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Anne Robert Jacques Turgot
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Turgot à Limoges

Magistrat dévoué à la monarchie (« c'est une bonne race », disait Louis XV en parlant des Turgot), il siégea dans la chambre royale qui remplaça le Parlement en 1753. En 1761, il fut nommé intendant de Limoges. Dans cette généralité pauvre, arriérée, souvent désolée par la famine, il appliqua sans hésiter les doctrines physiocratiques. Il fit achever le cadastre, améliora le régime de la milice (en rétablissant les engagements volontaires par remplacement), construisit 160 lieues de routes (près d'un millier des kilomètres). Le trait saillant de son administration, c'est la suppression de la corvée des chemins, remplacée par une contribution additionnelle que payèrent tous les taillables. Pour la corvée des transports militaires, il osa aller plus loin, et la remplacer par une imposition levée sur tous. Il maintint énergiquement les lois alors en vigueur sur la libre circulation des grains. 

Pendant la disette de 1770 et 1774, les cours souveraines et les corps des villes revinrent à des mesures prohibitives : Turgot les fit casser; il adressa aux curés des circulaires pour faire entendre au peuple son véritable intérêt; il ajouta aux fonds de l'État un emprunt personnel de 20 000 livres; il ouvrit des ateliers de charité, installa dans toutes les paroisses un bureau de charité. 

« Le soulagement des hommes qui souffrent, écrivait-il, est le devoir de tous et l'affaire de tous ».
Il présidait la société d'agriculture, ouvrait à Limoges une école d'accouchement et une école vétérinaire, cherchait à perfectionner la fabrication de la porcelaine, demandait à Condorcet de lui envoyer un vannier de la Thiérache, etc. En treize ans, il fit de ce pays déshérité une intendance modèle. Il avait, d'ailleurs, refusé de la quitter pour l'intendance de Lyon, en 1762. Ses occupations administratives ne l'empêchaient pas de continuer ses travaux. C'est à Limoges qu'il rédigea ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (la première édition, bientôt suivie de trois autres, est de 1766); près de dix ans avant les Recherches de Smith (qui fut en relations avec Turgot), il y établissait les principes de l'économie politique, et c'est en lui que la postérité, mieux informée, devrait voir le véritable fondateur de cette science. Plus près que Smith des physiocrates, avec lesquels cependant il ne se confond pas, il faisait encore plus exclusivement sortir toute richesse de la terre (comme on le voit dans ses Observations sur le Mémoire de M. Graslin, réfutation en règle du mercantilisme). Dans des pages hardies, il trace la distinction classique entre les diverses catégories humaines au point de vue économique, et il écrit sur les ouvriers d'industrie ces phrases saisissantes, prototype de la loi d'airain de Lassalle (Socialisme) : 
« Le simple ouvrier qui n'a que ses bras et son industrie n'a rien qu'autant qu'il parvient à vendre à d'autres sa peine. Il la vend plus ou moins cher; mais ce prix plus ou moins haut ne dépend pas de lui seul : il résulte de l'accord qu'il fait avec celui qui paye son travail. Celui-ci le paye le moins cher qu'il peut comme il a le choix entre un grand nombre d'ouvriers, il préfère celui qui travaille au meilleur marché. Les ouvriers sont donc obligés de baisser le prix à l'envi des uns des autres. En tout genre de travail, il doit arriver et il arrive, en effet, que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire pour assurer sa subsistance. » 
On voit là que Turgot ne partageait nullement l'optimisme à tout prix que prêcheront après lui la plupart des économistes.

A Limoges encore, il écrivait un article Valeurs et Monnaies, un Mémoire sur les prêts d'argent, des Lettres sur la liberté du commerce, et son célèbre Mémoire sur les mines et carrières. Tout cela malgré les souffrances que lui faisait souvent endurer la goutte, héritée de son père. (Henri Hausert).


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