mais, traqué par ses ennemis, il
fut saisi au Châtelet
et emprisonné à la Conciergerie
dans le cachot de Ravaillac. Après dix-huit
mois d'interrogatoires et de polémique - polémique au cours
de laquelle Balzac attaqua publiquement son
ancien ami et reçut de lui une réponse écrasante -
le Parlement commua la sentence de mort prononcée contre Théophile
en un bannissement perpétuel (1er
septembre 1625). Le poète alla retrouver le duc de Montmorency et
put, grâce à lui, rester quelque temps à Paris. Mais,
le 25 septembre 1626, il mourut d'une fièvre tierce, dans l'hôtel
du duc.
L'oeuvre de Théophile comprend une
et peut-être deux tragédies, un Traité sur l'immortalité
de l'âme, des fragments d'une Histoire comique et surtout
un nombre considérable de pièces de vers : odes ,
sonnets ,
élégies ,
poèmes, épigrammes ,
etc. Bien que ses écrits en prose soient d'une allure vive et nette
et d'un tour souvent vigoureux, c'est surtout comme poète qu'il
est connu et estimé. Sa tragédie de Pyrame et Thisbé,
quoique souvent raillée depuis Boileau, n'en est pas moins une des
meilleures du théâtre pré-classique. Comme Régnier,
il méprisait les règles étroites et minutieuses de
Malherbe.
La
règle me déplaît : j'écris confusément.
Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément.
Cet état d'esprit explique le caractère
de l'œuvre de Théophile; on trouve dans ses ouvrages, à côté
de pièces mal venues, lourdes, incorrectes même, des pièces
d'un seul jet, pleines de vie et de sincérité. Souvent une
ou deux strophes exquises sont noyées dans tout un fatras. Mais
l'accent d'émotion vraie avec lequel Théophile chante, la
nature et l'amour dans des pièces telles que la Solitude
lui ont valu d'être porté aux nues par les romantiques. Il
est certain que, si, comme écrivain, il reste médiocre, infiniment
inférieur à Malherbe, il est beaucoup plus « poète
» que lui, au sens moderne du mot. (A. Bayet.)
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En
bibliothèque - Les oeuvres
de Théophile furent publiées en trois livres qui parurent,
le premier en 1622, le second en 1623, le troisième en 1694. Ces
trois parties furent réunies en 1626, et il parut successivement
une édition des OEuvres complètes à Lyon, en
1630, pais à Rouen, avec une préface de Scudéry, en
1632. En 1641, Mairet publia une Correspondance inédite.
La dernière édition des OEuvres de Théophile est
celle qu'a donnée Alleaume, dans la Bibliothèque elzévirienne. |
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