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Telesio

Bernardino Telesio (1509 -1585 ou 1588?) est un philosophe né et mort à Cosenza. Elevé par son oncle Antonio, excellent latiniste et poète, professeur à Milan. C'est dans cette ville qu'il fit ses premières études; et dans cet apprentissage, où tout devait lui inspirer le goût des belles-lettres. Après 1525, il compléta sa formation à Rome, puis acheva ses études  à Padoue,  où il s'était réfugié après le sac de Rome, en 1527. Il y apprend la médecine, philosophie, l’optique, et les mathématiques. Docteur en philosophie (1535), il enseigne à Rome, puis se retire quelques années dans un couvent de bénédictins.

Aristote régnait alors dans les écoles, et ses ouvrages, livrés à l'investigation des érudits, avaient produit cette foule de commentateurs dont les erreurs n'étaient pas ce qu'il y avait de moins fâcheux pour les progrès de la raison. Telesio se signale dès cette époque par son hostilité affichée envers la doctrine du Stagyrite, aussi bien dans sa forme alexandrine qu'averroiste.

A mesure qu'il avançait dans sa carrière, il apercevait les vices de l'aristotélisme, et ne concevait pas qu'on eût pu si longtemps en subir le joug. Un peu plus tard, on le retrouve à Naples, où il fondera ce que l'on a appelé l'Academia telesiana, dont les options sont influencées par les thèses platoniciennes, stoïciennes, et surtout par le naturalisme en vogue à la Renaissance

Il ne se déguisait pas les difficultés qu'il rencontrerait à renverser la vieille idole des écoles, et il chercha un appui dans l'autorité d'un corps littéraire. Il opposa doctrine contre doctrine; et, choisissant un point intermédiaire entre l'abstraction et le matérialisme, il fonda son système sur le concours de la raison et de l'expérience.

Telesio connaîtra la gloire en 1565, après la publication d'un ouvrage intitulé De natura rerum iuxta propria principia, dont il paraîtra au fil du temps neuf volumes (1586). Le succès de son ouvrage fut considérable et ses idées se répandirent dans le royaume de Naples, puis dans toute l'Italie; ses disciples s'appelaient déjà telesiani de son vivant.  Pie IV lui offrit, en 1565, l'archevêché de Cosenza, qu'il fit donner à son frère,  ne voulant pas être détourné de son entreprise. 

Mieux armé pour affronter Aristote que les peines de la vie, il succomba au chagrin d'avoir perdu en peu de temps sa femme et deux enfants, dont l'un expira sous le poignard d'un assassin. Accablé par la douleur, Telesio mourut à Cosenza, probablement en 1588. 

La doctrine de Telesio

Le philosophe défend une conception empiriste de la physique, et continuiste des phénomènes de la nature. Les principes du changement résident dans les différents degrés du chaud et du froid. Aux deux principes de Parménide, qui déjà expliquait tout par deux principes, la chaleur ou le Soleil, et le froid ou la Terre, Télésio ajouta la matière, exposée à l'action des deux premiers, et qui n'augmente et ne diminue jamais dans l'univers. La chaleur répandue dans les airs, le froid concentré dans la terre, ne cessent jamais de se combattre sur les bords de leur empire; et de ce choc éternel, qui a produit d'abord le ciel et le soleil, résultent les différents objets et phénomènes de la nature, dont la variété et le développement ne sont que l'effet des combinaisons infinie de la chaleur et du froid. Ainsi le firmament et les globes qui y roulent sans cesse sont formés de la matière la plus subtile; les animaux, les plantes, les roches, les minéraux, marquent successivement l'affaiblissement de la chaleur, et le triomphe de son adversaire. 

En passant de la cosmologie à la métaphysique, Telesio se jette dans de nouvelles réflexions, et il va jusqu'à supposer que Dieu crée les âmes à mesure que les corps sont engendrés. Ses idées sur le vice et la vertu ne sont pas moins hypothétiques; et le philosophe qui avait promis de ne s'en rapporter qu'à l'expérience, se laisse entraîner par la fougue de son imagination

Telesio a été l'un des premiers antagonistes d'Aristote, ce qui n'est certainement pas un faible mérite. Cela ne l'empêcha pas de susciter des contradicteurs même parmi parmi les réformateurs de la pensée. Bacon, qui avait pris connaissance des ouvrages de Telesio, écrivit une Dissertation pour le combattre. Il se moque surtout de cette guerre entre le ciel et la terre, et ne comprend pas comment, dans une lutte aussi inégale, cette dernière puissance pourrait avoir les mêmes chances de succès que l'autre. 

Telesio est généralement regardé çomme le restaurateur de la philosophie de Parménide. Bacon et Bruker croyaient même que c'était dans le traité De primo frigido de Plutarque , que le philosophe calabrais avait puisé les bases de sa doctrine. La chaleur et le froid, qui, chez PIutarque, sont les seuls et uniques principes de la nature, se combattent comme substances matérielles; tandis que Telesio en a fait deux .agents incorporels, exerçant leur activité sur la matière, pour donner naissance au monde physique. 

Ce qu'il paraît avoir emprunté au philosophe grec, ce sont les idées de la chaleur et du froid considérés comme principes généraux des corps; et ce rapport seul ne suffit pas pour identifier les deux doctrines. On netrouve dans celle de Telesio aucune trace du panthéisme pur, que Parménide professait ; et d'ailleurs, au XVIe siècle, on n'avait pas encore recueilli les fragments épars, qui auraient pu aider à embrasser le système de ce philosophe. 

Les opinions de Telesio eurent une grande influence sur son siècle. Elles affrançhirent l'esprit humain du joug de l'autorité, en lui inspirant plus de confiance dans ses propres forces. De quoi valoir à Telesio d'avoir été mis à l’Index cinq ans après sa mort. Il sera redécouvert par Patrizzi, Gassendi et Campanella, qui avec Quattromani, et presque tous les membres de l'académie Cosentine, prirent sa défense. (M. /A19).



En bibliothèque - A son ouvrage principal, on doit ajouter neuf autres opuscules : De somno, De saporibus, De his quae in aere fiunt, De mari, De cometis et lacteo circulo, De usu respirationis, De coloribus, Quod animal universum ab unica animœ substantia gubernatur.

Voir aussi : Fiorentino Francesco, Bernardino Telesio, Florence, 1872, 2 vol.

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