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Van Gogh

Vincent Van Gogh est un peintre né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert (Pays-Bas),  mort le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise (France). 

La vie de Vincent Van Gogh est un roman épique, d'un rythme saccadé, dont l'action rapide, intense, trépidante, se déroule tantôt au pays noir, parmi les mineurs qu'il évangélise, et tantôt sous le ciel provençal, à Arles, où il peint ses meilleurs tableaux dans un tel état d'exaltation, que la démence s'empare de son cerveau en ébullition.
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Van Gogh, Autoportrait au chapeau de paille (1887-1888).

Son père était un pasteur protestant. Plusieurs membres de la famille de sa mère avaient fait partie du clergé. Fort jeune, Vincent est placé en qualité de vendeur à la maison Goupil à Paris. Mais son caractère ombrageux ne convient guère à l'emploi qu'il tient. On l'envoie à la succursale de Londres. Il y tente la chance avec un insuccès égal. C'est là qu'il prend le premier contact avec les choses de l'art et qu'il apprend à aimer la peinture. Renvoyé de la maison Goupil, il cherche un nouvel emploi et entre comme professeur de français chez un pasteur anglican qui recevait quelques élèves à Ramsgate. Dès son enfance, Van Gogh porte un vif intérêt aux questions religieuses.

Pendant son séjour en Grande-Bretagne, il fréquente les églises avec assiduité et ses penchants mystiques se précisent chaque jour davantage. Cependant son nouveau patron le congédie, et, dénué de ressources, il rentre chez son père. Par la suite, il repart pour Dordrecht, où il trouve un emploi de commis dans une librairie et fait la connaissance d'un pasteur distingué qui l'engage à suivre sa vocation. A Amsterdam il travaille à l'effet d'obtenir les grades réguliers en théologie. Une fois encore il échoue dans son entreprise et va catéchiser les mineurs au village de Watines près de Mons. Quelques mois plus tard, son père le trouve épuisé et malade, ayant fourni un héroïque effort en soignant les typhiques. De retour à la maison paternelle, Van Gogh s'adonne entièrement à l'art de la peinture. Il dessine des mineurs et des scènes de travail. Son art rude et austère n'a aucune chance de plaire aux acheteurs. Ses parents peuvent à peine subvenir aux besoins d'une famille nombreuse.
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Portrait d'une Jeune fille.
Le Postier Joseph Roulin (1888).

Van Gogh quitte donc Groot Zundert et se rend à La Hayeauprès du peintre Mauve dont il est parent. Cet artiste lui cède généreusement un coin de son atelier et lui donne des leçons. Mais le caractère indépendant de Van Gogh s'accommode mal de cet enseignement. Dans un accès de rage, il lance par terre un plâtre d'après l'antique et quitte Mauve, de qui les conseils prudents répugnent à sa nature. Nous voyons encore Van Gogh à l'Académie, alors réputée, d'Anvers. Il part enfin pour Paris, après la mort de son père et entre à l'atelier Cormon. L'artiste a déjà dépassé la trentaine. Il s'efforce pourtant avec persévérance et obstination de copier les modèles aussi fidèlement que possible. Sa vision personnelle et si hardie du monde l'oblige à déformer. Cormon renonce bientôt à le corriger, et le fougueux jeune homme quitte l'Ecole des Beaux-Arts, sans avoir tiré grand profit du stage accompli en cette vénérable maison.
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Van Gogh : la Nuit étoilée (1889) et (ci-dessous) la Nuit étoilée sur le Rhône (1888).

Avant son arrivée en France Van Gogh avait subi l'influence des peintres hollandais du dix-neuvième siècle parmi lesquels Israëls était le plus illustre. Il peignait sombre, traitant des sujets populaires. François Millet exerça peut-être une première emprise sur sa formation artistique. Mais il ignorait tout des recherches techniques des peintres impressionnistes. La situation qu'occupait Théodore (Théo) Van Gogh, frère du peintre, à la maison Goupil, facilita grandement les débuts de Vincent à Paris. Jouissant d'un certain crédit auprès de ses patrons, Théodore Van Gogh était parvenu à leur imposer divers peintres d'avant-garde, dont Claude Monet et Camille Pissarro. C'est dans le magasin de vente que dirigeait son frère sur les grands boulevards que Vincent Van Gogh a pris contact pour la première fois avec la peinture moderne. Son art se transforme rapidement et subit une sorte de métamorphose. 
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Tournesols dans un vase (1888).
Cyprès à Saint-Rémy (1888).

L'étude de Delacroixet le commerce des Impressionnistes influent sur la constitution de sa palette qui se précise et s'éclaircit. Les tableaux sombres, peints par Van Gogh en Hollande, manquaient d'intensité. A Paris l'influence combinée des japonais, alors à la mode, et de Camille Pissarro que l'on retrouve à l'origine de sa nouvelle évolution, exerce sur son esprit une action salutaire, le révèle à lui-même, et lui permet de fournir la juste mesure de ses possibilités créatrices. Les estampes japonaises lui donnent le goût d'un dessin aigu, aux contours nets, bien délimités. Pissarro et plus tard Seurat lui enseigneront l'art de la division et du mélange optique des couleurs. Il peint à cette époque des natures mortes, des objets usuels : pots, casseroles, ustensiles de cuisine, mais il dépasse aisément le sujet traité et se livre à des recherches d'intense coloris avec une véhémence qui laisse déjà pressentir l'orientation prochaine de son art.

Camille Pissarro le met en rapport avec le père Tanguy, ce marchand de couleurs devenu marchand de tableaux qui, sans jamais s'enrichir, devait jouer un rôle si important dans l'histoire de l'impressionnisme et qui, à cette époque, était vraiment seul à acheter les tableaux de Cézanne. Van Gogh fait du père Tanguy un portrait qui le représente assis dans une attitude familière. Des estampes japonaises clouées au mur attestent le goût que professait le peintre pour cette forme d'expression artistique. Van Gogh connaissait tous les impressionnistes, mais il s'était lié d'amitié surtout avec Gauguin et Emile Bernard, dont il fit son camarade intime et son confident. Il échangea avec ce dernier des lettres nombreuses et intéressantes qu'édita par la suite Ambroise Vollard.

Van Gogh part pour Arles en 1888. Là il prend contact pour la première fois avec ce Midi radieux, dont la lumière aura sur le caractère de son art une influence prépondérante. Cet homme du Nord, ce protestant nerveux et mystique, interprète, comme personne ne l'a fait avant lui, la lumière solaire, dont il semble vouloir capter les rayons. Il peint et il dessine en plein air et en plein soleil, il donne libre cours à son talent, il s'exprime avec une plénitude qu'il n'avait pas atteinte jusqu'à cette époque. Mal accueilli par les habitants du pays, Van Gogh mène à Arles une existence solitaire. C'est à peine s'il y fait les portraits du facteur, d'un sous-lieutenant de zouaves et de sa femme. Cependant il s'efforce de décider Gauguin à le rejoindre. Van Gogh avait de tout temps voulu mener avec ce dernier la vie en commun et poursuivre une intime collaboration. Gauguin vient à Arles dans le courant de l'automne 1888, mais, dès son arrivée, de graves divergences d'opinions esthétiques portent atteinte aux bons rapports qui existaient entre les deux artistes. On connaît les événements consécutifs à leurs controverses. Surmené, souffrant de la chaleur, victime du soleil qu'il affrontait trop imprudemment, Van Gogh, dans un accès de folie, menace Gauguin et l'aborde un rasoir ouvert à la main; mais, sidéré par le regard énergique de son camarade, il recule, rentre chez lui et se trancha une oreille.
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Van Gogh, La Chambre à coucher (Arles, 1888)

Théodore Van Gogh, rappelé en hâte de Paris, se porte au secours de son frère et le place à Saint-Rémy dans une maison de santé, où il reste interné pendant de longs mois. Là, privé de ressources picturales, il peint de mémoire d'après Rembrandt, d'après Delacroix et d'après Millet. Les paysages des Alyscamps datent également de cette époque. Au sortir de Saint-Rémy, Van Gogh, apparemment rétabli, se rend à Paris chez son frère. Mais l'idée d'une rechute le hante et la vie active de la capitale nuit à sa santé débile. Il s'installe donc à Auvers-sur-Oise (Val-d'Oise), où il recevra les soins du docteur Gachet, un ami des artistes modernes dont il laisse un portrait pénétrant. A Auvers, Van Gogh vit dans une ambiance sympathique et tranquille. Il peut travailler à sa guise. L'homme intelligent et bon, le fin collectionneur qu'est le docteur Gachet s'occupe de lui. Il semble donc que Van Gogh doive être heureux. Et pourtant un mois après son installation à Auvers, il met fin à ses jours en se tirant une balle de revolver dans la poitrine. Telle est la vie courte et tragique de Vincent Van Gogh, vie liée intimement à son art, qui en est à la fois l'illustration et le commentaire.

Visionnaire épris du fantastique, il conférait un aspect âpre, sinon caricatural, aux sites, aux objets et aux effigies humaines qu'il a peints. Il exalte la couleur, qu'il fait jouer à la surface de ses tableaux en la posant, surtout à la fin de sa vie, par touches divisées qui revêtent la forme de virgules. Il dessine au roseau taillé et sa facture graphique est faite de traits entremêlés de points. Van Gogh a été méconnu. Albert Aurier fut peut-être le seul critique qui parla de son oeuvre avec intelligence et compréhension lorsque l'artiste était encore en vie. Après sa mort la gloire ne tarda pas à venir et les toiles que l'artiste distribuait autour de lui avec indifférence, furent payées à prix d'or par les marchands et les amateurs. 
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Van Gogh : Paysage de Provence (1888).

Le coloris de Van Gogh, c'est de la matière en fusion; d'énormes empâtements fièvreusement modelés au couteau, une rutilante maçonnerie, un cloisonnisme métallique, un émail gemmique. Van Gogh voit par plans violemment tachés; les monts, les prés, les rochers, sont, devant ses yeux dilatés, du cobalt vif, de l'indigo pur, du chrôme. 

« Des eaux, dit-il, font des flaques d'émeraude et d'un riche bleu, ainsi que dans les crépons. Des couchers de soleil orangé pâle font paraître bleus les terrains. La lumière tremblote autour des objets, les encercle d'un halo. [...]  J'ai peint en plein mistral! »


De même que son illustre devancier le visionnaire d'Amsterdam, Rembrandt avait pénétré les ultimes valeurs du clair-obscur, Vincent regardait fixement l'astre flamboyant. Il n'a pas eu besoin, comme son pauvre Gauguin, de fuir aux Îles. Non, il a vu les tropiques à Arles. Ses biographes ont noté cette insolation, décrit ces ciels emplis d'essence solaire, ces tableaux, microcosmes d'un univers incandescent, ces paysages où l'or flambe par larges torsades sur les champs mûrs et s'élève en bouquets, solides comme des lingots dans les gerbes et dans les meules. Ils ont dit ce dessin implacable, qui reproduit par hérissements, hachures, pétillements secs de traits, comme de touches, les mouvements de flammes des céréales sous des ciels ruisselants de chaleur.
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Le Docteur Gachet (1890).
L'église d'Auvers (1890).

Un grand romancier, Octave Mirbeau, a caractérisé en termes inoubliables l'art et l'âme du héros.

« Ses tournesols glorieux sont gorgés de soleil, de ses sucs, de son miel... »
Et voici, du même Mirbeau, sur le même Van Gogh, un passage pathétique, écrit alors que l'écrivain sortait du musée de La Haye, ivre de Ver Meer, ivre surtout de Rembrandt. Il longea un instant les bords du Vivier et rentra dans la ville. Une boutique emplie de toiles de Van Gogh le sollicite. Mirbeau hésite... 
« Non, ce serait une trahison...». Il cède cependant, et regarde « Ce que j'ai là devant moi, murmure-t-il, c'est une autre sensibilité, une autre recherche, un autre art, moins écrit, moins solide, moins somptueux que celui dont je viens de recevoir une commotion si violente... Evidemment je vois ici une grimace douloureuse, je sens une impuissance à réaliser, par la main, complètement, l'oeuvre que le cerveau a conçue, cherchée, voulue... Et cette grimace, je ne la vois, cette impuissance, je ne la sens, peut-être, que parce que j'ai connu tous les doutes, tous les troubles, toutes les angoisses de Vincent Van Gogh, et cette faculté cruelle d'analyse, et celle dureté à se juger soi-même, et cette existence toujours vibrante, toujours tendue, à bout de nerfs, et cet effort affolant, torturant où il se consuma. »
Mirbeau eût pu ajouter tout bas : « Moi aussi, je me consume. » Ces deux génies sont frères, ils furent les esclaves exaspérés d'une sorte de même âme de poètes paroxystes. Il serait curieux de noter les correspondances, les affinités électives qui rapprochent, malgré eux-mêmes souvent, les peintres des poètes et des musiciens, Delacroix de Hugo, Sisley de Duparc, Van Gogh d'Octave Mirbeau. (W. George).

Le dernier tableau peint par van Gogh à Auvers : Champ de blé aux corbeaux (1890).


Les peintures magistrales de Van Gogh, Citadelles et Mazenod, 2006.- Après le succès des Dessins de Van Gogh, voici un nouveau volume consacré aux 100 plus belles peintures de Vincent Van Gogh.

Célèbre dans le monde entier, Vincent Van Gogh continue d'exercer une fascination indéniable. Cet ouvrage explorant les peintures de l'artiste a été conçu comme le pendant des Dessins de Van Gogh de Sjraar van Heugten. Il offre au lecteur une sélection des chef-d'oeuvres les plus inoubliables de Van Gogh, ainsi que quelques exemples de peintures moins connues, provenant pour la plupart de la collection du Musée Van Gogh d'Amsterdam. L'ouvrage explore le travail de l'artiste en le replaçant dans le contexte de sa courte mais brillante carrière. Malgré de nombreuses périodes d'isolation, Van Gogh était activement engagé dans la vie artistique et les idées de son temps.

Le pinceau de Van Gogh était guidé par une intelligence remarquable et agitée, qui s'exprimait également dans la correspondance assidue qu'il entretenait avec sa famille et ses amis. Ces documents constituent l'une des sources d'archives les plus importantes de l'art du XIXè siècle, et le fil conducteur de cette étude.
L'auteur nous présente le Van Gogh cosmopolite, combinant dans ses oeuvres la tradition et ses expériences personnelles, mélangées à l'héritage de sa Hollande natale et aux apports de l'Angleterre victorienne. Après avoir assimilé tous ces apports, il a su imposer sa propre marque sur la peinture française, à l'une de ses plus riches périodes. (couv.).

F. Walther Ingo,Van Gogh, l'oeuvre complet, Taschen, 2006.

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