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Thomisme
et Néo-Thomisme. - Entre les systématisations philosophiques
et religieuses de l'époque essentiellement théologique
qui constitue le Moyen âge ,
le thomisme est la plus complète, la plus compréhensive et
la plus persistante. Préparée par les chrétiens d'Orient
et d'Occident, par les Arabes et par les Juifs, par des hérétiques
et des orthodoxes, achevée par saint Thomas
et ses collaborateurs, elle fut défendue dans son ensemble par les
Dominicains,
acceptée par les Jésuites, comme
par des séculiers et des réguliers de différents ordres.
Prise comme guide et comme règle par le concile
de Trente, elle est depuis la bulle
Aeternis Patris de Léon
XIII, en 1879, rappelée à la méditation des catholiques
qui doivent en étudier la partie philosophique aussi bien que la
partie théologique.
La vie de saint Thomas
d'Aquin ,
passée tout entière dans la méditation et la prière,
l'étude, la prédication et l'enseignement, est celle d'un
scolastique
qui invoque la
raison et l'autorité, d'un
mystique
et d'un ascète qui, par tous les moyens,
tend à se rapprocher de Dieu et
à en rapprocher les autres hommes, à acquérir, pour
lui et pour eux, le bonheur éternel. Nulle vie ne réunit
mieux les tendances théologiques de l'époque médiévale
où Dieu et le salut de l'âme
sont les préoccupations les plus puissantes et les plus ordinaires.
Nulle oeuvre ne les résume mieux, dans sa complexité, pour
la majorité des catholiques
qui se proposent le même but. Elle est considérable : en retranchant
les ouvrages douteux, on y trouve de 18 000 à 19 000 pages in-4,
écrites en une vingtaine d'années. Or saint Thomas a fréquemment
voyagé. Ses devoirs de prêtre, de dominicain
et de professeur prirent une grande partie de son temps. Aussi fut-il aidé
par de nombreux collaborateurs. Pour lui, Guillaume de Moerbeke, d'autres
peut-être, traduisent Aristote, Proclus,
Ammonius,
Thomistius. Urbain IV met à sa disposition une version latine des
Pères grecs .
Disciples et confrères écrivent sous sa dictée, rédigent
ou recueillent certains commentaires sur la Bible
et sur Aristote, complètent ou achèvent
des ouvrages où ils développent et interprètent sa
pensée.
De cette oeuvre,
individuelle et collective, nous avons les Sermons, les Commentaires
sur Aristote, Boèce, le Livre des Causes, les Noms
divins du pseudo-Denys, sur les livres saints et les Sentences
de Pierre Lombard; la Somme de théologie
et la Somme contre les Gentils, bon nombre d'ouvrages ou d'opuscules
qui rélèvent du dominicain et du mystique, du théologien
et du polémiste, du philosophe, du moraliste et du politique. Elle
a été composée pour répondre aux difficultés
qui lui étaient soumises par ses supérieurs, par ses confrères
ou par des laïques. Ainsi pour les papes, saint Thomas écrit
la Catena aurea, où il commente, relie et synthétise
les quatre Evangiles ;
le Contra errores Graecorum; l'alliée du Saint Sacrement;
probablement aussi les commentaires sur Aristote, dont l'un, celui qui
porte sur le Peri ermèneias, est spécialement adressé
à un maître de Louvain. A la prière de ses supérieurs,
il compose les quatre livres de la vérité de la foi catholique,
qu'il adresse aux Gentils, aux Mahométans et aux Juifs, aux hérétiques
et aux incrédules de toutes les nuances; il répond à
cent huit et à cinquante-deux questions; il traite de la forme de
l'absolution; il maintient contre les séculiers les revendications
des ordres mendiants et la supériorité de la vie monastique.
Il répond,
comme les « saints de Dieu ». Plus séparés des
choses au lecteur de Venise
en quatre jours, sur trente-six articles, au lecteur de Besançon ,
sur six articles. Pour le frère Reginald, il écrit le Compendium
théologiae, le Tractatus insignis de substantiis separatis,
seu de angelorum naturae, le De Judiciis astrorum. Il adresse,
au chantre d'Antioche ,
la Declaratio quorumdam articulorum contra Graecos, Armenos et Saracenos;
à maître Philippe, le De Mistione elementorum, et le
De Motu cordis; au frère Sylvestre, le De Principiis naturae;
à Jacob de Burgo, le De Sortibus, à un soldat; le
De
Occultis naturae operibus; à certains nobles artistes, le De
Fallaciis; au roi de Chypre ,
le De Regimine principum; à la duchesse de Brabant, le
De Regemine Judoeorum; à l'archevêque de Palerme, le De
Articulis fidei et de Sacramentis. Quelques jours avant sa mort, il
dicte aux moines de Fossa Neuva un commentaire sur le Cantique
des Cantiques .
L'oeuvre répond en outre à toutes les questions qu'on peut
se poser dans une période théologique et elle y répond
au nom de l'orthodoxie catholique et romaine.
Saint Thomas emploie
la méthode aristotélique, avec les transformations et les
compléments qu'y avaient joints Abélard
et Alexandre de Halès. Il recueille tous
les problèmes soulevés par ses prédécesseurs
et ses contemporains, les divisions qu'ils y ont introduites comme celles
qu'y joint une dialectique subtile à
analyser les mots, les idées et les jugements.
De même il rassemble les solutions déjà données
ou possibles. Il examine chacune d'elles, en tenant compte de la majeure
et de la mineure dont elle est la conclusion,
des apories et des difficultés que présente, au point de
vue matériel et formel, le syllogisme
ainsi formé. Celle-là seule est conservée qui subsiste
victorieuse de toutes les objections.
Comme saint Thomas
puise dans l'Ancien
et le Nouveau Testament ,
dans les Pères
et les docteurs latins ou grecs, chez Aristote
et ses commentateurs grecs, arabes et Juifs qui tous s'inspirent du néo-platonisme,
ainsi que chez tous les scolastiques antérieurs
de l'Occident chrétien; comme les textes ne s'accroissent ni ne
changent, que la matière de la foi reste ainsi identique, et que
la raison s'appuie sur les mêmes faits et
les mêmes autorités, on comprend que les Pères du concile
de Trente, également animés de l'esprit théologique
et partisans de l'orthodoxie romaine, soient pleinement satisfaits par
la Somme de théologie et les oeuvres qui la complètent
où l'expliquent, Il en sera ainsi tant que l'observation
ne remplacera pas la dialectique appuyée
sur le langage et le sens commun, tant qu'on
ne demandera pas à la nature, consultée
en dehors de toute préoccupation religieuse ou métaphysique,
d'indiquer les questions et d'y répondre; tant que Bacon,
Galilée,
Descartes,
Harvey,
Leuwenhoek
n'auront pas formulé on pratiqué le Novum organum
qui mettra au premier plan la méthode
expérimentale ( Expérimentation).
Pour comprendre comment
le thomisme s'est formé et développé, comment il a
été accepté par l'Eglise
et même repris par elle, il faut partir des opuscules ou saint Thomas
défend les réguliers contre les séculiers, voir comment
il interprète Aristote et ce qu'il retire de toutes ses études
philosophiques, examiner l'usage qu'il en fait dans les Commentaires
sur les Sentences de Pierre Lombard, pour enrichir la théologie
et constituer une vaste synthèse de doctrines qui résolve
toutes les difficultés et répudie les hérésies,
passées ou futures. Enfin il faut voir comment cette théologie
compréhensive a transformé et rénové ou, si
l'on veut, complété les Commentaires sur les livres
saints.
Ce qui caractérise
les trois opuscules, Contra impugnantes Dei cultum et religionem,
De
Perfection vitae spiritualis,contra pestiferam doctrinam retrahentium homines
a religionis ingressu, écrits contre Guillaume de Saint-Amour
et les maîtres de l'Université de Paris, c'est que les représentants
des ordres mendiants y sont présentés comme, les «
religieux » par excellence, comme les "saint de Dieu", plus séparés
des choses humaines par leurs voeux de chasteté, d'humilité,
de pauvreté et d'obéissance, ils sont liés plus étroitement
à Dieu. Aussi doivent-ils confesser, prêcher, enseigner la
théologie comme les sciences humaines. La hiérarchie ecclésiastique
qui, après le pseudo Denys l'Aréopagite, plaçait les
moines au-dessous des pontifes, des prêtres et des diacres, tend
ainsi à se constituer d'une façon nouvelle. En même
temps, le pape est présenté comme le chef suprême de
l'Église qui peut accorder aux dominicains
et aux franciscains les droits qu'ils revendiquent, comme il peut com-mander
aux princes et aux rois en raison de son autorité spirituelle, à
laquelle doivent être soumis tous les chrétiens, ecclésiastiques
ou laïques.
Saint Thomas, orthodoxe
et partisan de la suprématie du pontife de Rome, était tout
désigné pour accomplir ce que le pape Grégoire
IX demandait en 1231 à quelques théologiens. Il pouvait
examiner, «avec l'attention et la rigueur convenables»,
les livres d'Aristote condamnés en 1209 et en 1215 ; il pouvait
« en retrancher scrupuleusement toute erreur capable de scandaliser
et d'offenser les lecteurs, pour qu'ils passent, sans retard et sans danger,
être rendus à l'étude ». Dans ces Commentaires,
qui portent surtout sur les ouvrages suspects, mais aussi sur ceux dont
la lecture pouvait être profitable aux chrétiens, saint Thomas
établit le sens littéral en s'aidant de traductions arabico-latines,
de traductions grecques, de commentaires grecs, arabes et latins, parfois
même des textes originaux. Puis il en donne le sens général,
replace chaque ouvrage dans l'ensemble de l'oeuvre péripatéticienne,
en indique l'objet et les divisions. Mais il s'attache plus encore à
en séparer tout ce qui ne saurait entrer dans le christianisme,
à interpréter les textes du maître et de ses disciples
de manière à défendre, à fortifier, à
compléter et à élargir les doctrines orthodoxes.
Avec le Péri
ermèneias, il construit une théorie complète de
la contingence et de la liberté qui
ruine le fatum astrologique, justifie la providence
et la prédestination, écarte le manichéisme
elle pélagianisme. S'il étudie la physique,
il discute point par point les affirmations des commentateurs qui voulaient,
en soutenant l'éternité du mouvement, établir l'impossibilité
de la création et, avec des textes fort habilement choisis dans
la métaphysique il maintient qu'Aristote
n'a jamais dit que Dieu n'est pas la cause
de l'existence du monde. Dans la métaphysique,
elle-même, il trouve des arguments pour établir l'existence
de Dieu et la Providence, pour déterminer plus exactement son essence
et ses attributs. Avec le Péri psuchès,
il soutient qu'Averroès a mal interprété
Aristote et prétendu à tort que l'intellect humain n'est
ni personnel, ni immortel. La morale et la politique
lui servent à montrer qu'Aristote a admirablement traité
de la conduite à suivre en cette vie et préparé les
bases sur lesquelles peut être édifiée la doctrine
chrétienne du salut et de la vie éternelle. Ainsi saint Thomas
fait entrer dans le catholicisme toute la doctrine positive d'Aristote,
acceptée par les Grecs, les Arabes et les Juifs, et il soutient
que ses théories, métaphysiques et théologiques, sont
bien plus en accord avec le christianisme qu'avec les religions
ou les doctrines rivales. Aristote n'est plus un ennemi, c'est un auxiliaire
d'autant plus précieux que son autorité est plus grande chez
tous les adversaires du catholicisme romain.
La philosophie de
saint Thomas se construit ainsi, à un point de vue chrétien,
avec tous les éléments qui lui viennent d'Aristote, des néo-platoniciens,
des Grecs, des Arabes et des Juifs. Elle se distingue par la forme, par
le principe et la méthode de la théologie, elle lui est subordonnée
matériellement en ce qu'elle aboutit aux mêmes affirmations,
mais elle en est l'auxiliaire en ce qu'elle fournit les motifs de crédibilité.
Elle établit l'existence de Dieu par des preuves a
posteriori; elle tire sa nature de son existence substantielle et,
tout en insistant sur la perfection de son vouloir, met au premier rang
sa science parfaite. L'être où se mélangent
l'acte et la puissance est absolument subordonné
â l'actualité pure; il suppose les idées divines, la
création, qu'on peut concevoir comme éternelle, la providence.
Dans la composition de
matière et de forme,
sous laquelle il se présente d'abord, la matière ne saurait
être sans la forme. Mais il y a des formes séparées,
excluant toute union avec la matière - tels les anges
- contingentes, parce que leur essence est
limitée par leur existence. La forme substantielle est la cause
constitutive de l'être, elle est le principe d'unité,
source de l'activité et, siège des inclinations naturelles;
elle est donc unique dans un être corporel. La matière, élément
constitutif des corps, est une substance incomplète, intermédiaire
entre l'être et le non-être. Elle ne constitue pas pour saint
Thomas, comme pour certains de ses prédécesseurs et de ses
contemporains, un facteur réel des substances
spirituelles autres que Dieu. Le mouvement, par lequel passent à
l'acte les formes de la matière, est défini par saint Thomas
comme par Aristote. Dans la composition de l'essence
commune et de l'essence individualisée, la véritable substance,
c'est l'individuel ; l'universel, ante rem, est en Dieu ; in re,
dans les choses; post rem, dans l'esprit.
Le principe d'individuation, c'est la materia
signata, c.-à-dire la matière première à
laquelle a déjà été jointe une étendue.
Par suite, la matière d'un sujet naturel
est le principe d'individuation de l'être qui le suit dans la série
des transformations et, dans la hiérarchie angélique placée
en dehors du monde corporel, chaque individu
constitue toute son espèce.
En physique,
saint Thomas suit Aristote pour le mouvement
corporel et ses espèces, pour le changement substantiel, pour l'évolution
rythmique des formes à laquelle, il donne comme terme la gloire
du Créateur; dans laquelle l'homme est un microcosme. Avec Ptolémée
il admet le système géocentrique ; avec Aristote, l'influence
des astres sur les corps terrestres. En psychologie,
il distingue la substance et les facultés
qui en sont les qualités; il tient grand
compte, en s'appuyant sur le rôle des espèces impresse
et expresse, du côté psychique de la sensation;
il considère toutes nos connaissances
comme abstraites. Ainsi l'essence,
secundum
esse in natura, est singulière; secundum se, elle est
une quiddité; secundum esse in intellectu, elle est universalisée.
La genèse des concepts - nihil est
in intellectu, quod non prius fuerit in sensu, - suppose le phantasma
ou image sensible qui, par l'action de l'intellect passif, devient la species
intelligibilis impressa, dont l'intellect actif fait une species
intelligibilis expressa, en achevant la connaissance. L'appétit
est sensible ou rationnel : celui-ci est mu
nécessairement
vers le bien absolu; il est libre, si la fin est
un bien contingent. Dans l'humain comme en
Dieu,
la connaissance est antérieure à la volition.
L'âme, forme substantielle du corps,
est immatérielle tout entière et non seulement comme intellect
actif; elle est partant tout entière spirituelle et immortelle.
Elle ne préexiste pas au corps, mais elle est créée
par Dieu; elle est, par conséquent, quoi qu'en disent les averroïstes,
séparée des autres âmes et individuelle.
En morale,
la fin de l'activité libre, de l'activité humaine sous sa
forme la plus parfaite, c'est la vision et l'amour de Dieu. La loi naturelle,
qui implique la syndérèse, concourt, comme la loi divine,
à la formation de la moralité. En politique, saint Thomas
subordonne le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, déclare d'origine
divine toute autorité, proclame légitimes toutes les formes
de gouvernement qui ont en vue le bien général.
Cette philosophie
chrétienne et catholique, ou entrent presque tous les éléments
alors connus du péripatétisme
et du néo-platonisme, devient pour
la théologie
une « vassale » capable de conquérir aussi bien
que de défendre, pour son chef, des territoires fort étendus,
une « servante » qui, au lien de suivre pour tenir la queue,
marche devant, comme disait Kant, pour porter le
flambeau, C'est ce que montre la Somme de théologie, où
le philosophe et le commentateur, Aristote et
Averroès,
avec les autres philosophes étudiés par saint Thomas, tiennent
leur place. C'est ce que montrent mieux encore les Commentaires sur
les Sentences de Pierre Lombard, trop négligés
par les philosophes qui n'y ont vu que de la théologie et par les
théologiens qui trouvent dans la Somme une exposition plus
systématique de la doctrine thomiste. Ces Commentaires se
rapprochent de la Somme par l'étendue, le plan, le contenu,
à tel point que Launoy voyait dans celle-ci le travail d'un frère
prêcheur, inspiré surtout par les Commentaires. Or
si l'on compare les Sentences à l'explication écrite
de saint Thomas, on voit que celle-ci tient cinq ou six fois plus d'espace;
on peut mesurer ainsi l'accroissement qu'a pris la théologie en
moins d'un siècle et, du même coup, se rendre bien compte
qu'il est du tout entier à l'acquisition par la philosophie de nouvelles
richesses. Sur la nature divine, sur les êtres créés,
anges et humains, sur l'incarnation, les vertus et les vices, les sacrements
et les fins dernières de l'humain, des questions sont posées,
des objections soulevées et résolues, des prémisses
avancées et justifiées, des conclusions proposées
et établies, par l'appel incessant à l'autorité des
philosophes, d'Aristote dont tous les ouvrages sont utilisés, d'Avicenne,
d'Averroès, de Maïmonide, comme
des Latins que connaissait la période antérieure.
A la théologie,
ainsi enrichie par la philosophie, saint Thomas joint un Commentaire
des livres saints plus étendu qu'aucun de ceux qui avaient été
jusque-là en usage. Sans doute, il souhaitait éclaircir l'oeuvre
qu'il étudiait et méditait sans cesse; sans doute, il se
croyait des lumières spéciales, puisque saint Pierre et saint
Paul lui étaient apparus, disait-il, pour lui expliquer un passage
obscur et mystérieux d'Isaïe .
Mais il voulait d'un côté faire pour l'histoire une synthèse
analogue à celles qu'il a données pour la philosophie et
la théologie : la Catena aurea, par exemple, a pour objet
de relier, avec les autorités des saints, les quatre Évangiles,
comme s'ils étaient l'oeuvre d'un seul docteur (historia unius
Doctoris). D'un autre côté, l'interprétation allégorique,
par laquelle on fortifie la connaissance et la croyance,
l'interprétation morale par laquelle on cherche des règles
de conduite, doivent se modifier et s'étendre avec les doc-trines
théologiques et philosophiques qu'elles accompagnent. Le Psautier,
dit saint Thomas, découvre au fidèle tout ce qu'il doit savoir
de la création, du gouvernement de l'univers, de la rédemption
du genre humain et de la gloire des élus, comme de tous les mystères
de J.-C. Il contient donc en germe tout ce que développe la Somme
de théologie et il faut montrer, au moins par un certain nombre
d'exemples, comment on l'y découvrira. La même oeuvre devra
être faite pour le symbole, l'oraison
dominicale et le décalogue, comme pour le Livre de Job
ou l'Epître aux Romains .
Ainsi une philosophie
orthodoxe systématisant tout ce qu'on possède des Latins
et des Grecs, des Arabes et des Juifs, une théologie agrandie par
cette philosophie, une interprétation allégorique et morale
de la Bible ,
en accord avec le système, voilà ce que fut le thomisme.
Sans doute, Duns Scot et Guillaume
d'Occam, pour ne citer que deux noms célèbres parmi les
représentants ultérieurs de la scolastique,
auront des disciples, mais la plupart des catholiques suivront, du XIIIe
au XVe siècle, la triple direction
inaugurée par saint Thomas, La Renaissance eut des platoniciens
( Platonisme),
des néo-platoniciens, des stoïciens,
des averroïstes ( Averroès)
et des alexandristes ( Ecole
d'Alexandrie )
qui conservèrent peu de chose du thomisme et parfois même
du christianisme .
Si la Réforme répudia le thomisme théologique, philosophique
et exégétique, le concile de Trente s'y rattacha étroitement,
et les jésuites s'en firent les propagateurs. Le progrès
des sciences expérimentales, au début
du XVIIe siècle, ruina le péripatétisme
et porta un rude coup au thomisme. Des catholiques devinrent cartésiens,
gallicans et partisans de l'indépendance du pouvoir temporel; d'autres,
comme l'abbé de Rancé, renoncèrent à la théologie
thomiste. Jusqu'à la Révolution française, le nombre
grandit sans cesse des personnes qui interrogent uniquement les sciences
positives sur le monde; l'individu et la société,
sur leur passé et leur avenir. Après la Révolution,
les romantiques remettent le Moyen âge en honneur, Lamennais
veut démocratiser l'Église et détruire le gallicanisme,
il abandonne le cartésianisme et
revient au thomisme. Sous l'inspiration de Léon XIII, le mouvement
s'est accentué dans le monde catholique; Saint Thomas est redevenu
le maître par excellence des théologiens et des philosophes
catholiques. Le néo-thomisme reprend en matière politique,
religieuse et sociale, les principes formulés ou complétés
au XIIIe siècle ; il s'efforce de
substituer, dans le vieil édifice, les acquisitions modernes des
sciences aux affirmations ruinées des péripatéticiens
et de leurs successeurs. (François Picavet).
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En
bibliothèque - Les Oeuvres
de saint Thomas ont été publiées à Rome (1570);
à Venise (1591); à Anvers (1612); à Paris (1660);
à Venise (1787); à Parme (1852-71); à Paris (1872).
Une nouvelle édition a été entreprise sous la direction
de Léon XIII. Outre les Histoires de la scolastique de Hauréau,
de Wulff et surtout de Ueberweg-Heinze (1898), on pourra consulter Ch.
Jourdain, la Philosophie de saint Thomas d'Aquin; Paris, 1868. -
Karl Werner, Der heil. Thomas von Aquino, Regensb., 1858 et suiv.;
la Revue thomiste, Paris et Fribourg; la Revue néo-scolastique,
Louvain; Der Katholik, Jahrbuch für Philosophie und specutative
Theologie; Philosophisches Jahrbuch. - Schultz, Thomas-Lexicon,
etc. |
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