Les gens

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Anne Robert Jacques Turgot
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La jeunesse de Turgot

Anne-Robert était destiné à l'Église. Enfant, à Louis-le-Grand, au collège du Plessis, même à Saint-Sulpice, il se faisait remarquer par une sorte de sauvagerie timide et gauche, que sa mère lui reprochait rudement, par sa bonté (il distribuait son argent de poche à ses camarades pauvres pour leur permettre d'acheter des livres), par son ardeur à l'étude. Il avait eu parmi ses maîtres un newtonien, l'abbé Sigorgne. Il se lia en Sorbonne avec Loménie, Boisgelin, Cicé, Véry. Il avait déjà composé deux traités sur l'existence de Dieu et sur l'amour de Dieu. Dès 1748, il adressait à Buffon une critique anonyme de la Théorie de la Terre, et rédigeait en 1749 une Lettre à l'abbé de Cicé sur le papier-monnaie : cette réfutation du système de Law fait déjà prévoir le futur économiste. Élu prieur de Sorbonne en décembre 1749, il prononça deux discours latins, l'un, le 13 juillet 1750, sur les avantages que la religion chrétienne a procurés au genre humain, l'autre, le 11 décembre sur les progrès successifs de l'esprit humain : c'est le premier ouvrage où soit exposée la philosophie du progrès. C'est en s'inspirant de cette philosophie nouvelle qu'il voulait faire un Discours sur l'histoire universelle, qui n'eût pas ressemblé à celui de Bossuet. Il traçait aussi le plan d'une géographie politique. Il écrivait deux Lettres sur le système de Berkeley, où il soutenait la réalité du monde extérieur, et des Remarques critiques sur les théories de Maupertuis, au sujet de l'origine du langage

C'est dire dans quelles directions variées marchait son esprit. En 1751, il décida de quitter l'ÉgIise, pour des raisons de conscience; il écrivit à son père, qui l'approuva. A ses amis qui lui montraient combien cette détermination était contraire à ses intérêts, il répondit : 

« Il m'est impossible de me dévouer à porter toute ma vie un masque sur le visage ». 
Ses connaissances juridiques lui permirent de se tourner vers la magistrature. Après la mort de son père, il devint substitut du procureur général (5 janvier 1752), conseiller au Parlement de Paris (30 décembre), maître des requêtes (28 mars 1753). Il se mit à fréquenter les salons, ceux de Mme de Graffigny (le jeune maître des requêtes jouait parfois au volant avec la nièce de la maîtresse de la maison, Mlle de Ligneville, ou Minette), de Mme Geoffrin, de Mlle de Lespinasse. il étudiait l'hébreu et les langues modernes; non seulement il traduisit le Ier livre des Géorgiques, quelques odes d'Horace, et (en vers métriques) le IVe livre de l'Énéide et les Églogues (Bucoliques), mais il s'essaya aussi à traduire la Bible et Shakespeare. Il avait un goût non moins vif pour les sciences; il avait étudié la chimie avec Ruelle; et, plus tard, dans ses lettres à Condorcet, il émettra, sur le rôle de l'air dans la combustion, des idées qui font pressentir la découverte de Lavoisier. Mais il prenait surtout pour ses maîtres les économistes Quesnay et Gournay (École physiocratique); il publiait alors (1753) une traduction des Questions importantes sur le commerce, de Josias Tucker, et rédigeait pour l'Encyclopédie les articles Existence, Étymologie, Expansibilité, Foires et Marchés, Fondations. S'il était entré dans le bataillon des philosophes, c'était d'ailleurs sans en épouser toutes les haines et toutes les violences, en particulier les passions irréligieuses. Il se place franchement au point de vue de l'absolue liberté de conscience dans ses Lettres sur la tolérance adressées à un grand vicaire (1753 et 1754), et dans le Conciliateur (1754), où il repousse toute ingérence de l'État dans la religion, toute protection d'une Église par l'État. En 1751, il avait adressé à Mme de Graffigny des Lettres sur l'éducation (à propos de ses Lettres péruviennes). En 1760, après la mort de son maître Gournay, il avait donné au Mercure, à la demande de Marmontel, une note qui deviendra l'Éloge de Gournay, le premier manifeste de la science économique.  C'est à cette date qu'il fit un voyage en Suisse, et fut reçu par Voltaire. (Henri Hausert).

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