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| Giovanni Battista
Tiepolo est le dernier des grands peintres
décoratifs de l'Italie De ces travaux juvéniles, là plupart, décors extérieurs de maisons, ont disparu. Néanmoins, on peut voir encore, dans l'église des Scalzi (où il devait plus tard, au plafond, brosser l'une de ses visions les plus célèbres, la Maison de la Vierge transportée de Nazareth à Loreto par les Anges, à travers l'espace) quelques-unes de ses premières fresques (chapelle Santa Teresa et chapelle del Grocifisso). Par la vivacité des figures, la science des mouvements et des raccourcis, la liberté dans l'arrangement, la franchise et la distinction lumineuse dans la touche pittoresque, ces morceaux justifient l'enthousiasme avec lequel ses débuts furent salués par les vrais amateurs et firent bientôt, du jeune décorateur, dans la Haute-Italie, un artiste à la mode et surchargé de commandes. Très casanier, d'habitudes régulières,
comme presque tous ses illustres prédécesseurs, il épousa,
à vingt-cinq ans, la soeur de Francesco Guardi
(alors âgé de neuf ans), Cecilia, qui devait lui donner neuf
enfants. On suit, dès lors assez facilement, dans une série
d'oeuvres d'ensemble, l'activité infatigable de ce délicieux
improvisateur. Si son génie spécial, capricieux et spontané,
avait éclaté de trop bonne heure avec tous ses caractères
pour se pouvoir modifier, plus tard, en ses traits essentiels, la constance
avec laquelle ce génie, abondant et capricieux, conserva, jusqu'à
la fin, sa souplesse, ses séductions et sa fraîcheur, restera
toujours un sujet d'étonnement.
Tiepolo. - L'Éducation de la Vierge (détail). Venise. - Un peu plus tard, c'est dans les plafonds
du Palais Pisani, à Strà (Glorification de la famille
Pisani), du Palais Archinti (Triomphe des Arts), Dugnani (Histoire
d'Esther) et Cherici, à Milan (le
Soleil éclairant les Dieux et le Monde), qu'il se livre, tout
à l'aise, à son goût pour les mêlées aériennes
d'apparitions poétiques et d'évocations familières,
de nudités élégantes et de draperies légères
en mouvement dans l'azur tranquille et l'atmosphère transparente.
De 1750 à 1753, appelé à Wurtzbourg, il ressuscite,
au Palais de l'Archevêque, dans le grand escalier,
tout un Olympe enchanteur, à côté de la Vierge et
des diables, et, dans le Palais de l'Empereur, représente hardiment,
comme des scènes contemporaines, Apollon
Tiepolo. - Vénus et Vulcain (détail d'un plafond). Madrid, Palais Royal. Les qualités de spontanéité
ingénieuse et aimable qui avaient assuré à Tiepolo
l'applaudissement de la société contemporaine n'étaient
pas de celles qui devaient trouver grâce devant le pédantisme
scolaire et la réaction académique. Durant la période
davidienne et même longtemps après, le nom de Tiepolo n'était
prononcé qu'avec horreur; c'était un gâcheur, un fou,
un extravagant! Certes, on avait beau jeu pour lui reprocher ses anachronismes
dans les costumes et dans les types, ses témérités
dans le choix des accessoires et dans la promiscuité des choses
saintes et des choses mondaines, son indifférence tranquille pour
la couleur locale et l'érudition archéologique, l'agitation
excessive, souvent inutile et parfois déplacée, de ses figures,
leur frivolité superficielle ou leur dispersion incohérente.
Avec toutes ces licences, défauts de son temps, défauts de
son tempérament, Tiepolo n'en reste pas moins, après le grand
Veronèse,
mais dans sa suite et digne de lui, l'un des agitateurs les plus brillants
et spirituels de formes légères et de couleurs exquises qu'ait
connus l'art du décor, l'un des peintres les plus constamment peintres
qu'ait engendrés la vraie ville de la peinture, Venise. D'innombrables
tableaux
de Tiepolo sont disséminés dans les églises et les
palais d'Italie Dans les derniers temps de sa vie, Gian Battista prit souvent pour collaborateurs, avec Fabio Canale et G.-B. Pira, ses deux fils, Domenico (1727-1804) et Lorenzo (1736-?). Domenico Tiepolo grava quelques oeuvres de Gian Battista; il a laissé un grand nombre de tableaux et de dessins dans la manière paternelle, mais fortement alourdie et assombrie. On ne cornaît de Lorenzo que quelques eaux-fortes. (Georges Lafenestre).. |
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